‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 3)Chapitre 140 sur 152 · ACCUMULATION DES POISONS · texte numérisé non relu

ACCUMULATION DES POISONS

Testomac; injectée sous la peau, elle passait dans l'urine, en trois ou cinq minutes chez l'apyrétique, en trente ou quarante minutes chez le fébricitant ; mêmes résultats en appliquant sur la peau du bras ou de la cuisse des compresses imbibées d'iodure ; Tiode se retrouvait dans Turine au bout de quinze minutes chez les gens normaux, tandis que, chez les malades, le passage n'avait lieu qu'en une heure. En opérant sur des individus atteints de fièvre intermittente, les efTets ont été les mêmes, jue l'injection fût faite pendant l'accès ou une heure auparavant.

L'élimination peut être activée par certains états morbides; d'après M. Féré, Fiodure de potassium et le salicylate s'éliminent plus rapidement après qu'avant l'accès d'épilepsie. Mais c'est généralement l'inverse qui a lieu. M. Bouchard, un des premiers, a insisté sur la lenteur de l'élimination des médicaments dans les affections rénales; cette étude, reprise par son élève Chauvet (*),*devrait être poursuivie dans les diverses maladies.

Accumulation des poisons dans l'organisme. — Nous avons vu que les poisons ne sont pas tous rejetés de l'organisme avec la même rapidité. Quelques-uns, comme les sels minéraux, y séjournent longtemps. Des expériences inachevées d'Orfila, il résulte que l'élimination est complète pour l'arsenic et le sublimé en trente jours; pour l'émétique en quatre mois, pour le nitrate d'argent en cinq mois, pour l'acétate de plomb et le sulfate de cuivre en huit mois.

C'est surtout le mercure qui a été étudié à ce point de vue. Orfila a montré que, en donnant 0'^69 de sublimé à un chien, on trouvait encore du mercure au bout de dix-huit jours; avec une dose de 0*%3, il n'y en avait plus au bout de ce temps; on ne pourrait jamais en déceler après un mois; mais Kussmaul a pu retrouver le mercure au bout de quatre et même de douze mois; Colson après plusieurs années. Le mercure semble se déposer dans quelques viscères et particulièrement dans le foie et les os, où il pourrait persister à l'état métallique; on s'explique ainsi les laits de mercurialisme tardif rapportés par quelques auteurs, notamment par Kussmaul ; plusieurs mois ou même plusieurs années après la cessation du traitement hydrargyrique, on a vu survenir de la salivation à l'occasion d'un refroidissement ou d'une cure sulfureuse.

Le plomb reste longtemps dans l'organisme, au niveau de l'intestin, sous forme de sulfure, au niveau de la peau, à l'état de sulfate (Dumoulin), dans les os, le foie, les reins. D'après Prévost et Binet, le foie en contient beaucoup dans les intoxications aiguës ; tandis que, dans les intoxications chroniques, l'accumulation se fait surtout dans les reins et les os; il semble même que le plomb puisse entrer, à l'état de phosphate, dans la charpente osseuse.

C'est aussi dans le foie et les os que s'accumule l'arsenic; il se rencontre surtout dans le tissu spongieux des os. Brouardel et Pouchet ont

(*) Chauvet, Da danger des médicaments actifs dans les cas de lésions rénales. Thèêe de Pans, 1877.

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fait voir qu'on pouvait Ty retrouver au bout de huit et dix semaines, apm qu'on a cessé son administration, tandis qu'il disparait en trois seinainei des autres viscères.

Certaines matières organiques peuvent séjourner dans réconomie pca* dant un temps assez long. On connaît les expériences de Flourens.qttia suivi pas à pas l'accumulation et le départ de la garance au niveau desoi. Les cliniciens savent aussi combien il est dangereux de poursuifre kog» temps l'administration de la digitale ; ce glycoside s'accumule (') et ne tank pas à provoquer des accidents. D'autres substances s'éliminent an contraiit très vite, comme la morphine et surtout l'atropine; quant à la strydmiDe, les faits rapportés sont trop contradictoires pour qu'on puisse se faire ane opinion.

Résumé. — L'étude des moyens de résistance . de l'organisine aui intoxications montre qu'on se ferait une idée bien fausse de la compleiité des phénomènes vitaux, en supposant que tout se borne à des accumulations et à des éliminations. L'être vivant fait subir aux substances toxiques, même à celles qui semblent les plus stables, des modificatioib qui, par leur rapidité et leur complexité, laissent bien loin derrièrw elles les réactions qui s'opèrent dans le laboratoire. L'étude des intoxiotions devient donc de plus en plus complexe; car ce n'est pas toojoursb substance introduite qui agit.

Ces notions préliminaires vont nous permettre d'aborder la €00tr^ partie, des faits que nous venons d'étudier, c'est-à-dire l'action des poiioib sur l'organisme.

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