CHAPITRE PREMIER
Portes d'entrée des substances toxiques. — De l'absorption des poisons. — Des conditions qui faTorisent ou entravent l'absorption.
Portes d'entrée des substances toxiques. — Pour qu'une substance manifeste ses propriétés toxiques, il faut qu'elle puisse modifier la constitution chimique du milieu où vivent les cellules. S'il s'agit d'autointoxication, le poison, aussitôt formé, se trouve déposé dans ce milieu. Mais dans les cas d'intoxication exogène, il faut que la substance étrangère puisse parvenir jusqu'aux éléments anatomiques : pour les êtres unicellulaires, le problème est simple; il suffit que le poison soit introduit dans le milieu cosmique où ils vivent; chez les êtres supérieurs, la question se complique puisqu'on doit considérer deux milieux : celui où vit l'individu, c'est le milieu extérieur, gazeux ou liquide; celui où vivent les cellules, c'est le milieu intérieur, le plasma interstitiel.
Le plasma interstitiel étant une exlialation ou plutôt une sécrétion, dont le sang fournit les matériaux, c'est dans le système circulatoire que les poisons doivent pénétrer. Cette éventualité est réalisée chaque jour dans les laboratoires par les injections intra- veineuses. Mais, en dehors des conditions expérimentales et de quelques tentatives thérapeutiques, il est rare qu'un poison soit déposé directement dans le sang: le plus souvent, il arrive par une autre voie et notamment par le tube digestif.
Entrée des poisons par le tube digestif. — C'est par là que pénètrent la plupart des poisons, qu'on les ingère volontairement ou accidentellement; c'est par là qu'on administre les médicaments; c'est pai là que nous introduisons chaque jour les poisons alimentaires.
Si l'on suit la marche des substances toxiques ingérées, on voit d'abord qu'elles peuvent être arrêtées dès les premières parties du tube digestif. Un grand nombre de substances possèdent un goût désagn'^ble : elles ont une saveur acre, amère, styptique, parfois brûlante, qui les fait immédiatement rejeter. Bucchcim et Engel ont recherché quelle était notre
PATBOLOGU Q^N^RALB — I* 55
Au niveau du rectum, les résultais varient d'une substance à Taotre . d'après Savory, la strychnine agit bien plus vite par la voie rectale que par la voie stomacale; pour le cyanure de potassium et lacide cyuikjdrique, les diflerences sont peu marquées ; la nicotine est plus acti^ à elle est administrée par Testomac. Les recherches thérapeutiques oot établi que le rectum absorbe très rapidement Topium, la belladone, k chloral, qu'on administre souvent en lavements. EnGn Cl. Bernard a recom que le curare, sans action quand il est ingéré, empoisonne très vite quanl on l'injecte dans le rectum.
La rapidité d'absorption des poisons varie notablement suivant l'élai de vacuité ou de plénitude du tube digestif. Il est certain qu'elle est beaucoup plus grande chez l'animal à jeun. On peut attribuer trois causes à ce phénomène : pendant la digestion, les aliments diluent le toxique; les sécrétions établissent un contre-courant; enfin le foie semble plu apte à arrêter les matières nocives et à retarder leur arrivée dans l'or* ganisme.
Cette action du foie qui intervient constamment rend assez suspedi tous les résultats obtenus. Que fait-on en effet dans la plupart des expê> riences? On introduit la substance par différentes voies et l'on juge de h rapidité de son passage dans l'organisme par le temps écoulé jusqu'à moment où elle manifeste sa présence par quelque effet toxique ou pir son apparition dans l'urine. Mais la comparaison n'est pas juste, eu la poisons introduits sous la peau ou dans une séreuse pénètrent directement dans la circulation générale, ceux qui proviennent de l'intestin sont arrêtés par le foie et, par conséquent, leur effet est retardé ou atténué. D faudrait donc reprendre toute l'étude comparative de l'absorption sur des animaux dont l'action du foie serait supprimée.
L'expérimentation pourrait être faite sur des Manmiiferes auxquek od aurait pratiqué la fistule d'Eck, c'est-à-dire l'abouchement de la veine porte ^s la veine cave ; mais l'opération est difficile à réussir. On peut s'adresser aux Batraciens, chez lesquels l'extirpation du foie est une opération simple, qui permet une survie fort longue. Or, en injectaot de la strychnine h des grenouilles ainsi préparées, on constate que l'adioD est plus rapide quand le poison est introduit dans l'intestin que lorsqu'il est injecté sous la peau.
Les gaz s'absorbent facilement le long de la muqueuse gastrique et surtout au niveau du rectum. L'expérience a été faite bien des fois, en injectant de l'hydrogène sulfuré, et récemment, quand on a voulu guérir la tuberculose au moyen de lavements gazeux, on a vu combien était grande la tolérance de l'intestin et combien énergique son pouvoir d'absorption. Lauder-Brunton divise les gaz en deux groupes : ceux qui soot peu solubles et peu absorbables, H,CH^, ceux qui sont solubles et abso^ bables, CO',IPS Dans les conditions physiologiques, des gaz se formant constamment au niveau du tube digestif, il en pénètre toujours dam l'organisme: si les fermentations s'exagèrent, la quantité de gaz produite
el absorbée augmente encore ; ces gaz s'éliminent constamment par le poumon et la peau et communiquent à Thaleine et à la sueur une odeur fétide particulière.
Nous n*avons pas besoin de revenir sur la résorption des produits toxiques prenant naissance dans le tube digestif : parmi ces produits, les uns, dus i Faction des ferments glandulaires, semblent se transformer dans les nembranes intestinales; tels sont les peptones et les acides gras; les uires, comme les ptomaïnes, s'éliminent par Turine; d'autres enfin, omme les substances aromatiques, se sulfo-conjuguent dans l'organisme. ious avons suffisamment traité de ces divers phénomènes à propos des lUto-intoxications pour n'avoir pas besoin de revenir sur leur étude.
Absêrption par l'appareil respiratoire. — L'appareil respiratoire est me voie largement ouverte à l'introduction des poisons gazeux. Mais, de Déme que le tube digestif, il possède divers moyens de protection autonatique.
Certains gaz délétères exercent une action irritante sur la muqueuse uisale ou sur la conjonctive et provoquent des sensations douloureuses, de 'étemuement, du larmoiement; d'autres possèdent une odeur fétide ou •réduisent la suffocation, la dyspnée, les accès de foux; il en résulte que on est averti du danger et qu'on peut s'éloigner du milieu contaminé. lais il n'en est pas toujours ainsi, et certains gaz toxiques ne possèdent ucune propriété organoleptique spéciale.
Le nombre des poisons volatils qui pénètrent par l'appareil respiratoire si très considérable. En première ligne se place l'oxyde de carbone, uquel tout le monde est constamment soumis dans les conditions actuelles e la vie. Parfois c'est de l'hydrogène sulfuré; ailleurs, ce sont des ubstances médicamenteuses comme l'éther, le chloroforme, le protoxyde ['azote, la créosote, l'eucalyptol, etc. On sait que l'inhalation de l'alcool leut déterminer l'ivresse et entraîner a la longue tous les phénomènes B l'intoxication chronique. Cette voie d'absorption est également ouverte certains poisons putrides, à l'acide cyanhydrique, aux alcaloïdes volatils; uelques gouttes de nicotine évaporées sous le bec d'un moineau amènent apidement la mort; une dose de 0^%005 produit chez l'homme des ausées et du vertige.
Les émanations de certaines substances métalliques ont pu aussi prooquer des accidents graves, parfois mortels. C'est surtout le mercure qui, mettant des vapeurs à la température ambiante, peut empoisonner par ihalation ; Gaspard a démontré la réalité de ce fait par des expériences ur les animaux. Une des observations les plus curieuses est celle qui a té relatée par Burnett(*). Le vaisseau de guerre le Triomphe divaii servi à ransporter de grandes quantités de mercure; le métal, répandu dans le avire, intoxiqua les hommes au nombre de deux cents et les animaux
(^) BnuocTT, Noie sur les effets produits par la vapeur de mercure sur l'équipage du vaisseau i Triomphe dans Taimée 1810 (traduit et résumé par VavasseQ]. Arch. gén. de méd., IV, p 282, 1824.
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qui se trouvaient à bord ; moutons, porcs, chèvres, chiens, oiseaux, suctombèrent au mal ; deux hommes moururent de gangrène buccale. Un bà bien plus extraordinaire est rapporté par Colson(^) : ce médecin aurait dé affecté de salivation mercurielle, ainsi que plusieurs étudiants, poorafoir séjourné longtemps dans un service de vénériens.
Si l'on ne peut nier l'influence des émanations mercurielles, on &ait encore sur leur mode d'action. Furbringer pense que le métal se dépott d'abord sous forme de globules sur la muqueuse aérienne où il s'oxiik avant de pénétrer dans le sang('). Mais, en s'appuyant sur la vitesse de translation des vapeurs mercurielles, Merget(') soutient que la péoétntioD se fait d'emblée, sans dépôt ni transformation préalable.
Les autres substances métalliques n'émettent de vapeurs qu'à use température plus ou moins élevée ; aussi n'agissent^lles que sur les indÎTidus qui les manient dans un but industriel. 11 faut excepter cependant le plomb et l'arsenic. Certains composés arsenicaux sont volatils; tel est l'hydrogène arsénié : le chimiste Gehlen mourut en 1815 pour enafoir respiré quelques bulles. Les composés fixes se volatilisent bcilement; cette propriété a même servi à commettre certains crimes célèbres : le pape Clément VII fut empoisonné par les vapeurs arsenicales provenant d'une mèche en combustion (A. Paré).
L'arsenic et le plomb, entrant souvent dans la constitution des couleurs qui servent à décorer les tentures et les appartements, ont pu produire l'intoxication par le même mécanisme. Mais il s'agit le phis souvent de l'absorption par les voies respiratoires de particules solides.
11 est démontré en effet que les substances gazeuses ne sont pas le» seules qui puissent passer au niveau du poumon. L'eau, les liquides, le$ poussières toxiques pénètrent très facilement par cette voie.
Goodwyn(*) montra qu'on pouvait impunément injecter 60 grammes d'eau dans la trachée d'un chat. Segalas put introduire 200 grammes cbex le chien; Mayer, 125 chez le lapin. Gohier(*) fit voir qu'il ne fallait pas moins de 52 litres pour asphyxier un cheval. Les expériences de M. Bouchard (®) établissent qu'on peut injecter dans le poumon d'un lapin 10 centimètres cubes d'eau par kilogramme et par heure sans produire aucun trouble.
En même temps que l'eau, les substances dissoutes pénètrent dans le sang. Mayer, Fodera, ont signalé le passage du cuivre, du ferrocyanure, de la strychnine; Piollet a montré que le prussiate de potasse introduit dans la trachée se retrouve au bout de quatre minutes dans l'artère crurale.
(*) CoLsoN, Recherches sur l'action du mercure. Arch. gén. de méd.^ t. XII, p. 70, t8i0. (*) Furbringer, Résorption und Wirkung der reg. Quecksilbers der graoen Salbe. Virchnt't Archiv. Rd. LXXXII. p. 491.
('< Mlhget, Morcure, p. lii. Rordeaux, 1894. (^j GooowTN, The connection of lifc with respiration. Loodoo, 1788.
{^] GuiiicR, Mémoires el observations sur la chirurgie et It médedne Tétérioaires, t 11. . 418, ISIG.
{^] RouciiARD, Thérapeutique des maladies infectieuses, p. S64. Paris, 1880
Les expériences plus récentes de Peiper(^) confirment ces données : elles établissent que le poumon absorbe très rapidement la strychnine, le curare, Tatropine, le salicylate de soude, qui se retrouve dans l'urine au bout d'une minute; le lait passe également en une minute dans le sang: la bile n'y pénètre qu'au bout de trois quarts d'beure.
Du reste, l'application de ces données expérimentales a été faite à l'homme. Dans un cas d'urgence, on a pu injecter de la quinine par la trachée (Jousset de Belleyme), et plusieurs fois on a intrcnduit par cette voie des médicaments qui devaient exercer une action locale.
Absorption par F appareil urinaire et F appareil génital. — La vessie est^lle capable d'absorber? La question est discutée depuis longtemps et, malgré sa simplicité apparente, elle donne toujours lieu à des controverses. Ségalas, Magendie, Demarquay, Paul Bert, Brown-Séquard , admirent que les substances injectées dans la vessie passaient dans le sang. Mais Kuss, Susini, Alling, Cazeneuve et Livon n'ont obtenu que des résultats négatifs, sauf lorsque la vessie était altérée, ou du moins partiellement dépouillée de son épithélium protecteur. Ce qui aurait pu tromper les auteurs, c'est que l'urèthre, surtout Turèthre profond, absoibe la strychnine, l'atropine, le sulfate d'ammoniaque, bien qu'avec une certaine lenteur, environ 40 fois moins vite que le tissu cellulaire souscutané ('). Quant aux uretères, il n'y aurait pas à craindre que les substances pussent y refluer : l'absorption y est presque nulle, au moins à leur partie inférieure, car elle est très active au niveau des calices (Bazy).
Toutes ces questions ont été reprises dans ces derniers temps par Fleischer et Brinckmann, qui observèrent une absorption assez lente de l'iodure de potassium. Les expériences d'Ashdown(*), qui ont porté sur des lapins, montrent que la strychnine, l'ésérine, la morphine, le curare, l'acide cyanhydrique tuent les animaux en un temps qui varie de 4 à 78 minutes. Du dUoroforme et de l'éther émulsionnés dans l'huile d'amandes douces donnent la narcose quand on les introduit dans le réservoir vésical. L'iodure de potassium, le salicylate de soude, ne tardent pas à se retrouver dans la sécrétion rénale, recueillie au niveau de l'uretère préalablement coupé.
M. Bazy a obtenu des résultats semblables qui ont été bien exposés dans la thèse de son élève Sabatier(^). D'après ces auteurs, la vessie laisserait passer les substances suivantes : eau oxygénée, sulfindigotate de soude, iodure de potassium, caféine, cocaïne, strychnine, aconitine, bnicine, apomorphine, acide cyanhydrique; mais l'absorption se fait
(') Pbipie, Ueber die Résorption durch die Lungen. ZeiUchr. fikr kUn. Medidny t. VIII, p. 303, 1885.
(*] PacLiP, Note expérimentale sur le pouToir absorbant de l'urèthre Donnai. Lyon méd., i sept. 1888.
(*) AsiDOWN , On absorption from the mucous membrane of Ihe urinarj bladder. Tlu Journal of AnaU and Phyiiol., t. XXI, p. 298, 1887.
(^) Sabatieb, Étude expérimentale et comparative de l'absorption vésicale. Thèse de Parti,
lentement : ainsi la strychnine tue en 10 minutes quand on l'introduit par le rectum, en 30 minutes par la vessie, en 45 minutes par b bouche. Dans plusieurs expériences, M. Sabatier a eu le soin de lier Turèthre pour éviter Tintroduction du poison à ce niveau; les effet» ont été les mêmes.
Ces expériences semblent démonstratives au premier abord; maiselle^ sont susceptibles de quelques critiques. MM. Boyer et Guinard(') ont tût observer très justement que pour déterminer le pouvoir d'absorption df la vessie, il ne faut pas employer une solution trop concentrée; on s'eipo«e ainsi à tomber dans Terreur, car quelques gouttes peuvent atteindre Turèthre et pénétrer par cette voie; même quand on évite cet accident, o» doit tenir compte des altérations que les toxiques concentrés produisent au niveau de Tépithélium vésical ; ils déterminent une desquamation qui permet le passage du poison. Enfin, l'absorption a lieu lorsque le sujet, quoique ayant une vessie saine, éprouve le besoin d'uriner, Turine biignant alors la portion prostatique de l'urèthre (Pousson et Ségalas). On peut donc conclure, semble-t-il, que la muqueuse vésicale n'absorbe pK et que les poisons ne la traversent que lorsqu'elle est altérée. Sur ce dernier point, presque tous les auteurs sont d'accord; seul M. Bazy soutient ' l'opinion inverse. Mais les recherches de M. Guyon, de MM. Boyer et Guinard, conduisent à des conclusions opposées, et les faits cliniques semblent leur donner raison. Il serait néanmoins intéressant de reprendre la question et de rechercher si les toxines produites par le bacille du côloo peuvent pénétrer au niveau d'une vessie malade et si elles ne sont pas capables d'expliquer certains accidents survenant au cours des cystites, notamment certaines manifestations de la fièvre urineuse.
L'absorption par la voie vaginale est connue depuis longtemps et a été mise à profit par certains criminels célèbres. C'est, paraît-il, au moyen d'acide arsénieux introduit dans le vagin que le fameux Calpumeus tuait ses femmes. Nous possédons aujourd'hui un certain nombre d'obsen-ations où des accidents ont été provoqués par des topiques vaginaux : c'est surtout l'iodoforme qui a amené ainsi des intoxications.
De même que le vagin, l'utérus est capable d'absorption, et plusieurs fois des lavages au sublimé ont pu provoquer des manifestations toxiques.
Chez l'homme, la muqueuse du gland est pourvue, semble-i-il, d'un pouvoir absorbant. Ladislas, roi de Naples, fut empoisonné par l'acide arsénieux déposé à ce niveau.
Absorption par la peau, — L'absorption par le tégument externe est un fait indiscutable chez les Invertébrés et chez les Vertébrés inférieurs. 11 suffit de déposer certaines substances toxiques sur la peau d'une grenouille pour voir survenir les symptômes de l'empoisonnement; c'est du moins ce qui a lieu pour les substances cristalloïdes et notamment pour les alcaloïdes. Il en est de même, d'après Longet, chez le lézard, l'orvet, la
(') Do VER ci GrixARo, Imperméabilité physiologique de l'épiUiéiium Yécical nio An-h dt méd. expér., p. 883, 1894.
ABSORPTION DES POISONS. 84i
M)uleuvre, et chez les oiseaux, à la condition de faire pénétrer la substance lu-dessous des plumes.
C'est surtout sur les Mammifères qu'on a expérimenté; mais les résul- :ats ont été tellement contradictoires qu'il est diffficile actuellement de se faire une opinion sur cet important sujet.
Plusieurs médecins ont étudié l'absorption chez des malades plongés dans des bains. Les résultats positifs n'auraient pas suffi à démontrer l'absorption cutanée, car les substances pouvaient pénétrer par les muqueuses génitale et anale. Eh bien, même dans ces conditions, les faits n'ont pas été constants. Parisot, Deschamps, Debove, Oré, n'ont pas observé d'absorption dans les bains, et la soif dont se plaignent les malades qui y sont plongés tend à prouver que l'eau ne pénètre en tout cas qu'en très petite quantité (*). Pour mieux apprécier le phénomène, on a étudié l'urine d'individus ayant séjourné dans des bains contenant des iodures ou du mercure. Kopff a retrouvé facilement ces substances; Keller n'a pu les déceler que d'une façon exceptionnelle. 11 résulterait de ces faits que la kératinisation de la peau, la présence d'un enduit sébacé, la sécrétion sudorale qui crée un contre-courant, empêchent le passage des substances dissoutes.
Même inconstance dans les résultats quand on étudie l'absorption au moyen d'applications cutanées. Les premiers auteurs qui abordèrent la question admirent que le tégument se laissait traverser; ce fut l'opinion de Séguin, de Boniils, de Westrumb. Ce dernier fit de nombreuses expériences (') et reconnut que le musc, le camphre, appliqués sur la peau, donnent une odeur caractéristique à l'haleine ; le cyanure de mercure, la rhubarbe, se retrouvent dans l'urine, aussi bien chez l'homme que chez le chien. Plus récemment on a vu, dans des conditions semblables, des poisons violents, comme la strychnine ou le curare, amener la mort. Dechambre, opérant sur lui-même et évitant soigneusement toute pénétration par les voies respiratoires, a constaté que l'iode, appliqué sur la peau, passe dans l'organisme.
M. Aubert admet également que l'absorption peut se produire au niveau des téguments sains et qu'elle est favorisée par le tiraillement des poils. Enfin, on connaît l'expérience de M. Colin qui fait tomber du ferrocyanure de potassium sur la peau d'un cheval et retrouve ce sel dans l'urine.
Mais tous ces travaux ont été attaqués : Ritter prétend que les résultats positifs sont dus à l'introduction des vapeurs par le poumon, ou par des érosions, des lésions œdémateuses ou inflammatoires de la peau; il pense que Dechambre, comme Collin, avait lésé l'épiderme. Enfin, si l'on a vu un
(') Nous avons constaté que, pendant un bain tiède de 30 minutes, la sécrétion urinaire augmente de 20 à 55 centimètres cubes et reprend aussitôt après son taux normal. Ce résultat ne prouve nullement une absorption de liquide : il peut s'expliquer simplement par le défaut de lécrétion cutanée et d'exhalation pulmonaire dans un milieu humide. (Roger, Note sur les variations quotidiennes de l'urine et de l'urée. Archives de physiologie^ juillet 1805).
(*) Westrumb, Physiologische Untersuchungen ûber die Eiosangungskraft der Venen. îlanorer, 1825.
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empoisonnement à la suite de l'application d'un cataplasme budmi^s c'est que l'humidité du remède avait ramolli le tégument et supprimé soq imperméabilité.
Pour résoudre la question, on a eu recours encore à des pulférisitions, pratiquées au moyen d'un appareil Richardson. Lewin, Y. Wittidi, n'obtinrent que des résultats négatifs; Rôhrig vit les substances «absorber; mais d'après Gûnther le salicylate ne passe que si l'on prolcn|^ longtemps les pulvérisations, pendant huit, dix et douze jours. Enfin, dins des expériences qui semblent très précises, Juhl opéra sur des hommes qui étaient enfermés dans une pièce et dont les jambes seules passaient à travers une ouverture; en pulvérisant diverses substances sur la peau des jambes, il retrouva dans l'urine le ferrocjanure de potassium, le salicylate de soude, l'iodure de potassium.
Il semble donc que l'absorption cutanée soit un fait réel, au moins pour quelques substances telles que le mercure, les iodures, et, d'après MM. Linossier et Lannois, le salicylate de soude; mais elle est peu active et varie notablement suivant l'excipient; la strychnine dissoute dans \t chloroforme empoisonne un lapin sur la peau duquel on l'applique, taodb qu'elle reste sans action si elle est dissoute dans l'éther ou l'alcool (Winternitz) ; les graisses semblent favoriser la pénétration, tandis que la vaseline l'entrave ; les pommades à l'axonge contenant de l'iodure de potay sium, des sels de plomb ou de mercure, étalées au moyen de friciionst produisent des effets thérapeutiques très nets. Cependant, Monnereau. contrairement à Manouvrier, Drouet, Lebkuchner, prétend que les ooctions avec les pommades à base de plomb ne produisent aucun accident chez les animaux; Merget soutient même que le mercure ne s'absorbe pas par ce procédé et que les effets ou les accidents sont dus à la pénétration de vapeurs par les voies respiratoires. Guinard et Bouret n'ont également obtenu que des résultats négatifs en se servant de pommades contenant de l'iodure de potassium, de la strychnine et de l'atropine, etc.
Même incertitude en ce qui concerne les gaz. Chaussier avait réussi à tuer les animaux, y compris les oiseaux, en plongeant leur corps dans de l'hydrogène sulfuré, bien que la tète fût maintenue au dehors. Lebkuchner obtint des résultats analogues. CoUard de Martigny a vu succomber de» animaux placés de la même façon dans de l'acide carbonique. Mais tout le monde n'a pas été convaincu et l'on discute encore sur la réalité du jrfiénomène.
Ces faits contradictoires ne permettent pas de conclusions fermes. Pourtant la lecture des principaux travaux publiés porte à penser que la peau laisse passer les gaz, les substances incorporées aux graisses, certains corps dissous dans l'eau. Plusieurs conditions secondaires semblent favoriser le passage des toxiques. C'est ce qui a lieu quand on les dépose en certaines régions, conmie l'aisselle ou l'aine, quand on opère sur des personnes à peau fine, femmes ou enfants, quand on emploie des solutions diluées et qu'on élève leur température (Wolkenstein).
Si des doutes ont été émis sur Tabsorption par la peau saine, personne ne nie le résultat quand le tégument est altéré ou dépouillé de son épiderme : c'est sur ce fait qu'est basée la méthode endermique si souvent employée en thérapeutique.
Voie sous-cutanée. — Dans les conditions habituelles de la vie, les poisons, sauf les venins, pénètrent rarement par la voie sous-cutanée. Il est exceptionnel de se piquer avec des instruments contenant assez de substances toxiques pour amener des accidents ; cette éventualité ne s'observe qu'avec les flèches empoisonnées, chargées soit de venin, soit de produits végétaux et particulièrement du suc de certaines strychnées (curare).
Un intérêt considérable s'attache à l'élude de l'absorption sous-cutanée depuis que l'usage des injections hypodermiques s'est répandu et généralisé. Introduire un médicament, c'est en somme introduire une substance toxique, à dose insuffisante pour nuire, à dose suffisante pour déterminer des modifications fonctionnelles, favorables ou salutaires.
L'absorption se fait avec une vitesse variable suivant le sujet sur lequel on opère, la région où l'on fait l'injection, le liquide qu'on injecte. Plus le panicule adipeux est épais, plus l'absorption est lente. L'ignorance de cette loi a pu conduire à quelques opinions erronées ; ainsi l'abondance de la graisse chez le hérisson, met cet animal à l'abri des injections d'acide cyanhydrique pratiquées sous la peau et a fait croire qu'il n'était pas sensible à ce toxique : il suffit de pratiquer une injection intra-veineuse pour amener la mort.
Chez un même sujet l'absorption n'est pas également active sur toutes les régions du corps ; d'une manière générale elle est d'autant plus rapide et plus complète que la région est plus riche en vaisseaux sanguins et en lacunes lymphatiques : Lambert, dès 1810, et plus récemment Denis et Eulenburg ont essayé de donner une classification qui rendît compte de ces variations; ils ont vu que l'absorption est surtout rapide au niveau des tempes et des joues; puis viennent l'épigastre, la région antérieure du thorax, les faces internes des bras et des cuisses, la nuque, la partie externe des bras et des cuisses, l'avant-bras, la jambe, le pied et le dos.
Toutes les substances ne pénètrent pas avec la même facilité; celles qui possèdent des propriétés caustiques amènent la mortification des tissus avec lesquels elles sont en contact, et, dès lors, ne passent que difficilement ou ne passent pas du tout dans la circulation. La résorption des graisses doit être assez lente, mais peut s'effectuer, sauf si Ton en introduit des quantités trop considérables : nous avons vu, au laboratoire de M. Bouchard, un lapin auquel on avait injecté sous la peau de grosses doses d'huile créosotée; il avait fini par se former un véritable kyste dont l'intérieur contenait une émulsion qui s'était produite ainsi en dehors de tout ferment digestif. L'action des médicaments est plus rapide quand on les injecte par l'hypoderme que lorsqu'on les introduit par la voie gastrointestinale; mais la comparaison n'est pas aussi simple qu'on pourrait le
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croire au premier abord ; il faut toujours tenir compte, en effet, do foie arrêtant les substances qui pénètrent par la veine-porte. Nous concluroos donc que l'action des toxiques est généralement plus précoce par h voie sous-cutanée, sans nous prononcer sur la rapidité de l'absorption.
Autres voies d'absorption. — Il est une muqueuse découverte dont h puissance d'absorption est très considérable, c'est la conjonctive : l'actioD mydriatique d'un collyre d'atropine est presque immédiate; l'instillation d'une goutte d'acide prussique peut provoquer une mort foudroyante. Les recherches de BellarminofT conduisent aux conclusions suivantes : la fluorescine passe plus rapidement dans la chambre antérieure sur un animal vivant que sur un animal qu'on vient de sacrifier; la section du sympathique ralentit le phénomène ; la section du trijumeau l'entrave d'abord, puis le favorise; les inflammations de la cornée rendent également plus prompt le passage de la fluorescine.
L'absorption par les séreuses est aussi extrêmement rapide. Magendie pratiquait presque toujours des injections intra-pleurales pour l'étude des poisons. On peut, dans le même but, se servir du péritoine, qui absorbe beaucoup plus vite que l'intestin ou l'hypoderme. Si l'on introduit de l'émulsine dans le péritoine d'un lapin, au bout de quatre à six heures il n'en reste plus trace ; car on peut injecter alors de l'amygdaline sans qu'il se produise d'acide cyanhydrique (Fubini). Les autres séreuses ont la même propriété, témoin la tunique vaginale, comme le démontrent Ie5 expériences déjà anciennes de Babault et celles plus récentes de M. Thiéry. 11 en est de même pour l'arachnoïde, les bourses séreuses, les synoviales. La résorption est favorisée par les causes qui augmentent la pression; elle se fait surtout pendant l'inspiration pour la plèvre, pendant l'expiration pour le péritoine.
On a moins étudié ce qui se passe au niveau des glandes. Cl. Bernard a montré que les substances injectées dans leurs conduits excréteurs passaient dans l'économie, surtout quand les organes étaient au repos. On sait avec quelle facilité la muqueuse des voies biliaires peut résorber les éléments de la bile, quand le cours de ce liquide est entravé; le passage du pigment semble se faire au niveau des voies lymphatiques ; au contraire, les expériences de Frédéricq et de Tobias établissent que c'est par les veines que pénètrent les poisons introduits par le cholédoque, strych nine, atropine, ferrocyanure, iodure de sodium.
Pisenti a porté son attention sur les organes abdominaux ; il attire la rate et la plonge dans des solutions de strychnine, de ferrocyanure ou de sulfocyanure de potassium, d'amygdaline ou d'émulsine, et voit ces diverses substances pénétrer dans l'économie.
Absorption par les tissus pathologiques. — D'après les faits que nous avons résumés, il semble établi que l'absorption peut se faire par toutes les parties de l'organisme, mais à des degrés variables. Elle est facilitée par les lésions pathologiques qui dépouillent la peau et les muqueuses de leur épithélium, elle est entravée par certaines inflammations, celles.
par exemple, que déterminent les substances caustiques. On est conduit aussi à se demander ce qui se passe au niveau des vrais tissus pathologiques, par exemple au niveau d'une plaie bourgeonnante. Max Wolff, Maas, ont démontré, contrairement à Billroth, que l'absorption des plaies est réelle et qu'elle n'est arrêtée qu'au niveau des eschares.
Parmi les productions pathologiques, on n'a étudié que les kystes hydatiques. MM. Chauffard et Widal ont établi que leur membrane se laisse traverser par un grand nombre de substances solubles, telles que fuchsine, violet de méthyle, sulfate de cuivre, iodure de potassium, sublimé, produits microbiens et même par des matières colloïdes, comme la serine.
Des conditions qui favorisent ou entravent l'absorption. — Quelle que soit la partie du corps où elle s'exerce, l'absorption peut être favorisée ou entravée par un grand nombre de circonstances. Mais il faut remarquer qu'elle n'obéit pas seulement à des conditions physiques; si l'on doit tenir grand compte des lois de l'osmose, et de la diffusion, il ne faut pas oublier que chez l'être vivant les phénomènes sont toujours complexes : l'absorption est due à des affinités chimiques et biologiques, elle est liée à la vie des cellules, qui se modifient et s'usent dans cette fonction.
D'une façon générale, on peut dire que l'absorption est favorisée par la diminution de la pression sanguine qu'on peut obtenir, par exemple au moyen de la saignée, et par l'accélération de la circulation qui en est la conséquence. Elle est entravée par la diminution de la pression externe ou l'augmentation de la pression interne. La première condition est réalisée quand on applique une ventouse sur la peau au point qui vient d'être contaminé; la seconde, quand on injecte de l'eau dans les veines. Magendie a fait à ce sujet des expériences fort remarquables ; il introduit un poison dans la plèvre après avoir pratiqué une saignée préalable : les accidents éclatent au bout de 30 secondes, tandis que, chez un animal intact, ils n'apparaissent qu'au bout de 2 minutes. Réciproquement, il injecte 1 litre d'eau dans les veines, et l'empoisonnement est plus tardif; il peut ne pas se produire si l'on a introduit 2 litres. Mais vient-on à pratiquer une saignée chez cet animal hydrémique, les accidents apparaissent à mesure que le sang s'écoule.
Ces expériences fondamentales ont été complétées par Fodera, qui a établi que la saignée accélère l'absorption par la peau, les muqueuses, l'hypoderme : ce qui explique pourquoi elle est plus rapide pendant le jeûne ou à la suite de diarrhée, de vomissements, de sueurs abondantes; dans tous ces cas, la pression sanguine est abaissée, la circulation plus rapide, le sang plus concentré, plus riche en albumine et, par conséquent, plus avide d'eau. Pour quelques auteurs, le rôle de l'albumine serait fort important et expliquerait pourquoi les injections intra-veineuses d'eau,
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qui diluent le sang et diminuent la quantité relative de Talbumine, ntvdent l'absorption.
II semble au premier abord que l'augmentation de la pressioo eil»> rieure doive favoriser l'absorption. Le phénomène est, en réalité, tm complexe et les résultats sont différents pour les matières cristalloîdes d les colloïdes. Les expériences dé Runeberg, d'accord avec les données de la physique, démontrent qu'en augmentant la pression dans une vm intestinale, on retarde le passage des albuminoïdes; de même en dehors de l'organisme, l'élévation de la pression favorise la filtration de l'eao d des sels, mais entrave celle des matières colloïdes.
Quand le sang s'est chargé d'une substance toxique, il arrive un moment où il atteint son coefficient de saturation ; il en résulte que TabsorptioD est d'autant plus facile que les tissus sont plus aptes à s'emparer dn toxique et que les émonctoires sont plus rapides à le rejeter au dehors.
Pendant que l'absorption se produit, il se fait un courant osmotiqne en sens inverse. Les injections sous-cutanées de substances irritantes, les piqûres venimeuses, déterminent ainsi des œdèmes quelquefois considérables et rapides; ce phénomène peut entraver la résorption et diluer, parfois même neutraliser en partie la substance toxique. Cette action est surtout marquée au niveau de la muqueuse intestinale, où elle se traduit par des flux séreux, souvent très abondants.
Parmi les autres causes dont on a encore étudié l'influence, il convient de signaler l'élévation de la température, l'âectrisation (Fodera), quifatorisent l'introduction des substances dans l'organisme. Mais c'est surtout le rôle du système nerveux qui mériterait d'être étudié, car les document* que nous possédons ne semblent guère suffisants.
Longet prétend que la section des nerfs exerce une légère action retardante, surtout s'il s'est écoulé deux ou trois jours depuis l'opération. Peiper, étudiant le poumon à ce point de vue, n'observa aucune modification après avoir sectionné le phrénique, le sympathique ou le pneumogastrique. Au contraire, Baculo prétend que la vagotomie favorise l'absorption par le poumon et l'estomac; il en serait de même de la section de h moelle; celle des nerfs splanchniques rendrait la résorption intestinale plus rapide.
Enfin, en produisant chez l'animal des troubles respiratoires, de la dyspnée, en déterminant une fièvre putride, on ne modifie pas l'absorption pulmonaire ^Peiper) ; celle-ci paraît activée dans les cas de broncho-pneumonie, ce qui tient peut-être à l'affaiblissement de l'animal (Peiper).
Sans avoir la prétention d'être complet, nous avons résumé un grand nombre de travaux se rapportant à l'absorption. Malgré le talent des auteurs, on voit que peu de sujets sont encore aussi obscurs, et pourtant peu de sujets présentent plus d'importance au point de vue de h pathologie et de la thérapeutique. Il serait donc urgent de reprendre cette étude et de rechercher en particulier quelles sont les modificatioiis déterminées par les maladies infectieuses.
ABSORKHON DES POISONS. 847
Voies d'absorption. — Il semble démontré actuellement que rabsoq)tion se fSût surtout par la voie veineuse. Tiedemann et Gmelin, Magendie et Segalas, Cbatin, recherchant ce qui se passe au niveau de l'intestin , ont reGonnu que le sulfate de potassium, l'acétate de plomb, l'acide arsénieux, l^émétique, pénètrent par la veine porte. L'alcool, le musc, donnent une fideur caractéristique au sang, mais non au chyle ; les matières colorantes, comme la rhubarbe, la cochenille, la garance, l'indigo, ne passent pas non plus dans les chylifères, ou n'y passent qu'à l'état de traces, comme l'avait reconnu Martin Lister dès 1682.
Pour bien mettre en évidence le rôle du système veineux, Magendie réalisa une expérience qui est devenue classique : il opéra sur un membre qu'il avait sectionné et dans lequel la circulation sanguine était assurée par de petits tubes reliant les vaisseaux. Il injecta le poison dans la patte ainsi préparée, et observa les phénomènes habituels de l'empoisonnement : on ne pouvait évidemment invoquer le rôle des lymphatiques. Magendie a publié d'autres expériences non moins concluantes : il injecte du prussiate de potasse dans le poumon et le retrouve dans le cœur gauche avant de le déceler dans le cœur droit, ce qui démontre bien que le poison a passé par la veine pulmonaire.
Pourtant il ne faudrait pas nier complètement l'absorption par les voies lymphatiques; l'iodure de potassium, le ferrocyanure, s'engagent dans les deux systèmes, et se retrouvent souvent dans la lymphe avant d'avoir passé dans le sang (Pagano) ; mais la quantité qui pénètre par les lymphatiques est minime et n'est appréciable que lorsqu'on injecte des doses considérables.
Les veines représentent aussi la vraie porte d'entrée pour les alcaloïdes. Magendie et Ségalas introduisent un sel de strychnine dans une anse intestinale dont ils ont lié les vaisseaux sanguins : aucun phénomène toxique ne se produit; ils lèvent la ligature et, au bout de dix minutes, l'animal est pris de convulsions. Cependant une petite quantité d'alcaloïde peut suivre les lymphatiques. Si on lie l'aorte abdominale et Tépigastrique, certains poisons injectés dans les parties privées de circulation pénètrent encore dans l'organisme; mais il leur faut un temps plus long, 3 à 7 heures au lieu de quelques minutes. Parfois, en employant une substance active, comme la fausse angusture (Emmert), on retrouve le poison dans l'urine sans qu'il ait manifesté ses effets. Weber pensait que la substance se transformait dans les ganglions lymphatiques : il est plus probable qu'elle pénètre trop lentement et s'élimine trop vite pour produire des accidents.
Les poisons peuvent cheminer encore de proche en proche, par imbibition. C'est surtout chez les Batraciens qu'on a étudié ce phénomène; il explique pourquoi l'on peut empoisonner une grenouille sous la peau de laquelle on injecte de la strychnine après avoir arrêté toute circulation par la ligature de la base du cœur.
Quelle qu'ait été la porte d'entrée, le poison arrive finalement dans le sang,
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qui le transporte dans l'organisme entier. En 23 secondes, il lait e tour de Téconomie et se trouve mis en contact avec les différente ti^sos, qui l'absorbent suivant leur coefficient d affinité. Il se localise ainsi dau certains organes qui peuvent le retenir sans grand inconvénient ou le transformer, il s'élimine à travers diverses glandes, enfm il atteint les parties sur lesquelles il porte son action nocive et où il manifeste sa pré* sence par les symptômes de Tempoisonncment.
Des injections intra-vasculaires. — Les poisons n'agissant que lorv qu'ils ont pénétré dans les capillaires, le physiologiste a tout intérêt à les injecter directement dans le sang. L'idéal serait de les introduire dam le cœur gauche, au niveau de l'aorte : ils se distribueraient d'emblée au réseaux capillaires. Mais l'expérience, ainsi disposée, est peu pratique: bien qu'on puisse la réaliser en poussant une canule par le bout cential de la carotide droite jusqu'à l'origine de Taorte, on se contente géné^al^ ment de pratiquer une injection intra-veineuse. Ce procédé, très expéditir. n'a qu'un inconvénient, c'est qu'il force le poison à traverser le poumon, où il peut s'éliminer en partie, et à passer par un réseau capillaire qui peut l'arrêter ou tout au moins retarder son arrivée dans la circubtion générale. Cette influence des réseaux capillaires semble peu marquée» niveau des poumons, mais il n'en est pas ainsi au niveau des autres organes, au moins quand on emploie la strychnine. Si, conune Font fait Chouppe et Pinet, on introduit ce sel par le bout périphérique de l'artère crurale, l'animal ne présente aucun trouble pendant 10 minutes : au bout de ce temps, éclatent les convulsions caractéristiques. Ce résultat, doot nous avons constaté la parfaite exactitude, au moins sur le chien, ne doit pas être transporté au réseau capillaire du poumon, puisque l'empoisonnement est instantané quand on injecte la strychnine dans une veine périphérique.
L'injection intra-veineuse a l'avantage de donner des résultats extrêmement précis. On sait ainsi quelle est la quantité de toxique introduit dans le sang à chaque moment de l'expérience et l'on est sûr que le poison n'a subi aucune modification ; quelques auteurs ont insisté sur les dangers auxquels expose ce procédé expérimental, et prétendent avoir souvent observé une syncope par excitation de l'endocarde; c'est en réalité un phénomène exceptionnel qui ne survient jamais quand l'injection est poussée avec une lenteur suffisante. Un autre avantage de cette méthode, c'est que les effets sont passagers, et, si l'animal n'a pas succombé, on n'observe aucun des accidents septiques qui sont si fréquents à la suite des injections sous-cutanées.
LES EQUIVALENTS TOXIQUES. s»