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804 LES nrroxiGATioivs.
jour. Il présente de la somnolence, devient apathique et indifférent, m mouvements sont lents et hésitants, ses muscles sont agités de oont» tions fibrillaires; il est pris parfois d'accès convulsifs analogues ieev de la tétanie. Dans quelques cas fort rares, les animaux ont ràisté et oK pu présenter au bout d'un mois ou deux des épaississements cutiM^ tout à fait analogues à ceux du myxœdème (Tizzoni et Centanni, Glej).
Le chat se comporte comme le chien; il meurt après avoir ea de h tétanie quand on a enlevé le corps thyroïde ou au moins les 4/5* de h glande; la survie est de sept à quarante jours (Von Eiselsberg).
Le lapin, au contraire, résiste à Textirpation des deux lobes prinopm Ce résultat tient à Texistenec de glandules accessoires ou gUndes pn> thyroïdiennes, qui ont été découvertes par Sandstrom, et dont M. Gleyi fait voir Timportance. Ces glandules, très développées chez le b^ peuvent se retrouver chez tous les animaux, même chez rhoimne, et suffisent à assurer la survie des opérés. Ainsi s'expliquent les faits oontii» dictoires où l'extirpation du corps thyroïde ne produisit aucun troshk. 11 faut remarquer que les glandules ne siègent pas seulement près de h glande principale; on en trouve parfois à la base du cœur, ou même» devant de l'aorte.
Si, tenant compte de ces faits, on pratique l'ablation de toutes ki glandes chez le lapin, on voit l'animal succomber à des accidents i^jii. Dans quelques cas rares, les animaux ont survécu et ont préseoti ki phénomènes de la cachexie myxœdémateuse. M. Gley a cité trois bilf de ce genre; la peau des oreilles était froide, rugueuse, il y avait me desquamation épidermique avec chute des poils. Hofmcister a obsenré dei troubles analogues, et, de plus, en opérant sur de jeunes animaux, ils pi constater un arrêt dans le. développement du sptème osseux.
Le myxœdème peut donc se montrer, à titre d'exception, chez le dôen ou le lapin; il est très net chez le singe, où Horsley l'observa dès 1885; les animaux opérés présentent du tremblement, des accès tétaniques, des altérations cutanées; à l'autopsie, on constate que la mucine a envahi les organes et les tissus.
Le même résultat peut s'obtenir chez le porc. Les sujets adultes supportent la thyroïdectomie (Munck), tandis qu'en opérant sur des aninuia jeunes (âgés de quinze jours à un mois), on obtient soit le crétinisme atrophique, soit le crétinisme myxœdémateux (Moussu). La plupart des auteurs ont noté que, d'une façon générale, les animaux jeunes résisteot moins bien que les adultes, les femelles moins bien que les mâles.
L'opération de la thyroïdectomie a été faite très souvent sur l'homme, et a donné des résultats comparables à ceux qu'on obtient chez les animaux. Deux ordres d'accidents peuvent éclater : tantôt la tétanie, signalée par Reverdin et bien étudiée par Weiss, qui a montré qu'elle est surtout IVcquente chez les jeunes femmes; tantôt la cachexie strumiprive, que les Reverdin ont si justement identifiée au myxœdème ; elle n'en diflereque par sa tendance vers la guérison spontanée au bout de plusieurs années
(Rererdin). Ces accidents surviennent après Textirpation totale » excepkkmnellement après l'extirpation partielle (Bardeleben) ; ils sont compa* tîbles» même les accidents tétaniques, avec une très longue sunrie; sur a opérations pratiquées par Billroth, il y eut 12 cas de tétanie, dont 4 hrent mortels; dans une observation le malade, malgré les accidents Derreux, était encore vivant au bout de neuf ans.
Si, des extirpations chirurgicales, nous passons à l'étude dès accidents ^ suivent les affections de la glande thyroïde, nous trouvons des faits W à fait analogues.
La cachexie strumiprive est la même affection que le myxœdème et le erétinisme ; les différences accessoires ne tiennent pas devant les nom-* keuses analogies. Mais il est une affection qui représente en quelque lorte la contre-partie de la précédente, c'est le goitre exophtalmique. Dans ne comparaison très remarquable, Byron-Bramwell(*) a montré qu'on pouvait opposer un à un tous les symptômes du myxœdème et de la ttladie de Basedow : ces deux types cliniques sont exactement l'inverse Fim de l'autre; ils sont dus, en effet, l'un à la suppression des fonctions thyroïdiennes, l'autre à leur exagération.
Or l'idée qui tend de plus en plus à prévaloir, c'est que les accidents »rodaits par la suppression de la thyroïde sont d'ordre toxique. La glande enit chargée soit de détruire des substances nocives, soit de les neutraiser au moyen de sa sécrétion interne.
Poar démontrer la réalité de l'auto-intoxication thyroïdienne, on a étudié ■ toxicité des tissus, du sang, de l'urine. Les extraits des tissus ont été xpérimentés par Sgobbo et Lamari et ne se sont pas montrés particulière- Dent toxiques. Les résultats obtenus avec le sang ont été plus imporants : Ughetti et Mattei, Rogowitch ont reconnu que le sang d'un chien hyroïdectomisé ne produit rien chez un chien normal, mais amène un lemblement continuel, suivi des autres accidents, chez un animal dont on ient d'extirper le corps thyroïde. M. Gley a constaté qu'après la thyroïdec- >mie le sang n'était pas plus toxique que normalement, mais avait acquis I propriété de produire des contractions fibrillaires absolument caractéisliques. Fano et Lando ont vu que les troubles s'amélioraient quand on raiiquait une saignée et qu'on injectait ensuite de l'eau salée ou du ing normal.
L'urine, qui renferme des sels biliaires, de l'albumine, parfois du sucre, evient aussi plus toxique, comme le démontrent les expériences contemoraines de M. Laulanié et de M. Gley. Le résultat, contredit par Qi. Slosse et Godard, a été confirmé de nouveau par M. Masoin, qui a Bconnu que l'urine était d'autant plus toxique que les manifestations taient plus graves.
En s'appuyant sur l'ensemble de ces faits, on est porté à conclure que les hénomènes qui suivent la thyroïdectomie sont dus à une auto-intoxicn-
(*) Btiknc-Bramwell, Atloê of clinical mediciney toI. I. Edinborg, 1891.
tion. Dans Timpossibilité de préciser la nature de rempoisonnemoat, oi est réduit à des hypothèses; il en est trois qui méritent d'être discutio : ou bien il s'agit d'un empoisonnement proprement dit; ou bien de ii suppression d'une sécrétion interne anti-toxique ; ou bien d'une alténtiei des centres nerveux.
Chez les animaux qui ont succombé à la thyroldectomie, on troofe, co effet, des lésions dans divers organes. Les vaisseaux sont dihtés, goifjà de sang; les cellules hépatiques altérées; les reins atteints de néphrite superficielle aiguë (Alonzo, flaskovec, Laulanié). Ces lésions semblent d'importance secondaire ; c'est surtout sur le système nerveux que %tA portée l'attention des observateurs.
Weiss insista sur les altérations cellulaires qu'il trouva au niveau drs cornes antérieures, et qu'il fut porté à considérer comme la cause des accidents tétaniques présentés par les malades. Rogowitch a obtenu diez le lapin de l'encéphalomyélite parenchymateuse subaiguc. Mais ce Mot surtout Langhans et son élève Knopp qui ont insisté sur ce point; ils ont trouvé dans le cerveau du singe et de l'homme des cellules vésicukuses, et dans les nerfs périphériques, à la surface interne du périnèvre, des loon claires, limitées par des lames fibrillaires et renfermant des cellules semblables. Chez le chien, Capobianco a également observé des dégéoéi»cences vacuolaires dans le cerveau, le cervelet, le bulbe, les cornes antérieures de la moelle; Pisenti a rapporté 2 cas où il s'était produit au nifoo de la moelle des cavités probablement consécutives à des hémorrfaagîes.
Quelle est la valeur de ces diverses lésions? C'est ce qu'il est difficile de décider actuellement. Faut-il admettre que le corps thyroïde détruit de$ substances dont l'action produirait des lésions cérébrales? Faui41, irec Horsley, supposer qu'il neutralise la matière mucinoide qui est toxique pour l'organisme? Von Eiselsberg se range à cette dernière opinion, et cite une curieuse expérience de Wagner, qui a montré que la mucine, provenant de la parotide du bœuf, produit la tétanie chez le chat.
Sans préciser la nature du poison, Grûtzner pense qu'il se forme dans l'organisme une substance analogue à la strychnine que le corps thyroïde détruirait. De Quervain émet une opinion analogue : pour lui la tétanie e^ due à un empoisonnement, car les lésions du système nerveux sont accessoires et inconstantes. En faveur de cette hypothèse, on peut citer les intéressantes expériences de Lindemann('). Cet auteur, supposant que le corps^ thyroïde détruit des substances excrémentitielles, comme la xanthine. étudia son action sur un composé voisin, la caféine. 11 reconnut queb caféine injectée dans l'artère thyroïde est toxique à dose de O*"", 17 par kilogramme ; introduite dans la veine jugulaire d'un chien thyroidectomisé, elle tue à 0^%075. Si Ton en fait ingérer 0'%075 à un chien opéré, on produit de violents accès convulsifs : la même dose donnée à un chien normal n'amène que de légers vomissements.
(*) Ijndf.jiasîï, Ucber die antitoxische AVirkunft der SchiWdrûsc, Cnttraibi, f. mU§. Fêlh'
lo'jie unff pathol. Anatomre, i$Ù\.
n semble donc établi que la glande thyroïde agit en détruisant oQ neutralisant diverses substances toxiques. Ce qui prouve bien son action comme glande vasculaire sanguine, c'est qu'on peut empêcher les accidents ou les arrêter en employant ses extraits ou en greffant la glande dans une autre partie de l'économie.
L'idée de la greffe remonte à Schiff, qui a pu, dans quelques cas, préserver ainsi les animaux. L'expérience a été confirmée par beaucoup d'auteurs, notamment par Christiani, qui a opéré sur le rat; si plus tard on retire la greffe, l'animal peut résister, ce qui tend à prouver qu'il s'est dit une fonction variante.
Mais la greffe ne réussissant pas toujours, il est plus simple d'injecter des extraits de corps thyroïde sous la peau, ou même de faire ingérer ces glandes; dans ce dernier cas, l'influence est encore plus manifeste. C'est Vassale qui montra, en 1890, les bons effets des injections d'extraits de corps thyroïde chez les animaux. Depuis cette époque, le fait a été vérifié par un grand nombre d'expérimenteurs, notamment par M. Gley. Ce traitement a été appliqué à l'homme par Murray en 1891, par &IM. Bouchard, Marie et par nous-méme, et a donné les meilleurs résultats dans le myxœdème et dans l'obésité. Plusieurs hypothèses ont été émises pour expliquer cette action si remarquable : les uns admettent que le suc thyroïdien est un contre-poison, agissant peut-être en calmant les centres nerveux; on atténue les accidents de la thyroïdectomie, en donnant aux animaux des médicaments sédatifs, comme l'antipyrine (Gley) ou le chloral (Dghetti). Mais si l'on s'explique ainsi la guérison de la tétanie, on comprend moins bien les bons effets dans le myxœdème. Faut-il invoquer simplement l'action diurétique de l'extrait, signalée par Fenwick, ou bien l'action lymphogène découverte par Slosse et Godard? Faut-il supposer que le suc a la propriété de modifier la nutrition par un mécanisme mal connu? Le fait est qu'en injectant à des lapins de l'extrait de corps thyroïde on les voit maigrir rapidement et succomber si on prolonge l'expérience. Nous avons vu, avec M. Charrin, des animaux, qui recevaient tous les deux jours 1 gramme de corps thyroïde, tomber de 1500 à 1000 et 900 grammes.
Le corps thyroïde peut-il être suppléé par d'autres organes^ On a cité l'hypophyse et la rate. Pour cette dernière glande, les expériences rérentes ont montré qu'elle ne jouait pas le rôle vicariant qu'on lui avait attribué. Mais les recherches de Rogowitch(') établissent nettement que, chez le lapin, l'extirpation du corps thyroïde est suivie d'une hypertrophie compensatrice de l'hypophyse cérébrale. Aussi quelques expérimentateurs se sont-ils ingéniés à détruire ce dernier organe ; on espérait obtenir ainsi des données sur la physiologie pathologique de l'acromégalie, affection qui semble liée à des altérations de la glande pituitaire et qui relève
(*) Roaownaii Zar Phvsiologie der SchilddrCbe. Ceniralblati fur die med. Wiuenich
peut-être, comme le myxœdème, d'une vraie auto-intoxication. MaIheo> reusement les résultats obtenus sur les animaux ont été jusqu'ici presque complètement négatifs.
Capsulée surrénales. — La destruction des capsules surrénales amène une mort rapide , également par auto-intoxication.
Le premier, Brown-Séquard extirpa les capsules, en 1856, et vit sim> comber les animaux, avec des phénomènes paralytiques ou conTulsib, u bout d'un temps qui varia de neuf à vingt-trois heures. La découverte passa tout à fait inaperçue et la question n'a été reprise que dans ces der* nières années, où elle a inspiré les travaux de Tizzoni, Alezais et Aiuod, Abelous et Langlois, Albanese, Supino, etc.
Il est établi actuellement que la suppression des capsules chez le chim, le cobaye ou la grenouille, entraine la mort en un temps qui varie de dn à vingt-quatre ou trente-six heures. L'extirpation d'une des capsules, accompagnée ou non de l'extirpation partielle de l'autre, ne produit pa& d'accidents.
Pour étudier le mécanisme de la mort, MM. Abelous et Langlois, el plus tard Supino, ont injecté àdes grenouilles du sang de lapins, de cobayes ou de grenouilles décapsulés et sur le point de périr. Us ont déterminé ainsi des paralysies comparables à celles que produit le curare : le& muscles restaient contractiles, tandis que le nerf était sans action: le poison se localise donc sur les plaques motrices. En opérant sur le chien, on constate que le sang de l'animal décapsulé ne produit aucun effet sur un. chien normal, tandis qu'il hâte la mort d'un chien décapsulé et le iait périr en douze heures, au lieu de vingt-quatre à trente-six (Langlois).
Le poison qui agit à la suite de l'extirpation des capsules se trouve dans les muscles, dont on peut l'extraire au moyen de l'alcool. H semble qu il soit analogue aux poisons qui se produisent au cours de la fatigue. Abelous et Langlois, puis Albanese, ont constaté que les mouvements de l'animal abrègent sa survie. Or l'extrait alcoolique des muscles fatigués exerce la même action sur les grenouilles décapsulées, que Textrait alcoolique des muscles provenant d'animaux auxquels on a retiré les capsules. II semblerait, d'après ces résultats, que les poisons du muscle fatigué, poisons qui ont été découverts par Geppert, Zuntz, Mosso, sont détruits dans les capsules ou tout au moins y sont atténués, probablement par un processus d'oxydation; car leur mélange avec quelques gouttes de permanganate de potasse diminue leur toxicité.
On a fait pour les capsules surrénales les mêmes hypothèses que pour le corps thyroïde ; on a admis qu'elles détruisent les poisons ou qu'elles les neutralisent. En faveur de la deuxième opinion, on peut invoquer les bons effets que produisent les extraits de capsules, dont l'injection retarde la mort des animaux opérés ou supprime les convulsions; ce sont les matières solubles dans l'alcool qui possèdent cette action favorable.
De même que pour le corps thyroïde, on peut sauver les animaux en faisant des greffes; M. Abelous a réalisé cette ingénieuse expérience;
LES AUTO-BTOXICATIONS PATHOLOr.rtlUES.
SI a pu retirer ensuite les capsules, les iiniiimux mil survécu : ^fcirent ipaud il extirpa la greffe.
Tous ce& faits tendent à prouver que les capsules sècrèlent une suli- ^■dance :intidotique, mais on peut invoquer d'autres expériences qui ont -^pour but de démontrer qu'elles détruisent les poisons. Albanese(') :i iDiiu que la netirîne tue les grenouilles dccapsulées à dose de i°", 'is que 4"* ne produisent aucun trouble sur les grenouilles saines. '^bâSineme auteur a éltildi que les capsules ne détruisent pas les alcaloïdes. ^mis que la strychnine, tandis que d'après MM. Langlois et Charrin, elles ^M^ient sur la nicotine cl, d'après M. Alielous, sur l'atropine.
L'importance des capsules surrénales en physiologie donne un grand ^*i(érêt aii\ lésions qu'on peut y observer en clinique. On comprend, Siice a\t\ données expérimentales, le mécanisme de l'asthénie que pré- ■^Knfent les individus atteints de nialiuiie d'Addison. Mais, contrairement ^ Ce qui a lieu pour le corps thyroïde, les injections d'extraits capsulairrs •* ont guère produit de bons effets chei les malades : elles ont exercé ^■IQipIcinonl une action diurétique. D'un autre côté, d'après les recherches deColaâ:inti et Bcllati, la toxicité urinaire chez les .iddisonniens serait T*taiôt diminuée qu'augmentée; le coellicient a varié de 0,131 i* 0.222.
Peut-être faul-il nncore invoquer le rote des capsules surrénales, pour ^**pUquer cert.nins phénomènes des infections? On voit en effet qm^ diverses maladies infectieuses jjeuvent déterminer des altérations au ^liveau de ces organes, notamment des congestions et des hémorrhagies. Il est probable que d'autres organes doivent agir sur les substances toxiques : mais les résultats ont été fort contradictoires. On ignore si *0 thymus, la rate, les ganglions lymphatiques, la moelle des os, ont la S^'opriété lie tr.msformer les poisons nés dans l'organisme: il est permis ^e supposer qu'il en est ainsi, mais ou ne possède encore aucune démou- ■tralion. Nous avons reconnu seulement que la moelle des os ne neutralise I>n« l'aclioii de la nicotine, mais elle pourrait bien agir sur d'autres *<J)8lances toxiques.
Les tnivaux de ces dernières années nous ont encore appris que des 8*4iHle« à conduits excréteurs peuvent en même temps posséder une •Acrétion interne; il en est ainsi pour le pancréas. Mais ce serait peut-être 'Otcer un peu le sens du mot intoxit^tion que de faire rentrer dans ce *4kapitre l'histoire du diabète pancréatique. I^ question sera donc étudiée •illeurs.
Auto-intoxication dans les affection» du poumon et du cœur. — *^8 affections de l'appareil respiratoire doivent évidemment produire ' atito-inloiication; dans les cas d'asphyxie, il y a insufTiScince d'exhalation Me l'acide carbonique ; il y a, de plus, insuflïsance d'oxygène et, par conséquent, les combustions étant moins actives, les substances nocives ne
(•) Auu*iEs>, RœheMie» >ur let foiiclions Jea capsules lumîmles, Arck. ilalieniui de •■ • - -.. ÏTIU, p. *9, 18g2.
810 LES INTOXIGATIONS.
subissent pas leur évolution normale. Simanowsky el SchonnoffoQtèlnlii à ce point de vue la transformation du benzol, qui normalement s'oxjdi dans l'organisme et s'élimine à Fétat de phénol sulfo-conjogoé; or dba les animaux rendus dyspnéiques, Toxydation du benzol est diminuée do deux tiers.
D'un autre côté, l'examen des urines chez l'homme ou chez ka ai* maux y dévoile un certain nombre de substances anomales; l'adle urique augmente; en même temps apparaissent l'acide lactique, soofest Facide oxalique, l'acide éthyldiacétique que nous avons trouvé dans 8 c», l'albumine, la glycose; d'après Zillessen, la glycosurie ne se prodninit pas quand on détermine l'asphyxie chez un animal malade ou privé d'aliments.
Yoilà donc des analyses chimiques qui tendent à démontrer h réalité de l'auto-intoxication, probablement par trouble de la nutrition cellulaire, au cours de l'asphyxie. Si l'on ajoute que le poumon sert à la sortie des substances toxiques volatiles, on arrivera à conclure que l'intoxication doit se produire dans le cours de l'asphyxie. Mais ces données théoriques et ces raisonnements par analogie ne permettent pas d'affirmation absoloe, et nous manquons actuellement de faits expérimentaux.
Le rôle de l'auto-intoxication doit être moins important dans les affections du cœur. M. Ducamp a montré que la toxicité urinaire augmente eo cas d'hypertrophie cardiaque et diminue dans l'asystolie.
Auto-intoxication dans les affections cutanées. — La peau est, aîec le rein et le poumon, un des principaux émonctoires pour les matières nocives formées dans l'économie. Aussi a-t-on pensé depuis longtemps! rattacher à une auto-intoxication les accidents qui suivent la suppression des fonctions cutanées.
Bien des auteurs ont cru pouvoir expliquer ainsi les effets du vernissa^ ou des brûlures étendues.
Les accidents consécutifs au vernissage sont généralement attribués au rayonnement considérable et à la perte de calorique qui en est la codséquence. Il en résulte un abaissement de la température, une disparition du glycogène hépatique, une coloration rouge du sang veineux (Cl. Bernard), des altérations viscérales et notamment des lésions médullaires (Fcinberg). des congestions du foie, de l'estomac, du catarrhe de l'intestin, de b néphrite. Tous ces phénomènes peuvent-ils être attribués à la réfrigération? C'est ce qu'il semble difficile d'admettre. Aussi invoque-t-oo depuis longtemps une intoxication de l'organisme soit par des matières connues comme l'acide carbonique (Bouley) ou l'anunoniaque, soit par des matières indéterminées, soit enfin par un mécanisme plus complexe, par une urémie résultant des altérations rénales.
La théorie de Bouley n'est pas soutenable et celle de Furémîe n'explique pas la mort rapide qui survient à la suite du vernissage total. Edenhuixer avait admis la rétention d'un principe gazeux; il pensa que c'était Fammoniaque, car il trouva du phosphate ammoniaco-magnésien au niveau des
LES AUTO-INTOXICâTIONS pathologiques. 81 i
parties yemissées. Mais c'est Sokoloff(') à qui revient le mérite d'avoir bien compris le problème : il a constaté que le vernissage peut entraîner h mort en quelques heures avec hypothermie, albuminurie et diarrhée; la respiration est lente, superficielle, irréguliëre; les animaux succombent dans le coma. Or, en injectant à des animaux sains le sang des animaux femissésy on provoque une albuminurie qui dure de trois à quatre jours et que ne produit pas le sang normal.
Les expériences de Sokoloff, malgré leur intérêt, n'étaient pas suffisantes pour entraîner la conviction, car les accidents produits étaient beaucoup trop légers.
La question a été reprise récemment et s'est enrichie d'importants résultats qui s'appliquent à la fois à la physiologie pathologique du vernissage et des brûlures; dans ce dernier cas les phénomènes sont encore plus complexes, car ils peuvent relever de plusieurs processus différents : tantôt l'individu brûlé succombe en quelques heures; il s'agit alors d'un vrai choc nerveux; ou bien il meurt en vingt-quatre ou quarante-huit heures, et Ton trouve dans les vaisseaux de nombreuses thromboses explicables par les altérations que présente le sang. Enfin, dans les cas où la mort survient tardivement, on rencontre des lésions viscérales, et particulièrement des néphrites et des ulcérations duodénales qui semblent insuffisantes, au moins les premières, à expliquer la mort. On est donc conduit à invoquer l'influence d'une intoxication. Cette idée, émise par Avdakof et par Lesser, développée par Foa (*), peut s'appuyer sur quelques faits expérimentaux.
Kianicine (') a trouvé dans le sang, les organes, l'urine des chiens brûlés ou vernis, une ptomaïne, qui rappelle la peptotoxine et tue la grenouille aux doses de 0'%08 à 0^,16. Chez le lapin, l'injection de 0'%4 à 0'%5 donne de la somnolence, abaisse la température à 34, 33 degrés et finit par tuer en vingt-quatre heures. L'autopsie révèle une congestion intense des organes. D'un autre côté, Reiss, Boyer et Guinard (*) ont vu augmenter la toxicité des urines à la suite des brûlures; Reiss attribue ce résultat à des bases qui seraient analogues à la pyridine et dont l'injection sous-cutanée produit chez le cobaye du coma et des convulsions.
L'empoisonnement, dans les cas de brûlure, tient en partie aux substances toxiques qui se forment dans les tissus atteints. Lustgarien y n trouvé un poison analogue à la muscarine et dont l'atropine serait l'anlidote. Ce poison, d'après Vassale et Sacchi ('), diffuse dans l'organisme et envahit tous les tissus de l'animal en expérience.
(*) SoKOLorr, Ueber den Einâuss der kfinstlichen Unierdrûckungs der Hantperspiration aiif dcn thierischen Organismus. Arch. fûrpathol. Anat. und PhysioL, t. LXIV, 1875.
(*) Foa, Snlla morte per bniciature. Rivisla sperimentaU de fieniatria e médecine legaU, toI. VU, 1881.
if) KuHicixE, De la cause de la mort à la suite des brûlures étendues de la peau. Arch, de médecine expér.^ 1894, p. 731.
(*) BoTER et GcciAnD, Des brûlures. Paris 1805.
(^ Vassaib e Sacchi, Sulla tossicità dei tessuti scottati. La Hi forma medica, 1803, IV, p. 544.
L'intoxication explique parfaitement la plupart des symptômes présentés par les brûlés» et notamment les modifications yasculaires el respintoim, que MM. Boyer et Guinard ont mises en évidence au moyen de la méthode graphique, l'hypothermie tardive, qu'il ne faut pas confondre avecl'hypo. thermie initiale due au choc nerveux, les altérations du sang, analogues! celles qu'on observe dans les infections graves, les thromboses, les lésiom viscérales telles que néphrite, ulcérations de l'intestin, etc.
Sans être aussi actives que les brûlures, les affections cutanées, en trooblant i'émonction de la peau, produisent l'auto-intoxication. Griflilhsa trour^ dans l'urine des eczémateux une ptomaïne vénéneuse, et tout récemment MM. Hallopeau et Tète ont décelé dans la dermatite herpétifonne une base produisant des ulcérations et des décollements de la peau.
On peut trouver des toxines dans le sang et le sérum. C'est ce que Quinquaud (*) a reconnu : il a montré que le sérum était hypertoiique dans les affections cutanées d'origine rénale, dans les dermatites atec grandes exfoliations, dans le pemphigus aigu, l'érythème infectieux, l'eczéma généralisé ; il est hypotoxique dans le pemphigus cachectique.
V auto-intoxication dans les affections du système nerveux. — to bon nombre d'affections nerveuses relèvent de modifications dans la nutrition cellulaire et sont dues à la formation de substances toxiques ; de même que les poisons exogènes, plomb, alcool ou morphine, peuvent produire différentes lésions ou différents troubles du système nerveux, de même les auto-intoxications peuvent engendrer les accidents les plus divers.
Nous avons déjà montré la fréquence des manifestations nerveuses lu cours des affections gastro-intestinales, hépatiques ou rénales. Or, Tod connaît les relations qui existent entre l'arthritisme et diverses vésanies, voire la paralysie générale. M. Pierrot fait remarquer, à ce propos, que les arthritiques sont atteints de dyspepsie, de dilatation stomacale, de troubles intestinaux et hépatiques. Il existe chez eux un mauvais chimisme élémentaire, se traduisant par une exagération dans la prodoctiou des substances toxiques ou une diminution dans leur destruction. On peut donc conclure, avec Pierrot, Gautier, Brieger, Bienstock, que certaines formes de folie relèvent d'une auto-intoxication.
Quelques faits expérimentaux viennent étayer cette conception. Sekui avait déjà signalé la présence d'une base volatile toxique dans l'urine des paralytiques généraux; dans plusieurs affections nerveuses, M. Pouchet avait vu augmenter les alcaloïdes urinaires. Enfin, plus récemment, d'Abundo, Régis et Chevalier-Lavaure, Hairet et Bosc('), Dubois et Weil, de Bœck et Slosse, Brugia ont étudié la toxicité du sérum ou de TuriDe dans les diverses formes d'aliénation mentale. Les résultats obtenus par ces expérimentateurs sont assez concordants.
(') QunfQUAUD, Des rariations de la Undeité du sérom aanguîa dans lea affections eatanAr». Soc. de dermatologie et ayph.^ 18 mai 1893.
(^ M\iRFT et Bosc, Recherches expérimentales for la Unicité de rarioe des aliénés. Arch. dephys., 1892, p. 12.
LES AUTO-mTOXICATIONS PATHOLOGIQUES. 815
La toxicité urinaire, diminuée dans la démence sénile, dans les périodes de calme de la folie , augmente dans la mélancolie et dans certaines formes de dépression mentale.
Mais le fait le plus curieux, bien mis en évidence par Brugia, c'est que l'urine des excités produit des convulsions, un abaissement thermique de i degré, parfois de la mydriase ; Turine des déprimés amené de l'abattement, de la somnolence, du coma, de la paralysie, de Tarythmie du pouls et de la respiration; les pupilles sont rétrécies; enfin l'hypothermie est très considérable et atteint 3 et 4 degrés. Les différences sont très nettes quand on observe un malade passant successivement par ces deux périodes.
Continuant ses recherches, Brugia(*) a reconnu que l'extrait alcoolique des urines recueillies pendant la période de dépression, n'est presque pas toxique. L'extrait pratiqué avec des urines provenant d'exaltés produit les mêmes effets que l'urine totale ; ces effets sont dus en grande partie à des alcaloïdes, que Brugia a pu extraire.
D'après d'Abundo, la toxicité du sérum est moins marquée que normalement dans les cas de dépression et de stupeur, par exemple dans l'idiotie, Timbécillité, après les accès épileptiques; elle est plus élevée s'il y a excitation, comme dans la manie, la folie pellagreuse; elle est diminuée dans la lypémanie, mais augmente en cas d'agitation ; très notable dans la paralysie générale, elle tombe au-dessous de la normale pendant les périodes de calme. D résulte encore des recherches de l'auteur que les urines peu actives amènent la mort dans le coma: elles sont convulsivantes quand leur toxicité est élevée.
MM. Régis et Chevalier-Lavaure (') ont constaté que le sérum et l'urine présentaient en général des variations en sens inverse : dans les cas d'excitation, l'urine était moins toxique et le sérum l'était plus que normalement; c'était le contraire en cas de dépression.
P&rmi les névroses, c'est d'abord l'épilepsie qui a fixé l'attention des observateurs. Le problème a été abordé par Wl, Deny et Chouppe ('), FéréH, Voisin et Peron(»).
M. Féré, qui a étudié la question avec beaucoup de soin, a trouvé que les urines émises avant l'attaque étaient très toxiques et très convulsivantes; après l'attaque elles étaient peu actives et ne déterminaient [MM ou déterminaient peu de convulsions. Dans les expériences de cet
(*) BiniGU, La toiBciU délie nrine nei paszi. La Riforma medica, iS92, HI, p. 807.
O Cbetaubk-Lataurc, Des auto-intoxications dans les maladies mentales. Thèse de Bordeaux^ 890. — Resd et CiuTAucA-LATAimi, Id. Congrès des médecins aliénistes, La Rochelle,
(^ Dot et baoupps. Note sur le poaroir toxique de rorine dans l'épilepsie. Comptes rendus Ee U Soe. de bioL, 1889, p. 687.
{*) ftht, ?iote sur les effets immédiats et tardifs des injections intra- veineuses d'uriru*^ d'<'|)icptiqnes. Ibid.^ 1800, p. 905. — Deuxième note. Ibid.^ p. 1890. p. 257. — Troisit'me note bid., 1890, p. 514. — Note sur la toxicité des urines des épileptiques. Ibid.,, 1893, p. 743.
O VoDor et PcBox, Recherches sur la toxicité urinaire chez les épileptiques. Arch. de fi€, 1893, p. 178 et 1893, p. 65.
auteur, nous voyons le coefficient urotoxique s'élever en moyenne i 0,720 et atteindre parfois 1,416; les urines postparoxystiques oscilkol autour de 0,478 et tombent parfois à 0,110. Pourtant ces règles ne sont pas absolues : dans un cas, les urines furent constamment hjpotoxiques.
On ne sait évidemment pas à quelle substance particulière est due h toxicité spéciale des urines d'épileptiques. On peut seulement bire jouer un certain rôle aux bases découvertes par Griffiths et Chiaruttini : pendani les accès des névroses paroxystiques, le sang et l'urine renferment des alcaloïdes qui produisent des troubles respiratoires, de la tachycardie, de la polyurie, des contractions intestinales : la mort survient au milieu de convulsions (*).
C'est aussi à des alcaloïdes que MM. Boinet et Silbert (') attribuent b toxicité des urines dans le goitre exophtalmique. Us ont pu extraire trois ptomaïnes de Furine alcalinisée : la première, soluble dans l'alcool amyliqne, détermine de l'arythmie cardiaque et des convulsions; la dmxiàne, soluble dans la benzine, produit des troubles moins marqués du côté do cœur, et amène des convulsions moins violentes; la troisième, soluble dans l'éther, est également convulsivante et produit le ralentissement do cœur, puis son accélération et son arrêt en systole. En opérant sur rorine acidifiée, les auteurs ont trouvé une base amylique, amenant des paralysies musculaires et l'arrêt du cœur en diastole, et une base éthérée, produisant la résolution musculaire et augmentant l'amplitude des systoles cardiaques.
Dans l'éclampsie des enfants, l'urine, d'après Mlle Chembach, serut plus toxique que normalement; son action diminue quand on administre aux malades du bromure de potassium
La tétanie ne constitue plus une entité particulière ; c'est un syndrome dont on admet aujourd'hui les variétés suivantes : épidémique, strumiprive, myxœdémateuse, gastro-intestinale, toxique. Laissant de côté la variété épidémique, nous pouvons reconnaître facilement que les autres espèces relèvent d'une intoxication : nous avons suffisamment insisté sur la pathogénie de la tétanie gastrique. La tétanie strumiprive consécutÎTe à l'extirpation du corps thyroïde survient également chez l'homme, le chien et le chat; à la clinique de Billroth, on a observé les accidents dan< 23 pour 100 de cas; ils débutent aussitôt après la narcose, ou de deux à dix jours après l'opération. La nature toxique des phénomènes ne peut être mise en doute depuis les travaux qui nous ont fait connaître les fonctions du corps thyroïde.
La tétanie myxœdémateuse, due à l'atrophie du corps thyroïde, est parfois rattachée à l'action nocive de la mucine; on observe' en effet les
(') CennuTTcn, Ricerche salle ptomaîne nelle nerroâ •oeesBoati. La Riforma mediea^ i^. t n, p. 687.
\}) Boi!ŒT et SiLBSHT, Dcs ptomaïoef urinairei dans le goitre cxopliUlmiqne. Rewm» de médecine^ 1892, p. 33.
LES AUÎO-INTOXIGâTIONS PATHOLOGIQUES. 8i5
mêmes accidents quand on injecte cette substance à des animaux. Schlcdnger fait rentrer dans le groupe des tétanies par intoxications exogènes, celles qui sont déterminées par la pellagre, le chloroforme, Tergotisme ; or. parmi les produits toxiques de l'ergot, se trouve une substance analogue à la mucine.
Tels sont les principaux résultats qu'on a obtenus dans l'étude des auto-intoxications au cours des affections nerveuses. On voit que les recherches récentes ont soulevé un grand nombre d'importants problèmes, et, sans avoir fourni des solutions sufasantes, ont déjà conduit à des données curieuses; il semble démontré, en effet, qu'il se produit une quantité considérable de nouvelles matières toxiques, notamment des alcaloïdes, dont les travaux ultérieurs établiront d'une façon plus précise et l'origine et la signification pathogénique.
VautO'intoocication dans les maladies infectieuses. — On tend do plus en plus à admettre aujourd'hui que les accidents des infections relèvent, pour la plupart, d'une intoxication. Les poisons qui agissent sont multiples. En tète se placent les substances provenant des agents pathogènes, et analogues ou identiques à celles qu'on trouve dans les cultures de ces agents.
Nous n'avons pas à étudier le mode de formation des poisons microbiens ni à rechercher leur action sur l'organisme (^). Toutes ces questions sont traitées avec les détails nécessaires à propos des infections, il nous suffit de rappeler les résultats dont la connaissance est indispensable pour notre sujet.
Pendant longtemps, on a considéré les poisons microbiens comme étant analogues aux alcaloïdes ; ce fut l'opinion généralement admise à la suite des beaux travaux de Brieger. Mais les objections ne tardèrent pas à surgir, et l'on se demanda si les poisons isolés par les chimistes se trouvaient véritablement dans les cultures ou s'ils ne prenaient pas naissance pendant les manipulations destinées à les préparer. Bassi a montré, par exemple, que la typhotoxine de Brieger ne préexiste pas sous cette forme; de même, les ptomaïnes isolées des cultures du tétanos ne représentent pas le véritable poison de ce microbe; tout au plus peut-on admettre qu'elles en dérivent.
Devant ces résultats, une opinion nouvelle prit naissance et l'on revint à Tancienne théorie de Panum : les poisons microbiens lurent considérés comme étant essentiellement représentés par des subsl^ances insolubles
(*) Pour l'étnde des poûoiiB microbiens, oo pourra ooosalter, outre les traités de beotériolo' gie, les traTsuz suÎTsnts :
Bbimir, Ueber Ptomiîne, 5 brochures. Berlin, 1885-1886. Traduction française de Roussy et Winter, sous ee titre : Microbes, ptomaïnes et maladies. Paris, 1887.
BoiK»ABO, Leçons sur les auto-intoxications dans les maladies. Paris, 1887. — Thérapeutique des maladies infectieuses. Paris, 1800. — Les microbes pathogènes. Paris, 1802.
CiABEni, La maladie pyocyanique. Paris, 1880.
RoasA, Les poisons d'origine microbienne. Gazette hebdomadaire, !2S décembre 1888.
Aiu>iHO, Lesrirus. Paris, 1801.
GAMAirïA, Les poisons bactériens. Paris, 180S.
81 6 LES JNTOXiaTIONS.
dans Talcool. Mais le désaccord commence dès quMI s^agit de précinerh nature chimique du poison : c'est ainsi que, pour le bacille de la diphtérie, Roux et Ycrsin rangent la toxine parmi les diaslases, Brieger et Kneakcl parmi les serines, tandis que les recherches de Wassermami et Prosboer fendent à la faire considérer comme une albumose. Cette dernière oooccption semble prévaloir; sans doute il était rationnel de rattacher Ifs poisons microbiens à des ferments et de considérer les agents pathogènes comme transformant le milieu animal à la façon de la levure qui dédouble la saccharose; mais cette hypothèse ne peut s'appuyer que sur une seole expérience : c'est celle que MM. Courmont et Ôoyon ont réalisée avec le tétanos; or, de nombreuses recherches ayant fait mettre en doute la réalité des faits observés par ces expérimentateurs, il nous faut attendre pour accepter ce processus.
Quelle que soit la nature chimique des poisons bactériens, on admet généralement qu'ils se produisent par dédoublement de la matière azotée; mais des travaux récents établissent que les bactéries agissent plutôt pir synthèse ; même dans un milieu dépourvu d'albumine, elles peuvent produire leurs toxines; on est conduit ainsi à une hypothèse, développée iiec beaucoup de talent par M. Gamaleia : les poisons bactériens ne seraient pas des produits de sécrétion ; ils seraient constitués par le protoplasna même des cellules microbiennes; ce seraient des nucléines extrêmement instables et se décomposant avec la plus grande facilité ; il se prodnirût alors des substances qui ne préexistaient pas dans la culture, et panni lesquelles se placent les toxalbumines, les toxalbumoses, les ptomaîoes. Les mêmes décompositions se passent-elle dans l'organisme? Cela est probable et on s'explique ainsi les diverses manifestations cliniques et l'immunité consécutive à l'infection.
A côté des poisons relevant du microbe lui-même, il faut faire une large place aux poisons formés par l'organisme malade; ceux-ci peuvent se diviser en trois groupes :
l"" Poisons produits par l'organisme sous l'influence des microbes pathogènes. Ce groupe, dont nous ne faisons qu'entrevoir l'importance renferme des toxines qui ne peuvent prendre naissance dans les milieux de culture, les microbes s'attaquant directement ou indirectement, au moyen des ferments qu'ils sécrètent, aux principes constitutifs de l'être envahi ;
2'' Poisons prpvenant du tube digestif, dont les putréfactions sont souvent augmentées, au cours des infections les plus diverses;
3° Poisons provenant de la désassimilation qui est activée et pervertie. C'est probablement à cette dernière cause qu'il faut rattacher les profondes modifications qui surviennent au cours des maladies fébriles, dans la constitution chimique de l'organisme. L'alcalinité du sang diminue : au lieu de représenter 250 et 280 milligrammes de soude, elle ne correspond plus guère qu'à 40 milligrammes; le changement tient à une augmentation des acides et notamment des acides formique, acétique,
iacétique, p-oxybutyrique, lactique et des acides gras volatils; chez des hiens rendus fébricitants par des matières septiques, Minkowski a pu rouTer Tacide lactique dans les urines.
Cette augmentation dans la production des acides a pour conséquence uie augmentation dans l'élimination de l'ammoniaque; on en trouve par jour de l'%5 à 2 grammes dans les urines, au lieu de 0*%7.
Les matières extractives, les corps amidés augmentent en même temps, ce qui tient en grande partie aux troubles fonctionnels des organes; en opérant sur des chiens ou des lapins infectés, Weil et Anrep ont reconnu que l'acide benzoïque ne se transforme plus aussi facilement m acide hippurique, ce qui indique un défaut de fonctionnement du
rein.
Les troubles nutritifs engendrés par les infections se traduisent encore par d'autres modifications dans l'excrétion des matières azotées : la séridurie, la globulinurie, Falbumosurie cl probablement l'acétonurie; il faut f ajouter les toxalbumines qui ont été décelées par Alt dans les vomissements des cholériques, par Brieger et Wassermann dans l'urine d'un érysipélateux.
n est actuellement difficile, dans un cas donné, de savoir quelle est l'origine des substances nocives qu'on trouve. Aussi faut-il se contenter des expériences qui nous ont fait connaître en bloc les poisons qui agissent dans les maladies infectieuse».
Comme toujours, on a recherché les substances toxiques au niveau du sang ou dans les urines.
I^ toxicité du sang peut augmenter dans des proportions fort notables. Rummo et Bordoni, dans l'important travail que nous avons déjà cité à plusieurs reprises, ont étudié le sang d'animaux infectés avec les microbes du charbon, delà barbonne des bufDes, du rouget, du choléra des poules, ou avec le pneumocoque de Fraenkel; après l'avoir stérilisé au moyen du filtre de porcelaine ou par des chauffages fractionnés, ils ont constaté qu'il était fort toxique. On peut déterminer des accidents très graves et amener la mort chez un lapin auquel on injecte 10 à 15 centimètres cubes du sérum d'un lapin charbonneux. Avec la même dose du sérum provenant de la barbonne des bufDes, on peut tuer un lapin en quatre heures.
Le plus souvent, c'est dans l'urine qu'on a cherché les poisons morbides; tantôt on s'est contenté d'étudier la toxicité totale de l'urine, tantôt on a tâché d'en isoler une substance définie, le plus souvent une ptomaïne. Dès 1882, M. Bouchard signalait, dans les urines des typhiqucs, la présence d'alcaloïdes dont il obtenait jusqu'à 1 milligramme par jour. Deux ans plus tard, MM. Lépine et Guérin faisaient des constatations semblables dans la fièvre typhoïde et la pneumonie; M. Lépine reconnut de plus, avec M. Aubert, que, dans les urines fébriles, les matières toxiques de nature organique augmentent considérablement, tandis que les poisons minéraux ne subissent pas de variations.
rATHOUMIl Gl^.lliRAI.f;. — [. 59
8i8 LES INTOXICATIONS.
La deuxième méthode consiste à étudier la toxicité des urines s'occuper de la nature des poisons qu'elles renferment. C'est ainsi que M. Bouchard a pu mettre en évidence les propriétés spéciales que possèdent les urines des cholériques. On peut dire, sans exagération, qw c'est le travail fondamental sur ce sujet, celui qui a servi de modèle an recherches ultérieures.
L'urine des cholériques produit des efiets bien différents de l'iiriiie normale : le myosis fait défaut, mais très rapidement on voit sunrenir de la cpnose, évidente à la face interne de l'oreille» des crampes mosci* laires, une réfrigération excessive ; puis l'animal est pris d'une diarriiée en purée, blanchâtre ou rougeàtre, sans trace de bile; l'albuminurie apparaît et, après un jour ou deux, Tanurie se déclare, l'hypothermie s accentue et les animaux meurent avec 33 ou 34 degrés de température redak.
Au cours des autres maladies infectieuses, on n'a pas obtenu un taUeM aussi saisissant que celui que nous venons de reproduire, d'après M. Bouchard; on a constaté simplement des modifications surtout quantitatives de la toxicité urinaire. C'est ce qui s'observe dans la pneumonie. M. Lépiw a signalé la présence d'un alcaloïde toxique, d'autant plus abondant que le cas était plus grave. Le résultat a été confirmé par Griffithset par AIbu ; ce dernier auteur, en opérant sur 8 litres d'urine, a pu retirer 0*^,036 d'alcaloïde; 0'%01 tuait la souris, tandis que 0*^,02 ne produisait aucun effet chez le lapin.
Des recherches poursuivies avec M. Gaume(*) nous ont montré, contnir^ ment à toute attente, que la toxicité de l'urine va diminuant au for et à mesure que la maladie progresse; à la fin de la période d'état, die est deux ou trois fois moindre que normalement. Puis, au moment de b défervescence, il se produit une crise urotoxique; la toxicité derient supérieure à la normale : dans quelques cas, elle la dépasse de peu, parfoi> elle^peut acquérir une valeur double, triple ou même quadruple. Cette décharge dure de vingt-quatre à quarante-huit heures, puis l'urine, pendant la convalescence, présente une toxicité assez variable, égale, inférieure ou supérieure à la normale.
En même temps que ces modifications dans la toxicité urinaire, on observe des changements comparables du côté du sérum. Rununo et Bordoni ont montré que, pendant la période d'état, il y a diminution de sa toxicité immédiate et augmentation de sa toxicité tardive; il faut, en effet, 16 centimètres cubes par kilogramme (au lieu de 10) pour amener b mort en quatre ou cinq minutes; en introduisant une petite dose, 5 à 6 centimètres cubes par kilogramme, la mort survient au bout de six, huit ou dix heures. Au moment de la défervescence, la toxicité est énorme; il faut 1 centimètre cube par kilogramme pour l'empoisonnement aigu, (F,7 à 0^' ,8 pour l'empoisonnement lent.
L'érysipèle, qui se rapproche par tant de points, de la pneumonie a été
(') Roger et Gaumk, Toxicité de l'arine dant la pneamonîe* Hemte de wiédecùu^ 1889
beaucoup moins étudié. On s'est borné à quelques recherches chimiques. Griffiths a trouvé dans Turine un alcaloïde, l'érysipéline, qui est pyrétogène et tue les animaux en quarante-huit heures. En opérant sur 6 litres 1/2 d'urine, Albu a obtenu 0^%0247 d'une base non toxique.
C'est au microbe de l'érysipèle qu'est due, dans la plupart des cas, la fièvre puerpérale. Albu n'a pas décelé d'alcaloïde, Grifïiths en a isolé un qui tue le chien en douze heures. Ce dernier résultat confirmerait les recherches antérieures de Bourget(') qui avait trouvé des bases fort toxiques dans les urines et dans les organes des puerpérales.
La (lèvre typhoïde est une des maladies où l'on a le plus souvent recherché la présence des toxines.
Rummo et Bordoni en étudiant le sérum, sont arrivés aux résultats suivants : toxicité normale, 10 centimètres cubes par kilogramme, pendant la première semaine; toxicité énorme (2 et même 1 centimètre cube par kilogramme) pendant le deuxième septénaire; retour à la normale pendant le troisième.
La toxicité de l'urine présente des modifications inverses. M. Ausset (') a reconnu qu'elle diminue des deux tiers pendant la période d'état; c'est qu'à ce moment les poisons s'accumulent dans l'organisme; en donnant des bains froids au malade on favorise leur élimination et l'on voit augmenter la toxicité de l'urine (Wcil et Roque, Ausset); au contraire, l'antisepsie intestinale, en entravant la formation des poisons, diminue encore le coefficient toxique de la sécrétion rénale. Au moment de la convalescence, survient un notable changement; les urines acquièrent une haute toxicité, comme l'a établi M. Bouchard.
Les poisons typhiques ont des origines multiples : une grande partie pfend naissance au niveau de l'intestin ; les matières contiennent en effet des alcaloïdes qu'on peut retrouver dans les urines (Bouchard, Lépine et Guérin). Nous avons étudié avec M. Legry ('), la toxicité de ces matières et nous avons reconnu que l'extrait aqueux préparé à chaud tuait le lapin à dose de 89 grammes par kilogramme; l'extrait alcoolique débarrassé de potasse tuait à dose de 461 grammes. 11 faudrait évidemment compléter ces recherches par l'étude des substances préparées à froid et isolées par les procédés qui altèrent le moins les toxines, c'està-dire par la dialyse plutôt que par l'alcool.
Le tétanos est le type des maladies infectieuses d'ordre toxique. Il ét<iit donc intéressant de rechercher les poisons dans l'organisme des malades. Brieger, dans le bras d'un tétanique qu'on venait d'amputer, a trouvé un des alcaloïdes qu'il avait découverts dans les cultures, la tétatine. Mais on sait que ces alcaloïdes ne jouent qu'un rôle restreint et que ce sont des
(*) BouROET, Contribution à l'étude <les ptomaînes et des bases toxiques de Turiiic dans la fièvre puerpérale. Thèse de Genève, 1887.
(*) AinsET, Augmentation considérable de la toxicité urinairc par les bains froids, dans les auJadies infectieuses. Soc. utéd, des hôpitaux, 23 novembre 1804.
O I^fiKT, Contribution à Tétude du foie dans la lièvre typboïde. Thèse de Paris^ 1800, p. 30.
820 LES INTOXianONS.
substances albuminoïdes qui causent la plupart des accidents. M. BouchanL suivant sa méthode, étudia Turine des tétaniques et, avec 34 centimètres cubes, obtint chez l'animal un violent tétanos. Il se garda de conduit qu'il avait mis en évidence le poison tétanique, car le même effet peut» être produit par des urines riches en sels potassiques. Mais plus récemment, Bruschettini (*), qui avait signalé, dès 1890, la présence de toxioei tétaniques dans le sang des animaux inoculés, a démontré que ce poisoD microbien s'éliminait par l'urine.
L'étude des intoxications organiques a encore été poursuivie dans bieD d'autres circonstances.
Au cours des suppurations, Nissen(') constata que le sérum stérilisé empoisonnait la souris, produisant chez cet animal l'hypertrophie de h rate, l'hépatisation pulmonaire, et amenait des épanchements daos h plèvre et le péritoine. Le poison, ainsi trouvé dans le sang, s'élimine dans l'urine qui devient plus toxique que normalement, comme l'ont reconoo Nannotti et Baciocchi (').
L'impaludisme est d'autant plus intéressant à étudier qu'il relève doo d'une bactérie mais d'un protozoaire. Or l'expérience a démontré que l'intoxication y joue un rôle semblable à celui que nous avons sigulé dans les autres maladies infectieuses. Il y a donc là un argument à faire valoir en faveur de ceux qui veulent réunir, et avec raison, selon ooos, les affections bactériennes et les affections parasitaires non bactériennes, mais évoluant d'après le même type clinique.
MM. Roque et Lemoine (*) ont montré en effet qu'avant l'accès intermittent, la toxicité urinaire est normale ou diminuée; le coefficient orotoxique peut tomber à 0,13 et 0,2. Après l'accès, on arrive à des chiffre» très élevés, 0,542 à 1,244 et même 1,443. La toxicité de l'urine suit donc une courbe comparable. à celle qu'on trouve dans la pneumonie, dans l'ictère grave, probablement dans toutes les maladies à crise;. Enfin, en cas de fièvre pernicieuse, l'urine n'est pas très toxique, ce qui tient probablement à l'accumulation des matières nocives dans Torganisme.
Il faut reconnaître pourtant que, dans la fièvre intermittente le sang est moins toxique qu'à l'état normal ; mais il détermine chez les animaux des troubles particuliers, notamment des paralysies à marche progressive (Rummo et Bordoni).
Signalons enfin quelques tentatives poursuivies sur la toxicité urinaire dans l'influenza où les urines produiraient l'élévation de la température el
(*) Bruschettini, Sulle ciiminazione del veleno del telano per mezio délia secrexioiie reaafe. La informa medica, 189*2, II, p. 86.
{*) NissEN, Ucher die loxischc NVirkung des Blules bci aculen EiteningsprocesBen. DeuUckt medicinische Wochenschrifl, p. 29, 1892.
0 Nanotti e Baciocchi, Uicerche inicrno dci microorganismi ed alla toadciie delle urine ne^ individui alTclli da processi suppuralivi. La Riforma medica^ 1802, III, p. 424.
(^) RoQDE et Lemoine, Recherches sur ia toxicité urinaire dans l'impaludiâoie. Revue de médiane, 1890, p. 926
e profonde dyspnée (Semmola) et les recherches de ptomaïnes uriires qui ont été faites dans un certain nombre dMnfections que nous lYons pas encore étudiées.
Dans k scarlatine, Albu a retiré de 4 litres 1/2 d^urine 0'%0154 d'alcaides dont 0'%006 tuent la souris blanche en quelques secondes avec !s convulsions. Griffiths a signalé des ptomaïnes urinaires dans les 'eillons, dans la coqueluche, dans la rougeole ; cependant, dans cette îrnière maladie, la toxicité urinaire est diminuée et, dans les cas graves, e représente que le quart de la toxicité normale (Ausset). Enfin, dans 1 morve, Turine renferme une ptomaïne dont Tinjection sous-cutancc ^termine chez le lapin des abcès, des nodules pulmonaires et spléniques [entraîne la mort; le même poison se retrouve dans les cultures. Griffiths, Albu ont rencontré aussi des ptomaïnes dans l'urine des diphtéques; en opérant sur 3 litres 1/2, Albu a obtenu 29 milligrammes un alcaloïde dont 1 centigramme tue la souris presque instantanément. ) vrai poison de la diphtérie qui, comme on sait, diffère des ptoaînes, passe aussi dans Turine. MM. Roux et Yersin (') ont déontré que l'injection de Turine diphtéritique est suivie de Tapparition paralysies tardives; cette expérience, fort intéressante, confirme la couverte de M. Bouchard ('), qui avait obtenu des résultats tout à fait nblables au cours des maladies expérimentales. Les urines des tuberculeux, quand on les injecte dans les veines chien (Crisafulli) ou du lapin (Cantieri), sont peu toxiques; dans ce nier cas, il faut, pour amener la mort, introduire de 86 à 130 centitres cubes. Mais, quand on observe une poussée aiguë, par exemple, a suite d'une injection de tuberculine, la toxicité urinaire augmente s notablement; dans les expériences de Cantieri, elle s'est élevée à et même à 8 centimètres cubes et la mort est survenue au milieu de lentes convulsions.
Mme Eliacheff, qui s'est servie de la dialyse, a constaté de même que matériaux non dialysables sont moins abondants qu'à l'état normal ; vingt-quatre heures, le tuberculeux émet 0'%130 au lieu de 0'%193. is à la suite de l'injection de tuberculine, elle a trouvé 0*%234. ]es matières non dialysables sont extrêmement toxiques; au lieu des centigrammes nécessaires avec l'urine normale, il suffit de 10 centimmes pour amener la mort en quarante-cinq minutes et de 4 centimmes pour tuer en quelques heures.
9ous pouvons donc conclure que si l'urine des tuberculeux, prise dans I ensemble, est moins toxique que l'urine normale, elle renferme des [icipes spéciaux, peut-être analogues à la tuberculine elle-même, dme l'admettent MM. Charrin et Le Noir, qui ont constaté que son
I Roux et Yeuin, Contribution à l'étude de la diphtérie. Annalei de Cltutitut Pasteur, 18S0.
^]BooauMD, Élimination de certains poisons morbides par les reins. Comptée rendue de adémie dee êcienceê^ 4 juin 1888, et Arch, de phyi., 1889.
injection intra-veineuse produit une diktation vasculaire plus maniiMe que l'urine normale.
Contrairement à la tuberculose, la lèpre semble augmenter le poiifoir loxique de l'urine. Fisichella (*) a reconnu que rurine était en mése temps plus convulsivante, plus hypothermisante et d'autant plus adÎTe que le cas était plus grave. La toxicité urinaire diminue notablcmat sous l'influence du traitement.
Nous avons résumé brièvement les nombreux travaux qui ont mis a évidence Texistence de substances toxiques dans l'organisiçe, au cours des infections les plus diverses. Il est curieux de remarquer que le plus souvent on a décelé chez les malades des substances alcaloîdiques: il semble, au contraire, que les poisons microbiens, teb qu'on les truufe dans les cultures artificielles, rentrent dans la catégorie des albumiooides ou des peptones. Ce désaccord tient peut-être à ce que les poisons soot multiples et qu'on n'a pas recherché suffisamment, chez les malades, tf> substances autres que les bases; peut-être cependant les microbe» agissent-ils différemment dans le corps des animaux et dans le milieu de culture? il est possible enfin que ces ptomaïnes soient produites pir l'organisme lui-même réagissant d'une façon spéciale dans les eonditioiK nouvelles où il est placé.
Il suffit, en effet, d'un changement minime pour modifier complètetement l'action physiologique des composés organiques. Griffiths bit remarquer justement qu'on trouve dans l'urine de diflférents mabdes une base toxique, la propylglycocyamine; or, ce corps n'est autre que de la créatine, substance inoffensive, dans laquelle un atome d*hydrogènea été remplacé par le radical propyl. Ce simple changement a entraîné uœ transformation complète dans l'action physiologique. Klebs a d'ailleiu^ rapporté un exemple semblable : d'après lui, le choléra nostras relèiede la méthylguanidine, poison violent dérivant, par substitution du groupe méthyl à un atome d'hydrogène, de la guanidine, corps inofTensif.
On conçoit donc avec quelle facilité les composa les plus bénins se transforment en composés toxiques, et l'on comprend que dans une même maladie suivant une foule de circonstances secondaires, l'autointoxication puisse être due à des substances variables. Aussi les résultats n'ont-ils pas toujours été concordants; la toxicité de l'urine \znt d'un malade à l'autre; chez deux individus atteints d'une même maladie, l'urine de l'un contient des alcaloïdes, celle de l'autre peut ne pas en renfermer.
A côté des poisons sécrétés par les microbes ou produits sous leur influence, il faut tenir compte des poisons qui prennent naissance au cours des diverses infections, par défaut d'oxydation ; c'est un point que les recherches de M. Albert Robin ont bien mis en évidence; il y a début de transformation des substances toxiques dans les organes plus ou
(*) FisicRELU, SuIIa tosûciU àeHV urina dei lebbrosi. Lm Riforwtm wiediem^ 1895, III, f. 35i.
LES AUTO-INTOXIGATIONS PATHOLOGIQUES. 8â5
moins troublés; les poisons arrivent en excès à Témonctoire rénal; si celui-ci est perméable, Turine emporte les matières nocives et acquiert on haut degré de toxicité. Sinon les poisons s'accumulent dans Téconomie, pour être chassés plus tard, au moment de la crise ; la toxicité de l'urine, peu marquée pendant la période d'état, s'élève brusquement au moment de la guérison. Cette évolution très nette dans les maladies à défervescence brusque, comme la pneumonie, s'observe aussi dans l'ictère grave, la fièvre intermittente et même la fièvre typhoïde; il y a donc un balancement curieux entre la toxicité du sérum et celle de l'urine; mais il ne faudrait pas conclure qu'il y a simplement rétention des toxines et élimination ultérieure; les faits sont plus complexes. La toxicité du sérum est due à des matières albuminoïdes, celle de l'urine à des substances différentes; on peut donc supposer que la rétention des poisons dans l'économie dépend de leur nature et que leur rejet ne peut se faire que lorsqu'ils ont subi une modification ultérieure.
Ainsi, malgré ces obscurités, on voit que l'histoire des intoxications dans les maladies infectieuses a fait de nombreux progrès dans ces dernières années. C'est que de tous les côtés on a compris l'importance de la question et que beaucoup de travailleurs ont essayé d'apporter leur contribution à cette étude; les résultats obtenus encouragent à continuer les recherches et il est certain qu'il reste sur ce sujet bien des faits intéressants qu'on ne tardera pas à découvrir.
U auto-intoxication dans le cancer et la leucémie. — Quelle que soit l'idée qu'on se fasse de la nature du cancer, il n'est pas douteux qu'un grand nombre des manifestations cliniques qu'on y observe relève d'une intoxication de l'organisme. Les recherches d'Adamkiewicz tendent à donner un appui expérimental à cette idée ; dans les néoplasmes malins, cet auteur a trouvé une substance, la cancroïne, analogue sinon identique à la neurine et déterminant des accidents convulsifs en agissant sur la moelle allongée. MM. Richet et Héricourt ont obtenu des résultats analogues, au moins avec les épithéliomes ulcérés. Dans l'urine de malades atteints de cancer, on a rencontré plusieurs fois des ptomaïnes; Ewald et Jacobson en ont décelé dans le cancer de l'estomac ; GrifTiths a trouvé une base toxique dans l'urine d'une femme atteinte de cancer utérin.
Dans la leucémie qu'on rapproche souvent du cancer, nous avons constaté que les urines étaient hypertoxiques; le coefficient urotoxique peut atteindre 1,666.
VautO'intoxication dans les troubles nutritifs^ les diathèses, etc. — Une grande partie des symptômes qui caractérisent les diathèses, rclèven d'une auto-intoxication. L'élaboration de la matière se faisant d'une façon défectueuse, il en résulte la formation de substances qui doivent nuire au fonctionnement régulier de l'être. Le trouble portera sur la matière azotée et sur les hydrates de carbone et se traduira par la production exagérée d'acide urique, de sucre, de différents acides et spécialement
d'acides gras Tolatils; il pourra aboutir à ce syndrome si curieaiqu'oo désigne sous le nom d^acétonémie.
Nous n'avons pas à étudier ces différentes manifestations qui seroDi décrites avec tous les détails nécessaires dans le chapitre consacré am troubles primitifs de la nutrition. Remarquons seulement que les troubles nutritifs secondaires peuvent survenir au cours ou à la suite de diverses maladies toxiques ou infectieuses et susciter toute une série d'accidents qui aboutiront encore à l'intoxication .
C'est aussi un trouble nutritif qui explique Tauto-intoxication dans les cas d'anémie; Piccini et Ceuti ont démontré, en eifet, que chez les anè* miques, le coefficient urotoxique était augmenté.
Les auto-intoxications secondaires. — Sous ce titre nous avons proposé de décrire les auto-intoxications qui se produisent au cours des empoisonnements exogènes. C'est surtout dans l'intoxication phosf^rée que ce processus joue un rôle important. Le phosphore n'agit pas en soustrayant Toxygène du sang; il provoque une série de troubles fonctionnels aboutissant à des désordres anatomiques du côté du foie et des reins; il se trouve par conséquent augmenter les sources d'auto-intoxication, diminuer l'élimination, entraver les transformations.
Dans un grand nombre d'autres empoisonnements, la nutrition est modifiée et l'organisme donne naissance à des substances nocives; Tacide lactique qui se forme dans les intoxications par le curare, Toxyde de carbone, etc., l'albuminurie, la peptonurie, la glycosurie même témoignent suffisamment de ces changements nutritifs qui jouent un rôle plus ou moins important dans la physiologie pathologique des troubles et des symptômes.
Les auto-intoxications définies chimiquement. — Après avoir montré le rôle et le mécanisme de l'auto-intoxication dans les affections les plus diverses, nous allons dire quelques mots des substances toxiques qui sont connues et défmies chimiquement. Nous pourrons ainsi examiner sous un nouveau point de vue plusieurs questions que nous avons déjà étudiées.
Les auto-intoxications acides. — Lacticémie. — Un grand nombre d'acides peuvent se produire dans les conditions pathologiques et vicier la constitution des milieux organiques : en tête, se place l'acide lactique. Ce corps prend naissance quand les oxydations sont entravées, par exemple dans Tasphyxie; il se forme dans l'inanition, au cours des empoisonnements et des maladies infectieuses, dans les affections hépatiques et gastro-intestinales.
Parmi les empoisonnements qui provoquent le plus souvent la lacticémie, il faut citer en première ligne l'intoxication phosphorée; viennent ensuite les empoisonnements par l'oxyde de carbone, l'acide prussique, le curare, la strychnine. On ne peut que faire des hypothèses sur le mode d'action de ces substances; aussi certains expérimentateurs pensent-ils
que les poisons amènent la formation de l'acide lactique en agissant sur le sang et en entravant les oxydations ; l'explication serait valable pour Foiyde de carbone, mais pour le phosphore on tend à considérer le phénomène comme relevant d'une insufOsance hépatique. 11 est certain que cette cause doit entrer en ligne de compte; caTf dans les affections destructives du foie, on observe la présence de l'acide lactique dans l'urine; le même corps apparaît chez les animaux, Oiseaux ou Batraciens, chez lesquels le foie a été extirpé. Une explication unique ne peut donc être proposée; il faut invoquer l'influence de causes multiples. 11 en est de même pour les infections ; la lacticémie se produit dans toutes les maladies où la température est élevée, y compris la trichinose; il est bien certain que le processus doit être fort complexe et qu'il faut faire une part aux modifications de la nutrition, aux défauts des oxydations, aux troubles hépatiques, aux fermentations gastro-intestinales.
C'est, en effet, par suite d'une exagération des putréfactions que les affections du tube digestif peuvent produire le syndromes que nous étudions. L'acide lactique, prenant naissance dans l'intestin, expliquerait pour quelques auteurs certaines des manifestations graves qui pourraient se produire du côté du système osseux et aboutir au rachitisme, à l'ostéomalacie ou simplement aux nodosités articulaires. La même pathogénie a du reste été invoquée pour le diabète; l'acide lactique, provenant d'une transformation du sucre, serait là cause des louleurs osseuses que ressentent parfois les malades et même, d'après II. Teissier, de la phosphaturie.
Dans des conditions à peu près analogues, d'autres acides peuvent se iroduire, en particulier l'acide oxalique; l'oxalurie s'observe dans les as où la transformation des matières ternaires est devenue incomplète, ians les fièvres, les maladies générales, comme le diabète, les affections le l'estomac, du système nerveux, de l'appareil respiratoire.
Enfin, des acides gras peuvent prendre naissance dans les cas de :roubles nutritifs et surtout dans le diabète; ce sont les acides, en effet, {ui jouent le rôle principal dans l'important syndrome qu'il nous reste à étudier et qui est généralement décrit sous le nom d'acétonémie ou d'acéi>nurie.
Acétonémie. — L'acétonémie a été rencontrée d'abord au cours du liabète sucré; elle se caractérise par une série de symptômes dont les )rincipaux consistent en une douleur épigastrique, une dyspnée spéciale respiration de Kussmaul) ; enfin elle aboutit au coma et à la mort avec lypothermie. Ce qui permet de rattacher cet état morbide à l'acétone ou I des substances voisines, notamment à l'acide éthyldiacétique, c'est 'odeur de l'urine et de l'air expiré, odeur qui rappelle celle du chloroforme. L'examen de l'urine est indispensable pour le diagnostic; l'adjonction l'une goutte de perchlorure de fer donne une coloration rouge vineux, [ui est due, non à l'acétone, mais à l'acide éthyldiacétique; cet acide Misse dans l'extrait éthéré pratiqué après adjonction d'acide sulfurique;
826 LES DfroXIGATIONS.
si Ton chasse Téther, le liquide restant donne encore avec le perchloniit une coloration rouge qui diminue en vingt-quatre ou quaranie-hait heure».
Une réaction, moins pratique, consiste à distiller Turine et dans b partie distillée à verser de l'ammoniaque, puis quelques gouttes de niln^ prussiate de soude; on obtient ainsi une coloration violette qui pisse bientôt au jaune; en ajoutant deux gouttes d'acide acétique, le liquile prend une teinte pourpre. On peut encore se servir de k fticlisine, décolorée par Facide sulfureux, qui reprend une coloration rouge, mais cette réaction n'a qu'une valeur douteuse. Enfin en chaufiant l'urine âTec èi chlorure de cuivre et de a potasse, on obtient une réduction noire.
On a longtemps attribué les manifestations de l'acétonémie à l'acétow; le nom imposé au syndrome consacre cette théorie. Les phénomènes sont, en réalité, beaucoup plus complexes; ils relèvent d'une série de substances dont la principale est représentée par l'acide éthyldiacétique ou acédidacétique ou diacétique; aussi a-t-on proposé de remplacer les tenu» d'acétonémie et d'acétonurie par ceux de diacétémie et diacéturie. Ces expressions seraient plus justes et plus conformes aux données de b chimie et de l'expérimentation : il est établi, en effets que les substances de l'urine acétonurique, qui passent à la distillation, ne sont pis toxiques (Bonardi) ; d'un autre côté, pour empoisonner un animal, il bot ho injecter de hautes doses d'acétone, environ 7 centimètres cubes par kik.
L'acide acéthylacétique est accompagné d'une série d'autres acides, tek que : acides lactique, acétique, formique, propionique, crotonique, ^ oxjbntyrique ; ces acides s'emparant des bases de l'oganisme, notanunent dr l'ammoniaque qui se trouve éliminé en grand excès par l'urine , diminuent l'alcalinité du sang (Frerichs) ; leurs sels neutres étant peu nocifs, on a pu espérer qu'on combattrait les accidents diacétémiques en injectant des solutions alcalines dans les veines : la méthode est nitionneUe, mais n'a pas encore donné de vrais succès.
L'acétonurie se produit dans une foule de circonstances.
11 existe d'abord une acétonurie physiologique (V. Jaksch). On obtient avec le perchlorure de fer, une légère coloration vineuse dans l'urine de gens bien portants, surtout chez ceux qui mangent beaucoup de'viande: rappelons à ce propos que l'alimentation camée favorise le développ^ ment du coma chez les diabétiques.
V. Jaksch, Tuczek ont signalé une acétonurie d'inanition. L'examen de l'urine du célèbre jeûneur Cetti, y démontra effectivement la présence de l'acétone et de l'acide éthyldiacétique; on trouve encore dans le jeûne de Tacide ^ oxybutyrique (Kulz, Lorenz).
Les troubles digestifs produisent le même syndrome. Litten, Senator ont signalé un coma dyspeptique analogue au coma diabétique, s'en distinguant cependant par l'absence de quelques phénomènes importants, notamment par l'absence de la respiration dite de Kussmaul. L'urine donne souvent la coloration rouge chez les dyspeptiques, et particulièrement au cours de la dilatation de l'estomac (Bouchard), sans qu'il y ait
LES AUTO-INTOXICATlOiNS PATHOLOGIQITES. 827
aucun phénomène réactionnel, aucun trouble nerveux particulier. L'acétonémie s'obserre dans toutes les formes de dyspepsie, mais surtout dans les cas de dyspepsie cancéreuse.
L'acétonémie survient parfois au cours des maladies fébriles, fièvres éruptives, choléra (Buhl), tétanos (Nicolaier). Conti(*) a étudié avec soin Tacétonurie de la fièvre typhoïde et a constaté que, d'une façon générale, il y avait une augmentation parallèle entre la quantité d'acétone et le degré de toxicité de l'urine; enfin étudiant l'urine de la pneumonie, le même auteur a reconnu que la toxicité de ce liquide était fort diminuée pendant la période d'état, bien que l'urine contînt parfois (2 fois sur 20 cas) des traces d'acétone.
Les troubles nerveux déterminent fréquemment le syndrome que nous étudions; chez les enfants atteints de manifestations éclamptiques ou épileptiformes il existe une acétonurie convulsive (Baginski) ; on a retrouvé l'acétone au cours des diverses psychopathies (Boeck et Slosse), de l'hystérie, de la mélancholie : il est vrai que, dans ces derniers cas, il s'agissait d'individus ayant des vomissemeùts et mangeant peu ; on peut donc supposer que ces malades, de même que les tabétiques atteints de crises gastriques, présentaient une acétonémie par inanition (V. Noorden).
On observe aussi l'acétonurie dans les affections graves de l'appareil respiratoire : MarkownikofT a signalé ce phénomène dans le pneumothorax et nous l'avons rencontré chez 8 malades dyspnéiques, qui succombèrent quelques jours plus tard.
U existe encore une acétonurie opératoire (') survenant surtout après les opérations abdominales, mais se rencontrant aussi dans d'autres cas, et une acétonurie anémique. Conti, qui a étudié cette dernière variété, a examiné 10 malades : 2 fois il a constaté des traces d'acétone, 1 fois il en a trouvé des quantités considérables.
Toutes les causes qui provoquent de la glycosurie permanente peuvent produire l'acétonurie. Les expériences de Vaughan Harley établissent nettement la réalité de ce fait : l'auteur injecte du sucre dans les veines d'un chien, après ligature des uretères ; au bout d'un temps qui varie de quinze à soixante minutes, éclatent des accidents nerveux : la respiration estaccélérée, les pupilles sont contractées et, si la dose est suffisante, si elle atteint par exemple 10 à 12 grammes par kilogramme, la mort survient dans le coma. Ces accidents ne sont pas dus au sucre : car ce corps disparait rapidement et est remplacé par de l'acide lactique, de l'acétone, de TalcooK ot do l'acide éthyldiacé tique, c'est-à-dire par des substances analogues à celles qu'on trouve chez le diabétique. On conçoit dès lors comment on a pu observer l'acétonémie dans les cas de diabète cx|)éri mental oonHfVulifH A l'extirpation du pancréas (V. Mering et Minkwoski), h Vin\m\\\\M\^\m\ do k phloridzine (Klemperer), à l'extirpation du plexus r(plin<|no ^I.uMi^K
(1) Gosn, Sair aeeUmuria. La Ht forma medica, 1805, IV, p. 675. («) CoTnucAH. Acétonurie opi'Tatoire. Arch. de phyt.^ 1892.
L'acétonurie s^obscrve surtout chez les diabétiques qui se traitent, et notamment chez ceux qui mangent de grandes quantités de viande; ailleurs elle survient à la suite d'une fatigue, d'un voyage, à ToGcasioD d'oo traumatisme ou d'une opération.
Contrairement à ce qu'on aurait pu penser, le sérum des acétonémiques n'est pas extrêmement toxique : dans un cas que nous avons étudié, il a fallu injecter à un lapin 8 centimètres cubes par kilo, du sérum dm diabétique comateux, pour amener la mort.
En résumé, l'acétonémie est un empoisonnement complexe, se produisant dans les conditions les plus diverses et dû à une série de substances dont les principales sont représentées par l'acétone, l'alcool, divers acides et notamment les acides étliyldiacétique et ^xybutyrique.
On a surtout discuté sur le mode de formation de l'acétone; ce corps se rencontre dans l'estomac, le sang, la salive (Mosler), le foie, le cerreio (Berti). Kaulich admet sa formation dans l'estomac par union du sucre avec l'alcool ; Gerhardt, Rupstein pensent à une production directe dam le sang : Hirschfeld invoque une assimilation vicieuse des hydrates de carbone; Y. Noorden soutient qu'il faut chercher son origine dans les albumines de l'organisme, car l'acétone et l'acide diacétique augmentent en même temps que se produit une perte en azote.
L intoxication par les dérivés azotés de V albumine. — Parmi les corps définis chimiquement dont nous venons d'étudier les eiïets, on grand nombre provenait de matières albuminoides, mais tous étaient retombés à l'état de corps ternaires. Voyons maintenant le rôle que peuvent jouer les susbstances pathogènes contenant encore de Tazote.
L'évolution normale des matières azotées aboutit à la production de l'acide urique et de l'urée. Mais, les transformations peuvent être incomplètes même à l'état physiologique : chez les carnivores et parfois chez l'homme l'urine contient de l'ammoniaque.
On admet généralement que l'acide urique relève d'une combustion imparfaite et est en rapport avec une oxydation insuffisante. Mais les recherches de Pfeiffer (*) conduisent à des conclusions bien différentes ; elles établissent que la production de l'acide urique varie parallèlement à celle de l'urée ; les chiffres suivants le démontrent : ils donnent la moyenne de la production de ces deux substances aux divers âges de la vie; les résultats sont rapportés à un poids de 100 kilos.
Acide urique.
Urée.
Adde ariqne.
Crée.
0 à iO ans.
40 à 50 ans.
iO à 20 ans.
. iMi3
60 à 70 ans.
20 à 30 ans.
80 à 90 ans.
30 à 40 ans.
L'acide urique est donc un aboutissant normal; c'est, comme l'a montré Horbaczewski, le produit terminal de la nucléine.
(«) Pfeiffer, Ueber Harnsfiure und Gichl. Berl. klin, Woch,, 1892.
Mais, dans un grand nombre de circonstances, la production de l'acide urique s'exagère d'une façon anomale ; c'est ce qu'on voit dans la goutte et dans une foule d'affections diverses : saturnisme, leucémie, anémies graves, néphrites, pneumonie, etc.
Ailleurs ce seront des acides amidés qui viendront prendre la place de l'urée; la tyrosine, la leucine, la xanthine, l'hypoxanthine et peut-être ia guanine apparaissent dans l'urine au cours de la fièvre, de l'asphyxie, des affections destructives du foie, de l'ictère grave quelle qu'en soit la cause.
Tous ces corps ne sont pas ou sont peu toxiques : il n'en est plus de même de l'ammoniaque qui peut parfois remplacer l'urée.
L'ammoniémie est d'origine interne ou d'origine digestive. La première variété n'est que l'exagération d'un processus normal; le sang contient toujours, au moins chez les carnassiers et les omnivores, du carbamate d'ammoniaque qui se transforme en urée au niveau du foie. En parlant de l'auto-intoxication dans les affections hépatiques, nous avons montré que l'ammoniaque pouvait se former en excès et passer en notable quantité dans l'urine.
D'autres fois, l'ammoniaque prend naissance dans le canal gastrointestinal, où sa présence détermine parfois des lésions inflammatoires : on sait que, pour plusieurs auteurs, l'ammoniémie du mal de Bright reconnaît pour cause une fermentation de l'urée éliminée au niveau de l'intestin.
Les maladies infectieuses : fièvre typhoïde, typhus, tuberculose, pneumonie, peuvent aussi déterminer une production exagérée d'ammoniaque. Évidemment, le mécanisme est toujours complexe, puisque les infections produisent justement plusieurs des conditions qui favorisent l'apparition de cette substance.
Les matières azotées ne s'éliminent pas à l'état normal sous forme d'albumine. Or, cette matière passe dans l'urine, tantôt parce qu'il existe une lésion du rein, tantôt parce qu'il s'est produit une altération du sang; dans le premier cas, c'est la serine qui filtre à travers l'organe malade; dans le second cas, ce sont des albumines anomales qui sont peut-être toxiques et peuvent causer un vrai danger pour l'organisme. Quelques recherches de MM. Teissier et Roques donnant un appui expérimental à cette hypothèse, on se trouve ramené à la théorie de Canstatt et de Semmola sur le mal de Bright; cette théorie, il est vrai, a été vivement attaquée de toutes parts et ne compte guère de défenseurs. Mais, si les albumines pathologiques sont toxiques, on peut se demander si leur élimination est inoffensive et si le trouble fonctionnel ne peut pas finir, à la longue, par entraîner des lésions; il faudrait reprendre les recherches, non en opérant avec du blanc d'œuf, comme le faisait Semmola, mais en se servant des albumines isolées des urines pathologiques.
A l'état normal, on ne trouve pas de peptones dans l'organiraie; mp^
à l'état pathologique, on observe souvent de la peptonurie ou plutôt de l'albumosurie, car c'est de l'albumose et non de la peptone qu'on rencontre presque toujours dans Turine.
Les expérimentateurs n'ayant pu se mettre d'accord sur la toxicité des peptones, encore moins des albumoses, nous n'insisterons pas sur ce point. Rappelons seulement que Talbumosurie se produit dans les circoustances suivantes : les afTections du tube digestif (albumosurieentérogène); les affections du foie (albumosurie hépatogène); le mal de Brigtû; les affections suppuratives (albumosurie pyogène) ; les intoxications, comme l'empoisonnement phosphore; les infections (albumosuries hématogèD» de quelques auteurs), comme l'ictère grave, la fièvre typhoïde, la diphtérie, et, avant tout, le rhumatisme articulaire aigu; l'accord n'est pas fait en ce qui concerne la pneumonie; Leube n'y a jamais trouvé d'albumosurie: Maixner en a toujours rencontré.
Les peptones se transforment facilement, comme on sait, en ptomaïoes. La pepto-toxine de Brieger fait la transition; nous l'avons suffisammeot étudiée à propos de l'hyperchlorhydrie et des brûlures.
De nombreux travaux ont établi la fréquence de Isiptomatinurie; desalaloïdes, toxiques ou indifférents, ont été trouvés dans les affections suivantes : les affections gastro- intestinales, où ils ont été surtout étudiés pir M. Bouchard; — les maladies infectieuses; fièvre typhoïde (Bouchard, Lépine et Guérin), pneumonie (Lépine et Guérin), fièvre puerpérale (Bourget), érysipèle, scarlatine, rougeole, coqueluche, oreillons, grippe, morve, diphtérie (Griffiths, Albu), tétanos (Brieger) ; — le caueer (Ewald, Jacobson, Griffiths); — les affections nerveuses : paralysie générale (Selmi), aliénation mentale (Pouchet), épilepsie (Griffiths), névroses convulsives (Chiaruttini), goitre exophthalmique (Boinet et Silbert); — les affections cutanées : eczéma (Griffiths), dermatite herpétiforme (Hallopeau et Tête), brûlures étendues (Kianicine).
A côté de ces bases on a trouvé d'autres corps, particulièremeot des toxalbumines, et quelquefois la cystine qui accompagne les diamines, putrescine et cadavérine, et semble avoir aussi son origine dans les matières azotées.
U nous reste encore à signaler une dernière substance provenant de^ matières protéiques sulfurées, c'est l'acide sulfhydrique. Ce gaz, accompagné souvent de méthylmercaptan, se renconire surtout dans l'air expiré, parfois dans l'urine.
L'hydrogène sulfuré est généralement d'origine microbienne; il se produit au niveau du tube digestit, où il se rencontre constanunent; mais quand les putréfactions s'exagèrent, dans les cas de diarrhée, il se tonne en abondance, passe dans le sang, s'élimine par le poumon et accessoirement par l'urine.
D'autres processus peuvent sans doute lui donner naissance; d'après Pétri et Massen, il peut être produit par les bactéries suivantes : proteus, staphylocoque, streptocoque, bacilles du charbon symptomatique, do
làanos, de la gangrène gazeuse, du choléra, de la morve, du charbon, du choléra des poules, de la fièvre typhoïde et même de la tuberculose. On conçoit donc que, dans les cas d'infection par un de ces agents, Torgaoisme puisse être intoxiqué par ce gaz. Il semble même que l'hydrogène sulfuré puisse se former au contact de nos cellules, comme tendent à rétablir les expériences de M. de Rey-Pailhade.
La présence de 1 hydrogène sulfuré dans l'urine ou hydrothionurie a été observée, en effet, dans quelques maladies infectieuses, comme le typhus (Strumpell) ou la tuberculose (Heller) ; mais il s'agit le plus souvent de fermentations qui se passent dans la vessie elle-même (Rosenheim et Muller).
Résomô. — Les faits que nous avons rapportés établissent nettement le rôle considérable des auto-intoxications, leur fréquence, leur multiplicité, leur importance au double point de vue de la physiologie et de la pathologie. Même à l'état normal, l'organisme est en imminence constante d'auto-intoxication ; dans une foule d'états morbides et sous les influences les plus diverses, les substances nocives deviennent encore plus abondantes, qu'il s'agisse de la production de toxines nouvelles ou de l'augmentation des toxines habituelles.
La plupart de ces poisons sont fort peu connus au point de vue chimique. On s'est contenté le plus souvent de les caractériser par leur action sur les animaux. Faut-il en conclure, comme le fait un auteur récent, que l'histoire des auto-intoxications ne constitue encore qu'une série d'ingénieuses hypothèses? Les résultats obtenus démentent une pareille assertion. Il nous semble même que, dans Tétat actuel de la science, un poison autogène est mieux défini par ses propriétés physiologiques que par sa constitution chimique. Toute tentative de préparation des poisons formés dans l'organisme se heurte à une cause d'erreur inévitable. Quel que soit le procédé employé, on n'est jamais sur d'avoir isolé, à la fin de l'expérience, une substance préexistante, et l'on doit toujours craindre d'avoir obtenu un produit artificiel, dérivant des vraies toxines qui sont si instables et partant si faciles à décomposer. C'est l'objection que Brieger adressait aux travaux de Selmi et de Gautier, c'est l'objection qu'on adresse aujourd'hui aux travaux de Brieger.
La méthode qui consiste à étudier en bloc les propriétés toxiques des liquides organiques ou des bouillons de culture peut sembler moins élégante que les procédés chimiques qui ont la prétention de préparer des substances pures et bien définies; mais elle nous semble supérieure, car elle conduit à des résultats certains. Aussi, avant d'appliquer l'analyse chimique à l'étude des toxines organiques, est-il toujours bon de déterminer d'abord la toxicité du liquide qu'on veut étudier et de bien établir ce que devient, au cours des manipulations successives, la substance active qu'on recherche.
Aux sources multiples d'auto-intoxication, l'organisme oppose troi» moyens de défense : l'élimination par les liquides excrémentitieU : li production de substances antitoxiques ; la transformation des poisons.
L'élimination est le processus le plus simple et le mieux connu : c^ le rein qui joue le principal rôle, puis viennent les poumons, la peau, et accessoirement les autres glandes à conduit excréteur.
Les sécrétions internes antitoxiques rendent compte de certains phéDomènes consécutifs à l'extirpation des reins (Brown-Séquard et dWrsonnl. Meyer), du foie (Massini) et des glandes dites vasculaires snngiiines, comme le corps thyroïde ou les capsules surrénales; elles expliquent les boih effets obtenus par les injections des extraits glandulaires.
Enfin, certaines glandes ou certains tissus protègent l'économie en accumulant divers poisons et en leur faisant subir des transformations qui les rendent moins nocifs. C'est le foie qui joue ici le rôle principal.
La connaissance des propriétés vicariantes des organes achère d'éclairer le mécanisme des auto-intoxications. Le rein, par exemple, peut suppléer le foie ; mais quand le rein est malade, la moindre altération du foie a des conséquences souvent funestes; un ictère catarrbal survenant chez un brightique entraine presque toujours la mort.
Dans les maladies infectieuses, l'aggravation produite par les lésions antérieures du foie ou du rein s'explique encore par une rétention plus facile des produits toxiques, c'est-à-dire par une insuffisance dans leur destruction ou leur élimination. Le fait, admis depuis longtemps pour le rein, n'est pas moins évident pour le foie : il sufOt de considérer ce qui se passe dans l'érysipèle ; cette maladie n'est pas dangereuse dans toute* les affections du foie; elle l'est seulement quand les cellules hépatique> sont atteintes et ne peuvent détruire l'excès de poisons; c'est ce qui résulte nettement de l'intéressante étude qu'a faite, sur notre conseil. M. Bridiers de Villemor (*).
Ainsi, à mesure qu'on étudie les poisons nés dans l'organisme, on comprend mieux leur importance et leur généralité. Dans les états pathologiques les plus divers, bien des symptômes sont dus à Taccumulation des poisons formés en excès ou détruits insuffisamment; bien des phénomènes trouvent maintenant une explication fort simple. L'histoire deî^ auto-intoxications, telle qu'elle a été tracée par M. Bouchard, est une des plus belles conquêtes de la pathologie générale.
(ft) Bridiebs db Yillemor, De l'érysipèle dans les maladies du foie. Thèse de Parie, 18Î4.
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