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LES LÉSIONS ANATOMIQUES

tures du bacille de Fricdlândor; le rapprochement est d'autant plus curieux que, dans les expériences de M. Pilliet comme dans les nôtres, les lapins empoisonnés ou inoculés d'une façon semblable ont succombé comme les cobayes, mais l'autopsie a démontré la parfaite intégrité de leurs capsules.

Le système musculaire, y compris le myocarde, peut être frappé de dégénérescence graisseuse, accompagnée de petits foyers liémorrhagiques, dans les empoisonnements par le phosphore, l'arsenic, l'éther, le chloroforme. Au cours des paralysies saturnines, on a observé des altérations musculaires, déjà appréciables à l'œil nu, mais qui semblent exceptionnelles.

Les altérations anatomiques du cœur ont été peu étudiées; outre la stéatose, on observe parfois des dégénérescences granuleuses; M. Pilliet en a signalé l'existence dans l'empoisonnement par le sublimé et a trouvé en même temps une transformation vésiculeuse et une pigmentation hémoglobinique des fibrilles musculaires. Nous ne ferons que signaler les altérations banales qui relèvent de l'artério-sclérose ou de la néphrite interstitielle et sont surtout marquées dans le saturnisme chronique.

Les os eux-mêmes ne sont pas épargnés. Nous avons déjà indiqué les nécroses et notamment la nécrose phosphorée, qui peut devenir une cause de dégénérescence amyloïde; plusieurs poisons, comme le sublimé, et, plus rarement, le phosphore, le bichromate de potasse, l'acide oxalique, produisent la décalcification des os et amènent secondairement le dépôt de concrétions calcaires dans les reins; Prévost et Frutiger ont observé des cas où la décalciPication osseuse était telle que la diaphyse était devenue mobile sur Tépiphyse.

Les lésions nerveuses d'ordre toxique présentent une importance considérable et par leur multiplicité et par leur variabilité.

Un grand nombre d'empoisonnements aigus peuvent retentir sur la moelle; les expériences d£ Popoff, Danillo, Tschisch ne laissent aucun doute à cet égard. Le phosphore, l'arsenic, le mercure et, à un degré moindre, la morphine, le nitrate d'argent, le bromure de potassium provoquent des myélites centrales aiguës, caractérisées essentiellement par de la tuméfaction trouble et par des dégénérescences vacuolaires des cellules. Dans les cas à marche lente, les lésions sont plus diffuses et atteignent la substance blanche ; parfois même elles peuvent devenir prédominantes à ce niveau et se localiser d'une façon systématique. Chez un chien ayant subi une intoxication lente par le phosphore, Gurrieri a trouvé une dégénérescence des faisceaux pyramidaux croisés, des faisceaux de Goll et de Burdach dans la région dorsale. Alt a observé, chez un autre animal de même espèce, à la suite d'une administration prolongée de morphine, des phénomènes d'ataxie et a trouvé à l'autopsie une sclérose des cordons postérieurs de la moelle; l'auteur pense que cette observation fort intéressante peut avoir une application en pathologie humaine, car on note fréquemment l'abus de la morphine dans les antécédents des tabétiques.

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De ces intoxications exogènes il faut rapprocher les intoiicatioos miok chiennes, qui peuvent aboutir aussi à la production de imélites. en se localisant d'une fa«;on prédominante sur la substance grise. La preinii're démonstration de ce fait a été donnée pour le streptocoque de Imsipèle 1 Roger I*), Bourges, Widal et Besançon), et vérifiée ensuite avec d'autres microbes tels que le bacille du côlon (Gilbert et Lion), le bdcillf typhiquc (Vincent), le staphylocoque doré (Thoinot et Masselinl.

Dans presque tous les cas rapportés par les diCTérents expérimentateu^. qu'il se soit agi de poisons microbiens, végétaux ou minéraux, et quell que fut rintensité des lésions, le système nerveux périphérique a ete trouvé intact ; il ne s'était produit aucune dégénérescence, consécutivement aux lésions de la moelle.

Ce n'est pas seulement chez les animaux que les poisons peuTeut a^nr sur le svstème médullaire; il en est de même chez l'homme: dans k saturnisme, Monakow, Oeller, Oppenheim ont décrit des lésions médullaires que Stieglitz a pu reproduire chez le cobaye et qui consistent en une vacuolisation des cellules motrices. Plusieurs intoxications alimentaires peuvent s'accompagner de lésions de la moelle. Tuczek a étudi'* avec soin les symptômes nerveux de Tergotisme ; il a montré leur anaki»* clinique avec le tabès et a constaté que les lésions anatomiques étaient semblables, mais évoluaient plus rapidement; les troubles ap|)arabÀaieot généralement après guérison des manifestations aiguës et présentaient «cuvent une terminaison favorable. On connaît moins bien la nature de b paraplégie spasmodique du lathwisme; Tuczek, dans quatre autopsia, trouva une sclérose des cordons de Burdach, mais toutes les tentatives pour produire des lésions médullaires sur les animaux sont restée? >aD> résultat, bien que certaines espèces, les oies, les porcs, les cbevauL puissent être atteintes de paraplégie. Enfin, nous devons encore à Tuczek la description des altérations médullaires de la pellagre dont l'eiistenre avait été signalée par M. Bouchard; il s'agit d'une sclérose des cordonf postérieurs et souvent de la partie voisine des cordons latéraux, prédominant à la région cervicale et se traduisant par de la paraplégie spi^ modique.

Malgré leur importance, les myélopathies toxiques semblent moin^ fréquentes chez l'homme que les encéphalopathies : il suffit de rappeliT les lésions cérébrales de Talcoolisme, du saturnisme, de la pellagn». fl A citt'i* la pachyméningite qu'on a pu reproduire expérimentalement et I encéphalite interstitielle (X. Guillot) que le plomb détermine, en se lorslisant dans le cerveau ou dans les ^'aisseaux encéphaliques (Malasse/'i

L'attention est appelée depuis quelque temps sur le système nerveii\ périphérique. M. Gombault a décrit avec soin la névrite segmentaire périaxile des saturnins; il a pu reproduire, chez des cobayes, des néTrites

[') Roger, Atrophie musculaire progressive expérimeiiUle. Comptes rendus de CAcêd. if» sciences, ^ octobre 1801. — Annales de C Institut Pasteur, 25 juin 189â.

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analogues, mais qui ne se sont traduites, pendant la vie, par aucun trouble fonctionnel. Des névrites dont Taspect est assez variable ont été observées au cours des empoisonnements chroniques par Talcool, le mercure, le plomb, l'arsenic, le sulfure et l'oxyde de carbone, l'ergot de seigle. Ces lésions expliquent les symptômes révélés par la clinique, paralysie, pseudo-tabes, tremblement.

Quelques poisons produisent des lésions nerveuses qui semblent ducs à une action locale : Arnozan et Salvat, Pitres et Vaillard ont décrit des névrites consécutives aux injections sous-cutanées d'alcool, d'éther ou de chloroforme; leur pathogénie semble assez simple. Mais quand il s'agit d'une névrite relevant d'une intoxication générale, l'interprétation est plus délicate ; l'apparition souvent tardive des phénomènes éloigne Tidéc d'une action directe du poison, et porte à penser, avec M. Babinski, que les névrites relèvent plutôt d'un trouble nutritif consécutif au passage de la substance toxique.

En résumé, le système nerveux étant la partie la plus sensible des êtres supérieurs, est celle que les poisons impressionnent le plus facilement; mais tandis que chez les animaux, les troubles et les lésions atteignent surtout la moelle, chez l'homme, dont le cerveau acquiert une importance prépondérante, ce sont les centres cérébraux qui sont le plus souvent frappés. Il en résulte des troubles fonctionnels qui ne semblent liés à aucune lésion, le délire y compris le delirium tremens, les hallucinations, le coma, les accidents épileptiformes ou hystériformes et, à un degré moins élevé, la céphalalgie et le vertige ; ailleurs ce sont des paralysies passagères, du tremblement, du pseudo-tabes, des douleurs, du zona, relevant de névrites; dans d'autres cas, enfin, les troubles dynami- (|ues finissent par entraîner des lésions plus profondes, myélites, encéphalites, méningites, avec toutes leurs conséquences.

A maintes reprises nous avons parlé des modifications nutritives produites au cours des intoxications. L'obésité des alcooliques, Tanémie des saturnins, l'amaigrissement des morphinomanes traduisent suflisamment les troubles de la nutrition. C'est dans le saturnisme qu'on observe les phénomènes les plus curieux; sous l'influence répétée du plomb, il se crée une véritiible diathèse, qui se caractérise par des arthropathies, des lésions rénales, des tophus identiques à ceux qu'on observe chez les goutteux.

Ces différents troubles nutritifs modifiant ainsi les réactions vit<iles de l'être, impriment forcément un cachet spécial à ses descendants. Les empoisonnements jouent un rôle considérable dans les troubles héréditaires. Nous n'avons pas à en faire l'étude dans cet article, leur histoire ayant été présentée avec tous les détails nécessaires dans les chapitres consacrés à la tératologie et à l'hérédité. Contentons-nous de citer la fréquence des avortements chez les femmes soumises à des empoisonnements professionnels; l'aspect chétif des nouveau-nés, qui, en venant au monde, peuvent présenter des phénomènes nerveux très

curieux; Gœtz et SchauII ont observé chacun un cas de tremblement congénital chez des enfants hydrargyriques. Enfin il est à peine be^inik rappeler la fréquence des accidents nerveux chez les enfants d'alcoolique>: la dégénérescence de la race se traduit soit par des stigmates physique^, soit par des névroses, épilepsie, hystérie, soit par des troubles psychique et notamment par la dipsomanie ; tels sont les résultats que la cliniqiK avait fait connaître et qui ont été complétés par les travaux expérira»*ntaux publiés dans ces deniières années et notamment par les recherches de M. Féré

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