‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 3)Chapitre 43 sur 152 · AAA · texte numérisé non relu

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Flg. 17. — Scliémn de la «••riallon (]iplo;;(^n(5lique.

primitives à angle droit, nous voyons les deux sujets disposés comme un A renversé dont les deux branches seraient soudées sur une certaine étendue au niveau de la pointe, c'est-à-dire comme un (A) Y grec renversé (fig. 17,2): une deuxième série, provenant de lignes primitives à angle aigu, nous montre (hémipagie) la branche supérieure de cette figure se subdivisant en deux (fig. 17, 5), disposition qui, en passant aux monstres provenant de deux lignes primitives placées parallèlement côte à côte, arrive à former la lettre X (fig. 17, 4); enfin une troisième série, provenant de lignes primitives soudées par leur extrémité postérieure, nous montre doux sujets figurant successivement un (Y) Y grec droit (fig. 17, 5). monstres monosomicns, puis un V (fig. 17, 6), monstres psodymes (et peut-être des ischiopages). En faisant, dans ces schémas figurés par des lettres, abstraction des formes de transition (A, Y), c'est-à-dire des y grecs droits et renversés, nous voyons que nous arrivons en définitive à concevoir trois types de monstres doubles, ceux en A, ceux en X et ceux en V- Or, ces trois types correspondent d'une manière générale aux trois grandes divisions établies par I. Geoflroy-Saint-Hilaire, les monstres en A sont les TératadelpheSy c'est-à-dire les Sycéphaliens et les Monocéphaliens, auxquels il faut ajouter les Céphalopanjes, les Métopagos, et sans doute le» Uémipagcs; les monstres en X sont représentés par un certain nombre de Téra-

Biologie tératogélMque chronologique. isi

lopages, c'est-à-dire les Pygopages, les Eclopages, les Stcrnopages et les Xiphopages, mais non les Ccphalopages et Mélopages qui doivent rentrer dans le type précédent, ni probablement les Ischiopages qui doivent sans iloute appartenir au type suivant; enlîn les monstres en V comprennent tous les Tératodijmes, auxijuels nous paraissent devoir être rattachés les Ischiopages.

Oo voit combien a été géniale la classification de GcolTroy Saint-Hilaire puisque, de par la seule analyse anatoniique des monstres doubles, il est arrivé à les disposer en groupes qui correspondent au groupement basé sur la connaissance de leurs processus tératogéniques. Un seul de ces groupes se trouve démembré par la classification lératogénique, c'est celui des Tératopages; nous en avons détaché Iciî llémipages, fait peu important, parce que ceux-ci représentent une forme de transition, et qu'en somme ils sont intermédiaires entre les monstres en A et les monstres en X ; nous en avons également séparé les Ischiopages, et nous n'insisterons pas sur cette distinction, les limites de cette étude ne nous permettant pas de discuter la question. Mais, fait plus important, qui mérite quelques détails, nous avons dû en séparer aussi presque tous les Rusompbalicns (Métopages et Céphalopages), et nous devons nous expliquer ici, au point de vue de la tératogcnie comparée, sur la valeur de la division établie par Geoffroy Saint-Hilaire, des Tératopages, en Monomphaliens et Eusomphaliens. Geoffroy Saint-llilaire attachait une grande importance à l'existence ou non existence de deux ombilics distincts. Or, comme l'a fait remarquer Darcste, celte conaidéi-alion ne peut constituer un caractère dominateur. D'une pari, on a constaté parfois, chez les Mammilêres, l'existence de deux ombilics chez des monstres Iléadelphes et Synadelphes, qui. d'après Geolfroy Saint- Hilaire, devraient n'en avoir qu'un.

D'autre part, quand on (tasse des Mammifères aux Oiseaux, aux Iteptiles et lui Poissons osseux, c'est-à-dire aux Vertébrés chei lesquels la vésicule ombilicale ne se sépare pas du corps

. ., , ' i' . ,' KifT. IR. - «i-LniiiKC obttiiù cl.« un oisciu

de I embryon parun cordon, mais chez. (Ddic^ie).

lesquels elle est, de manières diverses, vo. union du dmii sujets FompoMims par une

incoqwrée graduellement au coqjs aûï''deù"llld'ivid""' ''" '"'""' *""""""

inéme de l'embryon, on voit (|iic, dans

tout monstre double, les deux sujets cumposanis arrivent fatalement à un

moment donné à être unis par leurs ombilics, quel que soit du reste

entre eux l'autre mode d'union caractéristique de la diplogcnèse. Il nous

sufTira, pour le montrer, de reproduire ici (fig. 18) la figure donnée

pir Dari^te d'un monstre métopage chez les Oiseaux ; on voit que, outre

l'anion priniitivt; par les tétcs, les deux sujets, jnu' la résorption gra-

222 PATUOGÉJSili: GÉNÉRALE DE L'EMBRYON.

duelle de la vésicule oinbilic<ile commune, sont arrivés à se trouver secondairement unis par Tombilic : il y a omphalopagie.

Le groupement des monstres doubles soit en Tératadelphes, Tératopages et Tératodymes, selon Geoffroy Saint-IIilaire, ou en groupes Ggurés par les lettres A9 X» V» comme nous venons de le faire, a été également suivi par Fôrster(*), qui donne les trois classes suivantes : les Terata anadidyma^ ou monstres doubles par en haut, dans lesquels il comprend non seulement les divers Tératodymes de GeolFroy Saint-Iiilaire, mais encore les Ischiopages, et de plus les Pygopages, dernier détail qui ne nous parait pas bien en rapport avec les données tératogéniques; les Terata catadidyma, ou monstres doubles par en bas, dans lesquels il a soin de faire entrer les Céphalopagcs et les Métopages, réunis sous le nom commun de Craniopages; enlin les Terata anacatadidyma^ ou monstres doubles par en liaut et par en bas, c'est-à-dire ce que nous avons désigné comme monstres en X> Conformément à cette classification, Rauber ajoute aux trois groupe^ précédents celui des Hemididymay ou monstres doubles dans la partie moyenne des corps, avec soudure et fusion aux deux extrémités. Ces dernières formes ont été rencontrées chez les Poissons (Lercboullet) et chez les batraciens; mais elles constituent des types trop spéciaux et trop mal connus pour que nous puissions nous y arrêter. Nous nous contenterons de dire que la production de ces Hemididyma est également due à certaines dispositions des lignes primitives, ou plutôt de leur équivalent, le blastopore, ainsi que Hertwig a cherché à le montrer dans une étude récente sur la tératogénie de Tœuf des batraciens (').

Mais il est un fait de tératogénie comparée que nous devons au moins indiquer sommairement. C'est que, chez les Poissons osseux, les formes de diplogenèse observées se rapportent presque exclusivement au type en V« aux Tératodymes, ou Terata anadidyma. Ce fait est la conséquence du mode de développement de la ligne primitive. Tandis que chez les Oiseaux. ainsi que nous Tavons démontré ('), il se produit une division du travail dans révolution du blastopore, c'est-à-dire qu'après avoir formé la ligne primitive, les bords du blastoderme continuent, indépendamment de celle-ci, à envelopper l'énorme masse du jaune, chez les Poissons osseux cette division du travail n'a pas lieu, et la formation de la ligne primitive s'achève seulement en même temps que l'enveloppement du jaune, que la fermeture du blastopore. Il en résulte que, tandis que chez les Oiseaux et les Mammifères, deux lignes primitives nées sur un même blastoderme |)euvent demeurer indépendantes par leurs extrémités postérieures, chez les Poissons osseux, ces deux lignes primitives arriveront fatalement à se confondre par ces extrémités lors de l'occlusion du blastopore dont elles

(*) AuGisr FûRSTEK, Die Missliildungen der Meiis<'licn. Jena, 1861.

['*) 0. Hlrtwig, Urmund uiul Spina bifiila. Archiv fur mikr. Anatonne, i8î)2, XXXIX,

(') Mathias Duval, \a formation du lilaslodernit* dans l'œuf d'oi^oau. Annales des sciences iiaturellc;i, i882. — Du nCml, La si^iiilication morphologique de la ligne primitive. L'Homme, jaurnal des sciences anUwopologiqucs^ 1884.

ÉTIOLOGIE TÉRATOGÉNIQUE CHRONOLOGIQUE. 225

dépendent, c'est-à-dire que toujours la formation d'un monstre double,

chez les Poissons, doit aboutir au schéma que nous avons donné dans la

figure 15; par suite sera toujours réalisée la soudure des deux embryons

à leur région postérieure ou anale, vu la forme et le volume de Tœuf ; le

plus souvent, cette soudure se produira seule et donnera lieu à la térato-

dymie simple; mais si, par exception, une autre forme de diplogenèse

(céphalopagie, par exemple) s'est produite, elle arrivera toujours à se

compliquer ultérieurement de tératodymie; dans la diplogenèse des

Poissons osseux, la tératodymie est fatale, de même que nous avons vu

Tomphalopagie compliquer toute diplogenèse des Oiseaux. Peut-être cette

tératodymie, compliquant une autre forme de soudure antérieure, est-elle

Tune des formes complexes décrites sous le nom de Terata hemididyrha^

comme il a été dit ci-dessus.

c. Conditions déterminantes de la prodtiction et de la morphologie in monstres doubles parasitaires, — Jusqu'à présent nous n'avons parlé que des cas où les deux sujets, formés sur un même blastoderme, en partant de deux lignes primitives, se développent également, de sorte que les deux embryons, étant placés de la même manière, par rapport au centre du blastoderme, ne peuvent se trouver en contact que par les parties homologues de leur corps, c'est-à-dire obéissent à la prétendue loi de Tunion des parties similaires, ce qui est caractéristique des monstres doubles autositaires. Mais il peut se faire que l'un des sujets ait un développement moindre que l'autre; il est facile de comprendre qu'alors la soudure se fera pai^des parties non homologues, et qu'ainsi prendront naissance les diverses formes de monstres doubles hétérotypiens et hétcraliens. Nous ne saurions insister ici sur ces processus de diplogenèse hêtérotypique(').Pouren signaler quelques cas des plus frappants, faisons encore remarquer que le sujet dont le développement est moindre peut mme être résorbé dans une certaine partie de son étendue et n'être plus ri»présenté que par un fragment d'individu inséré sur l'autre; ainsi les Epicomes sont des monstres doubles craniopages, dont l'un des sujets n'est plus représenté que par une tête rudimentaire soudée à la tête du sujet principal; chez les Hypognathes, on trouve une tête rudimentaire Mudée à la mâchoire inférieure du sujet principal, et les diverses formes, souvent si bizarres, de polygnathisme, ne présentent plus de difficulté d interprétation depuis qu'AhIfeld a montré que la localisation singulière de cette monstruosité est liée à la flexion de l'extrémité céphalique de l'embryon et rendu compte de ses différentes variétés (tératomes de la voûte platine, de la paroi postérieure du pharynx, de l'hypophyse) (*); enfin les monstres polymèlcs nous montrent de même unç série de cas où nmis passons des soudures entre parties homologues, comme chez les

' I'mi. (î».i(v«i>, I)rM-ri|»lion anatoiiiiqui' d'iiii iioiivonu rns il'liél(*railelpliu' suivie d'un n^im»' dcv raradrH's propres à ce genre de nionslruo^ilé?. Paris, 1877.

' I'r. Ahlflld. Die Mi»»bildungcn des Mcnschen, Absclinilt I. Leipzig, 1880 (voy. p. 40 les l'v-t inU'n arautcs ligures relatives à la production du pulyguullii^nie].

PATUOGÉNIE GÉNÉRALE DE L*EMBRYO.N.

Pygomèlesy aux soudures tout à fait Hétérogènes, par le simple fait de non concordance des deux embryons, comme chez les Notomèle$ et les Céplialomèles.

La production des £ndocj/mif?ns, c'est-à-dire de Tinclusion fœtale abdominale, reconnaît les mêmes causes, et mérite de nous arrêter un instant. Cette question a été également étudiée avec soin par Ahlfeld (op. cit., p. 57). Sans entrer dans l'examen des cas divers, nous emprunterons à Repin (op. cit., p. 64) l'exposé du cas suivant : Supposons, comme précédemment, deux embryons disposés sur un même blastoderme, mab de développement inégal et assez éloignés l'un de l'autre pour que les deux amnios puissent se produire d'une manière indépendante. Supposons de

plus que le développement de A soit eu retard sur celui de B (fig. 19). L(»rsque Tallantoïde de A se forme et s'engage dans le cœlome extraembryonnaire, les surfaces eirtemes des deux amnios pourront être déjà arrivées au contact, ainsi que cela est représenté dans la Ggure, et ainsi une barrière infranchissable s'opposera à ce que l'allantoïde de A puisse atteindre la surface de l'œuf, le chorion. Cette allantoïde, ainsi emprisonnée entre les deux amnios d'une part, et le sac vitellin d'autre part, ne pourra que gagner la cavité pleuropéritonéale de B, où elle rencontrera deux larges surfaces d'implantation sur l'intestin primitif et sur le mésentère. 11 est donc facile de concevoir que cette allantoïde contracte avec ces parties des adhérences qui se transforment bientôt en anastomoses vasculaires. A partir de ce monient, le sort de l'embryon retardataire est définitivement arrêté: il est facile de comprendre qu'il sera graduellement attiré dans la cavité abdominale du sujet plus développé, c'est-à-dire que l'inclusion abdominale se produira. 11 est très remarquable que Wollfait déjà prévu ce mécanisme à une époque où les connaissances embrjologiquos commençaient à peine à fournir quelques données à la tératogénie. Wolff, en elfet, a expressément indiqué, à propos de certains cas de gémellité, que si les deux embryons étaient inégaux dans leur développement, le frère mal développé serait absorbé par son frère complètement développé. 11 est vrai que Wolfl' faisait allusion à l'œuf de la poule, et que, chez les Oiseaux, l'embryon ne se séparant pas du jaune qui rentre peu à peu dans la cavité abdominale, où il se trouve complètement renfermé lors de l'éclosion, il est évident que si un second embryon, plus petit, atrophié, rudimentaire, est formé sur le même jaune, en même temps qu'un embryon normal, il bcra peu à peu ab:?orbé i>ar celui-ci et

Fig. 10. — Frîi'nn de l.i prodin.'tion des iiioi::>lrcs Eudocymions.

ÉnOLOGIE TÉRATOGÉNIQUE CHKONOLOfilQlJË 2^5

dégluti, pour ainsi dire, dans son orifice ombilical. Puisque, dit WoIfT, les intestins de ces deux fœtus s'insèrent sur un seul et même yitellus, cbacun de ces fœtus s'efforcera d'attirer ce vitellus dans son abdomen, et je suis sûr que si l'un des fœtus est normal et l'autre tout petit, le premier absorbera le second tout entier avec le vitellus.

Après inclusion, le sujet inclus peut être soumis à une résorption pirtielle, de sorte que chez les Endocymiens on retrouvera des formes incomplètes rappelant celles des Hétérotypiens ou des Hétéraliens (sujet parasite réduit à une tète, à une mâchoire, à un rudiment imparfait). Cette résorption des éléments de l'un des sujets d'un monstre double a pu être suivie dans toutes ses phases pour les Hétérotypiens, chez les Poissons, où l'absence d'enveloppes fœtales rend l'observation si facile. On possède notamment pour les Hétérodymes un cas singulièrement instructif, rapporté par A. d'Audeville('). Il s'agit d'un Ombre-Chevalier qui était éclos avec deux têtes d'égales dimensions et munies de tous leurs organes complets; mais peu à peu cette monstruosité tératodyme s'est effacée, la tète de droite prenant définitivement le dessus, tandis que celle de gauche ^'atrophiait de manière à n'être plus représentée finalement que par un petit mamelon charnu, à la surface duquel on ne distinguait plus aucune tnce d'organes des sens. Comme aperçu de tératologie générale, dans ses rapports avec la physiologie, il nous parait intéressant de reproduire ici ks réflexions dont l'auteur fait suivre cette observation. < Les Poissons, dit-il, sont donc doués non seulement, comme les animaux plus élevés, do pouvoir de guérir leurs infirmités et de cicatriser leurs plaies, mais tassi de la faculté de corriger, pour ainsi dire, les défauts de leur corps, co sapprimant à la longue les monstruosités les mieux caractérisées, comme celles dont il est ici question. A mesure qu'elle descend dans l'échelle des êtres vivants, la nature semble avoir rendue plus forte la vie légélative et n'avoir pas renfermé dans un cercle aussi restreint les lois rigoureuses du développement normal : le poisson supprime sa monstruosité, le Cruslacé voit repousser non seulement sa carapace, mais la diair même et les muscles de ses membres amputés. »

d. Théories de la diplogenèse, — Nous avons exposé les processus iératogéniques de la diplogenèse, aussi bien pour les monstres doubles aotositaires que pour les parasitaires, d'après des faits révélés par l'obserntion et non d'après des hypothèses. Ces faits d'observation nous ont nontréque les monstres doubles résultent, à la suite d'une hyperfccondatioD, de deux lignes primitives sur un même blastoderme, c'est-à-dire en ui seul et même œuf. Mais est-ce là le seul processus térato«;cniquc auquel les monstres doubles puissent devoir leur origine? Et d'autre part lliyperfécondation, l'apparition de deux lignes primitives donnc-t-clle nécessairement lieu à la soudure ou fusion des deux sujets ainsi produits?

(') i. »*AcDCTiu£, Un eas singulier de tératologie sur un f^almonidc. Bull, de la Socictà iêcdhMtatian, 1S88, 4- ténc, t. V, n» 20, p. OUO.

rAinOLOGlE CÉXÉRALE. — I. 15

Ce sont deux questions que nous allons examiner en même temps <|iie nous jetterons un coup d'œil sur les plus célèbres théories de la di^ genèse, question qui a si particulièrement exercé la sagacité de tous ki tératologistes. Ces théories peuvent se grouper sous deux titres : thiork de la soudure et théorie de la division ou bifurcation. Car nous laiaierons de côté» comme de nature trop peu scientifique et se rattachant k h vieille doctrine de la préexistence des germes, la théorie qui considénit les monstres doubles, aussi bien que toutes les autres monstraositéi» comme préformés dans l'œuf.

Par théorie de la soudure on a toujours compris la coalescence de deux embryons distincts, provenant ch€u:un d'un ceuf particulier ; c'est seulement peu à peu et relativement tard, que, de par les résultats de Tobservation, on a conçu la possibilité de la présence de deux embryons dans un même œuf, puis sur un même blastoderme. Donc, dans la théorie de b soudure par dualité primitive, la production de monstres doubles élait liée nécessairement à la gémellité, dont elle serait un cas particulier. Remarquons donc aussi que la gémellité a été pendant longtemps considérée comme résultant de Texistence de deux embryons développés toujours dans deux œufs distincts, mais que les progrès de l'obstétrique ont montré que la gémellité peut se produire dans des conditions bien différentes, sur l'une desquelles nous nous expliquerons plus loin. C'est Lémery, en 1724, qui formula le premier d'une manière complète l'hypoûièse de la soudure de deux embryons. On lui objecta ce fait curieux que la monstruosité double est souvent plus fréquente chez les espèces unipares que chez les multipares ; que par exemple l'espèce bovine, qui est ordinairement unipare, présente autant de monstruosités doubles que le chat et beaucoup plus que le chien. Mais, sans nous arrêter ici aux objections ou aux confirmations théoriques de cette hypothèse, voyons ce que les recherches expérimentales ont donné à cet égard. Les œufs de la poule présentent parfois une disposition bien favorable à cet égard; ce sont les œufs à deux jaunes, c'est donc dire dans lesquels deux ovules par* faitement distincts sont inclus dans une même masse albumineuse, dans une même coquille; les deux embryons seront donc dans des conditions de rapprochement, de compression étroite, singulièrement favorables i leur soudure, s'il est vrai que puisse se produire la soudure de deux sujets provenant de deux œufs distincts. Âristote avait dqà émis l'hypothèse que les œufs à deux jaunes devaient donner des monstres doubles. C'est pourquoi de nombreuses expériences d'incubation d'œufs à deux jaunes ont été faites déjà par Harvey, puis par Allen Thomson, Valencicnnes, Panum et enfin par Broca et Dareste ('). Or tous ces observateurs ont constaté que jamais, dans ces conditions, il ne sW produit de monstre double. Les deux embryons se développent indépendamment l'un

(■] Bboca, Ezpériencos sur les œufs à deux itunes. Afin, de% «ctenen luU. (aoolpftt)» 4* série, t XVTI, p. 78.

ETIOLOGIË TËRATOGEiNiUUË CURONOLOGIQiJE. 227

de Taulre; fletilement, comme l'espace leur manque, il arrive d'ordinaire que Tun des deux péril avant Téclosion. Ces faits nous sufBsent pour oadiiniier la théorie de Lémery, du moins pour ce qui est relatif aux Yertékrés» car nous devons ajouter que chez les hivertébrés les conditions soqI bien diSerentes et que Lacaze-Duthiers a montré, de la manière la plus Dfitte» la dîplogenèse produite par la soudure de deux vitellus distincts dans un mollusque gastéropode (').

D'autre part l'étude du développement des Poissons, les expériences de piscicullure, avaient montré des monstres doubles évidemment développés sur un seul et même œuf, dans des conditions où il était impossible de supposer l'accolement d'embryons provenant d'œufs différents. En fwéseoce de ces faits prit naissance la théorie de la fiësuration d'un gennet ou d'un premier rudiment embryonnaire unique. Le nom de Yalenlin est surtout attaché à cette théorie. Comme les monstres doubles sont relativement fréquents dans l'élevage artificiel des Poissons, on pensa qu'ils pouvaient être produits artificiellement par diverses manœuvres de cet élevage, notamment par le brossage auquel on soumet ces œufs pour les débarrasser de divers dépôts ; pendant le brossage un germe pourrait être Iraumatiquement subdivisé en deux parties qui se développeraient ensuite d'une manière indépendante. Les très nombreuses recherches de LerebouUet ne confirmèrent pas cette manière de voir et l'amenèrent à cette conclusion que les influences extérieures sont étrangères à la production de la diplogenèse. Cependant, à une époque récente, la théorie de la fissuration a encore trouvé des défenseurs dans Knoch (1873), A. Rauber et Gerlacb (1882) ('). Nous nous contenterons de renvoyer le lecteur aux justes critiques que Dareste a faites des observations de ces nteurs et de dire que toutes les tentatives expérimentales, si elles aboutissent i la formation de monstres simples, se sont toujours montrées {■puissantes i produire des monstres doubles. « L'impossibilité, conclut Dlresle {op. ct(., p. 467), où se trouve actuellement la tératogénie de créer la diplogenèse, a pour moi une telle importance que, même en fibsence de tous les faits que j'ai recueillis, je n'hésiterais pas à rejeter complètement la théorie du dédoublement. »

Si la diplogenèse ne résulte pas de la soudure d'embryons provenant de leux œufs distincts, si le monstre double se forme sur un seul et même cof et si cependant il ne résulte pas du dédoublement d'un embryon ample, c'est donc que la cause de la diplogenèse est à chercher dans XfBvI lui-même avant toute apparition de l'embryon. Ce raisonnement et certains faits d'observation qui vinrent l'appuyer ont produit une théorie mixte, qui devait peu à peu, avec la découverte du processus de la féconditioD, conduire à la notion de la diplogenèse, telle que nous l'avons

;V LâCAis-DvniiBM, Sur la formation des monstres doubles chc2 les ^Gastéropodes. Arck.

'f L RAnca, Giebt es Stockbildung {cormi) bei der Vertcbralen. Morphii Jahrhudi^ M. f, Bcft 1, p. iS7, 1870.

2'2S PATHOGËNIE GCNËRâLE DE L'EMBRYON.

exposée. Déjà en 1840, Allen Thomson pensa que, si les monstres doubles naissent dans un seul œuf, d*un seul blastoderme, c'est qu'il j a primitivement sur ce blastoderme deux centres de développement. Or C!oste constata que rœuf de la lapine peut offrir cette anomalie de présenter deux vésicules germinatives ; Laurent fit la même observation sur ToBuf de limaçon, Thomson sur celui de la chatte. Serre et Panum lor celui de la poule, Kœlliker sur celui de la femme ('). Dès lors une théorie rationnelle de la diplogenèse vit le jour. Un ovule à deux vésicules germinatives possède un double centre formateur; il doit donner naissance a deux cicatricules, qui, très voisines Tune de l'autre, pourront se fusionner et donner naissance à deux embryons, si voisins Tun de l'autre, se déieloppant aux dépens de parties tellement communes, que les soudures auront lieu dès le début, que la fusion sera primitive. Or l'existence de deux cicatricules sur un seul jaune, chez la poule, avait déjà été signalée par Fabrice d' Aquapendente ; puis elle a été observée et figurée par Panum; enfin Dareste en a donné plusieurs cas. Dès 1840, Allen Thomson, partant de cette origine de la diplogenèse par deux cicatricules sur un même œuf, cherche à expliquer, par le rapprochement ou l'éloignement supposé des axes embryonnaires, la fusion plus ou moins complète des deux embryons, et, par Tobliquité de ces axes, la fusion des extrémités antérieures ou postérieures des deux corps. Davaine reprend avec unei admirable lucidité ces interprétations en 1861 (*). Il examine ce qui doit se passer lorsque deux blastodermes sont assez rapprochés, sur un seul jaune de l'œuf de poule, pour qu'ils s'unissent symétriquement, soit par l'extrémité de leux axe, soit latéralement. Dans l'œuf de poule, dit-il, l'axe du blastoderme a généralement une direction déterminée; l'embryon est transversalement placé au grand axe de l'œuf; si l'axe virtuel du germe possède ainsi une direction primordiale déterminée, deux germes distincts, sur un même vitellus, doivent avoir l'un et l'autre une direction semblable ; par conséquent les deux ébauches embryonnaires qui se développeront, se rencontreront fatalement par des parties similaires. On voit que déjà il expliquait par de simples considérations géométriques ces faits (|ui avaient amené Geoffroy Saint-Hilaire à sa fameuse loi de l'attraction et union des parties semblables. Bien d'autres passages seraient à citer de ce remarquable travail de Davaine. Les considérations qu'il indique sur les rapports des axes des germes ont depuis été développées d'une manière plus complète par Rauber ('), qui cette fois précise davantage, grâce aux connaissances révélées par l'embryologie sur la ligne primitive et ses rapports avec le corps du futur embryon. Rauber fait

(>) plus récemment une observation semblable a été faite sur l'oTuIe du surmnlol. Loro Blinc, Un cas d'ovule à deux noyaux chez un Mammifère. Comptée rendus de la Soc. de bioL, 18 juin 1892. p. 563.

(') Davaike, Mémoire sur los anomalies de l'œuf. Paris, 1861.

■^) A. Rauder, Formbildung und Formstorung in der Entwicklung Ton Wirbcllhieren. Xorpholog. Jahrbttch tfon Gegenbauer, 1870, p. 6<îl : 1880, p. 1 et 129; Toîr parliculièremenl. Cam cette clcrniêrc partie du mémoire, le diapilrc intitulé : Achtenvermehnmg.

finOLOGiE TÊRATOGÊNIQUE CHRONOLOGIQUE. 229

remarquer que la ligne primitive est toujours placée d'une certaine façon sur le blastoderme; elle se développe sur cette membrane au point de séparation de Taire transparente et de Taire opaque, son extrémité céphalique se dirige vers le centre du blastoderme. Or s'il arrive que deux ou trois lignes primitives se produisent sur un même blastoderme, elles seront disposées comme les rayons d'un cercle ; c'est de ces dispositions* que Rauber fait le point de départ d'une théorie générale de la diplogenèse, qu^il désigne sous le nom de théorie de la radiation. C'est de ces conceptions, plus tard étendues et modifiées par 6erlach('), que nous nous sommes inspiré pour établir, avec une connaissance plus précise de la signification et du mode de formation de la ligne primitive, les schémas tératogéniques que nous venons de donner pour les divers types de diplogenèse.

Il résulte âonc de cet historique que l'observation directe n'a permis de concevoir la production de monstres doubles que dans deux ordres de drconslanccs : d'une part lorsqu'un seul disque blastodermique donne lieu à la production de deux lignes primitives, disposition que Siegenbek(^) a cherché à rattacher à une anomalie de la segmentation et que nous savons aujourd'hui attribuable à la polyspermie, c'est-à-dire à l'entrée dans Tœuf de deux noyaux mâles ; d'autre part lorsqu'un œuf présente deux disques hlastodermiques, ce qui est le résultat de la présence dans l'œuf de deux vésicules germinativès, c'est-à-dire de deux noyaux femelles. On foit que les deux ordres de laits sont entièrement homologues; mais les résultats de Tobservation nous montrent que le second cas est rare, presque théorique, peut-être réalisable seulement chez les Vertébrés qui oot un gros vitellus, comme les Oiseaux, les Reptiles et les Poissons cartikgineux. Au contraire Tapparition de deux lignes primitives, la polyspermie sont des phénomènes relativement fréquents et dont on a pu suivre Tévolution vers les diverses formes de diplogenèse. Si nous ajoutons que dans le cas de deux vésicules germinativès, il a fallu sans doute ikax spermatozoïdes pour les féconder, nous voyons que toujours, en définitive, la diplogenèse a pour facteur essentiel la polyspermie et on conçoit pourquoi nous avons rangé sous ce titre l'étude de la production des Doostres doubles. Insistons encore sur ce fait que toutes les données expérimentales nous montrent que la production des monstres doubles ût être rapportée à des accidents de la fécondation : chez les Poissons la Beoodation artificielle produit un plus grand nombre de diplogenèses que il fécondation naturelle ; et, parmi les procédés de fécondation artifiôelle, on a constaté que la fécondation par la méthode sèche donne une proportion plus considérable de diplogenèses que la fécondation par la néthode humide. C'est que sans doute la méthode sèche met ces œufs itm des conditions plus favorables à l'introduction de deux éléments

(*) lao GoLâOi, Die EntstefaniigBweise der Doppelmiasbildangen. Stutt^^art, 1882. 'Tj SnooKi, Een Dubbelmonsler. Med. Tijdtchr. voor Geneetkunde^ 1887. — Vof. i'^vni. et Tmiat. et de iaphys., 1887, p. 524.

230 PATH06ËNIE GÉNÉRALE DE L*EIIBRYON.

mâles, de même que les anesthésiques et ra8ph3fxie favorisent h polyspermie dans les ovules d'Échinodermes. C'est ainsi, en eRet, que les expériences de Fol et de Ilertwig nous montrent qu'on peut expérimeQtalement, par des influences extérieures, mettre Tœuf des Invertébrés el des Batraciens dans des conditions telles qu'il laisse pénétrer en lui plus d'un spermatozoïde. Chez les Mammifères certains états de la femelle peuvent sans doute avoir le même résultat, et ainsi s'explique ce bit qu'une même femelle produise, à des reprises différentes, des monstres doubles semblables, ainsi que Guinard l'a récemment signalé (*). Ainsi devrait sans doute être également expliquée l'hérédité, si elle était jamais bien constatée, de la tendance à produire des monstres doubles.

e. Diplogenèse et gémellité; question des Omphalosites. — Noos avons donc répondu à la question de savoir si l'hyperfécondation est le seul processus tératogénique auquel les monstres doubles doivent leur origine. Reste la seconde question, à savoir si l'hyperfécondation, l'apparition de deux lignes primitives donne toujours et nécessairement lieu i la soudure ou fusion des deux sujets ainsi produits. Les limites de cette étude générale nous forcent à traiter aussi brièvement que possible cette question, à laquelle se rapportent cependant des faits de tératogénie trop importants pour que nous les passions sous silence. Disons d'abord que si les deux embryons nés sur un même blastoderme se trouvent séparés par une distance suffisante pour ne pas arriver au contact, ils pourront rester indépendants ; ce sera simplement un cas de gémellité univitelline. En eflet, nous l'avons déjà indiqué, les progrès de l'obstétrique ont montré que la gémellité peut se produire dans des conditions trèi différentes. L'étude des enveloppes du fœtus dans les grossesses gémellaires a appris que tantôt chaque jumeau a son chorion, son amnios et son placenta, et que tantôt les jumeaux ont un chorion commun et un placenta commun. Dans ce dernier cas, les jumeaux peuvent avoir chacun lear amnios ou bien n'avoir qu'un amnios commun. Or l'existence de deux ehorions indique l'existence de deux œufs; celle d'un seul chorion l'existence d'un seul œuf possédant deux gcnnes embryonnaires (gémellité univitelline). Ainsi deux jumeaux distincts peuvent provenir d'un œuf, lorsqu'ils sont assez favorisés par le sort pour échapper aux causes de soudure. N'est-il pas curieux de voir ainsi renversés les rapports primitivement conçus entre la diplogenèse et la gémellité : aux temps de Lémery c'était la gémellité, par deux œufs distincts, qui était considérée comme pouvant, par accident, donner lieu à un monstre double; l'étude des faits nous révèle au contraire que le monstre double provient d'un seul et même œuf et que cet œuf essentiellement diplogénétique peut» accidentellement, c'cst-à-dirc par exception, donner lieu à deux sujets distincts et bien conformés (gémellité univitelline). L'espace nous manque

(*] LEfBRE et GuniAiiD, Éludo d'un chat monoc/^phalirn ttmradcipbo. Jaum, de foiial. cf df la physioLt^hmicT 180i, p. ir>l.

finOLOGIE TÉRATOGÉNIQUE CHRONOLOGIQUE. 251

pour traiter bien des points de ce sujet, comme par exemple ce fait que les jumeaux univitellins sont toujours unisexués, ce qui ne veut ppf dire que les unisexués soient toujours univitellins; cet autre foit que let» diverses races humaines ne sont pas sujettes à produire avec une égale fréquence les jumeaux univitellins (') ; et enfin ce fait que l'aptitude à produire des jumeaux est parfois héréditaire du côté des hommes, chose bien remarquable et qui indique évidemment une aptitude spéciale des spermatozoïdes favorisant la polyspermie. Ainsi de Quatrefages (') a donné l'indication d'une famille dans laquelle les hommes passaient pour posséder cette étrange faculté d'amener la production de jumeaux, et qui, par cela même, ne trouvaient que difficilement à se marier. Une jeune fille apnt donné naissance à des jumeaux, tout le monde, dans le pays, en attribua la paternité à un membre de cette famille.

Nais ce qui doit nous intéresser, puisque nous traitons ce sujet au point de vue pathologique, ce n'est pas le cas où les deux sujets d'une gémellité univitelline sont normalement configurés, également développés tous deux, mais bien le cas où l'un d'eux est en retard sur l'autre, plus ou moins atrophié, incomplet, non viable, incapable même de parcourir toutes les phases de son développement, s'il était réduit à ses propres organes. Qr le fait de l'origine univitelline, de l'origine diplogénétique constitue pour l'embryon imparfait des conditions qui lui permettent le développement. Nous avons vu que, en cas de soudure, la diplogenèse, avec développement imparfait de l'un des sujets, donnait lieu aux monstres doubles parasitaires. Or, dans le cas de non soudure, la diplogenèse» avec développement imparfait de l'un des sujets, donnera lieu à un monstre Omphàlosite associé à un sujet normal : un Omphalosite est au jumeau bien conformé qui l'accompagne toujours, comme l'avait si bien observé Geoffroy Saint-Hilaire, ce que le sujet parasitaire est à l'autre élément d'un monstre double. Dareste a insisté avec grand soin sur ces faits. Les Omphalosites (Paracéphaliens et Acéphaliens) sont des sujets si imparfiiits qu*ils présentent un défaut de formation de toute la partie antérieure du corps, et n'ont pas de cœur, ou un cœur incapable de remplir ses fonctions. De pareils sujets peuvent se former comme monstres simples, mais alors ils périssent de bonne heure, dès les premières phases du développement du cœur, sont plus ou moins résorbes et échappent à l'observation, du moins lorsque celle-ci se borne à étudier les produits d'une gestation lîancée et plus ou moins à terme. Pour qu'un pareil monstre acéphalien et acardiaque puisse continuer à se développer, il faut qu'il se forme dans m même œuf, en même temps qu'un frère jumeau bien conformé. Il se produit alors, par le fait d'un placenta commun, par le fait de la grefTe du placenta de l'Acardiaque sur l'autre placenta, des anastomoses entre les tpptreils vasculaires des deux embryons, anastomoses qui rendent pos-

V T05. Bcanu/Hi, Des combinaimns de sexe dans les frrossessos fi^^mellairos, et de leurs rombifuisoii» oUiiiiquos. Bull, de la Soc. d'anthrop. de Paris, 1874, IX, p. 270. v^ Yoy. Damste, Tératogénie, éd. do 1801, p. 480.

sibie le développement, la vie intra-utérine de l'Acardiaque. C'est donc i tort que Geoffroy Saint-Hilaire a classé les Acardiaques parmi les monstres simples, en en faisant le groupe des Omphalositcs, par opposition à celui des Autosites. Geoffroy Saint-Hilaire, qui avait si bien formulé cette 1<h que les Omphalosites existent toujours en même temps qu'un frère jumeau bien conformé, n'en avait pas reconnu la cause. Cette cause, c'est que rOmphalosite représente l'un des sujets d'une diplogenèse dau laquelle les deux composants sont restés indépendants. D faut placer, de par la tératogénie, les Omphalosites à la suite des monstres doubles, qui comprennent ainsi, à côté des monstres doubles autositaires, le groupe des monstres doubles parasitaires subdivisé en Parasitaires proprement dits, et en Omphalosites. < L'histoire des monstres doubles parasitaires (dit Darcstc, p. 236) se lie nécessairement et par des liens très intimes, à celle des monstres omphalosites. Il y a même des cas où la distinction entre les monstres doubles parasitaires et les monstres omphalosites devient à peu près impossible. »

On voit donc que, de par les notions nouvelles de tératogénie, la diplogenèse, la polyspermie, a une part beaucoup plus considérable qu'on n'avait cru dans la production des monstres; bien plus, au point de vue étiologique, il faut sans doute attribuer, dans la production des graves malformations qui caractérisent les omphalosites, un rôle important à ce fait que des anastomoses se sont établies entre les vaisseaux placentaires de deux embryons jumeaux univitellins. Supposons, en effet, que ces deux embryons soient complets, sans arrêt de développement, mais que seulement l'un d'eux soit en retard sur l'autre, soit plus faible. Dans ces conditions, ainsi que l'avait fait remarquer Claudius (mais sans avoir la notion du mode particulier de gémellité par diplogenèse, dont il s'agit ici), le cœur le plus vigoureux fera pénétrer dans le placenta une ondée sanguine assez puissante pour refouler le sang envoyé dans cet organe par l'embryon le plus petit. Peu à peu le cœur de ce dernier, perdant toute puissance, subira de tels arrêts de développement qu'il ne sera plus représenté que par quelques vestiges incapables de remplir aucune fonction; le jumeau le plus faible deviendra donc ainsi acardiaque; et de telles modilications dans le cours normal du sang ne pourront exister sans amener de nombreux arrêts de développement dans les autres parties du corps. Toujours est-il que les monstres omphalosites ont une circulation incomplète et inverse de l'état normal. En effet, le cœur du fœtus bien conformé envoie le sang au placenta par les artères ombilicales; mais une partie de sang pénètre dans les artères ombilicales de l'omphalosite, arrive et se distribue au corps de celui-ci et en revient par sa veine ombilicale, la circulation de l'omphalosite constituant ainsi une sorte de diverticule de la circulation du fœtus bien conformé. On voit donc que la question de détacher les omphalosites des monstres unitaires, pour les rattacher aux monstres doubles, n'est pas une simple curiosité de classification, et qu'il s'agit ici de tenir compte non seulement des conditions les plus

finOLOGIE TÉRATOGÉNIQUE CHRONOLOGIQUE. %Z

eâseoUelles de la diplogenèse, mais encore des mécanismes pathologiques btiines des nombreuses et considérables malformations du sujet omphalosile. Les plus dégradés des montres omphalosites, les Anides, ou fœtus amorphcMy comme les a appelés Gurlt, ne continuent, pendant la gestation» à présenter les caractères d'une masse vivante, que grâce aux vaisseaux qu'ils reçoivent de leur frère bien conformé, d'où le nom de monstres allantoido-angiopages qui leur a été parfois donné (^).

Dans tout ce qui précède, nous n'avons fait allusion qu'aux monstres doubles; mais toutes les considérations développées sur ce sujet s'appliquent également, avec de légères variantes, aux monstres triples. Quelque rares que soient ceux-ci, il a été cependant possible d'observer divers stades de leur iormation, grâce aux cas décrits par Dareste, Morriggiay Rauber, et sur lesquels, a la suite de l'observation d'un nouveau cas, Koch a publié une étude d'ensemble (*).

D. Modiflcations tératogéniques de la segmentation. — L'œuf fécondé se segmente selon le processus typique de la caryocinèse des cellules, et de cette division résulte une série de cellules filles qui se disposent graduellement en membranes cellulaires ou feuillets blastoderluiques. Comme, dans l'œuf de la poule, ces premiers phénomènes se passent avant la ponte, sont par suite difficilement accessibles à l'observation, et plus difficilement encore accessibles à une action expérimentale, il en résulte que nous n'avons eu aucune donnée sur la possibilité de processus capables de modifier la segmentation, tant que la tératogénie expérimentale a borné ses recherches à l'œuf de l'oiseau. Mais avec les recherches récentes sur les œufs d'Invertébrés et de quelques Vertébrés inférieurs, à fécondation externe, à segmentation facilement accessible, la téntogénie s'est enrichie d'un chapitre nouveau et singulièrement instructif. Nous indiquerons d'abord quelques recherches sur l'influence exercée par les toxiques sur la segmentation, expériences dont les résultats sont encore bien incomplets, puis nous résumerons les études si nettes et si démonstratives faites en pratiquant des lésions traumatiques de l'œuf, en détruisant une ou plusieurs des premières sphères de segmentation, ce qui a amené à obtenir des monstres fractions (T individu, et donné des résultats aussi instructifs pour l'embryologie normale que pour la téntogénie proprement dite.

1* Action de divers toxiques. — Des expériences ont été faites sur des œufs de Batraciens et surtout d'Échinodermes (Oursins). Hertwig(') a étudié l'influence de divers agents sur la segmentation. Des œufs d'in- Tertébrés nmnns(Strongylocentratu8), sur lesquels il venait de constater

-M BAUAvnn, llie fœtus tmorphus. Teralologia; quarterly contributions ta antenatal pitMfy. BdinlNirg, 1804. — Gesarb Tarufti, Storia délie teratologia. Bolo^a, 1804.

>5i H. Koa, Bine frflhzeilige embryonale Drillingsraissbildung von Hûhnchen. Beitrag 2ur iwpM. tmd Morphog, von L, Gerlach^ I, 1883, p. 37.

^\ 0. HcBTw», Ueber paihologische Verinderung des Kerntheilungitprocesses in Folge cxpc* Eiviflé. Virchaw'ê FeêUchrift, 1801.

234 PATHOGÉNIE GÉNÉRALE DE L'EMMiTON.

Tapparition du fuseau de segmentation, étaient placés dans une solution de sulfate de quinine (à 5 pour 10000) pendant vingt à trente minutes, puis reportés dans l'eau de mer pure. Il a vu que sous cette influence h figure cinétique disparaissait, et le noyau se reconstituait à Tétat de repot; puis, au bout d'une heure environ, le noyau rentrait en division, maist au lieu de se partager en deux moitiés, il se divisait en quatre parties. Mêmes résultats par l'action de Thydrate de chloral, et par la réfrigération. Hertwig explique ces faits par une action paralysante sur le proto* plasma, et, quant à la disposition tétrapolaire de la mitose consérâtive, il suppose que les diverses substances qui entrent dans la compositioD des cellules sont influencées à des degrés différents par les agents toxiques, de sorte que la mise en jeu de leur activité n'est plus coordonnée. Pins récemipent, Francotte a signalé la formation d'un tétraster sur des ovules de Leptoplana inoculés avec des Bactéries, et il a attribué cette anomalie de la segmentation aux toxines fabriquées par les microbes, lesqueUes agiraient à la façon des sels de quinine dans les expériences d'HertwigC).

Ces faits permettent de concevoir comment, chez les Mammifères, l'évolution du nouvel être peut être troublée, dès son début, par la présence, dans l'organisme maternel, c'est4-dire dans le milieu où vit l'œuf, de produits toxiques divers; ils nous font saisir la possibilité d'une action perturbatrice non seulement de l'alcoolisme, mais d'un simple accident d'ivresse alcoolique ou autre; mais ces expériences ne nous instruisent ni sur le mode même, ni sur les résultats de ces actions. Bien autrement démonstratives sont les expériences par lésions traumatiques.

2^ Destructions partielles des sphères de segmentation ; monstres fractions d'individu, — Les recherches de Roux et de Chabry nous ont fait connaître une série de faits tératogéniques relatifs aux formes incomplètes et accidentelles de la segmentation. Ces faits sont d'autant plus nets qu'ils sont principalement représentés par des résultats expérimentaux, et d'autant plus intéressants que, à côté des monstres doubles, ou montres par excès, ils nous révèlent une série de monstres formés par un demi-individu, ou une fraction variable d'individu, c'est^-dire des monstres par défaut.

Etudiant l'embryologie des Ascidies, Chabry (*) obtint certaines pontes remarquables par la segmentation anormale de presque tous les œufs. Au stade de deux segments il voyait l'un de ceux-ci atteint de sphacèle, devenir granuleux et mourir; au stade de quatre segments une à trois des sphères de segmentation périssaient; et cependant parfois les cellules survivantes continuaient leur évolution, mais l'ensemble d'éléments anatomiques qu'elles produisaient ne représentait qu'une fraction de l'indi-

(*) FiUNcoTTB, Gwai d embryologie pathologique ezpérimenUle. Bull, de tAead. dm te. ée Hrltjiguet 1804, p. 382. — A. Giard, A propoi des etstii de FranooUe. BuU, de Im Soc <^^io/.,12maii804, p. 385.

(*) L. Chabry, Embryologie normale et tératologique des Asddiet. Joum, de tanat. et de la physiol., 1887. — W. Ë. Castle. Onthe Gell lineage of Ui6 aicidian Egg. Proceedingê of tke American Acad. of Scienceê, vol. 30 ; Boston, 1804.

tnOLOGœ TËRATOGÉNIQUE CHRONOLOGIQUE. 235

vidu total né normalement d'mi œuf ordinaire. Frappé de la haute portée de ces faits, au point de vue de l'embryologie normale aussi bien que de la tératogénie, il tenta de les reproduire expérimentalement, à l'aide d'un dispositif ingénieux lui permettant d'aller détruire telle sphère de segmentation, en la piquant avec une très fine pointe de verre filé et étiré; et il obtint en eflet des monstruosités artificielles qui évoluèrent comme celles qui étaient apparues spontanément.

Pour comprendre ces résultats, il faut rappeler en quelques mots ce que noua savons de plus général sur la morphologie de la segmentation, à savoir que, sur tous les œufs qui possèdent un globule polaire, le premier plan de segmentation passe par ce globule, que ce premier sillon de fractionnement passe par le plan médian du futur embryon, et enfin que, généralement, le second sillon de segmentation est perpendiculaire au premier; il en résulte que, dès l'apparition du premier sillon, l'œuf est divisé en ce qui sera la moitié droite et ce qui sera la moitié gauche de l'embryon; et que, par l'apparition du sillon suivant, se trouve déterminé, dans chacune des moitiés précédentes, ce qui sera leur moitié antérieure et œ qui sera leur moitié postérieure. On peut donc supposer que, en amenant la mort de tel segment de l'œuf, on empêchera la formation de telle moitié, de tel quart, de telle fraction en un mot de l'embryon, et qu'on obtiendra des monstres connus à l'avance, d'après la localisation du traumatisme. Notons bien qu'il s'agit de traumatismes cellulaires, et nous comprendrons que de semblables expériences réalisent en tératogénie un déterminisme incomparablement précis, si en effet la lésion d'un même bhstomère détermine des résultats constants.

C'est ce qui a lieu en effet. Les éléments cellulaires non atteints vivent et se multiplient; par défaut de point d'appui du côté des cellules détruites, ils glissent les uns sur les autres et certaines facettes de segmentation sont alors déviées, suivant des règles qu'il est possible de préciser, mais dans le détail desquelles nous ne saurions entrer ici; et finalement il se forme des fractions d'individus, c'est-à-dire des monstres auxquels manquent certains organes que l'on peut désigner d'avance. Après destruction de l'une des deux premières sphères de segmentation il y a production d'un demi-individu ; il ne se forme pas d'invagination neurale, et le système nerveux reste étalé sous forme de lame, ce qui se conçoit facilement, puisque normalement le système nerveux se développe par une gouttière qui se ferme en canal, c'est-à-dire par deux lames latérales qui se recouribent l'une vers l'autre et se soudent, et que, dans les conditions artificielles sus-indiquées, il n'y a que l'une de ces lames, il n'y a (fu'une des moitiés de cette gouttière qui prenne naissance. Lorsque, au fUide de quatre sphères de segmentation, l'une de ces quatre cellules est détruite, on obtient un trois quarts d'individu^ dont les parties correspondent à ce qui devait normalement provenir des trois cellules conservées; si, sur ces quatre sphères de segmentation, les deux cellules intérieures sont seules demeurées intactes, on obtient par leur dévelop*

pement les deux quarts antérieurs d'un embryon; semblablement deux quarts postérieurs d'individu proviennent de la conservation des deux cellules postérieures seules. Enfin, disposition plus singulière encore, deux quarts diagonaux soudés résultent du développement de deux cellules prises sur une même diagonale, les cellules de l'autre diagonale ayant été tuées, s'écartant et laissant les deux vivantes s'accoler largement.

Quelque intérêt qu'il y eût à entrer dans plus de détails, nous ne saurions le faire ici. Disons seulement que, dans l'anatomie des monstres ainsi produits, vu le glissement et le déplacement des cellules conservées, la position et les rapports des organes sont assez variables, mais non leur nombre ; celui-ci est soumis à cette règle constante que les organes, qui dans l'embryologie normale seraient provenus d'une cellule déterminée, manqueront au monstre dans lequel cette cellule a été détruite. La monstruosité est donc d'autant plus complexe et profonde qu'elle résulte d'une lésion plus précoce. En effet, si nous considérons l'œuf au moment où il se divise en deux blastomères, dont l'un représente la moitié droite et l'autre la moitié gauche du corps, et si nous supposons que l'un de ces blastomères soit détruit, il en résulte qu'aucun des organes qui devaient provenir de ce blastomère ne se formera. La mort d'une cellule a donc à ce stade précoce le même résultat qu'une cause quelconque qui, chez h larve, frapperait et détruirait la moitié du corps; elle constitue une atteinte plus grave encore, car si l'on coupait en deux longitudinalement une larve normale et que l'une des moitiés réussît à se cicatriser, les rapports des organes restants seraient relativement peu altérés, tandis que, par la destruction d'une moitié du corps au début de l'évolution, les organes que rien ne maintient en place durant leur formation apparaissent dans le plus grand désordre.

Après ce rapide résumé des expériences tératogéniques de Chabry sur les Ascidies, nous pouvons être plus bref encore sur les études semblables faites par W. Roux sur les Batraciens. Les travaux de cet auteur fonnent une longue série de recherches commencées en 1883, d'abord sur la direction et la signification des sillons de segmentation, puis sur les effets des lésions expérimentales, recherches qui sont résumées dans son dernier mémoire de 1888 ('). Roux pique avec une aiguille chaude l'une des deux premières sphères de segmentation de l'œuf, et obtient ainsi : 1" une demi-morula verticale; 2"^ une demi-blastula verticale; 3* une demi-gastrula latérale, et ce dernier stade est suivi de la formation d'une demi-plaque médullaire, d'un demi-mésoderme et d'une demi-notochorde.

D'où il résulte qu'ici encore, des deux premiers blastomères, l'un est

(*) Wmanji Roux, Ueber die Zeit und Bestimmimg der Hauptrichtungen des Froschembrjon. Leipzig, 1883. — Zur Frage der Axenhcstimmung des Embrjo im Froschei. Biol. CeninUbtattt 1888. — Ueber die kûnstliche Hervorbringung halbcr Embryonen durch die Zentdning ciner der beiden enten Furchuiig!>ku«'oln. yirchow^ê Archive, 1888, toI. CXIV. — Die Méthode zur Erzeugung lialber FroschemhryoncD und zum Nachweiss der Beziehong der enten Fnrchungsebenen des Fruschcies zur Mo iianebene des Emhryo. Anatom, Anzeiger, 1804, n- 8 et tf.

ÉnOLOGIE TÉRAT06ÉN1QUE CHRONOLOGIQUE. %7

destiné à la formation de la moitié gauche, Tautre à celle de la moitié droite du corps. La destruction d'un des segments, au stade où il y en a qualrey ne lause subsister que le développement d'un trois quarts d'indifidu. Cette formation de Tembryon aux dépens de matériaux se développant chacun isolément pour son propre compte, a été comparée par Roux i on travail de mosaïque.

E. Modifications tératogéniques agissant sur le blastoderme, sur l'embryon, sur les annexes. — Toutes les conditions tératogéniques que nous venons de passer en revue agissent sur l'œuf dans les stades qui précèdent la formation du blastoderme; relativement à l'œuf de poule, sur lequel ont porté le plus grand nombre de recherches expérimentales, elles agissent pendant les périodes qui se terminent à la ponte, puisque la segmentation de l'œuf s'accomplit* dans l'oviducte, et que le blastoderme est en grande partie constitué, possède du moins ses deux feuillets primai res, sur l'œuf qui vient d'être pondu. Les résultats des conditions tératogéniques précédemment indiquées représentent donc ce que Dareste appelle Y individualité de l'œuf, expression à laquelle il serait plus exact de substituer celle d'tiuftmdtia/tï^ du 6/a«/oderme. On comprend donc, nous l'avons déjà dit, que, dans toutes les expériences de tératogénie bornées à l'œuf d'oiseau» Dareste n'ait pu produire aucune des monstruosités qui sont déjà déterminées lorsque le blastoderme se constitue ; c'est ainsi qu'il rccon nait n'avoir pu jamais déterminer expérimentalement la diplogenèse.

Far contre, Dareste a pu étudier à fond les causes tératogéniques qui agissent sur le blastoderme, qui modifient son achèvement, et influent sur l'apparition de l'embryon ; de même il a pu, ainsi que divers expérimentateurs (Fol, Warynski, etc.), porter son observation sur le corps de l'embryon et sur ses annexes en voie de développement.

1* Blastoderme. — C'est par l'incubation, naturelle ou artificielle, que le blastoderme de l'oiseau continue sa formation, puis donne naissance au corps de l'embryon. Or, une première condition tératogénique importante est le temps qui s'écoule entre la ponte et le début de l'incubation. Si ce temps est très long, plus de trois ou quatre semaines, la vitalité du germe s'éteint ; sans doute, parmi les cellules qui le composent, il en est qui meurent plus vite que les autres; aussi cette vitalité, c'est-à-dire l'aptitude au développement lors de l'incubation, ne disparait pas brusquement, ni pour la totalité du blastoderme; elle s'éteint graduellement, partiellement, ce qui se manifeste alors par une évolution anormale. Déjà Broca mit signalé, dans ses expériences sur les œufs à deux jaunes, le développement en surface du blastoderme, mais sans apparition de l'embryon, dans les œufs soumis à l'incubation tardive. Dareste a observé des faits de même ordre et qui sont certainement à rapprocher de ceux constatés et provoqués par Chabry, c'est-à-dire des développements partiels par suite de la mort de certaines cellules du germe. Dareste a vu des blastodermes se développer ainsi, sans production d'embryon, jusqu'à envelopper com-

238 PATUOGËNIE GÉNÉRALE DE L*£liBHYON.

plètement la sphère du jaune. Mais il a vu de plus que le développemeDt du blastoderme sans embryon n'est que le dernier terme de répuisement de la Yitalité du germe. Cet épuisement, dit-il, arrive progressivement et fait passer le germe par une série d'états successifs pendant lesquels il peut encore produire un embryon, mais seulement un embryon anoranl, et d'autant plus anormal qu'on se rapproche davantage de la mort totale de ce germe. Devant nous borner ici à une indication générale des faits, nous renvoyons pour les détails à l'ouvrage si complet de Dareste.

Des effets tératogéniques semblables ont été observés chez les Mammi fères, mais sans qu'il soit possible d'en préciser la cause; là aussi le blastoderme peut se développer sans embryon; alors, la couche externe de ce blastoderme peut donner naissance, comme il le fait normalement, à des villosités choriales; on voit même ces villosités prendre un dévelop* pement de plus en plus considérable et se modifier daios leur constitutioD. C'est à ces productions qu'il faut rapporter sans doute certaines des pièces pathologiques que Geoffroy Saint-Hilaire a classées parmi les manêireê zoomyliens (môles). Toujours estril que Reichert a décrit, en 1873, un œuf humain très jeune, sans embryon, et à surface richement pourvue de villosités, œuf qu'il considérait comme normal, et que Kœlliker et Dareste ont démontré être un blastoderme qui s'était développé sans donner naissance à l'embryon. Dareste a décrit un autre cas semblable, également dans l'espèce humaine (Tératologie expérim.^ 1891, p. 285).

L'accroissement même du blastoderme peut être modifié tératologique ment par des influences extérieures. Circulairement conformé dàuis le développement normal, sur l'œuf d'oiseau, il peut devenir normalement elliptique, et subir diverses déformations qui résultent d'une prolifération inégale des cellules dans ses diverses régions, quand on fait arriver d'une façon inégale, sur ces régions, l'action de la chaleur incubatrice; c'est ce que Dareste a obtenu très facilement, c'est-à-dire toutes les fois qu'il disposait l'œuf de manière que, dans les couveuses à air libre, il n'y eût paé coïncidence entre le point culminant de l'œuf (centre du blastoderme) et son point de contact avec la source de chaleur. C'est, dit Dareste, le seul fait de tératogénie qu'il ait pu produire à volonté, d'une manière certaine, prévue à l'avance.

Les expériences sur l'incubation de l'œuf de poule montrent que non seulement les conditions anormales de réchauffement de l'œuf modifient le développement, mais encore que d'autre part il est une température optimum (38 degrés), qui, étant la plus propice à la formation normale^ est aussi la plus propre h mettre l'organisme en voie de développement dans un état de résistance aux effets des causes troublantes qu'on a pu laire agir expérimentalement avant l'incubation. C'est, dit Feré, auquel nous devons des recherches sur ce sujet, un fait intéressant au point de vue de la théorie de l'hygiène prophylactique de la dégénérescence (').

(') Cn. fKKt. Sur rinflucncc Hc la température «or rmeubation de l'œuf de pimle. Jourmël de CanaL et de la phyetoL^ 1894, p. 353.

£nOLOGI£ TÉRATOGÉNIQUE CHHONOLÛGIUUE. 339

Citons enfin, d'après Daresie, Tinfluence de la trépidation : lorsque des œufs de poule ont été soumis à la trépidation, dans un transport par chemin de fer ou en voiture, on obtient des produits monstrueux en soumettant ces œufs à Tincubation aussitôt après leur arrivée; mais le développement est normal quand on a eu soin de laisser ces œufs se reposer pendant près de huit jours. Pour mettre hors de doute cette influence de bi trépidation, Dareste s'est attadié à la déterminer d'une manière plus rigoureusement expérimentale. Il a eu recours à la machine employée par les chocolatiers pour façonner leurs tablettes, machine dite tapoteuse^ et qui tasse la pâte par une succession de petites secousses imprimées à un plateau. Plaçant une caisse d'œufs au bord de ce plateau, il fit battre à la machine 4630 coups par minute. Ces œufs donnèrent presque tous des monstres lorsqu'ils furent mis en incubation. Ainsi, à une époque où le blastoderme est inactif (entre la ponte et l'incubation) on peut, par de simples secousses, le rendre malade et le mettre dans l'impossibilité de sedérelopper normalement. Notons en passant que diverses expériences ont montré que les secousses peuvent exercer une action bactéricide, c'est-àdire agir sur des êtres monocellulaires, et que par suite leur influence sur les eJhiles de blastoderme n'est pas un fait isolé, sans analogues (').

Giaoomini, d'autre part, a obtenu de nombreuses formes monstrueuses, notamment par arrêt de formation de l'aire vasculaire du blastoderme, en opérant l'incobation dans un air raréfié (').

Tons ces fidts nous révèlent, sur les cellules de segmentation, det

actions mécaniques perturbatrices, dont la nature intime nous échappe,

mab dont nous concevons cependant le mécanisme général en partant des

expérîenœs de Chabry sur les sphères de segmentation des Ascidies. Ce

n'est pas là un simple rapprochement, mais nous pensons que les faits

sont essentiellement de même ordre; il s'agit dans tous ces cas de modi-

iicrtioiis de rapports et peut-être de constitution des cellules. Or, c'est un

reprodie, certîdnement le seul à faire à l'œuvre de Dareste, que de paraître

atoir oublié la composition cellulaire des organes en voie de formation,

pour se servir à chaque instant des vieilles expressions de blastèine^ de

planma formaieur. Nous ne saurions mieux faire, pour en donner un

exemple, que de reproduire le passage suivant dans lequel de Quatrefages

a résômé et condensé les idées de Dareste ('). c Pendant les premiers

|<nrs de son existence, l'embryon ne possède pas encore de tissus carac*

térisés par des éléments histologiques spéciaux. Son corps est en entier

formé de ploêma^ espèce de guangue vivante, d'une délicatesse infinie,

partout homogène, mais ayant la propriété de s'étendre, de grandir et

de constituer des parties morphologiquement distinctes, qu'on désigne

sous le nom de Moêtème. C'est dans ces blastèmes qu'apparaissent les

I*] 1. liLTnii. De HmportiDce fondamentale des secousses sur la matière vi?antc. Annaien de miir^gr., décembre iS04, p. 637.

•*j CiiLO Guocmni. Inflaenza Heiraria rarefatta snll sviluppo dcll' uovo di polio. Giom, d^ a. Aiiemé, di Med. di Torimo, n* 11, 1804.

!'; i. m QvATiiLrACEs, Tératologie et tératogénie. Journal det êavanUt 1887.

240 PATHOGËNIE GÉNÉRALE DE L*EIIBRYON.

organes, qui se montrent d'emblée avec toutes leurs formes essentielir^ et la composition histologique à laquelle ils doivent leurs propriétés physiologiques. Si le blastème reste normal, nous dit Dareste, l'organe auquel il donne naissance Test aussi; si le blastème a été déformé, Torgane YeA également; enfin si le blastème a disparu ou ne s'est pas formé, l'organe manque pareillement. En somme, dans les véritables monstruosités, ks organes ne deviennent jamais monstrueux, ils le sont en naissant, t Mais nous avons vu par exemple que, dans la diplogenèse, le monstre était double dès sa première apparition; et nous avons pu faire remonter cette première apparition jusqu'au moment même de la fécondation : Tœuf diplogénétiquc, de par sa fécondation, est tel parce qu'il renferme deux noyaux mâles au lieu d'un seul, peut-être aussi parce qu'il possédait primitivement deux vésicules germinatives au lieu d'une. Ce sont là des modifications cellulaires intimes. De même les expériences de Chabry et de W. Roux nous montrent que tel organe n'apparaîtra pas par le fait de la destruction de la cellule initiale qui devrait donner naissance à toute la lignée de cellules destinées à constituer cet organe. Il n'y a plus à parler de blastèmes ; plus que toute autre pathologie, la pathologie de l'embryon doit être cellulaire; les causes tératogéniques agissent sur les individualités cellulaires; nous ne sommes pas encore en état de déterminer et ces modes d'action et chacune des individualités cellulaires auxquelk: elles s'adressent spécialement; mais les faits relatifs à la polyspermie, et les résultats des expériences de Chabry nous permettent de concevoir dans quel sens se feront à l'avenir les progrès de la tératogénie.

2° Embryon proprement dit. — Les mêmes causes qui font que le blastoderme se développe sans apparition d'embryon, peuvent faire que, le premier linéament de l'embryon s'étant formé, celui-ci périsse de bonne heure, soit en totalité, soit en partie.

La mort totale de Vembryon^ aux tout premiers stades, est d'ordinaire suivie de sa résorption, et alors nous nous trouvons en présence de cas analogues à ceux de développement d'un blastoderme sans embryon, mais cependant avec des résultats plus complexes, car le placenta a pu commencer à se développer. Nous savons aujourd'hui que le placenta est une production embryonnaire ectodermique, qui se greiîe en véritable parasite sur le tissu utérin, et qui le pénètre graduellement (^). Or, ces végétations cctodermiques, parcourues par des villosités mésodermiques, peuvent continuer à vivre et se développer, alors que l'embryon a disparu. Robin attribuait avec raison à un développement excessif des villosités placentaires, après la mort de l'embryon, la formation de ces corps énigmatiquea qui se produisent parfois dans la matrice des femmes et que l'on désigne sous le nom de môles vésiculaires ou hydatiques. Les vésicules kystiques, souvent extrêmement nonibreuses, que Ton observe à la surfSice de ces corps, seraient le résultat de l'hypertrophie des villosités.

(^) Natiiias Duval, IvC placenta des Rongeurs. Paris, 1892. — Le plaoenU des Cirnuiion Journ» de Canal, et de la physioL^ 181)3-1895.

EnOLOGIE TÊRATOGËNIQUE CHRONOLOGIQUE. M

Giacomini a publié une série intéressante d'études sur ces développcnents incomplets, caractérisés par l'absence de l'embryon dans un œuf mnplely dans l'espèce humaine (^), et Ilis a insisté sur ce fait que, dans les cas de mort précoce de l'embryon, les membranes peuvent continuer à raccroitrey le liquide amniotique à augmenter de volume (').

La mùrt partielle de Vembryoriy à une époque où une étroite solidarité l'est pas encore établie entre ses diverses parties, permettra aux portions <iunri¥aniesde continuer plus ou moins régulièrement leur développement. \însi Textrémité antérieure de l'embryon peut périr, être résorbée, et le reste du corps se développera en un monstre acéphale. Lereboullet a suivi la formation de pareils acéphales chez les Poissons. Dans tous les cas, ces monstres acéphales périssent de bonne heure; ils sont, en même temps, le plus souvent acardiaques, et le développement s'arrête au moment où devient nécessaire l'intervention d'une circulation régulière. C'est ici le cas de revenir sur ce que nous avons dit des monstres omphalositcs. Un Acéphale, un Acardiaque, ne peut continuera se développer que s'il s'établit des rapports vasculaires entre lui et un frère jumeau bien conformé : c'est pourquoi, tant qu'on n'a étudié que les monstres expulsés après une gestation de durée à peu près normale, on n'a pas eu la notion de l'cxistenc d'Acéphales isolés; aussi Geoffroy Saint-llilaire a-t-il établi cette loi si curieuse de l'association nécessaire de l'Acéphale avec un frère jumeau bien conformé ; et de cette loi nous avons tiré précédemment cette conclusion» que les Acéphales, les Acardiaques, en un mot les Omphalositcs deGeoffroy Saint-Hilaire, représentent l'un des éléments d'une diplogenèse. Mais si nous déplaçons ainsi les Omphalositcs de Geoffroy Saint-Hilaire du rang qn^il leur a donné parmi les monstres simples ou unitaires, et si Doos les plaçons parmi les monstres doubles, ce n'est pas qu'il n'y ait aussi des Acéphales ou Acardiaques unitaires, simples; seulement Geoffroy Sainl-Hilaire n'a pas eu connaissance de ceux-ci, ne leur a pas donné de pbce dans sa classification. C'est que cette classification est entièrement basée sur l'état final des monstres, et ne fait pas intervenir les données téntogéniques, ne tient pas compte des monstruosités si graves qu'elles «nènent de bonne heure la mort et la résorption du monstre. Rauber (^) a publié sur ce sujet un intéressant mémoire, et Dareste a très nettement résumé la question, en montrant que, si la gémellité joue un grand rôle dams YexUtence de certains monstres omphalositcs à une certaine époque le leur vie, elle peut être entièrement étrangère à leur origine. « Les monstres omphalositcs, dit-il, peuvent se constituer isolément, comme ks monstres autosites; mais ils ne peuvent continuer à vivre que dans le

*j C. GiACoani, Sa alcune anomalie di STiluppo dell* cmbrione umano. Atti délia H. Acd' imit. délie teienze di Ton'no, 1888 à 1802.

' V. Hv, OSteoe Frage der pathologiachen Embryologie. Internat. Beitrag zur wiss W.. rt Virekow'e Fe$t$chnft, 18tH, p. 177.

* A. lUna, Formbild und Formstôning in dcr EnlwickeluDg von Wirbelthicrcn. ^«Tfkfd, Jmkrbyck, 1879, toL V, p« 661.

rATIOLOCIE GÉ!iÉRALB. — L 16

cas de gémellité. » Nous dirions sans doute plus exactement : des monstres semblables aux omphahsites (c'est-à-dire des Aeéphales et des Acardiaques) peuvent se produire, mais ils périssent bientât^ préciflémeot parce qu'ils ne sont pas Omphalosites, c'est-à-dire ne sont pas associés i un jumeau qui supplée à l'insuffisance de leur appareil circulatoire.

Nous insistons sur ce point, parce qu'en lui se concentrent toutes iei critiques et modifications qu'on peut faire actuellement à la classificatin de Geoffroy Saint-Hilaire, à savoir que : d'une part les Omphalosites^ c'està-dire les Acardiaques et Acéphales, qu'il a classés dans les monstres simples, avec Tépithète de parasites, ne sont pas des monstres simples, mais représentent l'un des sujets d'un monstre double, sujet parasitaire du frère jumeau; d'autre part il peut se former (mais non continuer i se développer) des monstres acardiaques ou acéphales, devant prendre, dans la classification de Geoffroy-Saint-Hilaire, la place de ses Omphalosites, mais sans porter ce nom, car ils ne sont pas parasites, et par suite pas Omphalosites, étant des monstres entièrement simples (^).

3* Annexes de F embryon. — Si l'embryon des Vertébrés est protégé par des enveloppes annexes destinées à le soustraire à des compressions et chocs extérieurs, les anomalies de ces membranes, et principalemeot de l'amnios, deviennent poui lui une : .ouvelle source de causes téniogéniques.

Amnios. — La formation de l'amnios est très précoce elle est même chez certains Mammifères (les Rongeurs à Inversion blastodennique) (') si précoce, qu'elle précède celle de l'embryon ; on conçoit donc que les malformations de l'amnios, agissant sur l'embryon dès sa première apparition, peuvent en troubler gravement l'évolution. Or Dareste a constaté que les anomalies de l'amnios sont très fréquentes dans les œufs soumis à des causes tératogéniques; en général c'est par compression, d'où déviation ou atrophie des parties comprimées, que s'exerce l'action de l'amniof mal développé.

Mais, pour comprendre toutes les conséquences que peuvent avoir ces compressions, il faut bien insister encore sur ce fait qu'elles peuvent se produire tout à fait aux premiers stades du développement, et que, par conséquent, il ne s'agit pas seulement ici de déformations des membres ou de déviations de la colonne vertébrale, mais d'arrêts de développe* ment portant sur les premiers bourgeons des membres, sur l'apparition de l'extrémité céphalique, sur la formation des organes. Déjà Hippocrate avait dit que « les enfants deviennent estropiés quand dans la matrice il y a étroitesse dans une partie » ; et Cruveilhier avait expliqué les déviations vertébrales et les pieds bots par l'action de pressions extérieures, pour lesquelles, étranger aux faits embryologiques, il avait invoqué des contractions insolites de la matrice durant la gestation. Puis Tobseration

(*) PRiNCETBàu, Progrès de la Tératologie depuis I. G. Saint-Hilaire. TkUe dagrégatimL Paris. 1886.

(*) Mathus Dutal, Le placenta des Rongeurs. Paris, 1893.

finOLOGlE TÉRATOGËNIQUË CHRONOLOGIQUE. 343

moDtn qu'il poo^ait exister anormalement des brides amniotiques, par lesquelles ou expliqua facilement les amputations congénitales, puisqu'il fui possible de trouver ces brides enroulées autour d'un membre, d'un oo plusieurs doigts, et de les surprendre pour ainsi dire en train d'opérer h section des parties. Hais ce sont les recherches de tératologie expérimentale et surtout les travaux de Dareste qui ont montré l'importance des anomalies de formation de l'amnios au point de vue de la production des monstmosités les plus graves et les plus primitives.

D'abord l'amnios peut manquer complètement, ou n'être représenté, tout autour de l'embryon, que par la petite élévation de l'ectoderme qui forme les plis amniotiques. Dans ce cas, l'embryon est à nu sur le blastoderme, et se comprime contre la membrane vitelline et la coquille (il s agit, dans ces observations, de l'œuf de la poule) ; il meurt alors dans le plus grand nombre des cas; si, chose plus rare, son développement continue, ce n'est qu'avec les anomalies les plus graves et notamment ces anomalies de la tète qui constituent des exencéphalies.

Puis l'amnios peut évoluer d'une manière inégale dans ses diverses parties. Un des capuchons, un des replis peuvent manquer, tandis que les autres se produisent et se développent normalement ('); au niveau des replis qui manquent ou qui sont arrêtés dans leur développement se produisent alors des compressions locales de l'embryon. Ikreste, ainsi que Péris el Kundrat(*), sont arrivés, ces derniers par l'examen des Anencéphales, des Cyclopes, et de types tératologiques voisins, à reconnaître pour causes de ces malformations céphaliques le fait d'une compression produite par le capuchon céphalique de l'amnios. 11 en est de même de Texeocéphalie, pour laquelle on a très fréquemment constaté la présence de brides amniotiques; et, quand on n'a pas retrouvé ces brides, il y avait lieu d admettre qu'elles avaient existé temporairement et avaient été résorbées après avoir causé divers désordres, comme l'indiquait le fait de h coexistence de fissures obliques de la face, etc. Dans une récente étude fur Tencéphalocèle, Guibert (') arrive aussi à cette conclusion que la lésion primitive doit être rapportée à la période embryonnaire, et que ce sont les anomalies de l'amnios (étroitesse, plissements et adhérences) qui fournissent Texplication la plus satisfaisante.

Enfin l'anmios, même fermé, c'est-à-dire complètement développé, peut cesser de s'accroître. 11 est alors appliqué immédiatement contn^ le coq» de l'embryon, et non séparé de lui par le liquide amniotique qui normalement s'accumule dans sa cavité et met l'embryon à Tabri des compressions locales.

(*] GiiLo Gucoaim, Salle anomalie dell* embrione amano; anomalia dcll' amnius e i»ua iiiter- {«Hanae. ÀtU d, A. Accad. d. Se. di Torino, 1804, vol. 29.

'. Fnu, Lehrbuch der allgemeinen Pathologie. Stuttgard, 1870. — Kunorat, .\ rhinencéphale ibtrpiKfae Art Ton Missbild. GraU, 1882.

C; Gcônv, CoolhKmtioo à l*étude anatomo-[)athologique de l'encéphalocèlc congénitale. Ulc^tlM.

Les effets produits par la compression amniotique peuvent être obtenus expérimentalement par des compressions directes exercées sur Tembryon; c'est ce que montrent les expériences de Fol et Warynski. Ce dernier auteur (*) est arrivé à produire des arrêts de développement en exerçant une compression au moyen d'un petit scalpel émoussé; rextrémitc céphalique étant une des parties les plus accessibles à l'expérience, c'est à cette partie qu'il s'est surtout adressé, et il a pu notamment obtenir la dualité du cœur par l'arrêt du développement des parties dans lesquelles a lieu la réunion des deux rudiments cardiaques primitifs.

Sans entrer ici dans plus de détails sur ce mécanisme de compression et ses résultats divers sur chaque partie, nous insisterons, au point de vue général, sur les rapports suivants, dont nous empruntons l'exposé à Dareste : « L'action, dit-il (op. cit,, éd. de 1891, p. 315), d'une pression extérieure exercée par l'amnios pour produire les monstruosités donne une explication très simple d'un fait déjà signalé par tous les tératologistes, mais dont ils n'avaient pu, jusqu'à présent, se rendre un compte exact : la réunion fréquente d'anomalies et même de monstruosités très différentes sur un même sujet. On a souvent invoqué, pour l'expliquer, le principe de la corrélation des organes. Assurément je ne nie pas Timportance que peut avoir la corrélation des organes ou la corrélation de croissance dans un certain nombre de faits tératologiques; mais je vois que ce rôle est beaucoup plus restreint qu'on ne le pense généralement. Cela tient à ce que l'on a ignoré pendant longtemps la distinction, si nécessaire pour l'interprétation des faits tératogéniques, des deux périodes de la vie embryonnaire (première période où s'ébauche la forme, seconde période où se produit la structure), ainsi que le défaut de solidarité qui (»xiste, pendant la première période, entre les différentes régions de l'organisme. Or, c'est pendant cette première période que s'ébauchent la plupart des monstruosités. L'étude de la téi'atologic montre, en effet, que si la coexistence d'anomalies très différentes dans un même sujet est un fait fréquent, ce n'est pas cependant un fait nécessaire, puisqu'elles peuvent se produire isolément. L'arrêt de développement total ou partiel de Tamnios explique tous ces faits de la manière la plus satisfaisante. L'arrêt de développement total exerce son influence sur l'embrj'on tout entier, et peut, par conséquent, déterminer simultanément la production des anomalies les plus diverses (exencéphalies, célosomies, ectromélies, etc.), tandis que l'arrêt de développement partiel ne produit que des monstruosités locales, c'est-à-dire qui n'affectent que les régions du corps soumises à la pression extérieure. La coexistence de plusieurs anomalies ou monstruosités sur un même sujet est donc le résultat d'une cause unique agissant sur toute la surface de l'embryon. Les faits s'expliquent donc de la manière la plus simple et sans qu'il soit nécessaire de faire

(*) s. Warynski, Sur la production artificielle des monstres à eoaar double clic< les poulets. Thcêe de Genève, 1886.

tnOLOCIE TÊRATOGÉNIQUE CHRONOLOGIQUE. 245

intenrenir les relations encore inconnues qui existent entre les divers organes pendant leur développement. »

Une dernière condition à signaler, à propos de Tamnios, est Taccumulation exagérée de liquide dans sa cavité, ou hydramnios. Les accoucheurs ont constaté que Thydramnios est accompagné très fréquemment des malfonnations fœtales les plus diverses, depuis le spina-bifida et TexenGé|JiaIie, jusqu'aux becs-de-lièvre, pieds bots, etc. C'est sans doute par compression de Tembryon que Thydramnios amène ces difformités ; cependant on peut voir dans ces difformités et dans l'hydramnios le résultat d'une cause commune, d'une maladie générale de l'œuf; c'est ainsi qu'on trouve une relation, signalée par presque tous les auteurs, entre la syphilis et l'hydramnios.

AUantoïde et cordon ombilical. — Après l'amnios, nous ne donne rons qu'une courte mention à l'allantoïde, dont les arrêts de développenent produisent l'asphyxie de l'embryon ; si l'embryon ne succombe pas et se développe monstrueux, il est diiÎBcile de faire alors la part exacte de l'influence qui revient à l'allantoïde, puisque les anomalies de cette annexe sont presque toujours liées à une malformation de l'amnios même, et spécialement à la non-occlusion de l'ombilic amniotique.

Enfin le cordon ombical, par ses circulaires, peut produire l'amputation d'un ou plusieurs membres. Nous insisterons plus loin sur les différences essentielles qu'il y a entre ces amputations congénitales et l'ectromélie proprement dite. Disons seulement ici qu'on a voulu à tort mettre en doute les effets» et surtout les effets multiples, des circulaires du cordon. Ainsi Dareste {op. cit.j p. 419) se demande si cette explication, falable pour certains cas d'hémimélie, peut s'appliquer aux cas où cette monstruosité atteint deux ou plusieurs membres. Il faudrait, dit-il, un eoncours bien étrange de faits accidentels pour que les quatre membres pussent être amputés simultanément. L'observation montre que ce concours de circonstances se réalise en effet, non chez les oiseaux, dont le cordon ombilical est très court, mais chez les Mammifères; on trouve dans tous les traités d'obstétrique des observations et des figures montrant combien peuvent être compliqués les liens formés par le cordon (circulaires du cordon) (*) et comment les quatre membres du fœtus humain» lorsqu'ils ont atteint déjà un certain développement, et non tout à lait à leur début, peuvent être enserrés dans un même enroulement circulaire du cordon, et comprimés puis amputés plus ou moins près de leurs racines (*). Dans ces cas les circulaires du cordon agissent comme le font ces brides amniotiques dont Guéniot a présenté à l'Académie de médecine des exemples frappants (').

(*] RnoMST-DBSAiGiiBS et LiPAGi. Précis d'obstétrique. Paris, 18^.

(*) Toy. notamment : A. GiAiiPiimBB, Traité de§ accouchements, 1883, t. I, p. 109, ig. 153 et 155.

(*] GctfaioT, FoBtos anencéphtle, brides amniotiques multiples. BulL de CAcad. de med,, 19 noif . 18S0 et 93 anil 1800. — Adbérencet et brides amniotiques, comme causes d'anomalies. iM.,10oet. i803,p. 371.

Nous devons cependant faire remarquer que toutes les amputalii con^éniLiIrs n'ont pas pour origine la con>itriction produite p^r i brides amniotiques ou par le cordon ; notamment pour les atnputati( congénitales des doigts, il est une Tonne particulière due à un proccsji pathologique qui se passe dans la peau ; le derme subit une traDsronni tion iibreuse donnant lieu à ta production d'un anneau circulaire iue: sible, sur lequel se coupe le doigt à mesure qu'il s'accroît; il semU même que cet anneau, par sa rétraction, détermine d'une fafon aclin l'amputation. Lannclongue considère cette altération du derme comiH identique à celle qu'on observe dans l'aïnhum (').

Vésicule ombilicale; aire vasculaire. — Parmi les arrêts de iti loppement qui atteignent les annexes fœtales et exercent une action tvf to^énique sur l'entbryon, Dareste a particulièrement étudié, sur la yti cule ombicicale, l'évolution anormale de l'aire vasculaire. 11 a vu li lo mation des ilôts de WolIT s'arrêter plus ou moins vite, en ce sens quct îlots, lieux de formation des globules rouges, ne poussent pas les ynU gements destinés à établir des communications normales entre eux élu l'appareil central de la circulation, lequel se fonue d'une manière înd pendante. Non seulement les taches vasculaires, dites îlots de WolIT. i s'anastomosent pas, mais encore elles s'hypertrophient, de sorte que l'ai vasculaire dessine une série de cavités indépendantes remplies de f\ bules rouges, lesquels ne sont pas en mouvemcjtt, puisqu'ils ne rt^mt pas l'impulsion cardiaque. Le cœur, de son côté, bat sur une luai liquide incolore, et irrigue le corps de l'embryon par un réseau \tsc l&ire, qui, n'étant pas mis en communication avec les îlots de WolIT, contient pas de globules rouges. L'embryon, ne recevant ainsi que i sang incolore, s'œdématie bientôt, tous ses tissus s'infiltrent peu !i p de sérosité, et il arrive a ne plus être constitué que par une masse d'ap parence gélatineuse, dans laquelle on a peine à retrouver la trace â> organes en voie de formation.

Dareste insiste sur ce processus, qui lui fournit un argument iniporiu contre l'ancienne théorie, d'après laquelle on attribuait à l'hydropisie ' centres nerveux un rôle capital dans la formation de l'anencéplialie < même de l'acéphalie, et l'on considérait cette hydropisie comme primitiw C'était renverser les termes de la question, en attribuant à une malad ce qui est dû à un arrêt de développement; or. même dans le cas d'hfdi pisie des centres nerveux, chez l'embryon, c'est-à-dire à l'époque où système nerveux est en voie de formation, les faits téi'atologiques se tn vent être toujours le résultat d'une évolution modifiée et non d'une mol iiealion patliologique d'organes déjà existants. Nous retrouvons bien ( hydropisies dont on a tant parlé, mais nous voyons que leur significatî est bien difTérente de celle qu'on leur avait attribuée. Au lieu d'être

(') La^tielowcite, Anomalies itc Irait miMnhm jur iléfaut; imputitions cod^dîuIïs. INitL [Aead. Ht méd.. 1S83, V. n- 17. — A. Phod^t, Dironiuttoiu coDgiiùltles ntipeUm 1' ~ BulL du CAcad. de méd.. 3 iiril ISS'J, p. 45t.

PRINCIPAUX PROCESSUS TËRATOGÉNIQUES. 247

cause première de la monstruosité, elles font seulement partie d'une série de phénomènes, dont le point de départ est dans Taire vasculaire de la fédcttle ombilicale, et non dans Tembryon lui-même où on Tavait toujours dierché.

PRINCIPAUX PROCESSUS TËRATOGÉNIQUES

Airéts de fonniticm et de déTeloppement (ectromélie, spina-bifida, hermaphrodismes). — Excès de déTeloppement. — Arrêts et excès d'accroissement. — Arrêts et excès de (Kreloppementoombinés (hétérotaxie, inversions, ectopies). — Métamorphoses. — Souèvet anonnaln (8|mélie et nromélie, cyclopie et otocéphalie). — Endavement.

Noos TeDODs de passer en revue, au point de vue étiologique, les influences perturbatrices qui peuvent agir sur l'être en voie de formation, depuis le moment où il est à l'état de cellule sexuelle, jusqu'à celui où il présente un embryon figuré, en passant par les stades d'œuf fécondé, d'œuf en segmentation et de blastoderme. Après cette étiologie classée dutt l'ordre chronologique, car pour l'embryon normal ou monstreux tout est dominé par la question de temps, de périodes successives, il DOtts but examiner les conséquences de ces influences tératogènes, c'est- Hiire passer en revue les processus pathologiques caractéristiques des noQstraosiiés. Nous les classerons sous les titres principaux de : arrêts de développement; excès de développement; arrêts ou excès d'accroissement; métamorphoses ; soudures anormales ; enclavement. 11 est impossible actuellement d'assigner toujours à chacun de ces processus sa cause directe, parmi les causes précédemment passées en revue. C'est, nous TiTons dit, que la tératogénie expérimentale n'est pas encore arrivée à un déterminisme assez exact; dans le chapitre précédent nous avons déjà émiroéré les cas pour lesquels ce déterminisme a pu être obtenu.

A. Arrêts de formation et de dôveloppement. — Les organes apparaissent généralement sous la forme de bourgeons qui s'accroissent et se Bodèlent graduellement; on a pu distinguer la non-apparition de ces premiers rudiments d'avec l'absence de leur développement ultérieur; t'est pourquoi Is. Geoffroy Saint-Hilaire a cru devoir insister sur les cas on on organe ne se forme point (arrêt de formation) et sur ceux où il reste arrêté dans certaines conditions embryonnaires {arrêts de dévelop- Itmeni), A vrai dire, cette distinction est plus théorique que réelle; un orpne arrêté dans les premières phases de son développement pourra être résorbé, et son absence totale pourra alors faire croire qu'il n'était Démepas a[^»ru; d'autre part les organes embryonnaires peuvent pré-

Stt

PATHOGÊNIE GfiNtltALE DE LXllBRVON.

senior la propriété de régénération, après mutilations accitlenlellos, M selon que celte régénération se fem ou ne se fera pas, il en résultera ill formes tératologiqucs difficiles à interpréter au point de vue de la dtslin tion entre nn arrêt de Toruiation et un arrêt de développement, l iiionslruosîtés des membres nous fournissent un bon exemple à cet i^girf

Chaque membre apparaît d'abord sous la forme d'un bourgeon conDj^ en palette, dans lequel se dessinent presque aussitôt des sillons inU dij^'itau\; c'est donc h main (ou le pied) qui apparaît d'abord: puisa membre s'allonge par sa base, sur laquelle apparaissent suc les portions qui seront l'avant-bras (ou la jambe), puis le bras |ou t cuisse). Or, parmi les formes d'avortement des membres, Geofiroy Saiol Hilaire a distingué Vectromélie. qui consisterait en une absence totale A membre (arrêt de formation), et la pkocomélie, dans laquelle le njeniln est représenté par une main ou un pied à peu près normal, rattacliét tronc soit directement, soit par un avant-bras rudi mm taire (arrêt i développement). Nous aurions donc là une distinction bien netle entr l'arrêt d'apparition des bourgeons .des membres et l'arrêt de dévelop|N ment de ces membres. Or, quand on a examiné avec soin les ca« classi^m d'eclromélie, on constate, dans plusieurs de ces cas, non pas une ahsMUl complète de tout rudiment de membre, mais la présence d'une sailli informe, d'un court moignon à ce niveau. On est en présence du résulli d'une amputation congénitale, car ce moignon représente la base d'à membre dont les parties périphériques ont disparu (voy. dans Is. GeofTil Saint-Ililaire, t. il, p. "22'^, la dissection d'un moignon ectromélien M fermant une omoplate et un humérus rudimentaire). 11 ne s'agit dune fl ici d'ectromélie pure, c'est-à-dire d'avortement complet, de i d'apparition du membre, puisque ce membre est représenté par » portions basalcs ; et pour cette même raison il ne s'agit pas de pbocomélil c'est-à-dire d'arrêt de développement, puisque le bourgeon premier! membre représente son extrémité distale (main ou pied), et ijii'il membre réellement arriHé dans son développement devTa présenter a extrémité distale plus ou moins normale avec une partie basale non iitl loppée.

Mais ce n'est pas tout, une troisième forme de monstnmsité de.» mcmbm désignée sous le nom à'hémiméUe, est caractérisée par la présenw i bras ou de cuisses bien développés, terminés par des doigts imparfait} nidimentaires. Cet état ne correspond à aucune phase embryologique, aucun stade de développement. Ici encore il s'agit d'une amputati congénitale; mais comment se fait-il que ce moi^on, représentjuit base du membre, puisse porter des extrémités digitales nidimentaires?! intervient une propriété particulière des organes embryonnaires, la rè| nération, qui mérite bien de nous arrêter un instant, vu le jour l spécial qu'elle jette sur l'interpi'êl-ition des malformations, Simpson c le cas d'un fœtus dont le bras fut amputé par un repli membraneux d l'utérus même ; et, au moment de b naissance, on voyait, sur le moig:

FRINGIPAnX PROCESSUS TËRATOGfiNIQUES 349

résultant de cette section complète du bras, trois tronçons, ou mieux trois iM>urgeons, qui indiquaient la tendance des tissus du bras à repousser. On trouYe à ce sujet une précieuse observation, présentée par Yariot, et une intéressante discussion de la question dans les Bulletins de la Société i anthropologie (1890, p. 284 et 489) ; il s'agit d'un cas dit d'hémimélie, dans lequel la présaice de bourgeons digitaux portait à voir une malformation et non une amputation congénitale; or, sur la remarque présentée par nous de la possibilité de repullulation des tissus embryonnaires, une étude plus attentive du moignon et sa dissection minutieuse rendit évident et le fait d'amputation et celui de production de nouveaux bourgeons, car les tubercules digitaux ne renfermaient aucun nodule osseux ou cartilagineux.

Cette propriété de repousser, qui peut se manifester chez Tembryon

humain, est normale dans le premier état des Batraciens anoures avant

leur métamorphose ; chez le têtard, la queue repousse en effet, tandis que,

chez la grenouille adulte, la patte amputée ne repousse pas. Mais, chez

divers aniuiaux à sang froid, cette propriété persiste même à l'âge adulte,

témoin les expériences bien connues, et pour ne citer que les plus anciennes,

de Spallanzani et de Bonnet sur la salamandre (*). 11 s'agirait donc de savoir

si Tembryon des animaux à sang chaud est assimilable à un animal à sang

froid; c'est la conclusion à laquelle arrivent aujourd'hui tous les embryo-

logistes, en présence de ce fait que ces embryons sont susceptibles de

sabir UD fort abaissement de température sans que la mort s'ensuive (').

On sait que, expérimentalement, on peut arrêter par le froid les mouve-

BMnts du cœur de l'embryon d'Oiseau, puis ranimer ce mouvement par le

richauffement('). Enfin, dans le même ordre d'idées, il ne sera pas inutile

de rappeler les nombreuses observations analogues recueillies par Preyer

Mr l'embryon humain, et notamment celle où un embryon de trois

semaines, qui avait été conservé au froid dans son œuf même, pendant

toute la nuit, entre deux verres de montre, permit au matin, porté à la

chaleur, de voir se contracter la poche cardiaque en forme d'S, avec des

pauses de vingt à trente secondes. Le cœur, dit Preyer, offrait donc encore,

dans cette période de son développement, une grande analogie avec celui

d'an Vertébré inférieur (*). 11 n'y a donc rien de surprenant à ce que les

{*) R. Blasouhd, Anomalies des nageoires chez le Protoptèrc. BiUl. de la Soc, zool. de France,

itti u xn, p. 54.

?iASA. Recherches sur les doigts surnuméraires expérimentalement déterminés chez les Tri- IM. cl nir les bourgeons caudaux surnuméraires des Lézards. Arch. liai, de Biologie, 1804, tiM IXI, p. X.

Donm BiaruTH, Die experimcntelle Régénération flbenchflssiger Gliedmassenthcile (Polydaktyii») beiden Amphibien. Arch, f. Entwickelungsmechanik von W,Roux, 1894, vol. 1, p. 01.

''i linrus DiTTAL, Bull, de la Soc. d'anthrop,, 1800, p. 284. — Dareste, Recherches sur k podndkn artificielle des monstres, 1891, p. 80, 134, 337.

!'; UaoaM et Matiias Duval, Recherches sur quelques points de physiologie chez l'embryon d n paitioilier sur la physiologie du cœur embryonnaire au moment de sa formation. Comptes r*»à. de la Sce, de biologie, 1878; Bullet. detAcad. de médec., 1878-1879.

n ^* Faim, Physiologie spédak de l'embryon, trtd. franc. Paris, 1887, p. 39.

250 PATHOGËNIE GÉNÉRALE DE L^EMBRYOIf.

embryons des Vertébrés les plus élevés présentent des phénomèiia analogues à ce qu'on observe chez les animaux à sang froid, et que des bourgeons puissent repousser sur des membres amputés.

Ces faits nous montrent combien sont complexes les phénomènes qui peuvent intervenir dans l'évolution des formes monstrueuses, et combin il peut être difficile non seulement d'établir la distinction entre un anét de formation et un arrêt de développement, mais encore de faire la put, dans les cas classés sous ce dernier titre, de ce qui revient à un accideal traumatique tel que l'amputation congénitale, et de ce qui est produit pir un effort de restauration résultant des propriétés germinatives des tirâi embryonnaires. Pour ce qui est des états monstrueux des membres, oo voit qu'ils ne forment pas une série graduée d'arrêts de plus en plus complets de développement, en allant des Phocomèles aux Hémimèles et finalement aux Ectromèles, comme les range Is. Geoffroy Saint-Hilaire, mais que seuls les Phocomèles représentent toujours des arrêts de développement, tandis que la plupart des Ectromèles et sans doute tous les Hémimèles représentent des cas d'amputation congénitale, le plus souvent avec bourgeonnements digitiformes des moignons, car, même sur les sujets décrits comme Ectromèles types, on a signalé la présence de doigts rudimentaires.

L'arrêt de développement est le processus tératogénique le plus fréquent; c'est aussi celui qui a été entrevu le premier, dès que les embrjologistes se sont occupés de tératologie. Uarvey expliquait déjà, quoique vaguement, le bec-de-lièvre par la permanence d'un état embryonnaire: de même Haller et Wolff, pour l'éventration avec hernie des viscères; mais c'est à la fin du siècle dernier, avec Autenrieth, puis au début de oe siècle avec Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, que la notion précise des arrêts de développementcommence à prendre l'importance qu'elle a aujourd'hui. Dareste (op. cit., p. 190) déclare que c'est le seul procédé tératogénique qu'il lui ait été possible d'observer dans ses expériences.

Par arrêt de développement, il faut entendre toute persistance d'un état embryonnaire qui ne devrait être que transitoire, c'est-à-dire aussi bien l'arrêt d'un organe à un état rudimentaire, alors que cet organe devrait normalement grandir, que la persistance d'un organe qui normalement devrait disparaître avec les progrès du développement, et que la persistance à l'état séparé de deux parties qui auraient dû se joindre et se souder. Nous pouvons donc, pour donner une rapide énumération des résultats de ces processus, établir les trois catégories suivantes :

1^ Les arrêts de développement proprement dits y qui sur les membres se traduisent par Vectromélie^ sur la paroi antérieure du tronc par la célosomie^ c'est-à-dire les diverses formes d'éventration (célosomes, pleurosomes, schistosomes, agénosomes, aspalosomes, en y comprenant sans doute l'exstrophie de la vessie, les ectopies du cœur, etc.), sur la région postérieure du tronc par le spina-bifida, sur la région céphalique par Yanencéphalie^ Vexencéphalie, la proencéphalie^ etc.

PRINCIPAUX PROCESSUS TÉRAT06ÉNIQUES. fôi

3* Le défaut de êoudure des parties qui devraient se réunir : ainsi, d'après Dareste, le cœur est primitivement formé de deux moitiés qui se fiisîoiinent bientôt; si cette fusion n'a pas lieu, chacun des deux rudiments primitifs peut se développer en un cœur complet, d'où les cas, rares il est vniy mais incontestables, au moins chez les Oiseaux, de monstruosités earactérisées par la présence de deux cœurs distincts. De par son origine, eel étal rentre dans la classe générale des arrêts de développement puisque ce double organe répond à un état primitif qui aurait dû disparaître par fusion et par soudure, et peu importe que chacune des moitiés primitives se soit développée ensuite en un organe complet, puisque la difftrence que présentera, avec les individus normaux, le sujet ainsi constitué, résulte de la persistance d'une disposition embryonnaire. Diverses formes de tfina-MJida rentrent également dans cette catégorie, quand elles résultent de la non-soudure des lames médullaires, qui restent étalées et eo continuité avec l'ectoderme de la surface du corps.

5* Enfin, comm^persisiance de dispoêitions ou de parties qui devraient disparaître, nous trouvons, parmi les très nombreux exemples à signaler, les diverses formes d'hermaphrodieme interne et les malformations ducs i la présence de restes des fentes branchiales.

Pour l'hermaphrodisme en particulier, il est bon de rappeler que tout embryon possède au début à la fois les organes internes mâles et les orgues femelles, c'est-à-dire que, non seulement la glande sexuelle est hernplirodite, mais qu'elle est flanquée d'un double appareil excréteur, le oui de Wolff, destiné à donner les voies séminales, et le canal de Muller, qui (knt former l'oriducte (trompe et utérus) ; normalement un de ces appareils se développe seul, l'autre s'atrophiant pour ne donner lieu qi'i des organes rudimentaires aujourd'hui bien connus des anatomistes. Ihis si celte atrophie n'a pas lieu, si sur un même individu persistent i la fois et le canal de WoUT et celui de Muller, il en résultera le développement plus ou moins complet d'un appareil mâle et d'un appareil femelle, la glande génitale se différenciant, de son côté, partie selon le tipe mâle, partie selon le type femelle. Et comme ces dispositions, résullaot de la persistance de l'état embryonnaire primitif des organes, pourront se réaliser à la fois sur les organes du côté droit et du côté gauche, ou seulement sur ceux d'un côte, il pourra en résulter des formes très direrses d'hermaphrodisme interne. Ehsms une première catégorie sont les os d'hermaphrodisme des glandes, et alors Phermaphrodisme peut être Matéraly le sujet possédant de chaque côté un ovaire et un testicule, avec cmaux déférents et oviductes plus ou moins parfaits, ou bien unilatâral, le sujet possédant d'un côté les glandes des deux sexes, avec leurs conduits, et de l'autre la glande d'un seul sexe, avec son conduit, ou enfin lÎBiplement latéraU c'est-à-dire que l'un des côtés s'est développé selon le type mâle, l'autre selon le type femelle. Dans une seconde catégorie sont les cas où les glandes sexuelles ont évolué selon un type simple et unique, mis où l'hermaphrodisme se réalise dans les voies d'excrétion. Nous ne

saurions entrer ici dans le détail des combinaisons diverses qui peuvent alors se réaliser et qui sont calquées sur les formes indiquées pour la catégorie précédente. Ilàtons-nous d'ajouter que ces divers types d'henmphrodisme sont bien réellement des arrêts de développement, non seulement de par l'origine embryonnaire, mais encore de par l'état définitif, car ces appareils doubles et bi-sexués sont généralement incomplètement développés, atrophiés, et ne sauraient réaliser une double fonction, de sorte que ces dispositions, qui paraissent anatomiquement riches et sonbondantes, sont en réalité très pauvres physiologiquement et insuffisantes au point de vue fonctionnel (*).

A propos d'hermaphrodisme interne, faisons remarquer que rien de semblable ne se présente pour l'appareil génital externe. Nous donnerons à cet égard, dans un instant, quelques détails à propos des excès de développement du clitoris; mais nous devons dès maintenant rappeler que l'arrêt de développement de l'appareil génital mâle, en laissant subsister sur une plus ou moins grande étendue la gouttière uréthrale primitive (hypospadias), arrive à donner des individus à formes sexuelles imparfaites, et qui, pourvus de tous les organes internes du sexe mâle, ont pu être considérés, parfois pendant toute leur existence, soit comme indi* vidus femelles, soit comme prétendus hermaphrodites (hypospadias scrotal) (•).

B. Excès de développement. — Si l'hermaphrodisme interne vient de nous fournir des types divers d'arrêt de développement, nous trouvons par contre un exemple d'excès de développement dans quelques-uns des cas qu'on désigne sous le nom à^ hermaphrodisme externe. En effet, l'appareil génital externe ne possède pas primitivement le double rudiment des organes mâles et femelles ; il se développe par des formations dont l'évolution (tubercule génital, replis génitaux) graduelle constitue le type femelle si elle s'arrête à un certain degré, et le type mâle si elle va plus loin (la soudure des replis génitaux se poursuivant jusqu'au bout du gland). Or parmi les cas dits d'hermaphrodisme externe, les uns, cités cidessus, sont des arrêts de développement de l'appareil mâle, tandis que les autres se présentent chez des sujets femelles dont quelques parties présentent un excès de développement et simulent ainsi partiellement les attributs mâles. Ainsi le clitoris est un pénis rudimentaire, et s'il arrive que le clitoris dépasse le degré de développement qui constitue son état normal, il reproduit plus ou moins complètement l'aspect d'un pénis. Nous ne saurions entrer ici dans le détail des autres malformations

(*) P. MtiTROPHAHOw, Un cas dlienniphrodisme chez la grenouille. BihUographie analomique, janvier 1894. — V^ilhem Garth, Zwei F&lle von Hermaphrodismus ▼enis bei SchweÎDeii Giessen, 1894.

(*J FéLix GuTON, Des vices de conformation de l'urèthre chez Thomme. Paris, 1865.

A. IssAURAT, Le sinus uro-génital, son développement, ses anomalies. Paris, 1878. (On troovera dans cette monographie une étude complète des anomalies de l'appareil génhal, d'tprèi lei données actuelles de l'embryologie.)

PRINCIPAUX PROCESSUS TÉRATOGÉNIQUES. 253

de l'appareil génital externe, mais nous devions spécifier cet exemple afin de montrer le contraste entre l'hermaphrodisme interne et Thermaphrodisme externe» à propos des arrêts de développement d'uie part, et des excès de développement de Tautre.

Dans l'excès de développement rentre encore l'apparition d'organes qui normalement restent rudimentaires, mais qui peuvent parfois se développer, par un véritable retour atavique; tels sont les cas, aujourd'hui nombreux et bien observés, d'appendice caudal chez l'homme, par excès de développement des vertèbres coccygicnnes, qui représentent une queue nidimentaire et sans saillie extérieure. Cet appendice caudal anormal est alors formé par la peau (quelquefois couvert de longs poils), par de la graisse et par quelques noyaux cartilagineux ('). C'est aussi à l'excès de développement qu'il faut attribuer les anomalies caractérisées par l'augmentation du nombre des organes placés en série, par exemple les ?erlèbres surnuméraires. On sait que les vertèbres résultent de la segmentation de la partie axiale du mésoderme, segmentation qui ne se fait pas simultanément dans toute l'étendue de cet axe, mais se propage d'avant en arrière, de sorte qu'elle peut, sous l'influence de causes indéterminées, ne pas se faire toujours de la même manière et produire exceptionnellement une ou plusieurs vertèbres surnuméraires. La production des monstres doubles est également un fait d'excès de développement, puisqu'elle consiste en ce qu'un ovule donne lieu à deux centres d'individualisation et non à un seul; mais ici nous connaissons la cause de ces productions par excès, c'est l'entrée de deux spermatozoïdes ; cette hyperlecondation porte au double ce qu'on peut appeler la force productrice de l'ovule. Peut-être un jour sera-t-il possible d'expliquer semblablement, pir des conditions qui exagèrent cette force productrice, les anomalies par excès de développement de tous les organes en série, c'est-à-dire les Tertèbres surnuméraires aussi bien que les doigts surnuméraires. Mais si Doos entrevoyons que la production d'un monstre double et l'apparition d'un organe surnuméraire puissent avoir pour origine des causes analogues, ce n'est pas à dire que les mécanismes tératogéniques soient les mêmes dans tous les cas, et Broca a très heureusement montré combien il serait ibsurde d'invoquer pour la polydactylie le phénomène de soudure d'éléments provenant de germes distincts (').

C. Arrêts on excès d'accroissement. — I. Geoffroy Saint-Hilaire a soigneusement distingué l'accroissement qui résulte de l'augmentation

{*) Panni let très nombreuses obsenrations de ce genre, Toir particulièrement : L. Gerlach, Eb FaU roa Swinzbildung bei cinem menschlichen Embryo. Morpholog. Jahrhuch^ iSSO, VI, p. 106. — Brauv, Ein Fall von Schwanzbildung, etc. Zoolog. An%g, iSSI, p. 114. — H. Fol, % U queue de Tembryon humain. CompL Rend, de CAcad. des sciences^ S jum 1SS5, p. 1409. — Fi. KmsL, Deber den Schwanz des menschlichen Embryo. Anatom. Ânzeiger^ 1891, p. (70.

t*] BaocA, Sur let monstres doublea. Bull, de la Soe. d'anthropologie^ 4 décembre 1S73,

graduelle de volume de chacune des parties du corps, indépendamment de tout changement dans leur nombre, leur structure et même leur forme, d'avec le développement qui consiste essentiellement dans l^apparitioo de parties nouvelles et dans les changements de forme et de codnexion des parties déjà formées. D'après les divisions établies dans la présente étude, nous avons vu en effet que les parties se forment, évoluent (se développent) et grandissent (s'accroissent). Le défaut d'accroissement d'organes complètement constitués est dû, pendant la vie intra-utérine, t des causes banales d'atrophie (défaut de circulation, compression), qui sortent du cadre de la tératogénie proprement dite. Celle-ci n'aurait guère à s'occuper que des causes du défaut ou de l'excès d'accroissement total de l'individu, c'est-à-dire du nanisme et du gigantisme, si ces causes étaient quelque peu déterminées, et si elles remontaient toujours à la lie fœtale. Mais il n'en est rien : ainsi la plupart des nains observés étaient de taille normale au moment de la naissance et leur accroissement n't commencé à se ralentir qu'à l'âge de quelques mois. 11 en est de même, dans la plupart des cas, pour les géants ('). Les expériences faites chez les animaux dont la période de formation dans l'œuf est très courte et qui poursuivent leur développement après l'éclosion montrent que le nanisme et le gigantisme peuvent résulter de conditions particulières, mais dans lesquelles il est impossible de distinguer exactement les causes déterminantes, sans avoir recours à des hypothèses très hasardées ('). Cependant, et c'est ce qui nous a décidé à donner ici une mention à la question du nanisme, les expériences de Dareste et de Gerlach nous ont révélé quelques données que nous ne saurions passer sous silence. En faisant incuber des œufs de poule à une température supérieure à celle de l'incubation normale, Dareste a vu les poulets éclore plus tôt, mais présenter alors une taille sensiblement plus petite. « L'évolution de l'organisme, dit-il, résulte donc de deux ordres de faits très différents : les faits de formation, c'est-à-dire de production même des organes, et les faits de simple accroissement. Or ces deux ordres de faits, bien que reliés entre eux par des relations intimes, ne s'accompagnent pas d'une manière nécessaire; ils peuvent, dans certains cas, se trouver en antagonisme; lorsque le développement est très rapide, il prédomine sur l'accroissement. Édsteraitril des faits inverses ? Le retard qu'on observe dans certains embryons aurait-il pour effet de faire prédominer les phénomènes de simple accroissement sur ceux de développement, et aurions-nous alors quelque chose qui produise l'augmentation excessive de la taille? Je ne puis, pour le moment, dit Dareste, que poser la question. » D'autre part, Gerlach et Koch (') ont obtenu, également sur le poulet, des embryons très petits, à

(*) M. GnruAin, Contribato allô studio délia macrosomia. Ricerche faite nel laboraicrio di Anat. norm. délia R, Univ, di lioma^pubL dal prof. F. Todaro^ vol. 3, p. 13. Roma, iS95.

(*) Voj. à ee sujet les traTaux récents de G. Semper et de H. de Varigny, in : Di Vamsxt, Le nanisme expérimental. Joum. de Canal, et de la physiol.j mars iS04.

(') L. Gbriacb et H. Koch« Ucber die Prodoetion Ton Zwergbildongen im Hûbnerei auf experimeoteUe VlTege. BioL Centralblatt, n* 22, 1884. ^ H Kooi, Ueber die UbisUidit Her-

PROtCiPAUX PROCESSUS TÉRATOGÉNIQUES. 255

peu près normaux, dans des œufs dont la coquille était totalement vernie, i Tezception d'une petite zone perméable à Tair ; mais ici le nanisme était accompagné d'un retard de développement.

D. ArrAts et excès de développement combinés; hétérotaxie. — Tous les organes sont primitivement formés de deux moitiés symétriques, ou bien disposés symétriquement, un de chaque côté du plan médian. Cette symétrie persiste pour la plupart d'entre eux; mais elle disparait de très bonne heure pour l'appareil central de la circulation (aorte à gauche), pour l'appareil digestif, et chez quelques espèces pour certaines parties de la face ('). Cette transformation a lieu par l'atrophie des organes d'un côté (atrophie de la crosse aortique droite par exemple) avec développement exclusif de ceux du côté opposé, ou par accroissement inégal d'un côté et de l'autre, puis courbure et torsion de l'organe (tube digestif). Or il peut se faire que, sous l'influence de conditions qu'on a cherché à déterminer, la moitié, qui normalement devait s'atrophier, persiste au contraire, et que celle qui devait persister s'atrophie ; il y a donc dans ces cas combinaison d'un arrêt et d'un excès de développement. Telle est Torigine de V inversion des viscérales. Cette inversion n'est donc pas une Iranajxmtion, mais simplement un développement inégal se produisant en sens inverse de ce qui a lieu dans l'état normal (hétérotaxie). Telle est aussi l'origine de diverses inversions limitées à quelques organes, c'esl-àHlire à'ectopies dites par transposition.

Quant à l'explication de l'inversion des viscères, l'étude de l'embryologie normale nous fait facilement entrevoir sinon sa cause, au moins son mécanisme. Giez tous les embryons de Vertébrés allantoïdiens il se produit, de bonne heure, une rotation du corps, lequel, appliqué sur le TÎtellus d'abord par sa surface ventrale, se couche bientôt sur le côté gauche (voir ci-dessus, p. 215). Or s'il arrive que la rotation se fasse en sens inverse, que l'embryon se couche sur le côté droit, on constate qu'ultérieurement les riscères prennent la disposition dite inversée. D'après Dureste, qui a fait de cette question une étude spéciale, le fait primitif, initial, serait une disposition particulière du cœur, la saillie de l'anse cardiaque à droite dans les cas normaux, saillie qui forcerait l'embryon à 86 coucher sur le côté gauche ; les cas d'inversion auraient par suite pour première origine la saillie de Panse cardiaque à gauche. D'autre part Fol et Warynski ont pensé qu'il fallait attribuer ces dispositions à une crois- 8Uice plus rapide des tissus dans une moitié du corps, croissance plus npîde à gauche dans les cas normaux; ils ont cherché à ralentir l'activité formatrice des tissus du côté gauche en soumettant ce côté à une tenipènture élevée, mais non capable de mortifier les tissus; et, en eflet, ils

Maig wtm ZwergbîlduDg îm Hûhnerei. Beitrag zur MorphoL und Marphog von L Ger* k€k. I, 1883.

{*) G. Poocnr, Développement de l'éfent du cadudot. CompL rend, de la Sociili de M09U. S féTrier 1889, p. 140.

ont obtenu une inversion complète du corps, du tube digestif et do cœur, en opérant sur des embryons de poulet de moins de trente-ài heures, et en approchant un thermo-cautère du blastème gauche du cœur en voie de formation (').

Nous avons vu précédemment, en étudiant la genèse des monstres doubles, que les rapports de proximité des deux sujets composants pouvaient forcer l'un d'eux à se coucher en sens inverse de Tautre. Ainsi se trouve expliqué ce fait, si singulier au premier abord, signalé pour la première fois par Serres (Mém. de VAcad. des sciences^ 1832) et exprimé par lui en disant que, chez les monstres doubles, la loi d'union des parties similaires entraîne l'inversion des viscères de l'un des sujets. En général, c'est l'individu de droite qui présente la transposition des organes, tandis que l'individu de gauche conserve la disposition normale.

Le développement des Poissons pleuronectes nous présente l'un des cas les plus remarquables de développement normalement asymétrique, accompagné, comme l'ont montré les études de Van Beneden et de Stecnstrup, de déplacement de l'un des yeux. Or, chez ces Vertébrés, on a également constaté une inversion ou hétérotaxie, avec arrêt de migration de l'œil gauche ('). De même chez les Mollusques univalves, l'asymétrie dérive d'une forme primitive symétrique, et les anomalies dites sénestres, chez les espèces qui sont normalement dextres, représentent des dispositions entièrement comparables à celles de l'inversion des viscères chez les Vertébrés. Ce sont là des phénomènes qui ont été très étudiés dans ces dernières années, et qu^il importait de signaler ici pour montrer la signiGcation générale de ces transformations (').

E. Métamorphoses. — Les processus tératologiques désignés sous ce titre sont aussi rares chez les animaux qu'ils sont communs chez les végétaux. Chez ceux-ci, tous les organes appendiculaircs, étant des feuilles modifiées, sont équivalents, et l'on voit par suite souvent des pétales se produire à la place d'étamines, des bractées à la place de feuilles, etc. Tn seul fait du même ordre a été observé chez les animaux, par Alph. Milne- Edwards, en 1864(^) : il s'agit d'un Crustacé, chez lequel l'un des yeux était normal, tandis que l'autre était partiellement transformé en une

(') Fol et Wabtrui, L'inversion) viscérale artificielle chex l'embryon dn poulet. Arek. gin. des 8c. phys. et nat. Genève, 1884, t. XT, p. 105.

(*) Léon Vaillant, Monstruosilc [de la limande commune. BuU. de la Société philomat, Paris, 8< série, t. IV, n* 2, p. 40, 1891-1892. — A. Giard, Sur la persistance partielle de la symétrie bi-latérale chez un turbot ci sur Thérédilé des caractères acquis chox les plenrooedei. Comptes rendus Soc. de biologie^ 16 janvier 1892, p. 51.

(') P. Fischer et F. Bouvier, Recherches et considérations sur l'asymétrie des iiioUaai|iies univalves. Journal de conchyologie^ 1892. — P. Pelserebr, De l'asymétrie des mollusques univalves. Ihid.

(*) Alph. Mil5e-Edwards, Sur un cas de transformation du pédoncule oculaire en une antemie, observée cliez une langouste. Compte* rendus de VAcad. des sciences^ LIX, p. 711. — Z. Richard, Sur quelques cas de monstruosités observés chez les Crustacées décapodes. Atm, deê «c. nat. {sooL), 7* série, t. XY, 1895, p. 99.

nUNCIPÂUX PROCESSUS TERATOGËNIQUES. 257

antenne. Cbex les Vertébrés il n*y a guère que les membres, paire antérieure et paire postérieure, qui présentent une équivalence analogue à celle des parties appendiculaires des plantes et des animaux articulés, et en effet, à leur origine, le membre thoracique et le membre abdominal sont semblablement conformés. Or, quoique la tératologie ne nous présente pas à cet égard des exemples de métamorphoses comparables à ce qu'on a yu chez des Invertébrés, il y a cependant dans la science, comme le fSsiit remarquer Dareste, des cas analogues relativement aux membres. Ainsi il apparaît parfois sur le dos de la main un muscle surnuméraire qui reproduit les dispositions du muscle pédieux; et, d'une manière générale, on voit que les anomalies des muscles du membre supérieur tendent souvent à reproduire des dispositions du membre inférieur et inversement.

F. Soudures anormales — Pendant leur formation les organes sont constitués par des cellules jeunes, en prolifération active, comparables à ce ([u'on appelle en chii^rgie des bourgeons charnus, et, puisque la soudure de deux parties est un processus normal du développement, il n'est pas étonnant que pareille soudure puisse se produire semblablement pour des organes qui devraient normalement rester indépendants, si des conditions anormales de pression (action des brides amniotiques) viennent rapprocher ces organes dans un contact étroit. Et, en efTet, dans une récente série d'études expérimentales, Bom (') a montré avec quelle facilité étonnante on obtenait la soudure des parties embryonnaires chez les larves des Batraciens.

En dehors des faits expérimentaux, Tobservation montre que, de tous les processus de soudure, ceux fournis par la soudure des membres homologues sont les plus typiques, et font bien ressortir les lois générales de ces laits tératogéniques. En effet, les monstres syméliens, caractérisés par hsoudure des deux membres postérieurs (Symèles, Uromèles, Sirénomèles), présentent des dispositions au premier abord singulières, problématiques, et qui cependant apparaissent comme nécessaires et en rapport direct aiec les processus normaux du développement, lorsqu'on examine de plus près ces processus, et surtout, comme a pu le faire Dareste, quand on inife à surprendre la formation de la Symélie dans ses phases les plus primitives. Ces dispositions sont essentiellement les suivantes : au lieu (pe les deux membres inférieurs se trouvent soudés par leur face ou bord interne, de sorte que le talon soit en arrière, et que les gros orteils des deux pieds se correspondent, comme on l'obtiendrait chez un adulte en rapprochant ces deux membres, les rapports, chez les Syméliens, sont tek que les membres sont unis par leurs bords externes, les talons on s^uit, les orteils en arrière, et par conséquent les gros orteils en dehors,

^M G. Bon, Die kûnstliche Yereinifi^ng Icbender Thcilslûcke voii Amphibion-Larvon. Jahret' ^ifiit ier $chle*i§chen GeMelUchnfi fur vaferL CiiUur, 8 juin \K)'à.

rATMOUlClB 6k:<!krai.e. — 1. 17

258 PATUOGÉiMË GÉNÉRALE DE L*ËMBR¥ON

comme les tibias, et les petits orteils en dedans, comme les péronés (vit la fig.'l, p. 170). c Les causes et l'explication de cette inTersioD des membres, ditls. Geoffroy Saint-Hilaire (TératologiCf II, 261), échappent complètement à notre investigation; c'est ce qui a porté Meckel à Cure revivre pour les monstres syméliens l'ancienne hypothèse de la mon* struosité originelle ; mais si l'impossibilité d'en puiser une e]q>licaUoa satisfaisante dans la théorie de la formation accidentelle des monstniositéi est très réelle, elle est seulement relative à l'état présent de la science; rien ne prouve qu'elle ne puisse un jour cesser. »

Il était réservé à Dareste de répondre à cet appel fait par Geoflroj Saint-Hilaire à la science de l'avenir. Rappelons d'abord que les membrei postérieurs apparaissent sous la forme de deux palettes placées de chaque côté de l'extrémité postérieure du corps, et orientées de telle manière que la future face plantaire regarde en avant, la région du gros orteil (tibia) étant en haut, celle du petit orteil (péroné) en bas. Dans le développement normal, ces parties se retournent dans un sens qu'il est facile de comprendre en partant, par la pensée, de cet état primitif, pour arrivera la disposition définitive. Ce sont des transformations que, pour le poulet, on suim facilement sur la planche X de notre Atlas d* embryologie (*), Or, pendant le développement de la symélie, les bourgeons des membres postérieurs sont accidentellement infléchis vers la ligne médiane, vers l'axe prolongé du corps de l'embryon, et arrivent à se souder par leur bord inférieur qui est devenu interne ; et ce bord, devenu alors interne, est précisément celui, comme il a été dit précédemment, qui correspond au péroné et au 5" orteil, c'est-à-dire celui qui normalement se serait tourné en dehors. Dareste, en efTet (op. cit.^ p. 420), a constaté que la symélie est produite par un arrêt de développement de la partie postérieure de l'amnios, c'està-dire du capuchon caudal. Lorsque ce capuchon s'est arrêté dans sa fo^ mation, qu'il ne s'est pas replié au-dessus de l'extrémité postérieure, mais qu'il reste appliqué sur elle au lieu de s'en écarter, les bourgeons des membres postérieurs sont comprimés, se rapprochent selon le méof nisme sus-indiqué, et viennent se souder par leurs bords inférieurs devenus internes. Aussi l'action compressive de l'amnios ne se bomet-elle pas d'ordinaire à produire cette soudure avec ce changement de direction, ou, pour mieux dire, cette persistance de l'orientation primi* tive ; souvent elle a pour conséquence des amputations congénitales, ou au moins un développement incomplet des parties ; ainsi s'expliquent les diverses formes présentées par les monstres syméliens : chez les Symèles, les parties soudées sont à peu près normales, c'est-à-dire deux membres abdominaux réunis, presque complets, terminés par un pied double i plante en avant; chez les Uromèles, le pied est imparfait, avec seulement cinq orteils ou même moins; enfin chez les Sirénomcles, il n'y a que deux cuisses soudées et dont le moignon terminal porte quelques rudiments

(') IUthus Dotal, AtUu ttembryoloyie, Parisi 1S80.

PRIXCIPAUX PROCESSUS TËRATOGÊMQUES. 259

d oriciK; il est bien évident qu^ici se sont produites, après amputation, les tentatives de repullulation dont nous avons parlé à propos de Thémimélie : la syméhe s*est compliquée d'hémimélie.

Nous avons dû insister sur Tétude de la soudure des membres, parce qu*elle est un cas des plus nets de ces dispositions qui ont amené Geoffroy Saint-Hilaire à formuler sa célèbre loi de V affinité de soi pour soi^ ou à^ union des parties similaires. On voit que les parties similaires s'unissent, parce que leurs rapports primitifs sont tels qu'elles doivent s*unir entre elles et non avec d'autres. Si Ton avive les bords correspondants de deux doigts, et qu'on applique et maintienne appliqués ces deux doigts l'un contre l'autre par des bandelettes, il est évident que leur soudure se fera de telle manière que le troisième segment (phalange unguéale) de l'un s'unisse avec le troisième segment de l'autre, et de même pour les autres segments. La loi de l'attraction de soi pour soi n'exprime pas autre chose qu'une série de faits analogues à cet exemple; c'est ce que nous avons déjà vu pour le mode de connexion des deux «ijets composants d'un monstre double (p. 215); l'union se fait entre des prties similaires, parce que ce sont ces parties qui se correspondent au momoit de la soudure. Ibis encore fallait-il voir pourquoi, dans la symélie, ce sont les petits et non les gros orteils qui se correspondent. Dans riiDion de deux membres, comme dans l'union de deux doigts, on ne conçoit guère et l'on n'observe pas de déviations qui amènent des parti» non similaires au contact, c'est-à-dire qu'on ne voit pas de syndactylie oà h première phalange d'un doigt soit soudée avec la troisième du doigt voisin; il aurait fallu que, lors du rapprochement, l'un des doigts fût ôergiquement fléchi et l'autre étendu, et encore trouverait-on alors une réalisation partielle de la loi de l'attraction de soi pour soi. Mais dans les nomalies de soudure des autres parties du corps, sous l'influence de compressions et de déviations produites par l'amnios, il est des cas de soudnres de parties absolument hétérologues qui montrent bien l'inanité de cette prétendue attraction des parties similaires. Dareste décrit un anencêphale conservé au musée Dupuytren, dont la tète, renversée en arrière, était venue se souder avec le sacrum. Pouchet (Darcstc, Tératogénicy Uit. de 1891, p. 239) a décrit à cet égard un monstre bien instructif, Rmrquable par ses soudures multiples et pour ainsi dire incohérentes ; ks trois segments du membre antérieur droit, repliés l'un sur l'autre, étaient soudés entre eux et avec la région occipitale de la tête; tandis que le membre gauche, pareillement fléchi, était soudé avec la paroi kncique; h queue (il s'agit d'un agneau) était soudée avec le membre postérieur gauche, etc.

Parfois les soudures tératologiques unissent des parties entre lesquelles sont normalement disposés d'autres organes ; le non-développement de ces derniers a alors été une condition nécessaire au rapprochement et à la (usimi des premières. Nous nous contenterons, sans entrer dans les détails, de citer l'exemple de la cyclopicy dont le processus tératogéniquc a été

360 PATHOGLNI£ GENERALE DE L*EMBRYOiX.

si bien étudié par Darestc et peut être résumé en discint que, nomalement, la vésicule cérébrale antérieure primitive produit de chaque côlé les vésicules optiques, et sur la ligne médiane le bourgeon des hémisphères, de sorte que, à ce moment, l'extrémité antérieure de rébauehe rappelle les trois lobes d'un trèfle; que le lobe médian s'arrête dans son évolution, et les deux vésicules optiques, n'étant séparées par riea d'interposé, viendront à se rapprocher, à se rencontrer et se souder au-denot du lobe resté stationnaire qui aurait dû les tenir écartées; alors, sur le milieu de ce qui aurait dû être le front, on ne trouvera qu'un œil, oa ks rudiments de deux yeux plus ou moins confondus. En efiet, les diverses formes de la cyclopie s'expliquent par l'arrêt plus ou moins précoce du lobe primitivement interposé aux deux rétines en voie d'apparition : tout au début les deux rétines, s\ peine distinctes du reste de la vésicule cérébrale antérieure primitive, sont très rapprochées l'une de l'autre, et si leur soudure s'accomplit à ce moment, il se forme un œil unique, constitué par les éléments fusionnés des deux yeux. Plus tard, les ébauches dei deux rétines sont reportées graduellement en dehors, de plus en plus loin de la ligne médiane, et leur soudure peut ne plus donner lieu qu'à deu yeux bien distincts, mais immédiatement contigus et renfermés dans une cavité orbitaire unique, ou bien à un œil en apparence unique, mais contenant les éléments de deux yeux distincts (deux cristallins par exemple, voy. p. 172) soudés en partie l'un à l'autre. Mais, comme tout se tient dans les processus embryologiques, l'œil unique occupant la ligue médiane formera une barrière à l'appareil olfactif qui se développe de haut en bas, en partant de la région ethmoïdale, et c'est ainsi que h cyclopie se trouvera compliquée de cébocéphalie (appareil nasal complètement atrophié, sans saillie) ou de rhinocëphalie (appareil nasal repré* sente par une sorte de trompe qui s'insère sur le front, au-dessus de l'œil unique).

De même Dareste a montré que Voiocéphalie résulte de rarrét de développement de la troisième vésicule de l'encéphale, c'est-à-dire qu'ici encore la soudure anormale a pour cause l'absence ou l'atrophie de parties interposées aux organes qui se fusionnent. En effet, les vésicules auditives primitives (future oreille interne) naissent sur les côtes de h troisième vésicule cérébrale, laquelle, à ce moment, s'évase et s'élargit transversalement, pour donner lieu à la cavité rhomboïdale du quatrième ventricule ; d'autre part chacune de ces vésicules auditives entre en connexion avec l'oreille moyenne, formée aux dépens de l'extrémité postérieure de la première lente branchiale. Or si la troisième vésicule cérébrale (futur (|uatrième ventricule) nn s'évase pas et conserve sa disposition tubulée primitive, semblable à celle de la moelle épinière, cet arrêt de développement a pour effet d 'entraver la formation des parties correspondantes de la tète, laquelle est alors beaucoup moins large qu'à l'état normal, et présente par suite deux vésicules auditives, deux oreilles moyennes, deux oreilles externes très rapprochées, pouvant se souder. Alors un tait essen-

PRINCIPAUX PROCESSUS TÉRATOGÉNIQUES. 261

irl ÎDtenrient, fait qui peut même être considéré comme primordial, à ta?oir rairèt de développement du premier arc branchial (maxillaire infcîetir). Dans un travail récent (') L. Blanc a bien mis on évidence les con- «quences de cet arrêt, entraînant les modifications secondaires qui com- >lètent les déformations otoccphaliques, à savoir que le deuxième arc, qui »>Dtinue à s'accroitre, déborde le premier et le recouvre, de sorte que )lus tard on trouve le squelette de Tare mandibulaire entre les branches le lliyoide; que la base de la langue, qui se lorme sur le second arc branrhîal, reste isolée de la cavité orale (fait que nous avions signalé et expliqué lès 1883 (*), tandis que sa portion antérieure, qui se forme sur le prenier arc, ne se développe pas par suite de j'atrophie de celui-ci; qu'enfin, lu côté buccal, Tatrophie de ce premier arc détermine des malformations lecondaires qui portent principalement sur l'appareil maxillaire supérieur, luisque les bourgeons maxillaires supérieurs sont primitivement une émanation de la base du premier arc. Sans insister sur ces questions, il nous semble qu'elles nous offrent des exemples assez typiques des changements le rapports qui peuvent résulter d'un simple arrêt de développement, et ]u a cet égard nous leur devions une mention. Nous ajouterons encore {oe rotocéfJialie, c'est-à-dire la soudure des deux oreilles, est souvent iccompagnée soit d'un développement incomplet de la première vésicule cérébrale, ce qui produit un monstre otocéphale cyclopCy soit d'une itrophie presque complète de cette vésicule, d'où absence des yeux et de Tappareil olfactif, ce qui produit la triocéphaJie (ci-dessus, p. 172). Des Ifès précieuses études de L. Blanc sur ce sujet, il résulte que la cyclopie, cbei les otocéphales, présente des caractères bien différents de ce qu'elle f4 chez les cyclocéphaliens proprement dits. Chez ceux-ci, en efTet, les yeux se rapprochent et se soudent en glissant dans l'interstice qui sépare du majdllajre supérieur les frontaux, les nasaux et l'intcr-maxillaire, de imrte que ces yeux fusionnés restent à la partie supérieure de la face, audessus des maxillaires supérieurs soudés. Au contraire chez les otocéphales cfclopes, en raison de l'atrophie sus-indiquéc des maxillaires supérieurs, In yeux se réunissent en passant au-dessous du crâne et la nouvelle orbite se trouve sous le sphénoïde antérieur. Cette monstruosité est donc intermédiaire entre la Cyclocéphalie et l'Otocéphalie dont elle réunit les caractères essentiels, et, pour la distinguer de ces deux formes, L. Blanc a propoié de lui donner le nom de Cyclotie, qui exprime l'état mixte de cette conformation.

G. EnclaTement. — L'enclavement est aux anomalies simples ce que rmchisioD est aux monstruosités par diplogenèse. Formulée pour la première fois par Yemeuil, en 1852 (Bullet, de la Soc. anat,, p. !^00), la

M L BuK, Sur rOtoeéphalie et U CycloCie. Journal de tanatomie et de la physto- Hir. Itt5.

"*. tkViUM DvTAL et G. HniTtf, Sur un monstre otocéphalicn. Comptée rendu* de la Soc, d Mfic, IM, ?, p. 7(^78

262 PATHOGÉNIE GÉiNËRALE DE L*E1IBRT0N.

théorie de l'enclavement explique comment une plicature du tégoment externe arrive à amener dans la profondeur des tissus une portion de ce tégument, derme, épiderme et ses dérivés. Lannelongue a étudié aiee soin les divers mécanismes de cette incarcération partielle de rectoderme. A Torigine, dit-il ('), la petite masse qui a subi ce pincement est simpl6 ment une involution de Tectoderme; puis, peu à peu, elle s'éloigne de h surface par le fait du développement des parties voisines, et pendant ce temps le pédicule épithélial qui la rattache à Tectoderme doit s'allonger progressivement. Mais cet allongement peut être insuffisant si les parties voisines se développent plus rapidement, de telle sorte que la continuité se trouve rompue entre Fectoderme et la petite colonie profonde qui en dérive, et qui devient ainsi indépendante. Des processus sembhbks d'enclavement ont été observés chez l'adulte, à la suite de traumitismes ('), ou provoqués expérimentalement (').

La portion de peau ainsi isolée dans la profondeur peut ensuite donner naissance aux variétés si nombreuses de kystes dermoides, exception faite, bien entendu, des kystes dermoides de l'ovaire, dont il a été question précédemment à propos de la parthénogenèse. C'est, en effet, une erreur que de vouloir expliquer toutes les formes de kystes dermoides par un seul et même processus tératogénique; dans l'état actuel de h science nous devons distinguer au moins trois processus bien différents : la parthénogenèse pour les productions ovariques; l'inclusion fœtale, par exemple, pour les tumeurs dermoides profondes de l'abdomen et les tumeurs dermoides scrotales avec rudiments fœtaux; enfin l'enchvevement. Celui-ci a pour caractère de donner naissance à des tumeurs kystiques qui ne renferment jamais que des productions semblables à celles du territoire cutané duquel elles dérivent; les poils que Ton rencontre dans les kystes dermoides de la région sourcilière sont entièrement semblables à ceux des sourcils. Dans les kystes dermoides congénitaux (les doigts on n'a rencontré ni poils, ni glandes sébacées; les rares kystes dermoides, autres que ceux de l'ovaire, qui renferment des dents, sont toujours des kystes développés au voisinage des maxillaires, et l'on peut toujours, en pareil cas, reconnaître qu'un germe dentaire s'est trouvé inclus dans la paroi kystique.

Il est, pour ainsi dire, naturel que des enclavements accidentels puissent se produire partout où, à une certaine époque du développement, deux replis ectodermiques viennent se rencontrer et se souder l'un à l'autre. Ainsi se forment les kystes dermoides du cou (fentes branchiales), de la face (fente fronto-maxillaire), et ceux du raphé périnéal. Dans cette dernière région le processus de malformation a pu être étudié très nette-

(') Lanxbix>.xgue et Achard, Traité det kystes congénitaux. Paru, 1886.

{*) JoxNEsco, Dos kysles épidcriniqucs traumatiquea de la paume de la main et det do^: liull. fie la Soc. anat., 5» série. H, 940.

(^; E Masse, Kystes, tumeurs perlées^ etc. y rôle du traumatisme et de la grtffe dam$ Im fonnntiou de ces kystes. Paris, 1885.

PRINaPAUX PROCESSUS TÉRATOGÉNIQUES. 265

ment par Réitérer ('), qui a montré comment, dans un cas donné, les replis uréthraux de la région périnéale, au lieu de se souder sur toute leur hauteur, ne s'étaient réunis qu'à leur partie profonde et à leur bord libre, laissant dans leur partie moyenne un canal tapissé par des assises ectodermiques.

Hais des enclavements se produisent aussi ailleurs que dans des lignes de coalescence de replis cutanés, si le développement des parties est tel que le pincement de la peau puisse avoir lieu lorsque les formations squelettiques se rejoignent au-dessous d'elle, comme sur les lignes médianes du dos et du thorax (kystes du médiastin et de la plèvre), sur les diverses régions du crâne. Ainsi, au niveau du crâne, pour ne développer ici que ce dernier exemple, la formation du squelette est précédée d'une période pendant laquelle la peau est en contact immédiat avec les enveloppes cérébrales. Supposons qu'alors une adhérence se fasse entre la peau et ces enveloppes. Le crâne osseux, se développant ensuite, formera une sorte de collier autour de la dépression cutanée, la transformera en on infundibulum, et enfin pourra isoler ainsi une portion cutanée qui restera sous le crâne. C'est pourquoi on trouve presque toujours les kystes dcrmoîdes des méninges reliés par un pédicule soit à la peau, soit seulement à la voûte crânienne. Chose remarquable, mais que l'embryologie explique facilement, ces kystes dcrmoîdes intra-crâniens siègent presque exclusivement dans la région des fosses cérébelleuses. C'est que, sans doute, comme le fait remarquer Lannelongue ('), il se fait un pli tégumentaire dans la dépression qui existe chez l'embryon entre la première et la seconde vésicule cérébrale ou entre celle-ci et la troisième. Qu'un pincement de l'ectoderme se fasse dans ce pli, l'ilot enclavé, le futur kyste, se trouvera nécessairement interposé entre le cerveau antérieur et le moyen, ou entre le moyen et le postérieur; mais comme le cerveau moyen ne se développe que peu dans la suite, tandis que le cerveau postérieur grandit au contraire beaucoup et vient le recouvrir, il en résulte qu*en réalité ce sera dans la région de celui-ci que se trouvera le kyste. La flexion prononcée qui existe sur le cerveau de l'embryon en ce point peut encore contribuer à la formation d'un pli tégumentaire, et il n'est pas jusqu'au développement de la tonte du cervelet qui ne puisse entraîner h partie enclavée vers les régions profondes. A l'appui de ces explications Lannelongue (op. cii.y 1889, p. 557) cite l'observation d'un monstre fxpncéphalien qui présentait, entre les deux lobes principaux de la masse cérébrale, une gouttière profonde, dans laquelle s'insinuait une languette cutanée recouverte de quelques cheveux.

Nous devions entrer dans ces quelques détails précisément à cause du rapprochement, signalé dès le début, entre l'enclavement simple et l'in-

<* Retteker et Reclus, Slnirture et pathofçcnic d'un kyste dcrmoîde du raphé périnéal et du KT(4um. buU. de la Soc. de bioL, 15 juillet 1895.

' Ut!ii.Lo\<.i'K. Sur les kystes dcrmoîdes intra-crânions, au double point de vue de l'anato» mif ftde la physiologie pathologiques. Arch. de physiot., 1889, p. 518.

clusion par diplogenèse. Comme il est souvent difficile de distinguer si un cas donné appartient à Tune ou à Tautre de ces formes, les auteurs ont souvent été tentés d'expliquer tous les cas par une seule et même théorie, celle de l'inclusion, c Du kyste pilifère congénital au cas des frères Siamois, disait Broca (Traité des tumeurs, t. Il, p. 134), la série est si complète, si naturelle, si bien ménagée dans ses transitions, qu'il est impossible de songer à la scinder, et que la théorie applicable à Vm quelconque de ces termes doit être applicable à tous les autres. » Une analyse plus exacte des faits, une notion plus approfondie des processuff embryogéniques normaux, ont amené aujourd'hui des interprétations bien différentes, et le progrès qui en est résulté se trouve bien marqué dans le Traité des kystes congénitaux de Lannelongue, et dans la monographie de Répin Sur V origine parthénogénétique des kystes dermoidet de V ovaire, travail auquel nous avons fait de nombreux emprunts dans ce qui précède. « Les faits, dit Lannelongue [op, cit.^ p. 133), dans lesquels l'existence d'un foyer surnuméraire de formation embryonnaire apparaît d'une façon indiscutable, sont reliés aux kystes congénitaux eu général par des intermédiaires nombreux. Ce sont ces intermédiaires qui ont fait parfois considérer tous les kystes congénitaux comme des embryons distincts, par abus (^e généralisation. N'est-il pas plus rationnel de dire que dans ces productions, qui participent à la fois des kystes et des monstres doubles, la cause productrice des monstres doubles se troofe associée à celle qui détermine la formation des kystes? La part de chacune varie selon les cas ; à mesure qu'on s'élève dans la série, la duplicité monstrueuse tend à devenir le facteur prédominant et l'élément kystique diminue d'importance pour disparaître entièrement. »

C'est en insistant sur cette notion de transitions graduelles entre les types tératologiques que nous terminerons la présente étude. Nous avons dû, pour débrouiller le chaos des formes, reproduire une classification des monstres, et nous avons adopté celle de GeoBroy-Saint-Hilaire; maïs puisque les monstres résultent d'accidents de développement, et que ces accidents peuvent se produire à tous les instants qui marquent les phases successives de la production et de l'individu et de chacun de ses organes, il est évident que les monstruosités sont innombrables dans leurs variétés, reliées entre elles par toutes les formes de transition. C'est ce que nous pensons avoir mis en relief en étudiant précisément la production des monstres sous le titre d'étiologie tératogénique chronologique ^ et nous avons vu, par exemple, comment les jumeaux univitellins se relient aux monstres doubles autositaires, ceux-ci aux monstres doubles parasitaires, et ces derniers enfin aux omphalosites. Nous ne saurions donc mieux conclure que par ces paroles de Paul Bert (Société d'anthropologie, 1873) : « En fait de monstres, il n'y a point de genres ni d'espèces, il n'y a que des individus ».

Par M. PAUL LE GENDRE

Médecin des hôpitaux.

I/es pères ont man^ des raisins verts, Et ics dents des enfants en ont été agacées. Jérémif, XXXI, 29-50.

YoQi une parole biblique qui a frappé par son symbolisme imagé les sairaDU, convaincus de Tinfluence néfaste des méfaits ancestraux sur* les généralions futures; Renan TafTectionnait; j'ai entendu souvent mon maître Bouchard la citer et je la trouvais récemment sous la plume de BertIieloi(*). Elle prouve que toujours les hommes ont eu conscience du lien redoutable noué entre eux par l'hérédité à travers les âges. Aucune épigraphe ne peut mieux convenir à cette étude sur le rôle de l'hérédité en pathologie générale.

Question obscure entre toutes, et qui a toujours préoccupé les moralistes autant que les médecins. Montaigne (') ne la rangeait-il pas déjà parmi les c estrangetés si incompréhensibles qu'elles surpassent toute la difficulté des miracles? » — « Quel monstre est-ce », ajoutait-il, c que celte goutte de semence de quoi nous sommes produits, porte en soi les impressions, non de la forme corporelle seulement, mais des pensements ft des inclinations de nos pères? Cette goutte d'eau, où loge elle ce nombre infini de formes? Et comme porte elle ses ressemblances, d*un progrès si téméraire et si déréglé, que l'arrière-fils respondra à son bisayeul, le nepveu à l'oncle? »

Certes les connaissances humaines en matière de physiologie se sont cteodoes depuis le jour où < un individu extraordinairement intelligent de II fin du xvi^ siècle » (') exprimait ainsi son étonnement; mais, si Montaigne avait su ce que nous savons aujourd'hui, son étonnement n'eût pas été moindre sans doute. Lui qui trouvait plus que miraculeux qu'en une goutte d'eau il y eût tant de choses, par quelle formule encore plus

'*) c Boa pires ont mangé du verjus, nous en arons encore les dents agacées t (La science cl k aorale. Rewue de Parié, 1895.) 0 De la ressemblance des enfants aux pères. (£«sats, cfaap. xxzru ) n iQRAMn, par Paul SUpfer, 1895, p. 7.

hyperbolique aurait-il exprimé sa stupeur d'apprendre que le Téhicule de tant de « formes, pensements et inclinations » est encore des milliers de fois moins pesant que cette goutte d'eau !

Il avait d'ailleurs bien nettement vu les difficultés du problème, loi qui se citait en exemple d'hérédité à la fois pathologique et morale. Ayant ressenti, à quarante-cinq ans, les premiers accidents de la lithiase rénale, c'est-à-dire ayant commencé à c practiquer la cholique », puisqu'il en avait déjà < essuyé cinq ou six bien longs accès et pénibles », il sait qu'il c doit à son père cette qualité pierreuse ». Mais ce qui le surprend, c'est que ce bon père, qui mourut à soixante-quatorze ans, c merfeil* leusement affligé d'une grosse pierre qu'il avait en la vessie, ne s'était apperçeu de son mal que le soixante-septiesme an de son aage » ; or lui, Michel, était né vingt-cinq ans et plus avant la maladie de son père, et durant le cours de son meilleur estât, le troisième de ses enfants, en rang de naissance, c Où se couvait tant de temps », s'exclame-t-il, ch propension à ce défaut? et, lorsqu'il estoit si loing du mal, cette legierv pièce de sa substance de quoy il me bastit, comment emportoit elle pour sa part une si grande impression? Et comment encore si couverte que, quarante-cinq ans après, j'aye commencé à m'en ressentir, seul jusquesà cette heure entre tant de frères et sœurs, et touts d'une mère? »

Hélas ! il nous faut faire cet aveu que tant de progrès de la médecine ne nous ont pas encore mis en état de répondre à toutes les questions du curieux Gascon.... Et lui, nous voyant quasiment quinauds sur ce point, n'eût pas manqué d'étaler, comme en ce malicieux chapitre des Essais, h € dyspathie naturelle à la médecine » qu'il avait reçue de ses ascendants. Car, s'il était un échantillon de l'hérédité morbide par sa gravelle, il prouve encore l'hérédité des passions, lorsqu'il s'excuse de déclarer aux médecins que « par cette mesme infusion et insinuation fatale (la procréation) il a reçu la haine et le mcspris de leur doctrine, que cette antipathie qu'il a à leur art lui est héréditaire ». Les médecins d'ailleurs n'ont guère tenu rigueur à leur détracteur c de bonne foy », car il a toujours été pour beaucoup d'entre eux un livre de chevet.

Le lecteur des pages qui suivent déplorera sans doute que les voiles qui nous dérobent le mystère de l'hérédité soient encore trop peu écartés. C'est en vain que les microscopes de plus en plus perfectionnés ont saccessivemcnt fait apparaître aux chercheurs de deux siècles le spermatozoïde et l'ovule, le protoplasma de ces cellules et leurs noyaux; dans ces noyaux, les filaments de chromatine et les granulations qu'ils contiennent. Les progrès n'ont consisté qu'à reculer la difficulté, le problème reste entier. Nous savons de mieux en mieux comment s'opère la fusion des substances mâle et femelle; mais comment cette fusion de si infinitésimales parcelles d'une matière, qui se subdivise de plus en plus sans s'anéantir, permet-elle à tant d'aptitudes physiques, morales et morbides, de persister intactes à travers tant de générations humaines ou de se réveiller après de longues périodes de sommeil, — aucune des théories les

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