DIVISION DU SUJET
plus ingénieuses qu'ait enfantées Timagination des naturalistes et des médecins n'a pu pleinement éclaircir cette < estrangeté incompréhensible ». La plupart d'entre eux nous ont jusqu'ici donné c en payement une doctrine beaucoup plus difficile et fantastique que n'est la chose même ».
Division du sujet. — Tout être vivant se reproduit, c'est-à-dire qu'il donne naissance à un ou plusieurs autres êtres généralement semblables à lui ou à un autre de ses ascendants. Cependant il y a des espèces à générations alternantes, dans lesquelles le fils ressemble non à son père, mais à son grand-père. La loi d'hérédité n'est alors apparente qu après l'évolution du cycle complet des transformations (le tasnia et Téchinocoque, etc.).
Lliérédité est une loi de biologie générale qui régit les êtres les plus simples, les végétaux unicellulaires aussi bien que les animaux plus perfectionnés; d'ailleurs, au point de vue philosophique, les êtres végétaux et animaux d'une organisation complexe n'étant que des associations de cellules, l'hérédité doit être étudiée dans l'histoire même de la cellule. Lliérédité transmet la forme et la structure, la composition chimique et les (Nropriétés vitales qui sont indissolublement liées avec elle, les organes et leurs modalités fonctionnelles. Telle est l'hérédité physiologique. Biais les êtres vivants ne se transmettent pas seulement leurs propriétés anatomiques et physiologiques, leur manière de vivre; il est d'observation aussi ancienne que la médecine qu'ils se transmettent également leurs manières d'être malades. Ma tâche est d'envisager la transmission héréditaire des maladies et, d'une manière plus générale, des anomalies structurales ou fonctionnelles.
L'anomalie structurale, c'est tantôt une altération de la structure, de la forme d'organes (vices de conformation héréditaires), tantôt une mauvaise composition chimique de certaines cellules; l'anomalie fonctionnelle est tantôt une modalité vicieuse du fonctionnement des cellules ou des organes, tantôt une réaction particulière des cellules, de tel ou tel organe, de l'organisme entier contre les causas morbifiques. Ainsi nous concevons l'hérédité non seulement de la forme extérieure, de la constitution, du tempérament, mais de la diathèse et des maladies diathé- 5iques, des maladi(^s de la nutrition. Tout fonctionnement vicieux de la nutrition a pour eflct d'encombrer l'organisme de substances chimiques inomales dont la présence, chez les enfants comme chez les parents, provoque des altérations des tissus ou des modalités réactionnclles vicieuses, qui à la longue engendrent des maladies. Ce qui se transmet par Thérédité, c'est surtout la prédisposition morbide; mais cette prédisposition peut affecter plus spécialement tel ou tel tissu, tel ou tel système, tel ou tel organe (dystrophies héréditaires).
Un groupe de maladies de plus en plus vaste comprend celles qui sont causées par des parasites végétaux ou animaux. Ces maladies parasitaires ou infectieuses sont-elles héréditaires? Il est certain qu'elles peuvent être
congénitales; mais nous aurons à montrer quHl y a lieu de distinguer entre Théréditc de fécondation (infection ab ovo) et rhérédo-contagioe (infection in utero). S'il est prouvé qu'il y a des infections héréditaires ut ovo^ le parasite est-il transmis en nature de Tascendant au descendant? Nous verrons que la chose est exceptionnelle (hérédité de la graine, du germe infectieux). Elle n'a été vue que pour la pébrine du ver à soie. Ibis on peut concevoir qu'une infection soit héréditaire ab ovo, sans que k parasite lui-même ait pénétré le spermatozoïde ou Tovule; la maladie n'est pas seulement le microbe. Celui-ci, en traversant l'organisme, le lèse de diverses façons : il l'inonde de poisons qui y causent des altérations de structure; il provoque par sa présence des modifications dans la vie des cellules. Cette modalité vitale peut être transmise héréditairemeol (hérédité du terrain) et constituer aux rejetons des organismes infectés une aptitude à se laisser plus facilement infecter eux-mêmes, s'ils viennent à rencontrer les agents infectieux.
On peut rapprocher très légitimement à ce point de vue les infections des intoxications. L'alcool, le plomb, comme d'autres poisons, peuvent passer exceptionnellement peut-être en nature du corps des parents, de la mère du moins, dans celui de l'enfant; mais, plus habituellement, ces poisons qui ont causé dans l'organisme des parents certaines altàratioiis matérielles y ont aussi provoqué une perturbation dynamique, niodiGcation de la nutrition qui peut être reproduite chez les descendants. Cette modiGcation de la nutrition de toutes les cellules et de leur» réactions peut avoir pour effet de rendre les descendants aptes à s'intoxiquer plus facilement encore que leurs parents par les poisons qui avaient intoxiqué ceux-ci. Elle a pour conséquence aussi d'amoindrir leur résistance vitale à toutes les causes morbifiques.
11 est des maladies infectieuses qui vaccinent, c'est-à-dire confèrent i ceux qui en ont été atteints l'immunité contre des atteintes ultérieures; cette immunité peut, dans certains cas, être transmise héréditairement. C'est encore une question que nous devrons aborder.
Une conception très nette des grandes lignes de ce vaste et difficile sujet a été émise, à propos de l'hérédité des maladies de la peau, par MM. Ernest Besnier et A. Doyon, qui s'expriment ainsi (') :
< Tout d'abord, il faut dissocier l'hérédité physiologique et l'hérédité morbide.
c La première, l'hérédité physiologique, ne comporte qu'un procédé unique et représente simplement la transmission conceptionnellede variétés ou de degrés dans les qualités normales des éléments du tissu, qu'il s'agisse de la trame ou des éléments différenciés.
< La seconde, l'hérédité pathologique, implique tantôt :
€ a. Des altérations originellement morbides, dans la constitution ini-
(*) Kaposi, PaUiologie et traitement des maladies de la peau. Tradaetkm iTec noies et lions par MM. Ermcst Bbs?iier et Adrien Doton, !2* édition française, 1801 « t. I, p. 89.
APERÇU GÊiNtRAL SUR L'HËRËDITË. 269
tiale de ces tnémes éléments, c'est-à-dire, une constitution pathologique des tissus ou organes, une maladie constitutionnelle au sens exact du mot ; < b. L'addition à la cellule primitive de germes spécifiques ; c c. L'infection, par la voie utéro-placentaire, du produit fœtal constitué.
c Dans le premier de ces modes de transmission pathologique, on aThéré^té morbide pure, essentielle, mais matérielle, de laquelle dériveront les aberrations formatives, telles que TichUiyose, les nsBvi, etc., et les qualités ultérieures, ou, si Ton veut, les défectuosités des éléments du tissa qui sont le substratum même de ce que Ton appelle la prédisposi- (ion et de ce que Ton conçoit généralement trop au figuré. Ce n'est pas, eD eBet, d'une abstraction que Tenfant hérite de ses parents, c'est de conditions entièrement matérielles, desquelles résultera pour lui, du fait de sa constitution même, son aptitude à certains états morbides, c'est-à-dire h prédisposition.
c Dans le second mode de transmission pathologique, il ne s'agit plus simplement d'une modification anatomique élémentaire de la cellule initiale, mais bien de la transmission à cette cellule d'un germe morbide spécifique, dont l'éclosion, plus ou moins reculée, déterminera une reprodbction de la maladie originelle. 11 est vraisemblable que ce mode de transmission est fort rare, car on conçoit difficilement que cette cellule initiale, chargée du germe virulent, puisse subir l'incarnation conceptionndle, et se développer normalement.
€ Hais il n'en est plus de même du troisième mode de transmission mor- Me, par la voie utéro-placentaire; c'est, en fait, certainement le plus ordiiudre pour toutes les maladies virulentes dont la syphilis est le type. On conçoit que le produit constitué et individualisé ait la force de résistance nécessaire pour recevoir le germe morbide, par une véritable contagion. C'est pour cela que nous appelons cette forme particulière d'hérédité morbide ïhérédO'Contagiony dont la mère est l'agent essentiel. »