‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 3)Chapitre 134 sur 152 · TOXICITÉ DES CORPS SIMPLES · texte numérisé non relu

TOXICITÉ DES CORPS SIMPLES

espèce animale, peut-on trouver une relation entre un corps chimique et son action toxique? Bien des auteurs l'ont pensé et ont proposé des conceptions sur lesquelles nous n'insisterons pas longuement, car les travaux ultérieurs ont démontré qu'elles étaient dénuées de toute portée générale.

En 1867» Rabiiteau crut avoir trouvé une loi applicable à tous les métaux et qu'il formula de la façon suivante : « Les métaux sont d'autant plus actifs que leur poids atomique est plus élevé et leur chaleur spécifique plus faible ('). » On sait» en efTet, que les poids atomiques des corps simples sont, d'après la loi de Dulong et Petit, en raison inverse de leurs chaleurs spécifiques.

La conception pouvait plaire par sa simplicité, mais on est étonné qu'un observateur aussi judicieux n'ait pas voulu tenir compte des nombreuses exceptions qui ôtaient, à cette prétendue loi, tout caractère de généralité.

Prenons, par exemple, les métaux alcalins : leurs poids atomiques sont représentés par les chiffres suivants :

Lithium 7

Sodium 23

Potassium 59

Rubidium 85,2

Césium 433

Le lithium devrait être le moins actif de la série, et c'est justement un des plus toxiques, tandis que le rubidium ne l'est presque pas. Pour juger la loi de Rabuteau, M. Richet a eu recours à un procédé fort ingénieux ; il a placé des poissons dans des solutions de divers sels métalliques et a pu déterminer ainsi, d'une façon très précise, le pouvoir toxique ; or il a constaté que le cuivre, qui a pour poids atomique 63.5, est 600 fois plus toxique que le strontium dont le poids atteint 87,5; le lithium 7 est 3 fois plus toxique que le baryum 137. Yoici, du reste, quelques chiffres obû^nus par M. Richet (') en étudiant la toxicité de divers sels sur les poissons et sur les microbes.

Toxicité pour

Poids les poissons les microlics

atomicpie en mg. en mg.

Lithium 7 300 6 900

Potassium 39,1 iOO 58 000

Fer 56 14 240

Cuin« 63,5 3,5 62

Zinc 65,2 8,4 26

Cadmium .112 17 40

Mercure 200 0,29 5

(') IUbuteau, Éléments de toxicologie, 2* éd. Paris, 1887, p. 11.

{*) Cil. RicHR, Toxicité des sels minéraux. BulL delà Soc. de Inol,, 1801, p. 774.

87î2 LES INTOXICATIONS

Ainsi, pour los poissons, les métaux ci-dessus expérimentés se clas<efit (le la façon suivante : mercure, cuivre, zinc, fer, cadmium, potassium, lithium; pour les microbes, il faut les ranger tout autrement ; mercure, zinc, cadmium, cuivre, fer, lithium, potassium.

Qu'on envisage les Mammifères, les Poissons, les bactéries, on Toil qu'il est impossible de trouver une relation entre le poids atomique de« métaux et leur pouvoir toxique.

Aussi M. Richet s'est-il attaché à rechercher une autre forriiult'. Eu étudiant les métaux alcalins (*), il a constaté que le lithium tue a du^e de U,091 de métal, le rubidium à dose de 0,782, et le potassium à do^e de 0,447. L'action toxique n'est donc en aucune façon proportiomielle au poids absolu ; elle est, au contraire, proportionnelle au poids moIéouLiin' (|u'on obtient aisément en divisant la dose mortelle par le poids atoiiii({iii'

On est ainsi conduit aux conclusions suivantes :

Les substances chimiques similaires agissent sur rorganÏMiic [)n*|jortionnellement, non à leur poids absolu, mais à leur poids moléculaire.

Pour empoisonner un même poids d'animal, il faut un môme poids moléculaire d'un sel alcalin. La moyenne peut être fixée à 0,0115.

Mais, en comparant les divers résultats expérimentaux, on arrive à une autre conclusion non moins importante.

Pour des substances chimiques similaires, les doses toxiques >ont à peu près proportionnelles au poids moléculaire, non au poids absolu.

Pour des poids moléculaires égaux, les métaux alcalins sont d'autant plus toxiques que leur poids atomique est plus élevé.

Ainsi la moyenne de toxicité, en tenant compte du poids uiolêculain*. est de 0,0145 pour le lithium, 0,0111 pour le potassium, 0,0095 pHir le rubidium.

La loi de Rabuteau doit donc être modifiée de la façon suivante: à molécule égale, les métaux sont plus toxiques quand leur poids atomique est plus élevé.

Un seul corps fait exception, c'est le sodium. M. Richet pro|)ose deux explications : le sodium peut être considéré comme inofTensif parce qu'il fait partie intégrante de l'organisme; mais on pourrait en dire tout iiuljot du potassium; aussi, tenant compte de la classification de Mendeleeff. vaut-il mieux considérer le sodium comme occupant une placcàprtct ne rentrant pas dans la série périodique représentée par le lithium. I»' potassium, le rubidium et le césium.

Les mêmes lois s'appliquent aux trois métalloïdes étudiés qui appartiennent à la même série chimique. La toxicité du chlore, du bronif. de l'iode, est en moyenne de 0,47 — 0,97 — 1,22, c'est -à-dinf qu'elle augmente proportionnellement aux poids atomiques 35.5—^" et 127.

(') Cn. RTcnFT, De l'nclion plivsioloprîqne Hw sel» alcalim. Archivrt de ph^n'oloçir. I*^^"* I, p. 101.

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