AFFECTIONS PRODUITES PAR LES PROTOZOAIRES
rôle des végétaux plus élevés, Oïdium^ AspergilluSy Mucor^ Cladothrix^ ActiiwmyceSy BotryomyceSy tend chaque jour à s'accroître.
Plusieurs de ces parasites peuvent déterminer des pseudo-tuberculoses; telle est la maladie improprement appelée farcin du bœuf et due en réalité à un CUidothrix (Nocard); on trouve une pseudo-tuberculose analogue produite par le C asteroides, chez l'homme (Eppinger). Diverses variétés d'Aspergillus peuvent susciter des lésions semblables; dès 1864, M. Bouchard a signalé la pseudo-tuberculose aspergillienne du perroquet; MM. Dieulafoy, Chantemcsse et Widal» Potain, Gaucher et Sergent ont étudié une pseudo-tuberculose sévissant sur les pigeons et sur les hommes t^mployés à les gaver; elle est produite par VAspergillus fumigaius qui se trouve sur les graines et infecte simultanément Thomme et les animaux, ihi observe encore chez les oiseaux une pneumonie mycosique due au Mucor racemosus.
Le plus intéressant de tous ces parasites est représenté par VAclinomtfces. La maladie qu'il provoque est surtout fréquente chez les Bovidés ; dans certaines régions de l'Allemagne, elle atteint 5 pour 100 de la population bovine, et dans les provinces du sud de la Bussie 10 pour 100 (Ignatjew); elle est rare en France, où on ne la rencontre guère que dans les régions de l'est, dans les pays humides et les contrées à marais salants. L'actinomycose s'observe chez le cheval, l'éléphant, le porc, le mouton et le chien ; elle peut être transmise expérimentalement au lapin et au cobaye. L'origine de la maladie doit être cherchée dans les plant(;s sur lesquelles pousse le parasite ; on conçoit ainsi sa fréquence chez les Herbivores. L'homme contracte l'actinomycose en se piquant avec des Graminées, plus rarement au contact des animaux malades.
Des Champignons voisins de Tactinomyces peuvent produire chez le cheval des lésions analogues, tels sont le Discomyces equi (Uivolt^i) ou Botryomyces, que l'on rencontre dans certaines productions phlegina- Mques et dans les inflammations funiculaires consécutives à la castration. A côté des parasites végétaux, capables de provoquer des maladies infectieuses, il faut faire une place aux Protozoaires, qui représentent de
Tfritables microbes animaux.
Des quatre classes que comprennent les protozoaires, deux seulement
BiNis intéressent : les Bhizopodes et les Sporozoaires. Parmi les Bhizopodes se trouvent les Amibes, dont plusieurs espèces
habitent le tube digestif et peuvent produire des colites, peut-être même
b dysenterie (Lœsch, Rartulis).
Les Sporozoaires {^) se divisent en Grégarines et Psorospermies. Les
drtgarines représentent des parasites qu'on rencontre surtout chez les
h^fTtébrés. Dans ces derniers temps on en a observé chez les Maminirùrcs;
Keilier(*) en a trouvé chez l'homme, dans la variole, la vaccine, la scarla-
tioe, le zona ; mais leur rôle pathogénique n'est nullement établi.
1*. Bâuusi, Leçoot mr let Sporoiotirct. Paris, 1884.
n ftËmwoL^ Die Proloioen aU KnnkbeiiMireger. Jeoa, 1891
iOO PATHOLOGIE COMPARÉE DE L^UOMME ET DES ANIMAUX.
Les Psorospermies ont un tout autre intérêt; elles comprennent quatre groupes :
V Les MyxosporidieSy que l'on rencontre chez les Poissons et que nous avons observées dans le foie d'une souris;
2^ Les Sarcosporidies (tubes de Miescher, de Rainey), qui envahissent les muscles de différents Mammifères; Rosenbergen en a trouvé dans le myocarde d'une femme de quarante ans;
3® Les MicrosporidieSy qui habitent les Vers et les Insectes et produisent, chez les vers à soie, la maladie désignée sous le nom de
pébrine;
4^ Les Coccidies, auxquelles les travaux récents font jouer un rôle important dans la pathologie infectieuse. On trouve à chaque instant des Coccidies dans le foie du lapin, où elles envahissent les voies biliaires, suscitant des proliférations épithéliales et conjonctives. En étudiant la psorospermose du lapin, M. Malassez a observé des formes semblables à celles qu'on a décrites chez l'homme ; ce sont des éléments qui rappellent les cellules dites colloïdes des épitbéliomes, les grains particuliers du molluscum contagiosuniy de la psorospermose folliculaire végétante, etc. Podwyssozki a trouvé dans le foie de l'homme une Coccidie, le Karyophagus hominis, qui serait capable d'amener l'atrophie pigmentaire des cellules hépatiques et de susciter la prolifération du tissu interstitiel. Cet auteur, dont les observations auraient besoin d'être confirmées, soutient que les Coccidies du veau, du porc, du lapin, du pigeon ou de la poule, peuvent se transmettre à l'homme, soit directement, soit par l'intermédiaire des vers de terre qui les répandent sur les légumes.
C'est à un groupe voisin des Coccidies que la plupart des naturalistes rattachent les parasites du paludisme, les hématozoaires de Laveran, les Laverania, comme on dit justement à l'étranger. Or, des hématozoaire? analogues, sinon identiques à ceux de l'homme, s'observent chez divers animaux, notamment chez la tortue et les Oiseaux (Danilev^sky, Grassi et Feletti). On a décrit chez plusieurs Mammifères des accidents qu'on a voulu rattacher au paludisme : certaines observations recueillies en Italie, les bons résultats qu'a donnés parfois l'usage de la quinine, la présence d'Hématozoaires chez les mulets de l'Inde (Oser), peuvent être invoqués à Tappui de cette identification ; mais il faut reconnaître que la plupart des faits publiés sont loin d'entraîner la conviction et paraissent n'avoir rien de commun avec la malaria.
C'est surtout dans Tétiologie du cancer qu'on fait jouer un rôle important aux Coccidies. Sans aborder cette question, qui sera traitée ailleurs, nous signalerons seulement la fréquence des diverses variétés de néoplasmes chez les animaux (*). C'est le chien qui en est le plus souvent atteint; puis viennent le cheval, le chat, le bœuf, le porc, plus rarement les chèvres et les moutons; chez les Oiseaux, les tumeurs sont assez fréquentes, mais
(*] Caoiut, (iiLOLRT cl RoGER, Les tuiDcun malignes <hei les animaux. La Pr€$êe médkmie, 14juUleti804.
^^^^^f- CANCER ET
files ofirmt des caractères histologiques particuliers. Les Tégétaux eux
(aire, dont Tétude devrait servir de base à l'histoire paIliogénit|iie ilt> liiineurs.
L'pliologie du cancer chez les animaux est aussi obscure que che7
l'influence de l'âge est plus importante ; chez les jeunes sujets, on n'ob sene guère que dos tumeurs bénignes (polypes, papillonies) ; le aarcmnc K rencontre assez souvent chez les adultes; l'épithélionie est l'apanage des mai.
L'matomie pathologique ne présente rien de bien spécial; contrairemfn àSeramcr, nous avons plus souvent observé l'épithéliome que le sarcome le téleau suivant, qui résume nos recherches, fera saisir la fréquenci nblÎTC et les localisations principales des différentes variétés de tumeui-s
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Si le sarcome présente une grande tendance à envahir l'organisme entier
i02 PATHOLOGIE COMPARÉE DE LIIOMME ET DES ANIMAUX.
l'épithéliome reste souvent circonscrit et permet une santé relativement bonne; la cachexie n'apparait, en général, qu'au bout d'un an ou deux.
Dans le groupe des néoplasmes, nous devons faire une mention particulière des tumeurs mélaniques qui appartiennent pour la plupart au genre sarcome (Cornil et Trasbot). Signalées dans toutes les espèces, elles sont particulièrement communes sur les chevaux blancs, à peau dépourvue de pigment; elles se développent dans le tissu conjonctif ou dans la peau, et d'ordinaire font saillie au pourtour de Fanus, à la base de la queue, au fourreau ou dans la région parotidienne; tandis qu'elles augmentent lentement de volume, d'autres apparaissent à leur voisinage; peu à peu la maladie se propage et se généralise, envahissant les muscles, les glandes, les os, l'intestin, le poumon, plus rarement le cœur, la moelle, le cerveau.
Les tumeurs mélaniques sont rares chez les autres animaux; nous avons observé récemment sur un chien un cancer mélanique occupant la patte et ayant envahi les lymphatiques; mais les faits de ce genre sont exceptionnels.
Les Protozoaires ne sont pas les seuls parasites animaux capables de produire des maladies infectieuses; des êtres supérieurs peuvent susciter des affections à évolution semblable ; telles sont les Trichines^ qui provoquent, comme on sait, une véritable infection, transmissible du porc à l'homme et à tous les animaux. En Amérique, le nombre de porcs trichines s'élève i 40 pour 1000 dans certaines contrées, tandis qu'en Europe la proportion moyenne n'est que de 1 pour 10000. Il semble que le porc s'infeste de diverses manières, soit en consommant de la viande trichinée, soit en ingérant les excréments des sujets de son espèce, soit en dévorant des rats affectés eux-mêmes de trichinose. Dans les clos d'équarrissage, la proportion des rats trichines atteint 8 à 9 pour 100.
Nous n'étudierons pas les divers parasites communs à l'homme et aux animaux; leur histoire est présentée ailleurs avec tous les détails nécessaires ; il suffit de rappeler que c'est au contact du chien que l'homme prend le germe du cysticerque (Tœnia nana). Réciproquement c'est par les excréments de l'homme que le porc contracte la ladrerie ; les recherches de Kûchenmeisteret Haubner établissent que les porcs s'infestent en ingérant les matières fécales humaines, qui renferment les proglottis du Tœnia solium ; Thomme se contamine à son tour en consommant la viande ladre insuffisamment cuite.
La ladrerie du bœuf a été généralement considérée comme rare; mais cette opinion, qui ne s'explique guère, étant donnée In fréquence du Tamia inermis chez l'homme, tient à ce qu'on ne cherchait pas suffisanmient les cysticerques dans la viande de bœuf.
Parmi les autres vers intestinaux, rencontrés dans diverses espèces, nous citerons les ascarides, les oxyures, etc.
Signalons encore les pseudo-tuberculoses vermineuses^ qu'on observe surtout chez le chat, le mouton, le Yea\x(Ollulanus iricuspis^ Pseudalius
mrOXIGiTIONS. i05
ovis pulnumaliê^ Strongylus rufescens) ; on en a recueilli des cas chez le chien (Ebstein et Nicolaier), et même chez l'homme (Mim*a).
Enfin les filaires (Filaria immitisj recondita) ont été observées dans le sang de divers animaux et notanunent du chien.
D'autres parasites animaux peuvent produire des troubles parfois graves ; il existe, chez la poule, une acariase des sacs aériens; nous avons reconnu que des végétations polypiformes pouvaient se produire chez le chien sous Finflu^ice d'acares.
Las IntozicationB. — Dans l'étude générale que nous ferons des intoxications, nous montrerons que les animaux y sont presque aussi exposés que l'homme, et que les poisons déterminent également chez eoi des troubles nerveux, des dégénérescences cellulaires, des cir-
n s'agit parfois d'intoxications industrielles; dans les régions où se troorent de nombreuses usines, les animaux ingèrent les poussières d'anenic {maladie des Hauts foumeaux)^ de plomb, de zinc, déposées sur les végétaux; ce sont donc les Herbivores et les Granivores (chevaux, boeds, volailles), qui sont le plus souvent atteints. Seulement tous les animtox ne sont pas également sensibles aux divers poisons; le bœuf résiste moins an mercure que le chien, celui-ci moins que le cheval; au contraire, lediend et le chien sont plus facilement que le bœuf intoxiqués par le plomb; le saturnisme se traduit comme chez l'homme, par un liséré gingîfd, une néphrite, des troubles nerveux, et notamment par des paralysies qui, chez le cheval, atteignent le larynx et peuvent nécessiter la bachéotomie.
Les intoxications les plus intéressantes qui puissent frapper les animaux mi les intoxications alimentaires : tantôt il s'agit de tourteaux de coton, de pulpe de betteraves avariées; tantôt d'un empoisonnement par le lupin, le trèfle ou les prèles.
La lupinose sévit sur le mouton, la chèvre, le cheval, le bœuf, le porc, et détermine des phénomènes nerveux ou des troubles hépatiques aboutissant souTent à l'ictère grave. L'autopsie révèle une dégénérescence graisseuse du toie dans les cas aigus, une cirrhose atrophique si la marche a été lente.
La trifoliose détermine chez le cheval des phénomènes analogues. Le foin riche en prèles provoque des accidents chez les bovins, mais est à peo près inofTensif chez le cheval. Signalons chez celui-ci les empoisonnenents par la gesse chiche ou jarosse, qui provoquent des paralysies et notamment du comage laryngien. Au Texas, les chevaux ou les bœufs peuvent être atteints de manifestations ataxiques qui semblent dues à Fosage d'une herbe, VAstragaUus mollis^ pour laquelle ils ont une passion comparable à celle que certains hommes possèdent pour l'alcool.
l'intoxication alcoolique est rare chez les animaux; elle s'observe chez les Herbivores nourris avec des drèches, parfois chez les chiens habitant
i04 PATHOLOGIE COMPARÉE DE L'HOMME ET DES ANIMAUX.
dans ies distilleries (Spinola). Enfin, dans quelques cas, les animaux ont manifesté un goût très marqué pour la morphine; dans les fumeries d'opium, on a vu des singes fumer comme leurs maîtres, et des chats s'enivrer en humant avec délice les vapeurs qui se dégageaient autour d'eux.
Diathèses; hérédité; maladies évolutives et involutives. — L'hérédité, qui joue un si grand rôle en pathologie humaine, n'est pas moins importante en pathologie animale. Ses lois semblent même avoir été plus complètement étudiées chez les animaux et, en tout cas, ont été mises à profit par les éleveurs pour l'amélioration des races. C'est justement pour ce motif qu'on observe moins bien l'hérédité morbide. Si l'on tient compte aussi des conditions de vie si différentes de l'homme et des animaux, on concevra facilement pourquoi, sauf chez le chien, les troubles nutritifs sont rares et l'arthritisme exceptionnel.
On peut cependant rencontrer chez les animaux des affections par ralentissement de la nutrition qui sont comparables à celles de l'homme.
Telle est Vobésitéj qui frappe de préférence certaines races ; tous les éleveurs savent que les moutons anglais engraissent plus facilement que les mérinos; les bœufs de Durham, les porcs du Kentucky, les canards d'Elesbury ont une prédisposition très marquée à l'adipose. L'obésité est encore fréquente dans certaines races de chien et chez les étalons maintenus à l'écurie; il est à remarquer qu'un embonpoint considérable diminue l'aptitude à la reproduction; ce résultat s'observe même chez les Poissons: les carpes, trop alimentées dans les étangs, finissent par n'avoir plus d'œufs ni de laitance.
Les autres manifestations de l'arthritisme sont encore plus rares : la lithiase biliaire n'existe guère que chez le bœuf et le chien, et ne donne lieu en général à aucun trouble notable. Plus souvent on rencontre des affections cutanéeSy notamment de l'eczéma, et c'est chez les animaux ainsi atteints qu'on voit surtout, à un certain âge, les lésions cancéreuses. Le diabète sucré y qui provoque souvent la cataracte, s'observe chez le chien, exceptionnellement chez le cheval, le bœuf et le singe. Quant au diabète insipide il a été assez mal étudié et est confondu généralement avec les diverses variétés de polyurie symptomatique.
La goutte se développe chez les Oiseaux (poule, pigeon, oie, dindon, autruche), parfois chez les Reptiles des ménageries; les lésions occupent les articulations phalangiennes, métacarpiennes et métatarsiennes, carpiennes et tarsiennes. Mais elles n'ont qu'une analogie lointaine avec la goutte humaine et sont en rapport avec la nutrition spéciale de ces animaux qui produisent de l'acide urique comme terme ultime de la transformation des matières azotées; il suffit de pratiquer la ligature des uretères chez les oiseaux (Zalesky, Ebstein) pour provoquer des dépôts uratiques.
Le rhumatisme musculaire^ assez fréquent chez le cheval, le bœuf et
MATHËSES. — HÉRÉDITÉ. — MAUDIES ÉYOLUTIYES ET INYOLUTIYES. 105
le chien, provoque des douleurs qui semblent très vives et s'amendent généralement sous Tinfluence du salicylate de soude. Chez le cheval, on observe asseï souvent des boiteries dues aux localisations du rhumatisme sur les groupes musculaires des sections supérieures des membres.
Le rhumatisme articulaire aigu, qu'on pourrait plus justement placer parmi les maladies infectieuses, atteint le chien, le cheval, le porc et surtout le bœuf. De même que chez l'homme, il se caractérise par une polprthrite fébrile, aiguë, douloureuse, coexistant parfois i?ec du rhumatisme musculaire, et s'accompagnant de déterminations cardiaques, pleurales ou même oculaires. Longtemps on a considéré comme une entité morbide propre au cheval la fluxion périodique des yeux, qui donne lieu à la formation de synéchies postérieures et entraîne la perte de la vue; elle parait bien n'être qu'une iritis rhumatismale (').
Les vétérinaires, comme les médecins, ont souvent confondu le rhumatisme vrai avec les arthrites infectieuses qui s'observent dans les diverses formes de l'infection purulente, dans la pyohémie des nouveaunés, dans la fièvre puerpérale ; elles sont surtout fréquentes chez les Taches et se localisent généralement à l'articulation fémoro-tibiale; elles surviennent parfois au cours des maladies aiguës, notamment de la pneumonie, chez le cheval et le bœuf.
Le cheval et le chien sont sujets à une phlegmasie chronique de l'articulation fémoro-tibiale, avec tuméfaction énorme des épiphyses que plusieurs auteura considèrent comme une variété d'arthrite sèche déformante; unilatérale chez le chien, elle est souvent double chez le cheval.
Les différences étiologiques qui expliquent la rareté de l'arthritisme chez les animaux expliquent également la rareté des maladies d'évolution comme la chlorose ; il en est une cependant qui est assez fréquente et dont I étude, si elle était mieux faite, pourrait grandement servir en pathologie humaine : c'est le rachitisme, qui frappe les jeunes sujets de presque toutes les espèces et montre une prédilection marquée pour certaines races cultivées, notamment pour les races anglaises; l'expression de mal anglais peut donc s'appliquer aussi bien aux animaux qu'à l'homme. Le rachitisme est commun chez les jeunes porcs nourris exclusivement de pommes de terre, chez les chiens ou les lions des ménageries (Roll) qui consomment de la viande désossée, chez les poulains dont la nourriture est surtout composée de son (chevaux de meuniers), enfin chez les Gallinacés. La cause du rachitisme sembla être véritablement l'absence relative des sels de chaux, comme le démontre l'apparition de la maladie chez des Teaux nourris par des mères ostéomalaciques, et sa fréquence dans les régions où le sol manque de sels calcaires.
L'évolution du rachitisme est lente dans toutes les espèces; le début se Eût souvent par des troubles digestifs qui donnent naissance à de l'acide
(*) Roua», La floxioo périodique du dieval. Parii, 181H.
iW PATHOLOGIE COMPARÉE DE L'HOMME ET DES ÂNIMiDX.
lactique dont le rôle pathogène semble assez important; la période d'état est caractérisée par diverses déformations particulièrement fréquentes au niveau des membres, du sternum et du bassin; comme chez Thomme, il existe des nouures, des déviations du rachis et des pattes, des chapelets costaux, un retard dans la fermeture des fontanelles, des lésions dentaires.
Du rachitisme, nous rapprocherons une affection d'involution, Vostéomalade. Celle-ci, localisée aux os de la face, est assez commune sur les chèvres mal nourries, entretenues dans des locaux humides ou insuffisamment aérés.
Une des formes de Tostéomalacie, Vostéoclastie^ caractérisée par une fragilité anomale des os, est tout à fait comparable à Tostéomalacie des femmes enceintes et des nourrices. Dans certains pays elle sévit en permanence, à l'état enzootique, frappant un plus ou moins grand nombre d'animaux suivant les années, atteignant les vaches en état de gestation et les laitières, plus rarement les juments et les chèvres. L'évolution de la maladie est d'autant plus rapide que la sécrétion lactée est plus abondante. Dans les régions où elle est endémique, les vaches sont habituellement frappées six semaines à deux mois après la parturition. L'insuffisance des sels de chaux dans les aliments ou la déperdition par l'oi^anisme d'une quantité considérable de ces sels (fœtus, sécrétion lactée) en seraient les conditions déterminantes. Ce qui est surtout remarquable au point de vue symptomatologique, c'est la multiplicité des fractures qui se produisent aux os des membres, à ceux du bassin et aux côtes. On a compté jusqu'à vingt fractures sur le bassin d'une vache.
Affections des organes. — Après l'étude que nous avons faite des maladies infectieuses, parasitaires, toxiques et des affections constitutionnelles, il nous faut envisager brièvement les localisations morbides qui peuvent se produire sur les divers organes, appareils ou systèmes.
Sang, — V anémie dite essentielle est exceptionnelle; elle ne s'observe que dans les races délicates où elle peut se transmettre par hérédité, survenant généralement après les fatigues imposées à des animaux trop jeunes ou après la parturition; en revanche, on rencontre souvent des anémies symptomatiques, parfois d'origine parasitaire; il existe chez les chiens une anémie spéciale, fréquente dans les meutes, Vuncinariose^ qu'on attribue à des ankylostomes du tube digestif; les bœufs sont sujets à des anémies relevant de strongles ou de distomes.
Sous le nom A^ anémie pernicieuse y on a décrit, chez le cheval (Zschokke) et chez le bœuf (hnminger), des affections qui semblent de nature microbienne, mais dont l'étude est encore à faire et qui n'ont, en tout cas, aucun rapport avec l'anémie pernicieuse de l'homme, ni avec l'uncinariose du chien.
Une des formes les plus curieuses de l'anémie pernicieuse est celle qu'on
AFFECTIONS DES ORGAIŒS. i07
désigne sous le nom de surra. C'est une affection épizootique de Tlnde, sévissant sur les chevaux, les mulets, les chameaux; le sang renferme des parasites qu'Evans a découverts et qui sont assez voisins de ceux de l'impaludisme; on en trouve d'analogues dans le sang des rats, des mulots et de qudques poissons.
Les diverses formes de leucocythémie décrites chez l'homme se rencontrent dans les espèces animales, en particulier chez le cheval, le bœuf et le chien. Chez le cheval, la variété la plus ordinaire est la leucémie avec hypertrophie considérable de la rate ; tantôt celle-ci est énorme, régulièrement agrandie dans toutes ses dimensions et de teinte lilas; tantôt Torgane hypertrophié est déformé par de nombreuses bosselures blanchâtres représentant autant de lymphadénomes. Chez le chien, cette variété est assez fréquente ; mais, dans cette espèce, l'adénie, avec hypertrophies ganglionnaires symétriques, est la forme la plus commune.
Les lymphadénomes viscéraux sont plus rares qu'on ne le dit généralement, car on leur a souvent rattaché des lésions tuberculeuses ; chez le chien, nous avons observé, en moyenne, 20 cas de tuberculose contre un de lymphadéttie. Vhémophilie n'a été rencontrée jusqu'ici que chez le cheval; le purpura hémorrhagique a été signalé chez le chien et le porc (Mathis), le scorbut peut frapper le porc, le chien et même les reptiles des ménageries (Magitot).
Aj^riil circulatoire. — L'appareil circulatoire présente les mêmes lésions que chez l'homme. Le myocarde est assez souvent affecté; les abcès du cœur ne sont pas très rares dans la pyohémie ; M. Larcher insiste sur les tubercules qui s'y développent assez souvent chez les oiseaux.
Le muscle cardiaque s'hypertrophie aussi sous l'influence des fatigues ou du travail excessif; c'est ce qui a surtout lieu chez les chevaux de course et les chiens de chasse.
Les myocardites aiguës peuvent laisser à leur suite des lésions durables, parfois silencieuses pendant un temps fort long; c'est probablement à une ori^e infectieuse qu'il faut rattacher les ossifications des oreillettes qu'on observe chez les vieux chevaux; les mêmes conditions étiologiques expliquent parfois la dégénérescence des fibres qui peut provoquer une rupture ducipur; dans d'autres cas, la paroi était anévrysmale ou occupée par un êdiinocoque.
Les inflammations des séreuses cardiaques relèvent soit du rhumatisme, soit d'une infection, pneumonie, fièvre aphteuse, pyohémie ou septicémie; elles revêtent tantôt une forme végétante, tantôt et plus rarement une forme ulcéreuse. Chroniques, elles représentent le reliquat d'une poussée aiguë, ou s'établissent insidieusement à la suite d'une affection rhumatismale ou microbienne, parfois au cours de Tartério- KJérose.
Toutes les valvules peuvent être atteintes, mais les localisations varient fuivant les espèces; chez le cheval nous avons rencontré 12 fois des
lésions aortiques et 3 fois seulement des lésions mitrales; chez le chien nous avons constaté deux lésions aortiques contre dix lésions mitrales; chez le bœuf, au contraire, c'est l'orifice tricuspide qui serait le plus souvent atteint.
Les lésions aortiques du cheval sont souvent très considérables; les valvules sont déformées, déchiquetées, perforées ou creusées d'anévrysmes; il se produit ainsi des insuffisances faciles à reconnaître pendant la vie au soufiQe diastolique intense que l'auscultation révèle.
n est très rare de trouver, chez les animaux, des soufiQes anorganiques: mais on rencontre assez souvent chez le cheval des dédoublements du deuxième bruit qui n'ont aucune signification grave.
Parfois l'endocardite débute pendant la vie fœtale ou embryonnaire; elle a alors les mêmes conséquences chez toutes les espèces et provoque la persistance du trou de Botal ou du canal artériel, comme le montrent les observations recueillies par Franck sur le chien, par Johne sur la vache ; nous avons eu l'occasion d'observer un jeune chat atteint de rétrécissement de l'artère pulmonaire avec persistance du canal artériel ; l'animal présentait à l'auscultation un gros souffle systolique; il était sijget à des accès de dyspnée spasmodique et succomba au milieu de l'un d'eux.
Nous avons déjà signalé la possibilité de l'artério-sclérose, surtout chez le cheval ; mais au lieu de se localiser aux artères cérébrales, elle frappe de préférence l'aorte abdominale, c'est-à-dire le vaisseau qui se distribue aux membres postérieurs : l'excès de travail détermine la localisation morbide.
L'artério-sclérose de l'aorte postérieure caractérisée généralement par des lésions discrètes et circonscrites, peut aboutir à la formation d'anévrysmes qu'on n'observe presque jamais en d'autres endroits; ailleurs, elle donne lieu à des thromboses oblitérantes, entraînant le phénomène bien connu de la boiterie intermittente. C'est aussi dans les cas d'athérome qu'on observe les ruptures de l'aorte, survenant au niveau du tronc et se produisant d'ordinaire pendant l'assujettissement en position décubitale sous l'influence des violents efforts que fait l'animal. La dégénérescence des artères, qui a pu être reproduite expérimentalement chez le lapin au moyen d'inoculations microbiennes (Gilbert et Lion), s'observe dans toutes les espèces; elle ne serait pas rare, d'après Larcher, chez les vieux perroquets.
Appareil respiratoire. — Parmi les affections de l'appareil respiratoire, nous signalerons d'abord les rhiniies qui peuvent être primitives, dépendre d'une infection comme le horse-pox ou la morve, chez le cheval, être entretenues par des parasites comme les lingatules» chez le chien.
Les laryngites sont importantes à cause de l'œdème qu'elles provoquent parfois au niveau de la glotte et qui peut nécessiter la trachéotomie. Un trouble fort curieux est la paralysie des cordes vocales, qui
s^obsenre surtout dans les races cultivées où elle est souvent héréditaire; elle est provoquée par des altérations du récurrent, consécutives à la pneumonie ou à la compression par une tumeur ou par des ganglions bronchiques ; il en résulte une hémiplégie laryngienne se traduisant par le comage.
II existe chez tous les animaux des bronchites comparables à celles de rhomme, parfois enzootiques et contagieuses, sévissant surtout à la saison froide et plus ou moins analogues à la grippe humaine. On observe chez le bœuf, le mouton et le porc, des bronchites pseudo-membraneuses raqpidement mortelles. Ce qui est spécial aux animaux et ne se rencontre pas dans notre espèce, ce sont les bronchites vermineuses, provoquées par diverses espèces de strongles, vivant dans Tarbre respiratoire; ces bronchites, surtout fréquentes chez le mouton, peuvent, dans certaines contrées, décimer les troupeaux. Chez quelques Oiseaux, le faisan surtout, il existe une affection parasitaire de la trachée et des bronches, produites par des syngames (Syngamus tnichealis) qui, fixés sur la muqueuse, sucent le sang et provoquent la mort par asphyxie ou épuisement.
Dans toutes les espèces animales, on observe diverses formes de pneu» manies. Mais, malgré la fréquence et l'importance de cette infection, il est peu de questions plus obscures, moins étudiées au point de vue nosographique et bactériologique.
11 existe chez le cheval une pneumonie franche, comparable à celle de l'homme, mais dont Tétude bactériologique n'est pas faite, et une pneumonie contagieuse due à un microbe que Schûtz a isolé et qui diffère d I pneumocoque de Talamon-Frsenkel par les caractères suivants : il se développe déjà à 17®, tandis que le pneumocoque ne pousse qu'à partir de 24"* et ne donne de riches cultures qu'à 36® ; il est pathogène pour la souris, le lapin, le cobaye, alors que Tagent de la pneumonie humaine est sans action sur ce dernier animal. Suivant l'importance qu'on attachera à ces caractères différentiels, on verra dans ces deux microbes deux espèces différentes ou deux variétés d'une seule espèce.
La pneumonie du cheval peut se terminer par gangrène ; dans ce cas, le foyer pulmonaire renferme le pneumocoque de Schutz isolé, ou, le plus souvent, uni à des bactéries de la putréfaction. Ce fait présente un certain intérêt, car on tend à admettre aujourd'hui que, chez l'homme, h gangrène pulmonaire relève d'un processus semblable ; c'est le résultat d'une association microbienne : des saprophytes viennent se développer dans le poumon malade et exercent leur action nocive sur un tissu altéré par le pneumocoque.
La pneumonie s'observe aussi dans les autres espèces; on en a cité des cas chez le porc, le chien, le chat, le mouton, le bœuf; Roll considérait b pneumonie franche connue fréquente chez le chien; Friedberger et Frôhner la déclarent rare ; les expérimentateurs ont pu reproduire chez cet animal la pneumonie fibrineuse au moyen du pneumocoque humain, et,
iiO PATHOLOGIE COMPARÉE DE L'HOMME ET DES ANIMAUX.
dans un cas spontané, Pemice et Alessi ont décelé une bactérie identique à celle de Thomme. Pendant Thiver de 1891-1892, nous avons observé une petite épizootie de laboratoire qui sévit sur les lapins et détermina la production d'hépatisations et de fausses membranes fibrineuses péricardiques et pleurales; Fexamen bactériologique révéla dans ces divers foyers un pneumocoque semblable à celui de Fraenkel.
A côté de la pneumonie nous placerons la broncho-pneumonie pseudolobaire du cheval qui est due à divers streptocoques. Dans un cas de ce genre, nous avons décelé un streptocoque analogue à celui de Térysipèle et pathogène pour le lapin; Cadéac, Tetzner ont fait des constatations analogues; ce dernier auteur a signalé la présence du microbe dans le tube digestif et par conséquent la possibilité d'une transmission par le fumier. On peut rapprocher de ces faits les observations de MH. Violet et Galtier sur la pneumo-entérite infectieuse des fourrages, qui serait due à deux microbes, un diplocoque et un streptocoque.
Une autre variété d'inflammation pulmonaire est représentée par la pneumonie catarrhale et la broncho-pneumonie lobulaire; leur étude bactériologique n'est pas faite, mais leur évolution, leur anatomie pathologique et surtout leur étiologie permettent de les assimiler aux affections analogues de l'homme. Elles se rencontrent en effet chez les sujets débilités et aux deux extrêmes de la vie; elles sont surtout fréquentes chez les chiens, survenant au cours ou à la suite de la maladie du jeune âge et causant souvent de grands ravages dans les meutes.
En groupant, comme nous venons de le faire, les diverses pneumonies aiguës, nous voyons que leurs causes, leurs agents, leur évolution sont comparables dans toutes les espèces et, qu'à côté d'une pneumonie franche, bénigne, sporadique, il existe des pneumonies contagieuses et des broncho-pneumonies qui sont fort graves et sévissent souvent sous forme épizootique.
En dehors de ces divers types morbides il faut citer certaines infections à déterminations pulmonaires, qui sont spéciales à quelques espèces. Telles sont la péripneumonie contagieuse des bêtes à cornes dont l'agent pathogène a été découvert et décrit par M. Arloing sous le nom de Pneum(h bacillus liquefadens bovis; la pneumonie infectieuse du porc, due à un bacille que Lœffler et Schutz ont isolé; ce bacille est analogue ou identique au microbe de la septicémie du lapin de Gaffky, et au microbe du choléra des poules, bien qu'il ne soit pas pathogène pour les Gallinacés ; c'est probablement la même maladie qui a été décrite sous les noms de choléra des porcs et de hog-choléra.
11 existe encore des pneumonies mycosiquesj qui sont dues le plus
souvent à diverses espèces d^Aspergillus {A. fumigatus chez les Manîmi-
ères; A. fumigatus j glaucus^ nigrescens diez les Oiseaux). L'actino-
mycose pulmonaire a été constatée chez les Bovidés, et la botriomycose
chez le cheval (Bollinger).
De même que chez l'homme, les pneumonies chroniques et les tumeurs
du poumon sont extrêmement rares, si l'on excepte les tumeurs secondaires à d'autres néoplasmes, notamment à des ostéosarcomes, La plupart des cas rapportés comme des exemples de sarcomes pulmonaires chez le chien, relèvent en réalité de la tuberculose.
Les bronchites répétées, plus rarement les pneumonies, peuvent aboutir à Y emphysème; d'autres fois cette altération est produite par les épaississements de la muqueuse nasale, par les troubles laryngés; chez le cheval, qui en est le plus souvent atteint, elle est favorisée par les travaux pénibles, c'est une c maladie de service » ; elle se traduit par une dyspnée facile, parfois asthmatiforme et s'accompagne, encore plus souvent que chez l'homme, de dilatation cardiaque. Les bêtes bovines, surtout celles qui vivent dans les pays marécageux et qui sont entretenues à l'étable, sont sijgettes à un emphysème dont la pathogénie est mal élucidée.
La pathologie comparée confirme ce que la pathologie humaine nous a appris en matière de pleurésie. Chez le chien et le chat, sauf les cas de pyohémie ou de pneumonie, les épanchements pleuraux relèvent presque toujours de la tuberculose et s'accompagnent souvent d'un épaississement énorme de la plèvre.
Appareil digestif. — Les affections de l'appareil digestif sont encore phis variées chez les animaux que chez l'homme.
D existe plusieurs formes de stomatites : les unes catarrhales, liées aux affections aiguës; les autres dues à l'évolution des dents; d'autres rdevant d'intoxications alimentaires, telles que la rouille, la nielle et la carie du blé. Les chiens peuvent être atteints de stomatite ulcéro-membraneuse donnant lieu, comme chez l'homme, à des ulcérations et à une salivation extrêmement fétide. Enfin le muguet se rencontre sur la muqueuse buccale des veaux, des poulains, des Gallinacés; Martin a observé une poule infectée par un enfant malade.
Bien qu'on n'en ait pas fait une étude approfondie, on sait que les altérations dentaires ne sont pas rares : la carie s'observe chez toutes les espèces, particulièrement chez les solipèdes.
Les pharyngites ne présentent rien de spécial : elles peuvent être primitives ou secondaires ; quand elles dépendent de la gourme, chez le cheval, elles s'accompagnent souvent d'adénites suppuréesou d'abcès péripharj-ngiens. Une affection plus intéressante est celle qui atteint les parotides et sévit parfois, d'une façon épizootique, sur la chèvre, le chien et le chat, à la façon des oreillons.
Les diverses cavités de la face peuvent être le siège de tumeurs : nous J avons trouvé, chez le chien et le cheval, des polypes, des myxomcs, des sarcomes; l'épithélioma du maxillaire supérieur est assez fréquent chez le cheval.
Les kystes dus aux aberrations dentaires se rencontrent chez toutes les espèces, et spécialement chez le cheval, où ils siègent surtout dans lei sinus et dans la région temporale; exposés aux influences irritantes,
ils PATHOLOGIE COMPARÉE DE L*UOMME El' DES ANIMAUX.
ils s'enflamment, suppurent parfois et donnent lieu à des fistules intarissables.
Les animaux avalent fréquemment divers corps étrangers qui peuvent produire des troubles curieux; l'arrêt se fait souvent au niveau de l'œsophage, comme cela se voit surtout chez les bétes bovines, pendant la déglutition des fruits, particulièrement des pommes; quelquefois le passage du corps étranger provoque de petites ulcérations qui entretiennent de l'œsophagisme; c'est un résultat tout à fait semblable à celui qu'on observe chez l'homme; de même que chez lui, l'œsophagisme peut dépendre, dans quelques cas d'ailleurs fort rares, d'une affection gastrique.
Les corps étrangers de Vestomac sont fort communs chez les Ruminants, chez les Bovidés surtout. Les corps métalliques aigus peuvent perforer la panse, atteindre le foie, l'intestin ou le diaphragme, léser le poumon, le péricarde, le cœur, s'échapper en traversant les parois abdominales ou thoraciques ; plus rarement ils se dirigent vers la colonne vertébrale et s'y fixent. Chez le chien et le chat^ on a trouvé dans nombre d'organes, dans le foie surtout, des aiguilles enkystées; quand l'aiguille qui traverse les parois du tube digestif, est munie d'un fil, celui-ci imprégné de liquides septiques provoque presque toujours une péritonite mortelle.
La tolérance de la muqueuse gastrique pour les corps étrangers est fort remarquable. Nous avons relaté l'histoire d'un chien qui pendant onze mois conserva deux toupies dans l'estomac, tout en présentant les signes d'une parfaite santé. Un animal de même espèce a porté pendant douze ans, dans la ciivité stomacale, une pièce de cinq francs et une pièce de dix centimes, sans manifester le moindre malaise. Il n'est pas inutile de remarquer, en passant, que les chiens avalent fréquemment les objets les plus divers, notamment de la paille. On voit donc combien est erronée l'opinion de ceux qui pensent qu'on peut reconnaître qu'un chien étiit enragé parce qu'à l'autopsie on trouve, dans son estomac, divers corps étrangers.
Les causes qui provoquent les affections stomacales chez l'homme, peuvent agir également chez les animaux; rien d'intéressant à ce propos comme le catarrhe gastrique des nouveau-nés; quand la mère est malade, mal nourrie, quand les repas sont donnés d'une façon irrégulière, quand le sevrage est mal fait ou pratiqué trop tôt on voit, se développer une série de troubles qui sont tout à fait comparables à ceux de l'enfant.
S'il s'agit d'un animal adulte, c'est encore la même étiologie alimentaire; les viandes corrompues peuvent provoquer la gastro-entérite; mais les animaux présentent sous ce rapport une bien plus grande résistance que l'homme; le chien et le chat consomment sans inconvénient des mets avariés ; Spallanzani avait habitué des pigeons à manger de grandes quantités de viandes putréfiées; et nous avons pu en faii*e ingérer à des
cobayes pendant plusieurs semaines. Cependant, la tolérance n'est pas absolue; les porcs, les chiens peuvent être atteints d'accidents typhoïdes pour s'être nourris de viandes corrompues ou de vieilles saumures.
Le typhus intestincU des Herbivores est aussi une gastro-entérite d'ordre alimentaire; les betteraves, les pommes de terre avariées, diverses plantes toxiques ou couvertes de moisissures, provoquent des accidents plus ou moins graves. Parfois le catarrhe gastrique est simplement dû aux diflicultés de la mastication, comme cela se voit, par exemple, chez les vieux chevaux ou les vieux chiens qui ont perdu leurs dents.
Les symptômes des aiïections gastro-intestinales se rapprochent de ceux qu'on observe chez l'homme; on rencontre même des manifestations nerveuses, un véritable vertige stomacal. Mais chez les animaux incapables de vomir, comme les chevaux, les fermentations anomales de l'estomac peuvent produire une distension énorme de cet organe et même en provoquer la rupture.
Les ulcérations du tube digestif sont fort rares. On a relevé quelques cas d'ulcère simple occupant l'estomac ou le duodénum et ayant pu se traduire par de violentes douleurs ou des hématémèses. On observe encore des ulcérations gastro-intestinales, dans les infections ou sous l'influence des parasites, comme les œstres qui, fixés dans la muqueuse gastrique du chenl, peuvent amener la perforation de l'estomac. Les ulcérations tuberculeuses, très fréquentes chez les Oiseaux, sont rares chez les Mammifères, même chez le chien, bien qu'il s'infecte le plus souvent par la voie digestive.
Enfin, l'estomac est quelquefois atteint de cancer; chez le cheval, la lésion occupe surtout le cul-de-sac gauche et revêt les caractères d'un épitbéliome pavimenteux; cet aspect tient à ce que la muqueuse présente en ce point, la même structure que dans l'œsophage.
Nous devons nous arrêter un instant sur un groupe d'affections qu'on obsene chez le cheval et qu'on a réunies sous le nom de coliques. Tantôt il s'agit de manifestations comparables à celles de l'honmie; la colique est alor» symptomatique d'une indigestion, de fermentations anomales suscitant la production d'une grande quantité de gaz, parfois d'une occlusion; tantôt il s'agit d'une affection liée à des anévrysmes d'origine vermioeuse, c'est-à-dire strongylienne, tantôt d'une maladie spéciale, probablement infectieuse : les animaux sont pris d'accidents désignes sous le ooni de tranchées rouges; ils donnent les signes d'une vive douleur et beaucoup succombent rapidement; à l'autopsie, on trouve un infiltrât hémorrhagique difliis, quelquefois épais de plusieurs centimètres, qui suit \^ artères coliques, une hyperémie de la muqueuse intestinale, une con P^ion de la rate, parfois avec foyers hémorrhagiques et de l'hypérémie rénale; cette aBéction, très redoutable, qui n'a rien d'analogue en pathologie humaine, cause une forte mortalité chez les chevaux ; son étiologie et sa pathogénie sont encore imparfaitement connues; mais les lésions et la oardie font penser à une infection d'origine intestinale.
FATIOLOGIE GÉSlUlALB. — L 8
iU PATliOLOGIË COMPARÉE DE L*UOMMË ET DES ANIMAUX.
Pour revenir à des affections communes à l'homme et aux animaux, il faut signaler les invaginations intestinales^ surtout fréquentes chez le chien, où elles amènent parfois rapidement la mort; mais chez les animaux, comme chez l'homme, on peut observer des invaginations chroniques, durant plusieurs mois : M. Pilliet en a rencontré deux cas chez des lions.
Enfin, il n'est pas sans intérêt 'de rappeler qu'en vieillissant les animaux sont sujets aux mêmes infirmités que l'homme; la constipation opiniâtre n'est pas rare chez les vieux chiens qui ne prennent pas d'exercice.
Les affections du foie présentent, pour la pathologie comparée, un intérêt considérable.
Victère est fréquent chez le chien qui, même à l'état normal, présente souvent un certain degré de jaunisse; il existe un ictère des nouveau-nés, chez les poulains et les veaux; un ictère catarrhal, atteignant surtout le chien, plus rarement le cheval; enfin un ictère grave.
Vict^e grave, qui entraine la mort dans le collapsus, est presque toujours d'ordre toxique; assez fréquent chez le chien, le cheval et le mouton, où on l'a décrit sous les noms de typhus hépatique (Sander), hépatite typhique (Haubner), il est dû, chez les herbivores, à l'ingestion du lupin, plus rarement du trèfle hybride; chez les animaux qui ont consoitmié des drèches, il relève d'une dégénérescence suraiguc du foie, liée à l'intoxication alcoolique.
Les cirrhoses sont exceptionnelles ; pourtant on en rencontre diverses variétés chez le chien, où l'on observe surtout des cirrhoses cardiaques; le cheval est parfois atteint d'une cirrhose alimentaire, qui sévit sous forme enzootique, dans certaines contrées, et semble due à l'ingestion de plantes irritantes.
Signalons encore la lithiase biliaire qui est rare et ne donne lieu généralement à aucun symptôme, mais provoque parfois des abcès hépatiques; la dégénérescence amyloïde du foie qui peut amener la rupture de l'organe; le cancer et surtout la tuberculose qui est très fréquente et se traduit, chez le chien, par des masses volumineuses qu'on a souvent considérées comme des tumeurs malignes.
Plus souvent que chez l'homme, le foie est le siège de lésions parasi' taires; chez le bœuf et le mouton, on trouve une cirrhose biliaire provoquée par les distomes. L'échinococcose du foie est particulièrement fréquente chez le bœuf, encore assez commune chez le mouton, la chèvre et le porc, très rare chez les Solipèdes. La coccidiose, très répandue chez le lapin, s'observe aussi chez le chien, le veau, le porc, le mouton et les Oiseaux.
Les affections du pancréas et de la rate n'ont guère été étudiées et semblent d'ailleurs exceptionnelles; on sait que la rate est toujours envahie dans les cas de tuberculose généralisée; le chien seul fait exception à cette règle.
On rencontre, chez les animaux, toutes les formes de péritonite qu'on a décrites chez l'homme. L'inflammation de cette séreuse survenait sou-
AFFECTIONS DES ORGANES. ii5
vent» chez le cheval, à la suite des interventions opératoires, avant que se fût généralisée la pratique de Fantisepsie.
VascUe^ très rare chez les grands animaux, est fréquente chez le chien ; elle est sous la dépendance soit des affections du cœur, soit de la tuberculose.
Les tumeurs pédiculées du péritoine méritent une mention spéciale : nées sous cette membrane, en un point variable de la voûte sous-lombaire, elles refoulent la séreuse par leur propre poids, s'y invaginent, se pédiculisent et deviennent flottantes dans la cavité abdominale; la rupture du pédicule en fait des corps libres intrapéritonéaux. Celles de ces tumeurs qui sont longuement pédiculisées — il en est qui ont un pédicule de trente centimètres — peuvent déterminer des étranglements intestinaux.
Appareil urinaire. — Les affections de l'appareil urinaire sont tout à fait semblables chez les animaux et chez l'homme. Les néphrites aiguës ne sont pas rares chez le chien, où elles relèvent d'une cause microbiome, souvent d'une infection par le staphylocoque blanc; on en a signalé des cas chez le cheval, le bœuf et même chez les oiseaux (Larcher) ; elles sont souvent secondaires et se rencontrent dans la pyohémie, les septicémies puerpérales, à la suite de la pneumonie ou d'une simple angine.
Les néphrites chroniques s'observent surtout chez les chiens et les sujets âgés; elles se présentent comme chez l'homme sous deux aspects : tantôt c'est le gros rein blanc amenant des œdèmes et de l'albuminurie; tantdl un petit rein scléreux, avec de la polprie, des traces d'albumine, et souvent des troubles cardiaques. C'est encore chez le chien qu'on trouve h tuberculose rénale; parfois ce sont des granulations miliaires, qu'on rencontre dans la moitié des cas de tuberculose généralisée ; ailleurs ce sont des lésions considérables entraînant une destruction presque complète de l'organe; l'urine contient de nombreux bacilles qui peuvent facilement être disséminés et servir à propager l'infection.
Les diverses lésions du rein aboutissent tôt ou tard à de Vurémie. oractérisée par des attaques convulsives suivies de coma; ces accidents le rencontrent chez le cheval, le mouton et surtout le chien, où ils sont Muvent déterminés par des calculs urinaires.
Ce n'est pas seulement l'urémie qu'on observe dans l'espèce canine ; <m peut voir aussi de Véclampsie après le part ou pendant la lactation.
Nous rangeons, dans les affections du rein, une maladie intéressante, ïhémoglobinurie a frigore du cheval, dont l'évolution rappelle, par bien d» points, rhémoglobinurie paroxystique de l'homme. L'affection éclate nrtout pendant la saison froide, chez les chevaux pléthoriques laissés quelques jours au repos dans une écurie close, à température élevée, et liant reçu leur ration ordinaire. Dès que l'animal sort de Técurie, il manifeste des signes de malaise, des coliques; le faciès exprime Tinquictude* b respiration est accélérée, la marche hésitante. Si on le fait rentrer
il6 PATHOLOGIE GOMPARËE DE L*HOMME ET DES ANIMAUX.
immédiatement, tout peut disparaître; une émission d'urine noire a lieu et, peu à peu, les troubles se dissipent. Si on l'oblige à marcher, les symptômes s'aggravent, certains groupes musculaires se tuméfient, le train de derrière faibUt, puis la paraplégie survient, l'animal tombe, s'agite et fait de vains efforts pour se relever. Tout cela se passe en une demilieure, quelquefois en un laps de temps encore moins long.
La marche est variable ; dans quelques cas, les troubles s'atténuent peu à peu et le malade se rétablit, conservant le plus souvent une paralysie partielle d'un membre postérieur, surtout une paralysie du nerf crural avec atrophie des muscles auxquels ce nerf se distribue. Dans nombre de cas, les symptômes s'aggravent et la mort survient en quelques jours, quelquefois en vingt-quatre heures.
A l'autopsie, on trouve des polymyosites, de la congestion des principaux viscères, une tuméfaction de la rate et une néphrite double ordinairement très prononcée.
Le sérum, obtenu pendant la vie, contient de petites quantités d'hémoglobine, mais ne possède pas de propriétés toxiques spéciales; nous avons pu en injecter 50 centimètres cubes dans les veines d'un lapin sans produire de troubles et notamment sans amener d'hémoglobinurie; d'ailleurs, les recherches que nous avons poursuivies in vitro nous ont montré que ni le sang, ni les muscles, ni les reins n'ont de propriétés globulicides spéciales. On ne peut donc saisir la pathogénie de cette affection, qui est si intéressante surtout si on la rapproche de l'hémoglobinurie humaine. Il est possible qu'il s'agisse d'une infection microbienne; mais les cultures que nous avons faites sont restées négatives et, si nous soulevons l'idée d'une étiologie infectieuse, c'est parce qu'il existe chez le bœuf une hcmoglobinurie due à un parasite qui se fixe sur les globules et les dépouille de leur matière colorante (Babes).
Affections du système nerveux. — Les profondes différences qui séparent le fonctionnement du système nerveux chez l'homme et les animaux, entraînent de notables modifications dans les modeste réaction; néanmoins on rencontre chez beaucoup d'espèces des perversions ou des troubles qui doivent vivement intéresser le médecin et le psychologue.
Si nous envisageons d'une façon générale les causes des affections nerveuses, nous trouvons d'abord certaines conditions prédisposantes qui rappellent tout à fait celles qu'on note en pathologie humaine. Deux influences surtout doivent être mises en évidence : l'hérédité et la raee. L'existence de troubles nerveux chez les ascendants représente un facteur étiologique de premier ordre. La question de race est plus spéciale : les accidents nerveux s'observent surtout dans les races cultivées; ils sont assez fréquents chez les chevaux de luxe et les chiens d'appartement. La race danoise est très souvent atteinte de |)araplégie ; l'épilepsie s'observe surtout chez les caniches. Enfin, chez tous les êtres, les troubles nerveux sont souvent en rapport avec l'oisiveté : il suffit d'augmenter la sonune de travail pour les faire disparaître.