DE LA HORT DANS LES INTOXICATIONS
diverses fonctions, on arrive â une classification symptomatique : car ces troubles ne sont que la traduction objective ou même subjective des déterminations morbides; la syniptomatologie et la physiologie pathologique conduisent donc, dans ce cas, à des résultats concordants.
Faut-il, à l'exemple de quelques auteurs, diviser les poisons en deux groupes, suivant qu'ils agissent sur raclivîtc cellulaire ou sur les appareils? Nous ne le pensons pas, car tout poison est un poison cellulaire; IV^pression de poison des appareils ne nous semble même pas exacte; ce n'est pas l'action sur l'uppareil qu'il faut envisager, ce sont les troubles de la fonction. Il n'y a pas là une simple discussion de mots ; si, en efTet, on considère un être unîcellulaire, on ne peut y découvrir aucun appareil, mais on y trouve déjà des dilTérenciattons physiologiques. La même cellule ne possède pas seulement une activité nutritive, caractéristique de Uvie; elle jouit de diverses propriétés fonctronnelles: sous l'inHuence des poisons, sa nutrition peut être abolie, c'est la mort ; ou bien une de ses fondions est supprimée, ce qui conduit à des troubles passagers, ou à un arrêt plus tardif de la vie. Or, si nous passons aux êtres supérieurs, nous voyons que la même division leur est applicable : certains poisons arrêtent directement ou indirectement la nutrition générale de l'organisme et provoquent ainsi une mort foudroyante, d'autres produisent des troubles Tonctionnels ; dans ce dernier cas, il s'agit encore d'une action cellulaire, prédominant seulement sur certains groupements diETérenciés. Nous arrivons dés lors à la classilication suivante :
( funcl
|psyuhic|iiu.
sensible.
n^g■■niqu<^
Les classilicaliuns symptuuiatiqucs, malgré leur imporLince, ont peutêtre le défaut de donner trop de place aux troubles passagers et de trop mettre dans l'ombre l'efTet ultime des toxiques, c'est-à-dire de négliger le mécanisme de la mort. A ce point de vue. par exemple, les poisons psychiques n'ont plus de raison d'être: car ce n'est pas, comme le croyait Bichat. par le cerveau que l'on meurt, c'est |)ar le bulbe. Nous sommes donc conduit à rechercher si nous ne trouverons pas une bonne classification des poisons dans le niécani»<me de la mort et nous sommes amené ainsi à étudier par quel procédé la vie peut s'éleindre au cours des empoisonnements.
De ta mort dans les intoxications. — La mort est essenlicllcmciit caractérisée par l'arrêt des phénomènes nutritifs, c'est-à-din; des échanges incessants qui se produisent entre les rellutes et le milieu où elles vivent : elle peut donc relever de deux mécanismes qui, bien que différenls, aboulissenl à un résultat identique : l'inhibition de l'activité cellulaire,
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Tadultération du milieu. La première condition est remplie par les poisons qui coagulent le protoplasma ou contractent avec lui des combimisons stables (action chimique); par ceux qui semblent lui transmettre une sorte de vibration moléculaire (action dynamique), par quelque<-tm$ peut-être qui agissent indirectement en influençant les centres nerreux de la nutrition (action nervo-dynamique). Les poisons qui modifient le milieu agissent directement ou indirectement; dans le premier cas, ils exercent une action chimique, coagulant des substances indispensables oo contractant avec elles des combinaisons stables (l'oxyde de carlxme |iar exemple); dans le second cas, ils empêchent la rénovation du milieu: c'est ce qui peut être réalisé dans plusieurs circonstances. L'arrêt de la circulation, par exemple, entraîne nécessairement l'arrêt de la nutrition, puisque le sang ne peut arriver aux émonctoires et surtout ne peut s oxygéner; les poisons cardiaques abolissent donc indirectement les mutations nutritives.
La situation est à peu près semblable dans les cas ou le poison entrave la respiration ; les substances qui rentrent dans ce groupe sont tort nombreuses ; elles agissent en paralysant directement les muscles respiratoires (curare), plus souvent en portant leur action sur les centres bulbomédullaires. Certaines substances tuent par arrêt de la respiration chez les animaux à sang chaud, tandis que chez les animaux à sang froid, ello< tuent par arrêt du cœur; la différence s'explique facilement : les animaux à température variable pouvant se passer, pendant une durée asstz longue, de la respiration pulmonaire, le poison exerce librement .<on action sur le cœur; chez l'animal supérieur, Teffet cardiaque n'a pas le temps de se produire; mais on peut le mettre en évidence en maintenant la vie au moyen de la respiration artificielle; grâce à cet artifice, la situation sera la même chez' les deux catégories d'animaux.
Enfin l'arrêt de la nutrition peut résulter d'un défaut de Tépunition, consécutif aux altérations des émonctoires : les produits de désassimilation ne peuvent être rejetés; ils saturent le milieu et empêchent la dilTusion hors de la cellule. Ce mécanisme n'a qu'une importance secondaire dans les intoxications aiguës, sauf dans le phosphorisme ; mais il n'en est pas de même dans les intoxications chroniques.
La répétition des troubles fonctionnels finit par créer des lésions anatomicjues, des dégénérescences cellulaires, des scléroses viscérales; il se produit ainsi une cachexie ou une auto-intoxication secondaire, à laquelle le sujet succombe plus ou moins tardivement, parfois fort longtemps après (|u'on a cessé Fusage du poison; le mal résulte donc, comme toujours, d'une adultération du milieu sanguin, mais celle-ci est indirecte.
En résumé, si les procédés mis en œuvre sont multiples, le résultat final est toujours le même; la mort, dans tous les cas, arrive parce «pie les échanges sont devenus impossibles entre les cellules et le sang; «pi il s'agisse d'une inhibition cellulaire, ou d'une insuflisance sanguine, liée à Tarrèt de la circulation ou de la respiration, ou relevant d'une altération
HE LA MliKT DANS LKS ISTUSICATIUSS.
(les émonctions, pou importe. La même cause, en dernière nniilyse, présidt; à la ceijsation des phénomènes vitaux.
Peut-on aller plus loin et peut-on savoir comment les poisons déterminent les troubles mortels?
Pour les substances qui arrêtent l'aptitude nutritive des cellules, deux explications sont plausibles; tantôt la substance contracte avec le protoplasma une combinaison stable, qui entrave ou empêche le métabolisme vital: tantôt il s'agit, semble-t-il. d'une simple vibration transmise, «ans qu'il y ait de combinaisons; la substance toxique exerce une action comparable ii celle des agents physiques, de l'électricité par exemple.
[.es poisons qui agissent sur le milieu, peuvent, avons-nous dit, avoir une action directe ou indirecte: dans le premier cas, ils contractent des combinaisons stables avec diverses substances, contenues dans le plasma ou dans les globules; l'oxyde de carbone, par exemple, chasse l'oxygène et s'unit solidement à l'hémoglobine ; c'est une application à la toxicologie deR lois des affinités chimiques. Les poisons qui agissent indirectement peuvent arrêter la circulation ou la respiration, en portant leurs elFets sur les centres nerveux ou sur les muscles; dans les deux cas, ils doivent être considérés comme inhibant la nutrition cellulaire: leur action spéciale ne relève que de leur localisation. Etiiin, dans un ^Tand nombre de cas, il se produit des lésions structurales, portant sur les cellules du sang, des oFf^anes ou des tissus. S'il s'agit d'une dissolution dos globules rouges, te phénomène peut être considéré comme d'ordre physico-chimique; il n'est ni plus curieux, ni plus obscur que tous les autres exemples de dissolution. Mais quand il se produit des lésions cellulaires, dégénérescence graisseuse, gmnuleuse, vcsîculaire, nécrose do coagulation, etc., ta question se coiujdique parce qu'on se trouve en face d'un processus n'ayant aucune similitude apparente avec les phénomènes inorganiques. On discute et on discutera encore longtemps sur leur mécanisme. Pour ne citer qu'un exemple, il suilït do considérer les nombreuses théories qu'a suscitées l'histoire de l'intoxication par le phosphore; ce poison produit rapidement la stéatose. Par quel mécanisme? Si l'on ne peut admettre, avec Lœwin, qu'il s'agit d'une paralysie des ebyliféres, permettant l'entrée dans l'organisme d'une grande quantité de graisse; si l'on ne peut croire, avec Parrot et Dusart, (pi'il se produit simplement une métastase des matières grasses, on trouve encore deux théories îniport-mtes : l'une, proposée par .M. Lécorché, fait rentrer le processus dégénénitif dans le groupe des inflajnmations, ce qui déplace simplement le problème, sans le résoudre : l'autre, soutenue par Bauer, invoque la diminution des oxydations, dont témoigne la diminution survenue dans l'absorption de l'oxygène et l'exhalation de l'acide carbonique; c'est ramener le processus à l'explication proposée pour les autres causes stéatogf'ues.
Telles sont les quelques hypothèses que l'on peut faire sur le mode d'action des poisons; mais sans vouloir pénétrer dans l'intimité des
phénomènes et en considérant simplement le mécanisme de la mon. on arrive à wie classiflcation assez simple, qui peut se résumer de la façon suivante :
arrêtant ractivité nu- i directement. . tritive des cellules. { indirectement (parle système nerveux)
, , directement . \ P"»!*»" J^T^fj^î^'P"^-
l\)is:oRS . ( I ( Poisons globuJaires.
IPoitfOns my*cardiaque>.
Poisons nerrih cardiaques.
IPoifons muMiilaires.
Poisons nenomuscubires.
par .ItéralioDs { A"»»-"'<«^
Yiscéraies. . j ^»»* «f»" \ daires.
Les poisons qui arrêtent l'activité nutritive des cellules, sont ceux dont l'action s'étend au plus grand nombre d'êtres vivants, tel est Tacide cyanhydrique, par exemple. Parmi les poisons qui agissent indirectement sur le milieu, ceux qui arrêtent le cœur sont plus généraux que ceux qui arrêtent la respiration, car cette dernière fonction peut être supprimée pendant un temps assez long chez les Vertébrés inférieurs, tandis que chez les Mammifères, elle a une importance capitale; voilà pourquoi, chez eux, la plupart des poisons amènent la mort par arrêt de la respiration ; on conçoit ainsi qu'une même substance puisse agir diiréremment chez les diverses classes de Vertébrés, représenter un poison respiratoire pour les Mammifères, un poison cardiaque pour les Batraciens. La même remarque explique la sensibilité si différente des êtres vis-à-vis de Toxyde de carbone; ce gaz est le type des poisons globulaires; or ceux-ci ne font en réalité que supprimer les échanges respiratoires ; on comprend donc que l'oxyde de carbone puisse être terrible pour les Mammifères, tout en n'ayant que peu d'influence sur les Batraciens et en restant sans action sur les êtres inférieurs.
La classification basée sur le mécanisme de la mort semblera peut-être présenter de nombreux inconvénients; on n'y trouve plus en effet la notion des poisons psychiques. C'est que les fonctions psychiques représentent, en quelque sorte, des fonctions de luxe; leurs troubles et même leur abolition n'ont aucune importance pour le maintien de la vie; les poisons médullaires, les poisons des terminaisons nerveuses, les poisons des muscles ne sont pas plus néfastes, tant qu'ils n'ont pas frappé les centres, les nerfs ou les muscles présidant aux deux grandes fonctions, respiratoire et circulatoire, c'est-à-dire tant qu'ils n'ont jas atteint le bulbe, les nerfs qui en partent, le myocarde ou les muscles inspiratetu^.