‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 3)Chapitre 101 sur 152 · PUTRÉFACTIONS GASTRO-INTESTINALES · texte numérisé non relu

PUTRÉFACTIONS GASTRO-INTESTINALES

déterminer exactement le rôle, l'importance et la signification des fermentations microbiennes dans le mécanisme de la digestion et de la nutrition (*).

Essayons donc de résumer l'état de nos connaissances sur ce sujet en passant en revue les différentes classes d'aliments.

Pour les hydrates de carbone, la transformation par les sucs digestifs se réduit à la formation de dextrines et de sucres (glycose, lévulose, maltose). Les microbes peuvent produire des substances analogues en saccharifiant l'amidon ou en intervertissant la saccharose; mais la fermentation peut aller plus loin et donner naissance à de l'alcool éthylique ; ce fait a un grand intérêt, car il explique peut-être pourquoi l'on trouve de l'alcool dans le foie et le cerveau d'animaux, qui n'ont jamais ingéré cette substance (J. Béchamp, Rajewski).

n est une autre série de corps qui relèvent également des agents figurés : ce sont les acides lactique, acétique, butyrique, etc. Ces acides de fermentation surtout abondants chez les herbivores , donnent au chyme, pris à la fin de l'iléon et dans le caecum, la réaction acide qu'il présente.

L'action digestive des microbes s'étend aux autres classes d'aliments; on avait admis jusqu'ici que c'était sous l'influence du suc pancréatique, que les graisses neutres se dédoublaient pour donner naissance à des acides gras, et à de la glycérine. D'après Landwehr, cette réaction serait produite par les microbes; on ne l'observerait pas dans les digestions artificielles aseptiques.

Plus importante encore est l'action des microbes, dans la digestion des albuminoîdes. Ces substances sont transformées, dit-on, sous l'influence du suc pancréatique; les produits qui prennent ainsi naissance dans l'intestin, sont bien plus complexes que ceux qu'on trouve dans la digestion stomacale. A côté des peptones, on rencontre des acides amidés, leucine» tyrosine, hypoxanthine, de l'acide aspartique, de l'acide cinnamique» des corps de la série aromatique, indol, phénol, scatol, et enfin, divers gaz, acide carbonique, hydrogène, hydrogène sulfuré, ammoniaque. Nous avons vu que tous ces corps prennent également naissance, lorsq[u'on fait putréfier des matières albuminoîdes; il est important de déterminer quelles sont les modifications qui appartiennent en propre au suc pancréatique. C'est ce qu'a fait Kûhne en pratiquant des digestions artificielles dans un milieu contenant 2 pour 1000 d'acide salicylique; il prétend éviter ainsi tout développement de germes et voit se produire des peptones et des acides amidés ; mais il n'y a ni subsU.nc^ aromatique, ni gaz. Salkowski, Salomon, Hufner ont répété et varié les expériences; ils ont obtenu des résultats analogues. On peut donc dire (|ue les gaz intestinaux, et les substances aromatiques dépendent de la vie des

(*) RoGBH, Article Physiologie de l'ixtestis. Dictionnaire enrijclopMque des 8cienc($ fmédieales, 4* s^rie, t. XYI. Paris, 188».

microbes : ainsi s'explique leur absence constante dans l'intestin du fœtus et du nouveau-né.

Parmi les substances que nous venons de citer, quelq[uesmDes soot très toxiques : tels sont, pour les gaz, l'hydrogène sulfuré et rimmoniaque; pour les substances aromatiques, le phénol. Hais, à côté de ces corps bien définis au point de vue chimique, il faut faire une large put aux ptomaïnes analogues aux poisons putrides; M. Bouchard montra le premier, en 1882, que les matières fécales contiennent des alcaloïdes; il reconnut que certains sont solubles dans le chloroforme, d'autres dm l'éther; mais il ne put en obtenir une assez grande quantité pour les faire cristalliser et les soumettre à l'analyse élémentaire; l'année suiTant^ Arnold étudiait les mêmes alcaloïdes et constatait que leur injection amène chez la grenouille des phénomènes paralytiques très nets ; mais l'animal finit par se remettre ; c'est que les alcaloïdes sont loin de repré» senter la totalité des poisons intestinaux. Os ne jouent pas moins un rôle important : M. Lépine a vu les matières qui stagnaient au-dessous d*an anus artificiel, provoquer des accidents analogues à ceux que détermine l'atropine. On peut donc comparer complètement les putréfactions intestinales à celles qui se passent en dehors de l'organisme et Ton peut conclure, suivant un mot célèbre, que le tube digestif est un vrai laboratoire de poisons (').

En étudiant en bloc les matières fécales, on reconnaît q[ue leur toxicité est très élevée; d'après M. Bouchard l'extrait de 17 grammes peut tuer on lapin de 1 kilogramme, avec de la diarrhée et des convulsions. Les poisons sent évidemment multiples ; une grande part des effets nocifs doit être attribuée aux sels de potasse et d'ammoniaque ; si en effet, on se délNffrasse de ces sels, il faut, pour tuer les animaux, introduire l'extrait de 298 grammes de matières. Ainsi la toxicité des excréments tient d'une part, aux sels minéraux provenant de l'alimentation, d'autre part à l'aoh moniaque produite par la putréfaction, aux matières extractives contenues dans les aliments camés, aux résidus d'origine biliaire, aux divers poisons putrides.

Reste à savoir si les toxines ainsi formées sont résorbées par l'organisme; Stich ne le pense pas. Ses expériences lui démontrèrent que les matières fécales d'une espèce ne sont toxiques que pour les animaux d'espèce différente : il reconnut, par exemple, que l'on tue le chien et le lapin en leur faisant absorber les matières fécales de l'honome, ou eo les leur injectant dans le rectum ; le chien supporte, au contraire, saos inconvénient, les excréments des autres chiens.

Malgré l'intérêt des expériences de Stich, la conclusion de l'auteur n'est pas admissible : l'analyse chimique a montré que l'urine élimine les substances aromatiques d'origine intestinale, dont la quantité varie pro-

{*) BoucBARo, Leçons sur les auto-intoxications dans les maladies, p. 99. Paris, i887«

(■) Sticiï, Die acule Wirkung pu*j-i'lcr Stoffe ira Blute. Charité AnfUilen, i8S»5. *

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