‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 3)Chapitre 150 sur 152 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Classification des poisons. — La mort dans les intoxicatioiu. — Importance

des processus toxiques.

Classification des poisons. — La science ayant pour objet de coordonner les faits expérimentaux, il était tout naturel de chercher une classification des substances toxiques. La plupart des auteurs, qui ont aborde Tétude de cette question, ont proposé des groupements plus ou iiioin> artificiels, et se sont laissé conduire par leurs études spéciales ou |vir \e< tendances et les préoccupations de leur époque; quelques-uns so <m\ bases sur Tétiologie, d'autres sur la pathogénie, la chimie ou la phy>iologie pathologique.

Au milieu du siècle dernier, l'exemple donné par les naturalistes fut suivi par les toxicologues; Plenck, en 1758, proposa, pour la preiuim fois, une classification des poisons; il les divisa en quatre groupes: animaux, végétaux, minéraux, volatils; dans chaque groupe, il fit un cert^iir nombre de subdivisions, suivant la rapidité d'action des substances, le: symptômes produits ou les systèmes frappés.

La classification de Plenck fut reprise par Mahon (1801), qui adini trois groupes de poisons : animaux, végétaux, minéraux, et divisa clwqu groupe en deux variétés, suivant que la substance était fixe ou volatilr: i est évident que celte conception était assez arbitraire et aboutissait séparer les composés d'une même substance, c'est-à-dire des corps appr tenant à In même famille chimique et, ce qui était plus grave, ayant sou vent une action physiologique analogue.

Il serait aussi fastidieux (|u'iiuitile de reproduire ici toutes les classiti rations |)r()posées : nous ne signalerons que celles qui sont encore admise? elles sont basées sur le mode d'action des substances. Fodéré tenta cetl division qui fut complétée par Orfila et Devergie. Tardieu admit cio

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classes de poisons : les corrosifs, les hyposthénisants, les stupéfiants, les narcotiques et les névrosthéniques.

Cependant les travaux de Magendie et de Cl. Bernard, en faisant entrevoir le mécanisme mis en œuvre par les substances toxiques, firent surgir des classifications plus rationnelles. Rabuteau, par exemple, proposa la division suivante : poisons hématiques, globulaires ou plasmiqu'es; poisons neurotiques, subdivisés en paralyso-moteui's, spinaux et cérébro-spinaux; poisons neuro-musculaires; poisons musculaires; poisons irritants ou corrosifs. De cette classification physiologique, on peut rapprocher celle beaucoup plus simple proposée par M. Richet. Cet auteur n'admet que deux classes de poisons : les poisons sanguins et les poisons nerveux ; ces derniers se divisent en poisons psychiques, bulbaires, médullaires, poisons dos terminaisons nerveuses animales (curare), des terminaisons nerveuses organiques (atropine). On voit que les poisons cardiaques et musculaires sont complètement rejetés.

La classification plus récente adoptée par Kobert se ressent des tendances pathogéniques contemporaines; les poisons y sont étudiés dans quatre chapitres qui comprennent : les substances produisant des lésions anatomiques, soit au point d'application, soit à distance; — les poisons du sang, subdivisés en quatre variétés suivant qu'ils agissent mécaniquement (l'eau oxygénée, par exemple), qu'ils dissolvent les globules, produisent de la méthémoglobine ou contractent des combinaisons avec la matière colorante; — les poisons ne produisant pas de lésions appréciables et comprenant les poisons du système nerveux et les poisons du cœur; — les poisons autogènes. Il serait facile de faire la critique de cette conception ; le premier reproche qu'on puisse lui adresser, c'est de s'appuyer tour à tour sur l'anatomie pathologique, la physiologie et la pathogénie ; mais, ce qui est plus grave, c'est qu'un même poison peut rentrer facilement dans plusieurs de ces différents groupes; il ne manque pas de substances, telles que l'ammoniaque, qui sont à la fois exogènes et endogènes; d'un autre côté, bien des poisons produisent ou ne produisent pas de lésions appréciables suivant que leur action a été passagère ou répétée ou même suivant l'être qu'on envisage.

Mieux vaut donc, semble-t-il, revenir aux classifications physiologiques basées sur le mode d'action des substances ; en agissant ainsi on met au premier plan les troubles produits, c'est-à-dire les phénomènes que l'expérimentateur et le médecin apprécient le plus facilement. Si cette manière de coordonner les phénomènes est aussi artificielle que les autres, elle a au moins l'avantage de remplir un des buts que doivent viser les classifications : simplifier l'étude et fournir des points de repère. Seulement il faut bien remarquer que toutes nos tentatives ne sont que provisoires; elles sont forcément incomplètes et erronées, car le mode d'action des poisons est souvent mal connu ou sujet à discussion. Mais, ce qui complique encore la question, c'est qu'une même substance peut agir différemment suivant les êtres qu'on envisage : la morphine est un

iOOO LE^ INTOXICATIONS,

poison psychique pour rhomme, c'est un poison médullaire pour le chien; la vcratrine tue les Mammifères par arrêt de la respiration, cllo tue les Batraciens par arrêt du cœur.

Guillebcau et Luchsinger ('), frappés de toutes ces difiicultcs, proposfot de diviser les poisons en deux groupes : les poisons généraux, <|uia<vi5^*nt sur tous les êtres vivants; les poisons spécifiques, qui n'exercent leur action que sur une partie de l'organisme et ne se comportent [tas toujou^ de la même manière sur les parties homologues des différents êtres. Cetti> division, assez séduisante, est une sorte de réminiscence de celle qu avait admise Cl. Bernard : poisons de la vie, communs à tous les êtres vivants: poisons des mécanismes, propres à certaines catégories.

Les poisons spécifiques exercent des actions qui semblent obéir auv deux lois suivantes :

La sensibilité des parties homologues est en raison directe de leuraciivite physiologique; elle est en rapport avec la résistance de l'élément h plus délicat et proportionnelle au degré de complication des liens qui réunissent les diverses parties de l'appareil.

Mais si Ton peut envisager ainsi, d'un point de vue élevé, Taction (le> poisons, on ne peut guère, dans l'état actuel de nos connaissances, fain' servir ces conceptions à une classification utile. 11 faut se résoudivà chercher des groupements artificiels basés sur un côté de l'étude. C'e>t ainsi qu'on peut envisager l'étiologie, la pathogénie, la symptoniatnl(»i:it'. l'évolution.

Les classifications étiologiques sont très commodes ; nous en avons dit un mot au début de cet article; voici celle qui nous paraît la plus siniph* :

habituels. . . \ Alimentaires.

f Kospirato]i*es.

exogeneê,

accidentels .

Alimentaires.

Pn>fessionncls.

Sœiaux.

Médicaux.

l'oK^Ns . ( f Accidentels propreuieat dib \xi i-

V dents, ivresses, suicides, etci.

( Vie cellulaire.

, , t ' ( Fermentations eastro-inti'stinali^.

endogènes . » ^ ^

) , . . ( Vie cellulaire.

[ niorbides. . . i . . .^ .

( Agents parasitaires.

La classification patliogénique devrait se baser sur le mode d'aitiim des poisons; elle pourrait essayer de pénétrer le mécanisme misenœum' pour agir sur les cellules, ce serait mie conception d'une haute i^rtéi» philosophique; malheureusement elle manque aujourd'hui dune Iv)^*' solide. Si, au contraire, on envisage les troubles apportés dans Ie$

f*) GciLLEBRAu und LccHsiNGER. Fortgesctztc Studien zu einer allg. PhfBÎnlogie der iniiaH^ SithstAii/ni. Arch. fûr dirgêiammte Physiologie^ Bd. XXVHI, p. i.

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