CAUSES OCCASIONNELLES
Renforcement et atténuation des agents pathogènes. —
L'influence du milieu ne se manifeste pas seulement dans les effets des lésions produites. Elle entrave ou favorise l'apparition des maladies, soit en agissant sur les parasites, soit en modifiant le sujet lui-même. Lliumidite active le développement d'un grand nombre de champignons qui puisent dans des débris organisés l'énergie nécessaire pour attaquer les plantes vivantes. Les spores germent dans des gouttes de pluie ou de rosée à la surface des feuilles ; la pénétration et l'expansion des filaments dans les tissus sont facilitées par un état hygrométrique élevé de l'atmosphère. C'est ainsi qu'un grand nombre d'accidents parasitaires prennent l'allure de maladies saisonnières (*). Le mildew, dont l'agent aime l'humidité et la chaleur, détruit la récolte d'une vigne entière à la suite d'une pluie d'orage. La maladie des cerisiers, la maladie des platanes, beaucoup de rouilles éclatent à la fin d'un printemps pluvieux. L'ergot des Graminées est endémique dans les contrées marécageuses. Les animaux parasites préfèrent souvent la chaleur à l'humidité; l'érinose de la vigne est causée par un acarien, beaucoup de galles apparaissent de préférence pendant les années sèches.
En soumettant les parasites à certaines conditions spéciales, on les modifie de telle sorte, qu'ils perdent l'affinité qui leur permettait d'attaquer une plante donnée. D'après Brefeld('), les Ustilaginées, cultivées sur des milieux inertes, donnent des corps bourgeonnants semblables à des levures. Au début, les levures infectent les céréales ; mais si la culture a été prolongée plus d'un an, elles deviennent incapables de vivre en parasites et de produire le charbon. C'est une véritable atténuation du champignon, qui a perdu, par la culture, ses propriétés pathogènes.
Le voisinage de certaines plantes est un danger permanent pour des individus d'espèce distincte, parce que les champignons hétéroïqucs émigrent d'une espèce à l'autre, à la façon des vers qui habitent successivement le corps de deux animaux différents. Les plantes atteintes de maladies parasitaires constituent, même après leur mort, des foyers épiphytiques redoutables pour leurs congénères. Dans les pépinières où les jeunes pins ont le rouge des feuilles, on est forcé d'abandonner la culture de cette essence. Le milieu vivant influence donc les agents pathogènes au même titre que le milieu inerte.
Prédisposition et immunité. — La prédisposition d'un sujet à l'égard d'un parasite ou de tout autre agent pathogène est augmentée
(*) VuiLLEMiN, Bulletin de la Société des snences de Nancy ^ fasc. 21, 1888. (*) Brepeld, Nachrichten attê dem Club der Landwirthe -iu Berlin^ 1888.
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u diminuée par les influrnces extérieures. L'cvcès d'humidité ou de sécheresse nuit autant en amoindrissant la i-ésislancc vitale des arbres qu'fJi «ïallant la puissance de leurs ennemis. La nature du sol modilie la con^lilution des végctaui, de manière à supprimer leur immunité natukIIr à l'égard des j>arasites. Les mélèzes, peu sensibles au Tricboscypha Willkommli dans les sols siliceux, se couvrent de chancres prolonds et fttmiA il brève échéance, quand le chauijiignon les attaque dans un lenain calcaire. Comme l'a remarqué E. Laurent ('), le gui n'a pas les int'iiiM préférences dans chaque région : les pommiers sont plus particu liiTeneut Frappés en Bel(;ique, les pruniers en Bretagne. Les résineux, iïi'ti oralement réfractatres, sont fréquemment envahis dans les Vosges.
Lva tnuinatismes, les pertes de substance, les alténtions causées par les agents cosmiques, par les herbivores, par les parasites, préparent le leminaui champignons et aus bactéries. Ils se rangent au nombre des Kliims prédUposantes, en détruisant les barrières qui entravent mécani- ([UFroenl la pénétration des parasites, en altérant la composition du suc cdlluLiiru qui constitue une défense chimique.
Pimr les mêmes motifs, l'âge modifie la prédisposition naturelle. Les lilikgo ne trouvent que dans les plantules récemment germées des lucinbranes assez délicates pour leur permettre d'envahir tout l'organisme. liplte période se prolonge d'autant plus que la difTérenciation est plus ^•t\if. Ainsi le sorgho reste plus longtemps prédisposé que l'avoine. Si le [>irasili> s'introduit plus tard dans les nouvelles feuilles, la maladie reste liwilwéi;. Le repiquage prédispose les plantes aux attaques de VUelemrf(Ta radicicola, parce que la lésion des anciennes racines provoque l'apporilioD simultanée d'un grand nombre de ladicelles délicates, dans lp^ucllesl'ang;uillule s'insinue facilement.
Le« argunes qui, conmic les fruits, se ramollissent à ta maturité, periknl leur immunité primitive. Les altérations mécaniques se compliquent alors de transformations chimiques, qui favorisent la multi|>licnlinn d«g Êtres étrangers. Chez les plaiites grasses, les principes acides qui premunissent les feuilles disparaissent du suc cellulaire quand le membre '''Inirson déclin. L'acidité subit aussi des variations diurnes, en sorti! liiB h plante perd, îi certaines heures, ses défenses chimiques.
l^muindres variations dans la constitution d'une plante supérieure 'Oppriment sa prédisposition à l'égard des parasites. Les diverses variétés de 'i vigne sont très inégalement sujettes à l'oïdium. Dès la fin du siècle ^Ki, Knight avait obtenu une variété de froment réfractaire à la nielle, pfk métissage de deux races également prédisposées (').
[*s {larasites d'espèces rapprochées ont, entre eux, d'aussi étroites l'Unilés que leurs victimes. On pourrait citer les Vstilago qui causent le (Jlarion aux diverses céréales, les péii/es des conifères, les Sclerolinia
' E, IrfiniExT, BulUlin de la Sociilé mua U de botanique de Bebjigut.i. XXIX, 1890. 'JbWHiT, Phihiophiml TTamaetioni, 17HU.
des Vacciniées (*). Ces derniers champignons s'introduisent par la même voie que les tubes polliniques. La spécificité de leur action est liée aux influences, essentiellement chimiques, qui assurent la fécondation d'une espèce par le pollen de ses semblables, plutôt que par un pollen étranger. Cependant le développement exceptionnel d'un parasite sur une espèce qui ne lui est pas normalement sensible est possible, comme l'hybridation. Il est même probable que les parasites voisins dérivent d'une souche commune et n'ont acquis leur spécificité que par une adaptation plu» étroite à des supports auxquels ils étaient d'abord indiflérents. Le Tylen^ chus devaslatriXy qui s'attaque aux tiges des plantes les plus diverses, devient plus volumineux quand il vit, durant plusieurs générations, sur l'oignon, que quand il se nourrit aux dépens du seigle. D'après Ritzema Bos ('), cette race géante de l'anguillule des tiges infecte plus diiBcilement le seigle que l'espèce à laquelle elle s'est accoutumée. Cette explication rendrait également compte de l'affinité pathogénique de certains microbes ou de certains virus qui, dans la nature actuelle, concentrent leur gction sur une seule espèce animale, mais qui peuvent perdre leur spécificité et leurs caractères distinctifs quand on les force à évoluer chez d'autres êtres. Ainsi se concilieraient les résultats, en apparence discordants, des expériences relatives aux virus des varioles humaine, vaccine ou équine.
La pathologie végétale aborde le même ordre de questions que la pathologie humaine. Hais, à peine sortie de la période empirique, elle ne forme pas un corps de doctrine complet. Les botanistes ont beaucoup à gagner en s'inspirant des travaux des médecins. Pourtant la simplicité des réactions, la netteté et la persistance des lésions, la sûreté des méthodes donnent une grande rigueur à leurs conclusions. On peut entrevoir le jour où la biologie comparée donnera la clef des problèmes les plus complexes de la pathologie générale.
(*) V^ORomH, Mémoireê de t Académie imp. de$ icieneeede Saint'Pétenbowrg^ t. XNXVI, («) RiTZEUA Bos, Archives du musée TetfUr, 2» s^ric, 1. III.
«Ut-
ÈTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE
Professeur agrégé è li Faculté de médecine de Paris À
iologie (aMoL^ cause, X^yoç» discours) est la branche de la pathologie cherche et étudie les causes morbifiques; la pathogénie (zdOoç, 6, féveotç, génération) essaye de déterminer le mode d'action des morbifiques que Tétiologie a fait connaître. Autrement dit, l'étio- Dootre pourquoi Ton devient malade ; la pathogénie établit comm devient malade.
18 époque encore peu éloignée, on admettait que des maladies pouse créer de toutes pièces dans l'organisme , qu'elles naissaient par rie de génération spontanée. Cette doctrine médicale n'était qu'un les tendances philosophiques; on pensait que l'être vivant, dégagé laences cosmiques, pouvait agir à sa guise; on le dotait d'une force e, capable de le diriger, et servant à expliquer ses actes physioloet ses troubles morbides. Les travaux modernes, en renversant cet idage d'hypothèses, ont établi que les phénomènes qui se passent s êtres animés ne diffèrent pas essentiellement de ceux qu'on observe s corps bruts. Les manifestations de l'activité sont semblables dans B cas ; partout et toujours, elles doivent être considérées comme ctions provoquées par les agents cosmiques et obéissant aux lois orrélation des forces et de la conservation de l'énergie. Seulement étions ne sont pas toujours immédiates; c'est ce qui nous permet iprendre le libre arbitre et nous explique comment on a cru si Qp6 à la spontanéité de ces manifestations tardives; la cellule peut être comparée, jusqu'à un certain point, à un accumulateur
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une cause unique et se manifester aussitôt après' l'action de celle-ci; oa bien il résulte d'une série de causes agissant successivement on simultanément. Dans le premier cas, l'effet est univoque; dans le second, 1» manifestations sont variables et complexes.
C'est ce qui a conduit les auteurs à proposer diverses classifications des causes morbifiques; autrefois on les divisait en deux catégories : les causes internes et les causes externes. Il nous semble préférable d'admettre trois groupes de causes : efGcientes, adjuvantes, prédisposantes.
Les causes efficientes sont toujours nécessaires, parfois seulement dles sont sufBsantes. Si l'on introduit quelques bactéridies charbonneuses sous la peau d'un cobaye, la mort survient en trois ou quatre jours; la même inoculation, pratiquée sur un rat blanc, ne provoque aucun trouble; mais qu'on soumette cet animal à une fatigue considérable, ou qu'on lui injecte en même temps une substance toxique, l'intervention de cette cause adjuvante permettra l'action de la cause efficiente; le charbon se développera. Plus on étudie la pathologie, et notamment plus on pénètre dans l'histoire des infections, plus on comprend l'importance des causes adyuvantes. Si quelques virus spécifiques sont capables de se développer dès qu'ils sont introduits dans l'organisme, il n'en est plus de même des microbes qui pullulent sur nos téguments ou dans nos cavités; ils végètent comme de simples saprophytes et ne deviennent pathogènes qu'à Toccasion d'une cause adjuvante ou, comme on dit encore, déterminante. Du» la lutte sourde et continuelle qui se passe entre notre organisme et les microbes que nous portons, la victoire nous est assurée, jusqu'au momait où un accident vient affaiblir notre résistance naturelle; alors apparaît h série des actes qui aboutit à l'indisposition et à la maladie. Les anciens, qui ne connaissaient pas le rôle des agents infectieux, n'ont vu que l'influence banale de la cause adjuvante; voilà pourquoi ils ont cru à la spontanéité morbide.
Ils y ont cru aussi, parce qu'ils n'ont pas compris la nature et le mécanisme des causes prédisposantes. Us ont assigné une origine interne à la prédisposition morbide, au lieu d'y voir la résultante des impressions produites sur le sujet ou ses générateurs par les causes externes ayant agi antérieurement. Les causes prédisposantes sont donc des causes antécédentes, par rapport aux troubles morbides qu'on envisage; au contraire, les causes efficientes ou adjuvantes sont des causes actuelles.
C'est d'après ces idées générales qu'on a divisé, dans cet ouvrage, l'étude de l'étiologie : les deux premiers chapitres seront consacrés à la tératologie et à Vhérédité, c'est-à-dire à l'histoire des nmladies qui peuvent survenir pendant la vie intra-utérine et des troubles qui sont attribuables à l'état pathologique des générateurs. Après avoir recherdbé les causes morbifiques qui agissent sur l'être avant son apparition dans le monde, on envisagera les diverses conditions qui peuvent influer sur sa résistance, entraver ou faciliter l'action des agents externes contre lesquels il lui faudra lutter; on devra donc passer en revue les diverses coït-