‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 3)Chapitre 132 sur 152 · L'INTOXICATION PENDANT LA VIE FŒTALE · texte numérisé non relu

L'INTOXICATION PENDANT LA VIE FŒTALE

traversent le placenta; on admet qu'il en est de même pour les sels de euiiTe, mais la quantité en est bien minime. Philippeaux fit ingérer duique jour 2 grammes d'acétate de cuivre à une lapine pleine; celle-ci mit bas au trente-deuxième jour 10 petits pesant ensemble 500 grammes; les cendres provenant de leur incinération ne renfermaient que CfOOS de cuivre métallique : il faut avouer qu'on est sur la limite des erreurs possibles au cours de l'analyse. Parmi les métaux qui ne passent pas de la mère au fœtus, M. Porak signale le fer et le mercure, mais ce dernier s'accumule en abondance dans le placenta.

Les altérations que le phosphore détermine au niveau des vaisseaux se traduisent par des hémorrhagies placentaires qui permettent l'intoxication du fœtus; dans une observation récente de Seydel, une femme ayant pris du phosphore pour avorter, on trouva chez le fœtus de nombreuses hémoriiiagies viscérales et une stéatose hépatique; le foie, qui reçoit le premier le sang placentaire, était l'organe le plus altéré, ainsi que l'avait déjà remarqué Miura dans des expériences sur les animaux.

Flourens ayant fait ingérer de la garance pendant quarante-cinq jours à une truie pleine constata que les petits, au moment de leur naissance, avaient des dents et des os colorés en rouge. Cependant la plupart des matières colorantes ne traversent pas le placenta : les résultats sont négatifs, avec l'alizarine et l'acide chrysophanique (Porak) ou avec le carmin d'indigo.

On s'accorde à penser que les alcaloïdes donnés à la mère peuvent atteindre le fœtus : il en serait ainsi de l'opium, de l'atropine, de la quinine. Il semble même que le fœtus puisse acquérir une certaine accoutumance vis-à-vis de ces poisons : les enfants des opiphages présentent, dit-on, une grande résistance à l'opium.

Enfin, il faut encore signaler le passage au fœtus des matières odorantes comme l'essence de térébenthine, des sels à acide organique comme les salicylates ou le prussiate jaune de potasse, des narcotiques comme le chloroforme ou le chloral. Au contraire, d'après les recherches récentei de MM. Wertheimcr et Delezenne, l'injection intra-veineuse de peptones, chez une chienne pleine, ne rend pas le sang des petits incoagulable.

Un seul gaz mérite d'être étudié, c'est l'oxyde de carbone. Hogyes avait admis qu'il n'agissait pas sur le fœtus, le résultat négatif tenait à la trop courte durée de l'expérience; MM. Gréhant et Quinquaud ayant fait inhaler ce gaz pendant 30 minutes à une chienne pleine constatèrent que le sang du fœtus en contenait, mais en renfermait 6 fois moins environ que le sang de la mère.

La quantité des poisons qui pénètrent dans le corps du fœtus est très variable; généralement les doses sont assez minimes : en donnant 4 grammes de nitrate de potasse à la mère, M. Porak n'a trouvé que 0'%05 chez le fœtus.

Les substances toxiques peuvent s'échapper par deux voies : par l'urine

ou par le placenta. C'est, semble-t-il, par le placenta que se fait rélimination : car Teau de Tanuiios ne contient pas la substance introduite. H. Porak, qui a étudié cette question, conclut que Turine n'élimine pis de poison pendant la vie intra-utérine; si Ton recueille ce liquide m moment même de la naissance, on ne peut y déceler la substance étnmgère ; l'élimination par la voie rénale ne commence qu'après la naissance, et se produit plus lentement que chez la mère; elle ne devient actife que quelques jours plus tard.

Les substances pénétrant dans le fœtus par la veine ombilicale se trouvent tout d'abord amenées dans le foie, et doivent traverser cette glande avant de passer dans la circulation générale, déduction (aite de h petite quantité qui peut suivre le canal d'Arantius. Or le foie est déjà capable d'agir sur les alcaloïdes et de les modifier; cette action apparaît en même temps que sa fonction glycogénique, c'est-à-dire vers le milieu de la vie intra-utérine. Pourtant les poisons diffusent bien plus chez le fœtus que chez l'adulte ; ils envahissent le foie, les centres nerveux, b peau, tandis que, chez la mère, ils se localisent dans la glande hépatique (Porak),

Malgré la diffusion si notable des poisons, le fœtus se montre beaucoup plus résistant que l'adulte. L'acide cyanhydrique, la strychnine, la cunrine, ont pu être donnés à des doses élevées, soit à des fœtus renfermés encore dans l'utérus, soit à des nouveau-nés, sans produire d'accidents. Gusserow a injecté de 0*%025 à 0*%15 de sulfate de strychnine à 47 fœtus à terme appartenant à différentes espèces (lapin, chat, chien); une seule fois il observa des convulsions, chez un fœtus très vigoureui; b plupart des animaux succombèrent cependant, mais ce ne fut qu'au bout de cinq à quinze minutes, c'est-à-dire après un temps fort long, eu égard aux doses massives employées; des chiens et des chats nouveau-nés qui avaient reçu de O",! à 0*M5 de strychnine résistèrent à ces quantités énormes.

Le fœtus est peu sensible au chloroforme et au chloral : si l'on tue une femelle pleine avec un de ces narcotiques, bien souvent, (^tre et cinq minutes après l'arrêt des battements cardiaques chez la mère, on retire les petits encore vivants. Les résultats sont semblables pour l'acide carbonique : il faut une asphyxie plus prolongée pour tuer un fœtus que pour tuer sa mère.

Tous ces phénomènes tiennent évidemment au peu de développement des centres nerveux. Et si, dans quelques expériences, les iœtus ont succombé rapidement, il ne s'est pas agi, semble-t-il, d'une intoxication, mais d'accidents en quelque sorte mécaniques : nous voulons parler de l'abaissement de la pression sanguine chez la mère; c'est ce qui survient, par exemple, sous l'inQuence de l'acide carbonique, du chloroforme ou du chloral (Runge). C'est aussi en modifiant la circulation placentaire que les intoxications peuvent entraîner l'avortement.

Si les poisons passent de la mère au iœtus, réciproquement ils peuvent

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passer du fœtus à la mère, comme Tont établi les expériences de Savory. Cet auteur retirait le fœtus après incision de Tabdomen et de Tutérus, lui injectait de la strychnine et le remettait dans la matrice; au bout de quelques instants, la mère était prise de convulsions tétaniques et généralement succombait avant son petit; celui-ci pouvait même survivre après avoir reçu une dose qui tuait la mère. Cette expérience, qui prouve encore la différence de résistance du fœtus et de l'adulte, démontre le passage des poisons par les artères ombilicales, car Savory allant au-devant des objections qu'on aurait pu lui faire, établit que l'empoisonnement de la mère ne se produit plus, si on lie le cordon.

Gusserow, qui a confirmé ces résultats, a reconnu que les substances traversent d'autant plus facilement le placenta que le fœtus auquel on les injecte est plus développé. Mais tous les poisons n'ont pas le même pouvoir de diffusion. D'après Preyer, la nicotine ne passe que difficilement tandis que l'acide cyanhydrique et la curarine se transmettent aisément; la mère peut succomber quand le fœtus qui a reçu la curarine ne présente aucun trouble.

Ces faits n'ont pas seulement un intérêt théorique; le fœtus héritant en partie du tempérament de son père, on peut admettre que certains produits de la nutrition cellulaire peuvent passer à la mère et lui imprimer une nutrition nouvelle. On comprendrait ainsi la prétendue contagiosité du diabète chez les conjoints; ce serait par l'intermédiaire du fœtus que le père transmettrait son affection. Si cette théorie est réelle, elle permettrait d'étendre aux toxines cellulaires les résultats qui sont démontrés pour les toxines microbiennes. Ce serait une application nouvelle des lois de Colles et de Profeta, touchant la transmission possible de l'immunité syphilitique à travers le placenta, en dehors de toute contamination virulente.

Une des plus importantes, parmi les maladies de la mère, qui puissent agir sur le fœtus, est l'éclampsie puerpérale. Quelle que soit la cause efficiente de cet état morbide, la plupart des phénomènes relèvent d'une intoxication ; or les poisons ainsi formés peuvent contaminer le fœtus et entraîner sa mort; l'expérience démontre en effet que le sang d'un entant issu d'une femme éclamptique est plus toxique que lorsque la mère est saine.

L'étude des poisons chez les fœtus de Mammifères se heurtant à de très grosses difficultés, il est bien plus simple d'expérimenter sur les êtres inférieurs. C'est ce qu'ont fait de nombreux physiologistes, notamment Bauber, Giacosa, de Varigny.

Il suffît de placer des œufs de Batraciens ou de Poissons dans de l'eau charc^ée de diverses substances toxiques et de noter les modifications qui surviennent dans le développement.

En se servant d'acide sulturique, Rauber a constaté que des dilutions à 0,06 pour 1000 qui ne rougissent plus la teinture de tournesol sont encore capables de tuer les embryons de grenouilles. L'acide chromique

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à 0,33 pour 1000 amène la mort à un stade peu avancé; dilué à 0,16, il 'permet réclosion, mais l'être meurt aiBsitôt après la naissance; dansdei dilutions à 0,08 les larves naissent, mais dépérissent rapidement et finissent par succomber, même si on les transporte dans de Teau pure. Ai contraire, Tacide acétique concentré permet le développement* h omcine suffisant à protéger l'embryon; mais celui-ci tombe foudroyé ih qu'il sort de l'œuf (Giacosa).

Les alcalis ne sont pas moins actifs. Rauber a constaté que les hno mouraient rapidement dans les solutions d'ammoniaque à 0,03 pour 1000, de carbonate de soude à 0,5 et 0,25, de chlorure de sodium à 10 pov 1000; la vie est possible dans les solutions à 3 et 5 pour 1000 de sel marin ; le chlorure de potassium semble beaucoup plus toxique» d'après les expériences de M. de Yarigny.

Le développement des œufs de grenouille est impossible dans des dilutions d'alcool à 1 pour 100, ou dans des solutions de saccharose a 5 pour 100; il peut se produire dans des solutions de sucre à 1 et 2 pour 100.

Tels sont les quelques faits qu'on a observés sur les œufs des Batraciens; sur ces êtres inférieurs, l'expérimentation est relativement ladle et a déjà conduit à des résultats qui présentent un intérêt considérable lu point de vue de la physiologie générale. Il serait utile de reprendre b question et d'étudier comparativement l'action des poisons sur Tceof des Batraciens et des Poissons, sur le nouveau-né et sur l'animal adulte. On arriverait encore à des résultats fort curieux; M. de Yarigny a recomui, par exemple, que les têtards de grenouille ont une sensibilité extraordinaire vis-à-vis des sels de cuivre; le sulfate est toxique à dose de 1 pour 12000000.

Action des poisons sur les ôtrea infôrieurs et sur les Tégôtaux. — Chez les êtres élevés, il est souvent difficile de déterminer le mode d'action des poisons : il faut faire une étude analytique et, parfois le système nerveux est sidéré et l'animal succombe avant que la substance ait eu le temps de porter ses effets sur les autres appareils. C'est pour cela qu'on a un grand intérêt à considérer ce qui se passe quand on bit agir des toxiques sur des êtres inférieurs et même sur des êtres unicellulaires. Les amibes, les infusoires, les bactéries, se prêtent très bien à ce genre de recherches. Leur vie se passe dans des milieux liquides où l'expérimentateur peut facilement introduire la substance qu'il veut étudier. Nous ne pouvons évidemment rapporter en détail les expériences poursuivies sur ce sujet; il nous suffira de rappeler certains faits généraux, en commençant par les êtres unicellulaires et d'abord par les bactéries.

Quand on ajoute des antiseptiques à un bouillon de culture, on obtient, suivant les doses, la mort des cellules vivantes, l'arrêt de la végétation, c'est-à-dire le passage de la vie à l'état latent, ou mieux à l'état statique. UaiSy si la quantité de poison est minime, le développement a lieu; seu-

ment, en tenant compte des lois de la biologie générale, on peut affirer que les individus qui naissent dans ces conditions, diffèrent de ceux d ^se développent dans un milieu ordinaire. Pour pouvoir vivre, Tétre »it contre-balancer l'action de la cause nocive qui agit sur lui. Or l'exîrience, d'accord avec la théorie, démontre qu'il se produit des modifitions fonctionnelles et morphologiques.

Les modifications fonctionnelles sont facilement appréciables en Qplojant des microbes chromogènes ('). Ceux-ci cultivés dans des iÛeux additionnés de faibles doses d'antiseptiques, cessent de fabriquer ir pigment : le résultat s'observe même avec des sels qui passent pour iolubles comme le sulfure noir de mercure, nouvelle preuve de la 3sibilité si grande que présentent certains réactifs vivants. Si Ton idie les microbes pathogènes, on observe des variations semblables et n arrive à diminuer ou même à supprimer complètement leur viruice. Les antiseptiques peuvent produire d'autres troubles : ils peuvent ipécher la formation des spores ou modifier les caractères morpho- ^ques des bactéries (Charrin et Guignard) et, si leur action se prolonge, finissent par faire apparaître de nouvelles races, asporogènes ou achroigènes.

En poursuivant l'étude des poisons sur les bactéries, nous avons istaté que de petites doses d'antiseptiques, loin d'atténuer, exaltent fonctions chromogènes des bactéries ; le résultat doit être rapproché ce qui se passe chez les animaux où un même poison détermine i effets tout différents, suivant la quantité injectée : la strychnine, par impie, convulsivante à petite dose, est paralysante à dose élevée. Des phénomènes semblables s'observent chez les levures. Hugo liulz(*), expérimentant avec le sublimé, l'iode, le brome, l'arsenic, les des chromique et salicylique, a parfaitement démontré que, suivant dose, ces substances activent ou entravent le fonctionnement du végétal. La sensibilité des êtres inférieurs à l'action de certains poisons est ivent très considérable. Qui ne connaît l'histoire de l'aspergillus ne iivant se développer dans un vase d'argent ? L'analyse la plus minuuse ne révèle pas trace de métal dans ce liquide : mais les réactitd imiques sont loin d'avoir la sensibilité des cellules vivantes; ils ne cèlent l'argent que dans les solutions à 1/50000. Or en étudiant 3tion des sels minéraux sur l'aspergillus, M. Raulin (') a reconnu que, jr arrêter la végétation, il faut 1/1 600 000 de nitrate d'argent, »12000 de bichlorure de mercure, 1/8 000 de chlorure de platine, »00 d'acide suliurique, 1/240 de sulfate de cuivre.

') CiAiBiH et RoGBR, Des modifications qu'on peut provoquer dans les fonctions d'un microbe

MDOgène. BuU. de la Soc, de biol., 20 oct. 1887.

*) Huco ScMULX, Ueber Hctcgiflc. Arch. fur die gesammte Physiologie, Bd. XLII, S. lîl,

') Raitlih, Études chimiques sur la v/grialion. Annales des sciences naturelles, 5* sdrief

[, p. 205. Paris, 1870.

8tV4 LES INTOXICATIONS.

L'Aspergillus n'est pas le seul végétal qui ait une si grande sensibilité vis-à-vis des substances minérales. Il en est de même de la Spirogyt, NsBgeli (*) a reconnu que cette plante ne pouvait vivre dans de Teau contenant 1 pour 1 000 000 000 d'un sel de cuivre ; il suffit de jeter quelques pièces d'or, 1 à 8, dans 500 centimètres cubes d'eau pour faire péfir le végétal; l'eau est également toxique, quand on la puise à un robinet de cuivre, surtout si celui-ci n'a pas été ouvert depuis quelque temps.

Les mucédinées, d'après Lœw, sont très sensibles à l'action des métaui, mais c'est le zinc qui agit le plus énergiquement sur elles tandis que le cuivre et le plomb restent sans action ; le Mucor imperceptibilii pouse très bien dans les solutions arsenicales. Des recherches récentes de M. Bouilhac établissent que les arséniates favorisent le développement de diverses algues et peuvent même remplacer les phosphates.

Les végétaux supérieurs résistent assez bien à l'influence nocive des métaux. Si on fait vivre des plantes aquatiques dans de l'eau contenant divers sels minéraux, on constate simplement qu'une partie du sel pénètre dans le végétal; c'est ce qui a lieu notamment pour le plomb, hrfob cependant surviennent des troubles assez curieux; ainsi en mettant 1 milligramme d'acide arsénieux dans 1 litre d'eau, on diminue la quantité d'eau qui s'absorbe et celle qui s'exhale; nous avons constaté au contraire qu'on favorise l'absorption de l'eau en y ajoutant un peu de carbonate d'ammoniaque.

L'action des poisons minéraux sur les plantes a été bien étudiée par Darwin ('). L'illustre naturaliste a reconnu que l'argent, le mercure, l'or, l'étain, l'arsenic, le cuivre, le phosphore sont toxiques pour les droiiera; le plomb et la baryte sont sans action. Ces deux derniers métaux peuTent s'accumuler dans les plantes et l'ingestion des végétaux ainsi contaminés a produit parfois des accidents chez les animaux. On peut trouver en effet jusqu'à 2 pour 100 de plomb dans les cendres Mais le métal qui se rencontre en plus grande quantité est le manganèse : Schrceder en a décelé 33 pour 100 dans les cendres des végétaux.

Aux substances signalées par Darwin nous pouvons ajouter le vanadium et l'acide molybdique, qui seraient extrêmement toxiques pour les végétaux; les sels de cadmium et de thallium n'agissent qu'à doses éleiées; si la quantité en est minime, la plante s'en empare et devient vénéneuse pour les êtres qui la consomment.

Les effets de l'arsenic varient suivant les plantes qu'on étudie et les préparations qu'on emploie. Les végétaux inférieurs résistent assez bien à son iiction; les végétaux supérieurs, facilement tués par les composés acides de l'arsenic, supportent leurs sels. Boudin avait du reste signalé l'inQuence nocive de l'acide arsénieux sur la végétation et avait reconnu

(*) NiEGELi, Ueber oUgodynamischc Encbeinungeii in lebcnden Zellen. Denkêekriften der Mchweizerischen naturfor$chenden GeselUchafl. (Anal, ptr de Virigny. Revue êcieuiifiqm, 1805, p. 299.)

[*) Dâbwih. Les pUntet insecUvores. Tnd. Barbier, p. 140-266. Paris, 1877.

ACTfON DES POISONS SUK LES VEGETAUX. 865

le cette substance abolissait la sensibilité de la Mimosa pudica. Les recherches déjà anciennes de Spallanzani et celles de de Saussure it montré Faction délétère des vapeurs mercurielles. Boussingault, qui repris la question, a fait voir qu'elles font perdre aux plantes la proricté de réduire l'acide carbonique et provoquent leur étiolement et leur lort: tous les eflTets sont évités si Ton place, près du végétal, de la fleur c soufre qui s'empare du mercure pour former du sulfure insoluble.

On dit généralement que les plantes ne sont pas sensibles à l'action des Icaloïdes et des glycosidcs. Réveil soutint même que l'atropine était pour |uelques-unes un véritables engrais; P. Bert a pu faire croître des radis lans une solution de strychnine ; les animaux auxquels on les fit manger noururent empoisonnés par l'alcaloïde qui avait pénétré dans la plante.

Il ne faudrait pas généraliser ces résultats. Binz a montré que la uinine est un violent poison pour les végétaux inférieurs. Darwin a fait oir que la strycimine, la digitaline, la nicotine sont toxiques pour le rosera, tandis que la morphine, la jusquiame, l'atropine, la vératrine, la olchicine, le curare sont sans effet sur cette plante. Des recherches plus îcentes de Marcacci(') établissent nettement que les graines, les racines issentent l'action des alcaloïdes; et M. de Varigny(') a constaté, contraiimcnt à Réveil, le rôle défavorable de l'atropine sur la végétation. Il y a donc pas de différence radicale entre le protoplasma des végétaux et lui des animaux; mais l'action des alcaloïdes varie notablement dans les ux règnes : la quinine, par exemple, est peu toxique pour les animaux péricurs et très active pour les végétaux ; c'est l'inverse qui a lieu pour morphine.

Il est bien évident que tous les résultats obtenus ne s'appliquent qu'à spèce sur laquelle on a opéré. Mais, en se bornant même à l'étude d'un ni végétal, on observe des variations notables suivant qu'on recherche ction des alcaloïdes sur les plantes adultes ou sur les graines. Nous ons entrepris sur ce sujet quelques expériences avec le cresson alé- »is (Lepidium sativum). Cette plante se développe avec la plus grande milité dans de l'eau ordinaire; or, si l'on ajoute à cette eau un des ^aloïdes suivants, nicotine, sulfate de vératrine, chlorhydrate de niorline, chlorhydrate de strychnine, voici ce qu'on observe : La nicotine à 2 pour 1000 arrête le développement; à 1,2 elle le repde; tandis que les témoins, vers le sixième ou le sc[)lième jour, atteilent 3 ou 4 centimètres de haut, les feuilles des plantes placées dans la lution nicotinique s'élèvent à peine à 1/2 centimètre et sont presque mplètement incolores, d'un jaune clair. En diminuant la dose et en iployant 0,8 pour 1000, on observe seulement un retard de quel(|ue.; urs.

*) Marcacci, I/anone Hcgii airnioidi ncl rogno vcgotalo e animale. Ann. di chim. t: di rmacol.t vol. V, p. 5, 1887.

[*) I)c Varigxt, L'atropine cst-clle un engrais végélal. Hevue tjéiiérale de botanique^ IV, p. 407.

806 LES n4TOSICATIO!4S.

Le »u1fatc de réi'atrinc est mnins toxique; avec une dose de 11) pw iOOO, les feuilles appmiâsent, présentant une belle coloration ratr. mais elles ne peuvent se lever; ce phénomène se produit ménwiwt une solution à 2 pour 10(10; les feuilles, quoique fort belles, Dcqnt tent pas le sol.

L'effet est analogue avec le cblorhyrirale de morphine; des dosexlcj il 10 pour 1000 n'empêchent pas le développement, mais supprimenlh possibilité de s'élever dans l'air.

Si l'on emploie le chlorhydrate de strychnine à dose de 1 pour 1000. n ne trouble en rien la végétation; au-des»ius de cette dose, le liquide i toujours été envahi par de nombreuses moisissures qui n'appanissenl jamais dans les autres cultures et qui empêchent la végétation du crshd: voilà un nouvel exemple de concurrence vitale.

M. de Varigny avait entrepris dès 1887 des expériences analojjjues in nôtres ; les recherches de cet auteur, bien qu'elles fussent déjà très doobreuses, sont restées inédites ; M. de Varigny a reconnu que la plupart de» alcaloïdes enti-avent la végétation; il a pris une série de photographia qui font saisir nettement le résultat. Nous en reproduisons une (fig. 44i qn nous a été donnée par cet habile expérimentateur et qui met en ériilcKe l'action nocive de la strychnine; on voit que les effetâ sont d'autant plu intenses que les doses sont plus élevées : à 1 pour 100 le développeiiHSl est presque complètement arrêté; il est inutile d'ajouter que, dansctcai, il ne s'était pas développé de moisissures.

La plante adulte est beaucoup moins sensible aux alcaloïdes. Quuid elle est âgée d'une quinzaine de jours, elle continue à vivre dam da solutions de chlorhydrate de strvchninc à 10 pour 1000: elle mruri ea deux jours si la dose atteint 20 )Kiur IOOO.

Nous avons reconnu eulin que la plante elle-uièuie contient des pria-

cipes nuisibles, il suflit d'écraser dans de l'eau une petite quantité di! cresson alénois pour que les graines ne puissent plus se développer.

Certaines plantes, comme les Drosera, sont très sensibles à des »ubbtances peu toxiques pour les animaux : les acides bcnzoïque. propionique,

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cétique, même dilués, sont pour elles de violents poisons; au contraire, [es substances Toisines comme l'acide formique sont sans action. L'acide janhydrique produit des effets qui varient suivant les doses; de petites [uantités accélèrent la germination, des quantités plus considérables ^entravent et Tarrétent; ce même poison possède la propriété de supprimer l'irritabilité de la sensitive; il fait perdre au protoplasma Tégétal, »mine au protoplasma animal, le pouvoir de décomposer l'eau oxygénée.

Les huiles essentielles exercent une action délétère aussi bien sur les phanérogames que sur les bactéries; de nombreuses recherches ont lémontré les bons effets qu'on peut obtenir avec les essences qui sont ort antiseptiques et peu toxiques pour les animaux.

Le chloroforme et l'éther exercent sur tous les êtres une action anaugue; leurs vapeurs anesthésient également le protoplasnia des animaux t celui des plantes (*); elles suppriment la sensibilité de la Mimosa mdica qui, sous leur influence, perd la propriété de se contracter quand n la touche; elles agissent aussi sur les graines, empêchent leur déveoppement, qui reprend lorsqu'on les soustrait à l'action du chloniomie.

La plupart des auteurs admettent que les végétaux sont peu sensibles l'action des poisons d'origine animale; le venin du cobra ne produit ien sur le drosera : l'urine, la salive n'ont que peu d'action sur cette lante (Darwin). PourLnnt Chou|)pe a reconnu que la salive entrave I végétation et M. Florian attribue ce résultat au sulfocyanate qu'elle mtient.

Nous avons poursuivi, avec le cresson alénois, quelques recherches sur t sujet, et nous ayons étudié successivement l'action de diverses substnnces limales sur les graines et sur les plantes adultes. Les «rraincs ne peuvent pousser dans les humeurs des animaux; le rum du lapin, la sérosité de l'ascite, le blanc d'œuf, l'urine, la salive,

bile, tous liquides qui représentent d'excellents milieux de culture »ur les bactéries et pour quelques autres végétaux inférieurs, ne permetnt pas le développement du cresson. En diluant le sérum, le blunc œuf et le liquide de l'ascite, nous avons vu qu'il fallait arriver au titre i 20 pour 100 pour que la vie fût possible. Pour la salive, la végétation

Tait dans une dilution à parties égales; elle présente seulement un tard de quelques jours. L'urine est plus nocive que la salive. Mais c'est

bile qui, de toutes les humeurs naturelles, s'est montrée le plus xique; des dilutions à 4 pour 100 ne pennettent pas le développement: 5 pour 1000 elles le retardent encore.

Poursuivant l'analyse de ces faits, nous avons constaté que la toxicité * l'urine dépend en grande partie de l'urée : des solutions d'urée à pour 100 rendent le milieu stérile; à I pour 100 elles permettent

^'i CLACIMk bEH>AlU»t ÏA^OIU SUF lu> plli'IlOlUt'lU'ï «Iti lu >it'. l'ailB. 1H78, t. It p. iii7.

l'apparition des feuilles, mais empêchent les plantes de s'élever; à 0,5 H même 0,25 pour 100, la végétation se fait presque régulièremenl, d» la plante se fane vite. Pour la bile, ce n'est pas la matière eolorinte tp est le plus toxique; celle-ci à 4 pour 1000 ne produit aucun troubk; i 5 ou 6 pour 1000, elle retarde la végétation et entrave h formation je la chlorophylle; les sels biliaires sont plus actifs, le glycocholate el k taurocholate à 5 pour 1000 empêchent tout développement; à 2,5 ils k retardent encore et gênent l'ascension des tiges.

Ces diverses substances ont moins d'action sur la plante adulte : à l'urine pure la fait périr en quarante-huit heures, diluée de moitié d*en, elle permet souvent la survie ; d'un autre côté, l'urée est toxique à 2 po« 100, mais n'a guère d'action à 1 pour 100; les deux résultats concordat donc. La bile est beaucoup plus nocive; des dilutions à 5 pour 100 tant les végétaux en quarante-huit heures. Quant 4 la salive, son action est pes marquée.

Ces résultats n'acquièrent de l'intérêt que si on les compare à œ qui se passe chez les divers êtres. Or les animaux supérieurs, les féptaux phanérogames et les végétaux inférieurs se comportent d'une (açôo tout à fait différente vis-à-vis des poisons et surtout vis-à-vis des poisons organiques.

Les alcaloïdes, sauf la quinine, sont peu toxiques pour les cryptogiames. assez actifs chez les phanérogames et atteignent leur maximum d'adioo chez les animaux. Au contraire, les produits animaux relativement peo toxiques pour les animaux sont très actifs chez les phanérogames, tandis qu'ils représentent d'excellents milieux de cultures pour les cryptogames inférieurs. Chez les animaux comme chez les végétaux supérieurs, la bik est beaucoup plus toxique que l'urine; mais tandis que chez les animaux l'urée n'explique qu'une faible part de la toxicité urinaire, chez les vê^t'taux ce corps peut, à lui seul, rendre compte des propriétés du liquide total. Enfin, d'après M. Bouchard, la matière colorante de la bile est bieti plus toxique que les sels biliaires; c'est l'inverse qui a lieu chez les végétaux. Nous ferons remarquer, en terminant, que Faction des poisons sur la végétation est plus complexe qu'on ne pourrait le croire; il est possible en effet que les alcaloïdes n'agissent que d'une façon indirecte, en permettant le développement des bactéries ; il serait donc important de reprendre cette étude, en opérant à l'abri des germes extérieurs. Les résultats ne peuvent être acceptés sans réserve que pour les substances antiseptiques comme la nicotine et l'acide cyanhydrique ou pour les eipé ricnces poursuivies sur les végétaux adultes : ceux-ci, en effet, ne sont imllement troublés par les microbes qui pullulent dans le milieu où ils vivent.

Toutes ces données doivent être complétées par celles que fournit l'étude des poisons chez les animaux inférieurs.

Contrairement aux protophytes, les protozoaires sont très sensibles à Faction des alcaloïdes. Binz avait déjà noté la puissance toxique de la

|uinine. Rossbach (*) a étudié avec beaucoup de soin l'action qu'exercent sur. les infusoires les alcaloïdes et les glycosides. Il a vu qu'à forte dose, il j avait une destruction foudroyante de leurs molécules: les êtres ne représentaient plus que des détritus informes. Si les solutions étaient moins concentrées, on observait des mouvements giratoires, du gonflement du corps, une dilatation de la vésicule contractile, puis la liquéfaction du protoplasma. Ces effets s'obtenaient en portant sous le champ du microscope une goutte des solutions suivantes : strychnine a 1/15000, soit, [>our une goutte, 0"«,00006; vératrine à 1/8000, soit 0,00022; quinine 1/5000, soit 0,0002; atropine, 1/1000, soit 0,001. Les acides et les alcalis n'agissaient qu'à des dilutions au 1/400 et au 1/600.

Ces résultats extrêmement intéressants n'ont de comparable que l'action lu cuivre ou de l'argent sur certains végétaux. Il est bien curieux de voir pie chez les représentants inférieurs des deux règnes, la sensibilité aux toisons soit si grande, mais si différente d'un règne à l'autre.

Nous ne pouvons citer les nombreux travaux qui ont eu pour effet de lous faire connaître l'action des poisons sur les divers Invertébrés. Cette ïtude présente cependant un certain intérêt pour le médecin, puisque fest sur les effets différents des toxiques que sont basées les méthodes paraûticides. Les essences, le styrax, le baume du Pérou sont des sarcoptides »)ergiques; la santonine, les extraits de racine de grenadier, de kousso, le fougère mâle, l'acide picrique sont des antihelminthiques; ces substances peuvent être employées en thérapeutique, justement parce que es êtres inférieurs y sont beaucoup plus sensibles que les supérieurs, lais tous les vers ne sont pas également tués par la même substance; a santonine, par exemple, est très vénéneuse pour les ascarides, nais elle empoisonnerait l'homme avant d'agir sur le tienia ou les >xyures.

L'étude des poisons chez les Invertébrés permet de suivre pas à pas les nodifications qu'impose aux réactions vitales la complexité croissante des ftres. Mais, dès qu'apparaît le système nerveux, on découvre une concorlance remarquable avec ce qui se passe chez les Vertébrés C'est ce qu'a iUibli Romanes, par exemple, on faisant agir sur les Méduses des poisons cls que le chloroforme, la caféine et la strychnine; cependant, lorsque c poison a éteint toute manifestation nerveuse, la vie peut encore «prendre; il suffit de remettre Tanimal dans un milieu normal. Cette lifférence d'action tient à la trop grande importance du système nerveux chez les Vertébrés où sa destruction entraîne la mort de l'orgnlisme; chez les Méduses, au contraire, le poison peut exercer librement ;on action sur tous les tissus, sans que ses effets soient arrêtés par la nort prématurée.

II ne faut pas trop s'étonner non plus de la résistance que présentent les nvertébrés à Taction du curare. Si l'escargot supporte des doses de 0•^^•

(•) Rossbach, Ucber die fein!(trn Giflprobcn. Berl. klin, Wochentchrift, p. 500, 1880.

si les polypes d'eau douce vivent longtemps dans une dissolution de ce poison (Vulpian)» cela tient. à la constitution même de ces animaux. qm sont pourvus de muscles lisses; ceux-ci sont, comme on sait, peu ««nhiUc» à Faction du curare, même chez les Mammifères ; les résultats sont donc analogues dans les deux groupes.

On s'explique moins bien les variations que subit l'action des sel» alo lins. M. Richet, qui a étudié cette question avec grand soin, a reconnn qur l'écrevisse est très sensible aux sels de lithium et de potassium, tandb que les limaçons résistent aux sels de potassium et de rubidium, tout m étant facilement empoisonnés par ceux de lithium. D'apnrs le mm expérimentateur, les végétaux ne seraient pas incommodés par les sels dr potassium, seulement toxiques pour les cellules nerveuses.

Tels sont les curieux résultats auxquels conduit l'étude des poisons ck-z les êtres inférieurs : ^n peut ainsi mettre en évidence Faction des toiiqufK sur les simples cellules, sur les pseudopodes, les cils vibratiles. Eiitiu b transparence de quelques êtres permet d'étudier les modifications de certains systèmes; c'est ce qu'on peut faire sur divers annélides, sur de pH.t* crustacés, comme les daphnies, et même sur des poissons, comme l**^ jeunes raies, où l'on peut suivre sans vivisection préalable les \miUr^ que provoquent les toxiques.

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