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HÉRÉDITÉ DES NÉOPLASMES ET DU CANCER

branches et les rameaux communs, desquels émanent plusieurs espèces et plusieurs yariétés cellulaires, sont la représentation schématique des familles, des genres et des espèces.

Dès la première segmentation du noyau vitellin les deux premiers globes formés diffèrent Tun de l'autre et évoluent diversement. La première prolifération de l'embryon unicellulaire est donc un dédoublement. n en résulte que la permanence des espèces, vraie en pathologie pour les tumeurs comme en histoire naturelle, est la conséquence de rhérédité cellulaire : les tumeurs épithéliales naissent des épithéiiums et les tumeurs conjonctives des tissus conjonctifs; s'il se produit des transformations. c'est entre tissus d'un même groupe, d'une même famille. Telle est la loi deMuller(1838).

Nous avons vu que parmi les tumeurs, s'il en est d'origine parasitaire, il en est qui se développent sous l'influence d'une perturbation de Taetivité nutritive d'un groupe d'éléments. Cette perturbation est pour M. Bard une monstruosité du développement cellulaire, qui peut commencer avec la formation même de l'embryon et qui, par conséquent, implique l'influence héréditaire. Cohnheim explique ainsi la pathogénie de toutes les tumeurs. Pour lui l'existence de tumeurs s'étant développées chez plusieurs membres d'une même famille, soit dans la ligne paternelle, soit dans la ligne maternelle, témoigne, au même titre que les cas héréditaires d'organes supplémentaires, d'un trouble dans la disposition immanente qui détermine l'évolution (idée directrice de Bernard).

Dans la genèse des tumeurs, Bazin (^), Yerneuil ont fait jouer un gi-and ràle à l'arUuîtisme. L'illustre médecin de l'hôpital Saint-Louis pensait que le cancer du foie, celui de l'estomac, de l'utérus, des ovaires surviennent souvent comme affections ultimes à la quatrième période de l'arthritis. Yerneuil a inspiré des thèses où il a défendu cette opinion que la plupart des productions néoplasiques sont sous la dépendance d'un état constitutionnel, l'arthritisC).

Bard considère les tumeurs comme le produit d'un processus tout ^ial, qui constitue une sorte de monstruosité du développement c(^lluhire, pouvant porter son action sur tous les tissus ou plus exacteuiont sur toutes les cellules naissantes, à tous les âges de la vie. Tandis (|u7i l'état normal les proliférations cellulaires, incessamment renouvelées dans tous les tissus, sont contenues dans des limites déterminées par un li^ automatique, mystérieux, mais incontestable, qui les unit, leur impose une solidarité étroite et maintient leurs proportions harmoni(|ues, <iuand une tumeur se produit, les choses se passent comme si ce lion Usait tout à coup défaut entre l'organisme et une des cellules nouvelles, fetinée d'abord à devenir une partie constituante de cet agrégat cellulûre bien discipliné. Qu'une cellule quelconque, sans perdre daillours

(') Bixni, AfTectiofiB cutaiices et liartreuscs, 1800.

'.') J. S.\"is. Ili^latijn «les néo|ila!>ini>s avec l'artliritis. Thtte de Paris, 1878

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aucune de ses propriétés ataviques spécifiques j échappe i Finfinenee modératrice de ses congénères et des tissus voisins, qu'elle se multiplie dès lors pour son propre compte, sans souci de ses sœurs, à l'état rebelle et parasitaire, qu^elle transmette à sa descendance les mêmes propriéléSf et la tumeur est constituée.

La tendance à la production des tumeurs est transmissible par hérédité, sans doute par un mécanisme de filiation cellulaire comparable à celui qui commande l'hérédité des conformations normales ou pathologiques. U y a comme une hérédité des mauvais instincts cellulaires, des familles où certains éléments anatomiques tournent mal. La fréquence relative des tumeurs d'espèces diverses sur un même sujet dans des régions éloignées est un fait du même ordre que l'association également fréquente des monstruosités ordinaires du développement des organes pendant la vie fœtale (*).

Les auteurs du Compendium, examinant la question de l'hérédité du cancer, citent le cas de Mme Deshoulières et de sa fille, de Mlle de la Yallicre et de la duchesse de Ghâtillon sa fille, comme exemples de cancer héréditaire du sein. On a partout rappelé que Napoléon I*"^ et son pè» avaient succombé au cancer de l'estomac. Boerhaave, Morgagni ont relaté des cas de cancer héréditaire. Portai a vu trois sœurs succomber îî une affection cancéreuse. Alibert et Boyer ont accepté l'hérédité du cancer. Bayle et Cayol sont restes dans le doute, malgré un matériel cli:!Îque important. Récamier croyait à l'hérédité, mais, sur les 97 cas de cancei qu'il avait réunis, 4 cas seulement, d'après l'analyse critique qui en i été faite par Piorry, étaient vraiment héréditaires.

Voici des chiffres qui peuvent donner une idée des grandes divergcncef qui existent entre les diverses statistiques, au point de vue de la fréquence de l'hérédité cancéreuse (Library of Surgeon-General). S. W. Gros! trouve l'influence héréditaire dans 10,3 pour 100 des cas; Lebert, 10 foii sur 102. Paget a trouvé la maladie chez d'autres membres de la famill< dans 78 cas sur 322, et, dans une autre série, des tendances héréditairef 26 fois sur 160; Sibley a relevé 34 cas d'hérédité sur 305; West, 8 soi 49 cas de carcinome utérin; Winiwarter, 5,8 pour 100 dans sa stati» tique de carcinomes mammaires. Yelpeau signale la prédisposition hérè ditaire dans un tiers des cas; Parker, seulement 56 fois sur 397 cas.

W. Hutchinson, ayant obtenu le rapport deBrompton Cancer hospita de Londres, y a lu que les parents affectés de cancer avaient été signala dans 10,3 pour 100 sur 28638 cancéreux en 37 ans.

Voici d'autres chiffres suggestifs. Brannan, dans une analyse d( 2000 décès qui représentent l'expérience de la Washington Life As9U* rance Company y note que sur les 50 cas ayant le carcinome dans l'histoin de leur famille (dont 41 avaient perdu un parent de cette maladie), seulement 1 (soit 1,79 pour 100) est mort de carcinome, tandis que des

(*) L. Dard, ]*r.Vis <{ aiiatomic pathologique, 1890.

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