‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 3)Chapitre 60 sur 152 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

s prédi^KMantes : Influence de Tâge, du sexe, de la race, de la constitution, du ipéramenty des diathèses, des professions, du milieu, du climat et des maladiei érieures.

I. Influence de l'âge ('). — Tous les êtres organisés sont soumis à loi commune : naître, s'accroître, se reproduire, déchoir et mourir. Tinstant de la naissance, lliomme subit dans ses organes des modifions profondes, imprimant aux différentes périodes de la vie des carac- \ assez tranchés pour les distinguer les unes des autres ; ces périodes, Mit les âges, qui ne se chiffrent pas par années, mais par l'état de >hilion organique.

es âges, par les transformations qu'ils impriment â l'organisme, ont rapports essentiels avec la production des maladies; ils en règlent ptrition et l'évolution, la durée et la terminaison; ils constituent à * égard un type de prédisposition.

In peut multiplier les divisions et les subdivisions des âges, comme lé et Daubenton, mais on doit toujours revenir à cette classification inemment physiologique :

Période d'accroissement; Période stationnaire ; Période de déclin.

à. Période d^ accroissement. — La période d'accroissement com- Qceavec la naissance, on pourrait presque dire avec la fécondation, et le termine qu'avec l'adolescence; l'être devient successivement le BTeau-né (in fans cruentatus de l'ancienne législation romaine), le ■risson, l'enfant, l'adolescent.

âa moment même de la naissance, sans parler des dangers inhérents à xouchement lui-même (présentations vicieuses ou prolongation du nil amenant l'état asphpique, décollement prématuré du placenta, rmdement du cordon, traumatismes, etc.), le nouveau-né va se trouver posé à de multiples conditions de maladie et de mort. Jusque-là tribure de l'organisme maternel, il va n'avoir plus à compter que sur lu iane, dès la première inspiration ; c'est alors que la circulation sanguine

*| 8ai Toiiloir Cure de bibliographie détaillée, nous croyons indispensable de mentionner

«filles soÎTints, auxquels nous avoiâ fait de nombreux emprunts :

lîaMii« De llnflaence de l'ige sur les maladies. Thèse de concours. Paris, 1840.

t*»*»t, Gonsidéntions générales ?iir l«"< ^çes. Thrne de doct. Paris, 1859.

i^«io, irtide A«n. Dict, de tnéd» et de chir. praliques^ t. 1. Pari*. 1864.

va se modifier profondément (oblitération graduelle du trou de Botal, di canal artériel, du canal veineux, des vaisseaux ombilicaux), queli ra|iiration pulmonaire s'établira, que le rein commencera son rôle d*éiDoiK. toire et qu'enfin les organes digestifs, empruntant au dehors les éléiiMoti nécessaires au développement du nouvel être, présideront à la série es actes physiologiques dont l'assimilation est le dernier terme.

Mais, comme le disait Lorain, < ces modifications successives de Yotffnisme ne se font point sans donner prétexte aux maladies; une fonetiN déviée est une maladie; l'activité physiologique devient facilement Tadi vite morbide ». Les stases périphériques et viscérales pouvant aller iv qu'à l'hémorrhagie, l'ictère, les concrétions uratiques des reins, penfca être et sont souvent en effet les premiers actes morbides auxquels doniMi lieu les modifications qui suivent de près la naissance.

Il faut encore signaler l'extrême opportunité du nouveau-né à l'épr des infections suppuratives : l'ophUialmie purulente, les érysipèles, k phlegmons, les gangrènes, l'infection purulente en sont les princi|iA manifestations. Aujourd'hui bien connues dans leurs causes prodnioe elles deviennent d'ailleurs exceptionnelles avec une rigoureuse antisepî mais il n'en est pas moins vrai que le nouveau-né, comme la femmee couches, est un merveilleux terrain pour la puUulation des micro-oig nismes pyogènes.

Pendant toute la durée de l'allaitement, le tube digestif va prendre,! double point de vue de la physiologie et de la pathologie, une importa prépondérante; c'est de lui que viendront tous les maux, et l'exclannlii d'IIarris, pour romantique qu'elle soit dans la forme, n'en est pas moi l'expression de la vérité : Infantum nwrbiy si non omnes^ plurii tameny ex ventre infimOy tanquam ex equo trojanOj prodeunt.

Pour se rendre compte des dangers inhérents à cette période, il n' d'ailleurs de se reporter aux tables de mortalité de la première aniM que l'on s'adresse aux statistiques de Durillard, de Heuschling (1& 1849), de Deparcieux, de Bertillon, ou aux tableaux plus récents four par l'Académie de médecine, les chiffres varient peu, et c'est en moyei par 15 à 20 pour 100 (16 pour 100 dans la dernière période décenn que se traduit la mortalité de la première année. C'est la démonstnri brutale de l'extrême prédisposition morbide créée par la période l'allaitement.

C'est là que règne en souveraine l'athrepsie; il y aurait beaucoi dire, au point de vue nosologique, sur la conception de Parrot, n elle a du moins Tavantage de réunir sous un mot la longue série accidents dont les troubles digestifs du nourrisson sont la prem étape : diarriiée, vomissements, muguet, érythèmes, ulcérations muqueuses et de la peau, et comme aboutissant, dépérissement déchéance organiques tels que « la face ridée des athrepsiés rapp> celle de certains vieillards, la maladie ayant fait en quelques jours l'of d'une longue suite d'années » (Parrot).

DE LA PRÉDISPOSITION. 39i

Même quand les troubles digestifs n'atteignent pas une gravité suffinnte pour menacer les jours du nourrisson, ils peuvent altérer l'ostéogénie, qui, déliée de son type normal, aura pour expression symptomatique le rachitisme. On tend en efTct aujourd'hui à abandonner l'opinion trop exclusive de Parrot qui rendait le rachitisme tributaire de la syphilis, et à assigner pour origine à cette maladie des troubles digestifs coïncidant avec le développement du squelette. Sur l'influence prédisposante de ces troubles, tous les auteurs sont d'accord; l'interprétation seule varie. Pour les uns, il y a fixation (nous ne disons pas ingestion) insuffisante de phosphate terreux ; pour d'autres, production exagérée d'acide lactique, a?ec dyscrasie acide consécutive; pour d'autres enfin, intoxication complexe d'origine gastrique (Kassowitz).

Cette dernière opinion se rapproche assez de celle de Comby, qui fait jouer à la dilatation de l'estomac et à l'auto-intoxication qui en résulte, le principal rôle dans la production du rachitisme.

Le nourrisson a encore à compter avec la dentition; les auteurs anciens, complices en cela des mères et des nourrices, en ont certainement exagéré l'importance prédisposante, mais de là à la nier, il y a loin. La question a du reste repris récemment un regain d'actualité, dans une discussion mouvementée, soulevée en 1892, à l'Académie de médecine, par Magitot. Cet auteur, avec des argument théoriques tirés nrtoat de la physiologie comparée, niait absolument l'existence des maladies dites de dentition; presque à la même époque, Kassowitz (de Tienne), 's'appuyant sur des observations cliniques, arrivait aux mêmes conclusions; mais, d'autre part, Hérard, Pamard, Charpentier, Peter, Burdy, soutenaient que le travail de la dentition s'accompagnait fréquemment d'accidents (diarrtiée, toux, congestion pulmonaire, convulsions) qui ne se voyaient guère en dehors des poussées dentaires.

Noos croyons qu'en cette matière, l'opinion de Guersant est encore la plus sage : « La dentition n'est pas plus une maladie que la puberté, mais néanmoins cette époque très remarquable de l'ossification est souvent critique pour l'enfant, comme le sont dans un âge plus avancé les époques de la menstruation, de l'accouchement et de la cessation des règles. » En d'autres termes, la dentition crée une aptitude morbide pour des accidents divers, soit d'origine réflexe, soit d'ordre infectieux. On sait du reste que les courbes des pesées de Tcnfant indiquent nettement la poussée de chacune des dents par un plateau stationnaire ou une descente. C'est l'indice évident d'un trouble nutritif; un tel étit ne aurait donc être considéré comme absolument normal, et alors pourquoi répugnerait-il d'admettre que ce trouble nutritif, secondé par la gène de b succion, l'insomnie, la douleur due à la fluxion et à l'érosion gingi* nies, puisse prédisposer à des accidents nerveux comme les convulsions, la toux, le spasme de la glotte, ou favoriser Tentrée en jeu de microbes habituellement ou accidentellement pathogènes, comme ceux de l'entérite diolériforme, de la broncho-pneumonie, de l'impétigo, etc.

SW PRÉDISPOSITION ET IMMtSrre.

Des accidents analogues peuvent se manifester aussi au tnatncnl M sevrage, surtout s'il a été opéré prématurément ou d'une façon li brusque.

Jusqu'à ces dernières années, on admettait généralement avee R voine, Rilliet et Rarthez, Hervieux, que la tuberculose était raretti nourrisson, surtout dans la première année, l^ndouzy et Quejnii montré que cette opinion était beaucoup trop absolue; non seulen cet âge la tuberculose n'est pas exceptionnel le, mais elle est e fréquente, même sous la forme pulmonaire. L'erreur des maîtres U était d'ailleurs inévitable, car au point de vue clinique, la luben infantile évolue souvent comme une broncho-pneumonie vulgaire, A,m l'autopsie même, les lésions macroscopiques n'offrent aucun caneU spéciiique; une technique appropriée peut seule en révéler la t ' tuberculeuse, en y décelant le bacille caractéristique.

Chez Venfant, les prédispositions morbides ne sont pas moins dcH que chez le nourrisson; c'est d'abord une réceptivité très grande |i| les affections contagieuses, comme les fièvres éniptives, la coqueltKbe.M croup.... La manière dont ces maladies se propagent dans les écott8,ir dispensaires, les hôpitaux, dans toutes les agglomérations d'enfanl un mot, en est une preuve évidente. Plus d'une fois, une matinée a tine a servi de point de départ à une véritable épidémie de roageokfl de coqueluche ; un seul enfant contaminé causait tout le mal et it trait ainsi la grande contagiosité de la maladie et l'extrême réc^ des victimes.

C'est aussi dans l'enfance que se développent les affections dtath héréditaires ou prématurément acquises. C'est l'âge par esceUeneea scrofule, avec ses manifestations multiples : coryzas, bronchites, coqM tivitea, otites, adénites, suppurations cutanées, etc.; c'est l'âge on ■ rachitisme, dont l'origine remonte fréquemment plus haut, oflre ses cl tères les plus accusés; c'est l'iige enfin où h tuberculose revêt ses for les plus variées : tuberculose osseuse, articulaire, cutanée, ganglion méningée, générahsée à marche rapide, etc.

L'histoire des teignes nous offre encore un exemple bien rem de l'influence de l'âge sur certaines affections parasitaires. C'est ainsi f le favus, sans épargner absolument l'adulte, se développe surtout chi l'enfant. Pour la tricbopbytie. l'exemple est encore bien plus topique:! teigne tondante (trichophytie du cuir chevelu) appartient en effet eiduî vement a l'enfance et à l'adolescence; très rarement, elle apparaît ipii seize ans. jamais elle ne se montre après la vingtième année, et méiol par les seuls progrès de l'âge, les cas les plus rebelles (missent p guérir. Le terrain, en se transformant, modifie donc la biologie duparasil Cela est tellement vrai que ce même parasite, transplanté chez l'adullq est incapable de produire chez lui la trichophytie du cuir chevelu, s être cependant frappé d'inertie, car il pourra donner lieu à la trichnph de la barbe (»ycosis parasitaire) ou de la peau (herpès circiné). Le ii

parasite aura donc produit, suivant Vâge, des lésions différentes d'aspect, de localisation et d'évolution (*).

Avec Vadolescence apparaissent la chorée, l'hystérie, l'épilepsie, la chlorose, mais ici il faut compter avec un nouveau facteur, la puberté, dont nous aurons à nous occuper plus tard, à propos de l'influence pré- .disposante des sexes.

A cet âge, prédominent encore les fièvres éruptives, les angines, la fièvre typhoïde, les différentes formes de tuberculose, à tel point que ces maladies constituent l'immense majorité de celles qu'on observe dans les maisons d'éducation. Enfin le rhumatisme articulaire aigu, dont les attaques peuvent s'échelonner sur toute l'existence, présente cette particularité de faire presque toujours sa première apparition dans l'adolescence, ou tout au moins avant la trentième année : ce fait a d'ailleurs une portée si générale qu'on doit a priori tenir pour suspecte toute affection articulaire d'apparence rhumatismale, qui se montre pour la première fois iprès cet âge. Faut-il admettre pour cela que le rhumatisme articulaire aigu de l'adolescent soit une « poussée de croissance » (Gubler et ion élève Régnier) ? Cette explication serait en tout cas bien insuffisante, puisqu'elle ne pourrait s'appliquer qu'aux premières attaques de la maladie.

Aussi bien convient-il de s'expliquer nettement sur ce qu'on a ippdé c les maladies de croissance ». Ce terme exprime une idée inexacte, car, comme le fait très justement remarquer Springer(*), « si la croissance est un Ëicteur pathogène actif, il faut, pour que son action entre en icène d'une façon dynamique, qu'un autre facteur extrinsèque, une infec tioD, une intoxication, une réaction nerveuse, etc., vienne faire cesser l'état potentiel de cette cause en mettant la maladie en mouvement. Le rôle de la croissance est donc secondaire, puisque sans l'adjonction de ces facteurs, et livrée à elle-même, elle est incapable de réaliser une maladie. Hais si cette action est secondaire dans la hiérarchie des agents pathogènes, elle est loin d'être secondaire comme importance, car c'est d'elle que dépendent la direction, l'intensité et l'évolution de l'agent provocateur de la maladie ».

On ne saurait exprimer mieux que la croissance, par le trouble qu'elle if)porteà la nutrition en lui dérobant une partie de ses matériaux, joue le rôle d'une cause prédisposante : incapable de créer à elle seule une maladie de tissu ou d'organe, elle met simplement ces tissus ou cos organes en état d'imminence morbide. Précisons au moyen d'un exemple : on sait combien sont actives, dans la période d'accroissement, les fonctions du périoste et de la moelle osseuse ; survienne une maladie quelconque, cette activité appellera sur les os les localisations morbides. S'agit-il de troubles digestifs, amenant en dernier terme et par un méca-

(') On eomnltera tTOc fruit, à propos des teignes, les différentes pubRcations de Sabouraud et MrtOQt tt thèse inaugurale.

n SnuDKiB, Étude tur la croissance, 1890, p. 57

594 PRÉDISPOSITION ET IMMUNITE.

nisme plus ou moins détourné, la fixation imparfaite du phosphtle à^ chaux, on voit apparaître le rachitisme. S'agit-il d^une maladie infedia^^ la fièvre typhoïde par exemple, on peut observer toutes les variêtâ d0 Tostéo-myélite, depuis le simple gonflement douloureux des épiplijK^ avec développement ultra-rapide du squelette, jusqu'à la périostite pUe^ moneuse diffuse. Combien de « fièvres de croissance » caractérisées»^ tout par des douleurs dans la continuité des os ou au niveau des jointor», ne sont que des ostéo-myélites méconnues, en raison même de leurbilile-i intensité et de leur durée éphémère ! Ce qui donne d'ailleurs à ces déterminations une physionomie particulière, ce n'est pas le parasite, qui n'ai nullement spécifique, c'est uniquement la réaction du terrain.

N'est-ce pas aussi à l'extrême activité des mutations nutritives de M croissance qu'il faut attribuer l'évolution si rapide des tumeurs roaligneSt des sarcomes en particulier, chez les jeunes sujets? L'histoire des poljpes! naso-pharyngiens en est un frappant exemple.

B. Période stationnaire. — Dans cette période, un peu arbitraireneaAïj encadrée entre vingt-cinq et cinquante-cinq ans, l'homme, en pleine p6f*N session de ses facultés physiques et intellectuelles, présente, aux roalafie^^ venues du dehors, le maximum de résistance; mais il n'en estplosiQ même pour les maladies qu'il crée lui-même, pour ces maladies quitiie»nent de nous », comme disait Sydenham. C'est qu'en effet l'adulte a nrtout à compter avec les impressions morales, avec les influences prote* sionnelles, avec les conditions variées de la lutte pour l'existence : il i^-i perdu la belle insouciance de l'enfant, et n'a point encore acquis sereine indifférence du vieillard; il a le sentiment de ses devoirs etdei responsabilité, il souffre par les siens et pour les siens, et, en butte i les déboires et à tous les orages de la vie, il méconnaît, souvent en toiAB^l connaissance de cause, les préceptes les plus élémentaires de l'hygièBB* Cet ensemble de conditions défavorables a été admirablement mis lumière par Pinel, dans les lignes suivantes, que ne désavoueraient; nos analystes contemporains : « Une organisation débile par origineetf^ bien détériorée par des écarts de jeunesse..., l'essor immense qu'apBÎi^ l'ambition de l'homme, soit pour les honneurs et les biens de la fortonv ' soit pour les distinctions du savoir et de la célébrité, une vie sédentiit^ qui entrave toutes les sécrétions et énerve le mouvement musculaire, •"'i même temps que la bonne chère et l'intempérance fournissent une endA* rance de sucs nourriciers, les alternatives des veilles, d'une applicttÎM forte et des travaux de cabinet, des chagrins concentrés, des contrariélii . sans cesse renaissantes, le choc orageux de toutes les passions au sein ' même des familles où devraient régner le calme, l'ordre et l'harmonie :■ que de sources fécondes de maux physiques ou moraux, de toutes les affections invétérées qui font également le désespoir du médecin, du malade et de tout ce qui l'environne (*) ! »

(*] Pixel, Nosographie philosophique. — Principes généraux sur la mâhode d*étiidier d d'observer en médecine.

Parmi les maladies ainsi engendrées, il convient de placer au premici plan les maladies par ralentissement de la nutrition, c'est-à-dire robésité. la goutte, le diabète» la lithiase biliaire ou rénale, le rhumatisme chronique, l'asthme.... L'influence de Tàge s'ajoute ici le plus souvent à une prédisposition héréditaire : après s'être montrées dans l'âge adulte, ces affections n'ont guère de tendance à disparaître complètement, et avec des alternatives de mieux et de pire, elles se perpétuent d'ordinaire jusqu'à la fin. C'est ainsi qu'on les rencontre fréquemment dans la vieillesse, mais il ne faut pas oublier que c'est dans l'âge mûr qu'elles ont fait leur apparition.

A l'âge adulte ressortissent aussi, d'une façon presque exclusive, les différentes maladies mentales : sur 168 cas de paralysie génétiale, relevés par Christian et Ritti, 2 s'étaient manifestés de 25 à 30 ans, 67 de 50 à 40 ans, 81 de 40 à 50 ans et 18 de 50 à 60 ans. Les très rares observations relatives à l'adolescence, rapportées dans ces dernières années, ne sauraient infirmer la règle générale. De même, les diverses manies, la mélancolie, la folie périodique, le délire de la persécution à évolution systématique ne se développent guère qu'à la période moyenne de la vie.

Citons encore la neurasthénie qui, rare après la cinquantaine, ne se rencontre pour ainsi dire jamais avant la vingtième année : les écoliers, même surmenés, ne deviennent pas neurasthéniques.

Enfin un grand nombre de maladies chroniques du système nerveux, comme le tabès, la sclérose en plaques, la paralysie glosso-labio-laryngée, etc., appartiennent en propre à la pathologie de l'adulte.

Ajoutons pourtant qu'il ne faudrait pas exagérer cette influence prédisposante de l'âge, surtout en matière de maladies mentales et nerveuses : elle acquiert surtout de la valeur lorsqu'elle s'ajoute à une influence héréditaire, ou à une prédisposition créée par ime infection antérieure (syphilis pour le tabès et la paralysie générale, variole ou fièvre typhoïde pour la sclérose en plaques, etc.).

D nous reste encore à examiner comment l'adulte se comporte à l'égard des maladies infectieuses : sans doute, il est moins apte que l'enfant a contracter les fièvres éruptives, les oreillons, la coqueluche, la fièvre typhoïde, mais il le doit moins peut-être à sa résistance propre, qu'au bénéfice de l'immunité conférée par une première atteinte de ces afl'ections ; d'autre part, les épidémies de choléra, de fièvre jaune, de typhus, de suette miliaire, d'influcnza, ne l'épargnent guère; la pneumonie, la diphthérie l'atteignent fréquemment; enfin il paye un lourd tribut à la tuberculose, surtout dans sa forme pulmonaire : il suffit, pour s'en rendre compte, de voir dans quelle proportion numérique les phtisiques de vingt à cinquante ans encombrent les salles et consultations hospitalières.

C'est donc seulement par comparaison avec les premiers âges de la vie que l'on peut attribuer à radulte une faible réceptivité à l'égard des maladies infectieuses

C. Période de déclin. — La période de déclin, cTinvoliiUon ou de formation rétrograde (Canstatt) prêterait volontiers aux amplifications philosophiques : nous ne citerons cependant ni Cicéron, ni Lucrèce, et nous nous contenterons de faire remarquer que cette époque est surtout caractérisée par l'atrophie et les dégénérescences.

Chacun a présent à l'esprit le tableau saisissant que, dans Leçons 9ur les maladies des vieillards, Charcot a tracé de la décrépitude : c Cette peau sèche et ridée, ces cheveux rares et grisonnants, cette bouche privée dp dents, ce corps voûté et ramassé sur lui-même.... » Chez les vieillard:^ en cfTet, le poids et la taille diminuent, et cette émaciation porte nonseulement sur les téguments et les muscles de la vie de relation, mais aussi sur la plupart des organes splanchniques : cerveau, moelle épinière, organes des sens, poumons, rate, ganglions lymphatiques, etc.

L'atrophie simple, qui d'ailleurs peut être masquée par des accumulations adipeuses, n'est pas seule en cause; il faut aussi compter avec les dégénérescences (infiltrations pigmentaires, graisseuses, calcaires...) et. avec le développement exagéré des éléments conjonctifs, la sclérose.

Le système circulatoire est particulièrement atteint : les veines augmentent de volume (veinosité de Canstatt) et perdent leur musculature et leur élasticité; le système capillaire s'atrophie, les artères se sclérosent et se calcifient ; le cœur, parfois hypertrophié en apparence, voit diminuer ses propriétés contractiles : de là, des modifications profondes de la circulation. C'est là le vrai caractère de la sénilité, qu'elle soit due aux seuls progrès de l'âge, ou qu'elle soit au contraire prématurément amenée par des causes variées, intoxications, infections, fatigues, excès, etc... C'est parce qu'il est l'expression d'un fait profondément vrai que le mot de Cazalis : c On a l'âge de ses artères » a eu la fortune que l'on sait.

Ces données physiologiques nous aident à comprendre la pathologie de la vieillesse. L'atrophie et la dégénérescence des organes entraîneront, pour chacun d'eux, une déchéance fonctionnelle plus ou moins accusée : du côté du système nerveux, l'afTaiblisscment des facultés intellectuelles, la diminution de l'acuité sensorielle, le retour à l'état infantile, la démence, le gâtisme ; du côté de l'appareil respiratoire, l'emphysème, la sclérose pulmonaire, la dilatation bronchique, amenant avec elle la stagnation des produits sécrétés et les infections secondaires ; du côté de l'appareil circulatoire, les ruptures artérielles, et au premier rang l'hémorrhagie cérébrale par rupture d'anévrysmcs miliaires, la thrombose avec ses effets variables suivant l'organe atteint (ramollissement cérébral, infarctus pulmonaire, rénal ou hépatique, gangrène des extrémités, etc.); du côté de l'appareil rénal, diminution de la dépuration urinaire, insuffisance rénale relative créant une menace perpétuelle d'urémie (ce mot étant pris dans son acception la plus large) ; du côté du squelette, ostéoporose, rendant facile la production des fractures et difficile leur consolidation, ostéomalacie, morbus coxœ senilis, etc.

Au milieu de cette tendance générale à l'atrophie, un organe fait sou-

DE LA PREDISPOSITION. 397

vent exception, la prostate : exception d'ailleurs fâcheuse, car, par la gène jumelle apporte à la miction, l'hypertrophie prostatique entraine à sa suite ous les dangers de la stagnation et de la rétention de l'urine, dangers itrtout graves lorsque les voies urinaires ont été antérieurement infectées. ille rend en outre indispensables des interventions toujours délicates, et lui» si elles ne sont pas rigoureusement aseptiques, deviennent une cause icVive d'infection, ayant pour conséquences la cystite, la pyélite et la (iéphrite suppuratives, etc.... Il est inutile d'insister davantage sur U \ableau trop connu des vieux urinaires.

La vieillesse prédispose encore singulièrement aux affections épithéliomaleuses; mais elles se font remarquer, contrairement à ce que l'on voit chez les sujets plus jeunes, par leur marche insidieuse, torpide, et presque dénuée de symptômes : ce sont ces cancers gastriques sans vomissements, sans douleurs violentes, sans dyspepsie (Gillette) ; ces cancroïdes de la peau, presque indéfinis dans leur durée, quand on ne les trouble pas par des interventions incomplètes ou intempestives ; ces cancers de l'utérus, qui, malgré des désordres locaux considérables, n'entraînent que tardivement la cachexie.

La même remarque peut s'appliquer aux maladies par ralentissement de la nutrition : la goutte n'a plus les allures franches qu'elle affectait diezladulte; la lithiase biliaire, dont Charcot a noté l'extrême fréquence chez les vieilles femmes de la Salpétrière, ne donne qu'exceptionnellement lieu aux manifestations bruyantes de la colique hépatique; le diabète ne s'accompagne que rarement de polydipsie et de polyphagie. En somme, la sensibilité émoussée ne provoque guère de douleurs irradiées ou sympathiques, < chaque organe, comme disait Grisolle, semblant vivre et souffrir isolément 9.

Il ne faudrait cependant pas donner à cette remarque une valeur absolue : on sait en effet que certaines affections, douloureuses à tout âge, comme le zona, se signalent, chez les sujets qui ont dépassé la soixantaine, par l'extrême acuité et surtout l'interminable durée de l'élément douleur.

Enfin on s'accorde généralement à dire que, chez le vieillard, l'opportonité morbide est très faible à l'égard des maladies infectieuses. Il ne faut cependant rien exagérer : sans rappeler les exemples classiques de Mme de Sévigné et de Louis XV mourant de la variole à un âge avancé (soixante-dix et soixante-cinq ans), n'oublions pas qu'on a signalé, dans la période de déclin, des cas de typhus, de fièvre à rechutes (Murchison), <ie fièvre typhoïde (Rayer, Josias), de méningite cérébro-spinale (Charcot «tinglessis), de tuberculose même aiguë (Vulpian, Moureton), de choléra. Enfin la pneumonie est, chez le vieillard, d'une très grande fréquence : modifiée, il est vrai, dans ses symptômes (pas de frisson, pas de point de côté, peu ou pas de fièvre, pas d'expectoration, alors même que les lésions pulmonaires sont le plus accusées), mais demeurant néanmoins, nosologiquement, la pneumonie.

398 PREDISPOSITION ET IMMUiMTÉ.

On voit par touWceci que, pour le vieillard, la difficulté d'être, comme disait Cabanis, augmente dans une progression continuelle : heureu encore si, par un souvenir déplacé du temps qui n'est plus, il ne s'attache pas à rendre éternellement vraie la maxime de La RochefoucuiM : € Peu de gens savent être vieux ».

§ n. — Influence du sexe. — En étudiant la prédisposition suinot les sexes, on est amené à rechercher tout d'abord dans quelle proportion numérique l'homme et la femme sont exposés aux différentes maladies: une pareille statistique ne peut être fournie, avec tous les détails qu'elle comporte, que dans la description particulière de chaque affection ; mais, envisagée à un point de vue général, le seul que nous puissions nous pe^ mettre ici, elle renferme cependant un enseignement important. Elle montre en effet que pour les maladies aiguës, l'influence sexuelle, toutes choses égales d'ailleurs, est réduite au minimum, tandis que, pour les maladies chroniques, cette influence devient prépondérante. C'est ainsi que la goutte, le tabès, les atrophies musculaires, la lithiase rénale, les cirrhoses, les hernies ont pour le sexe masculin une prédilection marquée, alors que chez la femme prédominent sensiblement l'hystérie^ la chlorose, le goitre, la maladie de Basedow, l'ulcère gastrique, la lithiase biliaire, le rhumatisme chronique déformant, l'ectopie rende.

Mais la question a d'autres aspects, et il faut aussi rechercher comment la vie génitale peut, à ses différentes phases, créer une prédisposition morbide.

Pour l'homme, le sujet sera vite épuisé. Chez lui, la puberté s'établit le plus souvent sans à-coup : l'habitus extérieur du corps change, la voix se modifie, le système pileux se développe, quelquefois une poussée fluxionnaire se produit du côté des mamelles ; mais d'ordinaire, tout se borne à des modifications physiologiques qui ne servent guère de prétexte aux maladies. L'abus précoce des fonctions génésiques peut cependant prédisposer aux affections nerveuses ou devenir une cause de déchéance organique. Dans la génération du nouvel être, le rôle de l'homme est purement épisodique ; enfin l'âge de retour n'existe pas pour lui. En tant que cause prédisposante, la vie génitale n'a donc chez l'homme qu'une influence minime.

Il n'en est pas de même chez la femme : la vie génitale y présente une extrême importance, et ses diflerents actes, menstruation, grossesse, parturition, lactation, ménopause, peuvent tous, à des titres inégaux, préjmrer le terrain aux maladies les plus diverses.

La menstruation, nu moment où elle s'établit, crée une aptitude particulière pour certaines affections nerveuses, comme l'hystérie, la chorée, la migraine, ou encore pour des maladies dites d'évolution, dont le prototype est la chlorose, que Parrot appelait l'anémie de la puberté. Puis, à chaque époque menstruelle, la femme est dans un état spécial assez comparable, toute proportion gardée, à la puerpéralité : la surface utérine

DE LA PRËDISPOSITlOiN. 599

saignante est une porte d'entrée ouverte à l'infection au même titre que la plaie [Jacentaire. En outre, les réactions nerveuses (malaises, modifications du caractère) et les altérations nutritives (abondance des sédiments ontiques, odeur insolite de l'haleine et des sécrétions cutanées, etc.), semblent singulièrement favoriser l'action de certains microbes, comme le prouvent les àrupiions d'herpès et les érysipèles dits cataméniaux.

Pendant la groêsessCf tous les appareils se trouvent en quelque sorte en état d'imminence morbide. Les troubles nerveux qui, à un degré modéré (modifications du caractère, perversion des sens, vomissements) font parUe intégrante de la grossesse normale, peuvent revêtir une gravité excq)tionnelle : ce sont, dans la sphère intellectuelle, des aberrations morales, des vésanies, et même une véritaUe folie dite gravidique, avec laquelle les médecins légistes ont parfois à compter; ce sont encore des accidents d'ordre réflexe comme le ptyalisme, les vomissements incoercibles, la chorée. Cette dernière affection revêt même des allures spéciales, et les auteurs qui l'ont le mieux étudiée (G. Sée, Jaccoud, Barnes), ont été frappés de son extrême gravité (mortalité = 25 pour 100) et de son ippareÛ symptomatique effrayant. Nous n'oublierons jamais, pour notre part, les contorsions vraiment démoniaques, qui, chez une de nos malades, précédèrent la mort.

les troubles circulatoires ne sont pas moins importants : le cœur est hypertrophié, la tension artérielle plus forte, la masse totale du sang aigmentée, d'où des congestions viscérales actives, intéressant surtout le poumon, où elles peuvent aller jusqu'à l'hémoptysie. D'autre part l'endocarde peut subir l'action de microbes jusqu'alors indifférents : certaines codoeardites infectieuses survenant au cours de la grossesse (endocardites gravidiques bien distinctes de celles de la puerpéralité) auraient poor origine, d'après Lion, des métrites microbiennes antérieures à la conception; l'infection localisée à l'utérus, pendant un temps indéfini, deriendrait susceptible de se généraliser sous l'influence des modification? organiques et humorales de la gestation.

D'un autre côté, les conditions particulières de la circulation veineuse prédbposent à des accidents divers, varices, hémorrhoïdes, œdèmes, congestions passives.

Les poumons, gênés mécaniquement dans leur fonctionnement, deriennent facilement un locus minoris resistentiœ^ notamment à l'égard do bacille tuberculeux. Peter a longuement insisté, dans ses Cliniques, nrrinfluence tuberculisantede la grossesse, surtout lorsque, comme dans h population ouvrière des grandes villes, elle n'exclut pas un travail pénible et insuffisamment rémunérateur. Nombre d'auteurs comme Cullen, Bordeu, Dugès, ont, il est vrai, attribué à la grossesse une influence favonible sur la marche de la tuberculose déjà en évolution : le fait clinique ^t exact, mais ce bénéfice est bien précaire, car, après l'accouchement, la iQaladie revêt le plus souvent une forme rapide et regagne ainsi le temps perdu.

400 PREDISPOSITION ET IMMUNITe.

Les reins, soit en raison des troubles circulatoires dont ils Mnt le siège, soit par la suractivité de leurs fonctions éliminatrices, peuvent pré^ senter des altérations variées dont la néphrite gravidique est la plus haute expression. Or, jamais la nécessité de la dépuration urinaire n*a été [dus impérieuse : car, à une activité plus grande des mutations nutritives, toi' rcspond une formation plus abondante de déchets. Si donc ces dédiets, insuffisamment éliminés, s'accumulent dans l'organisme, il en résulte une auto-intoxication dont les accidents convulsifs et comateux de l'édampû sont la traduction symptomatique.

De même, le foie est souvent atteint; ses cellules s'infiltrent de graisse (Yulpian et de Sinéty), aussi l'ictère est-il fréquemment observé, dqwis ses formes les plus légères jusqu'à l'ictère grave.

Enfin la grossesse occasionne des perversions nutritives variées; h répartition singulière du pigment, qui constitue le masque des femmes enceintes, en est une manifestation presque constante. Ces troubles nutritifs ont souvent une portée bien plus grande; ils prédisposent nettement à la lithiase biliaire, à des affections articulaires dont h nature intime est mal connue, et que l'on englobe sous le nom, d'ailleurs impropre, de rhumatisme gravidique, à l'ostéomalacie, à une glycosurie souvent passagère, mais qui parfois aussi évolue comme oo véritable diabète, enfin et surtout à l'obésité. Cette tendance à l'obésité se retrouve dans la série animale ; Peter rapporte que les éleveurs nxx» mands s'empressent de présenter au taureau les vaches qu'ils destinent a la boucherie.

Avec l'accouchement, commence la puerpéralité; à ce moment l'orginisme féminin présente à l'activité des microbes pyogènes, des strqrtiH coques en particulier, un terrain de prédilection. Tantôt l'infection sera rapide, brutale dans son évolution, et souvent mortelle : septicémie, péritonite, phlébite et lymphangites utérines, érysipèle, pyohémie; tantôt subaiguc et insidieuse : phlegmatia alba dolens, endocardites végétantes, arthrites...; tantôt torpide et lente dans son développement : salpingites, ovarites, pelvi-péritonites, métrites, qui tourmentent les femmes pendant dos mois et des années et dont il faut faire remonter le début à un accouchement ou une fausse couche.

Sans doute, pour expliquer la facilité de l'infection chez la nouvelle accouchée, il convient d'attacher une grande importance à la plaie utérine» (]ui, par son étendue, par le nombre et le calibre des vaisseaux sanguins et lymphatiques béants à sa surface, offre une porte d'entrée éminemment favorable ; mais il ne faut pas oublier que les conditions humorales et organiques de sa grossesse existent encore, renforcées même par les souffrances physiques et morales, l'épuisement nerveux et la perte de sang qui accompagnent la parlurition.

L'antisepsie, telle qu'elle est couramment appliquée maintenant, com* bat efficncement l'opportunité fâcheuse créée par la puerpéralité; mais la nécessité même de ces précautions, les conséquences graves que la plus

légère omission ou négligence peut entraîner, sont une preuve de plus de b fulnérabiliié spéciale de l'organisme à cette période.

La lactation sera aussi une lourde tâche pour l'organisme maternel, puiscpie c^est par son intermédiaire que le nourrisson empruntera au monde extérieur les éléments dont il a besoin pour son développement ^principes azotés, hydrocarbonés, minéraux, etc. ). Si donc l'alimentation de la mère est insuffisante, la nutrition imparfaite, les fatigues excessives, si, en un mot, à un degré quelconque, l'apport est inférieur à la dépense, Torganisme périclitera, et, par suite, surviendront l'amaigrissement, les troubles nerveux (neurasthénie, tétanie,...), l'anémie : conditions éminemment favorables à l'invasion des microbes, et particulièrement du bacille tuberculeux. La fréquence de la tuberculose chez les nourrices épuisées est en effet admise par tous. On sait aussi que l'anémie pernicieuse progressive recrute surtout ses victimes parmi les femmes épuisées par des grossesses trop fréquentes et des allaitements trop prolongés.

La lactation, comme d'ailleurs la grossesse, prédispose encore à la scarlatine; le fait est indéniable, mais n'a pas reçu d'explication satisfaisante.

Enfin la ménopause, sans justifier la terreur presque superstitieuse qu'elle inspire à bien des gens, n'est pas absolument exempte de dangers. Les troubles nerveux y sont fréquents, tantôt légers : bouffées de chaleur, palpitations, modifications du caractère; tantôt graves : hystérie, neurastkénie et même folie. D'autre part, l'abondance des hémorrhagies utérines peut entraîner une anémie sérieuse, et, de plus, c'est le moment où se montrent le plus volontiers, mais non exclusivement, les tumeurs de Futénis (fibromes et épithéliomas). Enfin la nutrition ^ubit un ralentisseloent marqué, comme le prouve la tendance envahissante du système adipeux.

On voit par ce tableau forcément un peu sombre, puisque nous n'avions à envisager que les conditions défavorables, combien sont nombreuses et mées les affections auxquelles la vie génitale de la femme peut servir de c»se prédisposante.

|in. Influence de la race. « A quelque règne qu'elles appartiennent, qu'il s'agisse des animaux ou des végétaux, les races ont leurs caractères pathologiques aussi bien que leurs traits extérieurs ou anatomiques propres : l'homme n'échappe pas à cette loi » (de Quatrefages)(*). On ne aurait mieux exprimer la réalité des faits, comme il est facile de le démontrer par quelques exemples.

Les végétaux nous en offrent de bien frappants : les vignes indigènes

^'i De QvATBKTAOKS, L'cspèce humaine. Cité par Bonilcr aux ouvrages dii(|ucl (Pallioiogie ""i^Fvée de l'homme et des êtres orgaiiisrs et (îéographic médicale) nous avons emprunté la pliipvtdcs documenta utilisés dans ce ciiapilre. Nous y renvoyons le lecteur qui y trouvera, à ^*^ d'iffirmatioiis peut-être un peu hasardée:», de nombreux faits intéressant au même degré ^■itltfopologistc et le médecin.

rATIOLOGll GlLl^ALS. — I. 26

ont une aptitude trop connue à subir l'atteinte du phylloxéra, qui mpecte, par contre, les plants américains; de même une maladie despoim, due à un parasite analogue à celui de la rouille du blé, sévit de préférence sur les poires de la variété dite de Saint-Germain. Les caféiers contracteni facilement une maladie de même nature, mais les caféiers de Libéra paraissent tout spécialement vulnérables.

Dans le règne animal, les exemples sont non moins concluants; onsiii avec quelle facilité les moutons indigènes contractent le charbon, akn que les moutons de race barbarine en sont à peu près exempts. Bi même la morve, qui s'attaque si volontiers à l'espèce chevaline, a unefii* dilection marquée pour certaines races : les chevaux d'Aurillac et M Guéret en sont beaucoup plus souvent atteints que ceux de Guingampetdi Morlaix. Citons encore TaflBnité spéciale du typhus des bêtes à cornes pov les animaux des steppes.

Mais il est temps de revenir à la pathologie humaine ; ici encore Fia* fluence des races est considérable.

La race noire^ dont les caractères anatomiques sont si tranchés, noi» arrêtera d'abord.

Quelques affections, comme la hernie ombilicale, la luxation de k mâchoire inférieure, y sont fréquenunent rencontrées, et cette fréquence s'explique tout naturellement par des particularités anatomiques; largev et minceur de la ligne blanche avec écartement des muscles droits de l'ik* domen, développement considérable des masséters....

Certains parasites animaux, comme la chique, la mouche de Cajor, l'Œstre cuterebra, ont une préférence marquée pour le nègre. Darvia avait été frappé de cette perspicacité des parasites, qui leur fait troniv une différence entre les tissus d'un noir et ceux d'un blanc. Ses remarques sur les poux sont à cet égard bien topiques : il ne vit jamiii s'acclimater sur la tête des matelots anglais les poux des nègres et dei Polynésiens !

A l'égard des infections microbiennes, l'aptitude de la race noire fA aussi bien caractérisée. Les microbes pyogènes y trouvent un terrain dt choix; tout, en effet, pour le nègre, une égratignure, une piqûre de mooi* tique, est prétexte à suppuration, et, de plus, la cicatrisation de ces pkiei infectées se fait d'une façon spéciale, comme le prouve la production facile des chéloïdes. C'est à cette même tendance qu'il faut rapporter la fréquence du fibrome de l'oreille chez les négresses qui se p^orcot le lobule de l'oreille et l'irritent par des ornements plus ou moim lourds.

Parmi les maladies auxquelles le nègre est particulièrement prédispoeéf il convient de citer le tétanos et le trisinus des nouveau-nés, qui n'en est peut-être qu'une variété, le choléra, la peste, la lèpre, l'éléphantiasis des Arabes, la méningite cérébro-spinale, la variole, la tuberculose. Pour cette dernière affection surtout, l'aptitude est des mieux caractérisées, et, quoique variable suivant les pays, reste partout supérieure à celle des autres races.

DE LA PRËDlSPOSmON. 403

est ainsi qu^au Pérou» la phtisie, sur mille de chaque race, figure comme use de mortalité, dans les proportions suivantes (Bordier) :

Indiens 1,7

Métis 13,5

Blancs 34,3

Nègres 48,5

Dans les colonies anglaises, aussi bien à Ccylan qu'aux Antilles, la lortalité comparée des nègres et des Anglais (par phtisie) est de 2 Mitre 1 . A Gibraltar, elle atteindrait 8 contre 1 ! Sans doute ces chiffres 'ont pas une valeur absolue, mais ils mettent en lumière, ce que d'ailairs personne ne conteste, l'extrême sensibilité des noirs à l'égard de la dierculose.

Existe-t-il enfin des maladies exclusivement propres à la race noire ? 'jt nombre est en tout cas fort restreint. Il faut en distraire le mal d'estomac des nègres ou mal-cœur, si bien connu des anciens négriers. Cette HDgulière maladie ne différerait pas de l'anémie des mineurs et de la ddorose d'Egypte, observées chez le blanc, car toutes ces affections reconnaîtraient comme cause unique un parasite intestinal, l'ankylostome èiodénal.

De même, pour certains auteurs, le pian ne serait qu'une syphilis modiièedans son expression symptomatique par l'influence de la race. Cette identification est au moins contestable : le début par des phénomènes gméraux (anorexie, fièvre à type rémittent, crampes, fourmillements...), À l« caractères morphologiques de l'éruption (tumeurs framboisées, fongMotes, saignant facilement), éveillent plutôt l'idée d'une maladie disbade.

Restent encore deux maladies qui paraissent réellement l'apanage adnsif de la race nègre; l'ainhum et- la maladie du sommeil. Et ce qui ■outre bien qu'il y a là influence de race et non de milieu, c'est que par M où ces maladies sont observées (côtes de Guinée, Egypte, Brésil, ye anglaise, Océanie), c'est toujours chez des noirs qu'on les rencontre. L'nihum présente, en outre, la singulière particularité de ne frapper que kiexe masculin.

Lanceyatine, dont les caractères ethniques sont si accusés (couleur de il peau, saillie des pommettes, état bridé des paupières), offre aussi des pdispositions spéciales : elle est sujette à la myopie, aux différentes opbihalmies, aux affections nerveuses convulsives, aux maladies mentales, ii«c tendance à la dépression, à la mélancolie, au suicide. Plus que toute ntre, elle parait apte à la scrofule ; la tuberculose pulmonaire, par contre, jMfiit relativement rare.

On sait encore combien les Chinois sont enclins à l'obésité et quelles

proportions elle peut atteindre chez eux. En outre, leur réceptivité à

réprd de la variole est telle, que souvent ils en sont atteints plusieurs

Ui cl ^ les vieillards ne sont pas épargnés.

404 PRÉDISPOSITION ET DIMUlilTfi.

Chez les peuples issus du croisement de la race jaune avec les antrei races, les aptitudes reflètent cette origine complexe : c*est ainsi que la Japonais, mélange de race jaune, d'Aïnos de race blanche, de Négritosdes Philippines et de Malais, sont enclins aux ophthalmies et au suicide, comme le Chinois; à la tuberculose et au choléra, comme le nègre; au rhumatisae articulaire aigu, comme le blanc. De même le Malais emprunte à la m jaune son aptitude à la scrofule, et à la race noire, sa tendance extrême « tétanos, au béribéri, à la tuberculose.

Cette influence des croisements se fait aussi sentir chez le mulâtre: nous aurons à y revenir à propos de Timmunité.

Il est difficile d'embrasser d'un coup d'œil d'ensemble les prédisp» tiens morbides de la race blanche. Que de différences, en effet, entre variétés, entre le Slave et le Kabyle, l'Anglo-Saxon et le Latin, le gien et le Scandinave ! On peut dire cependant que, d'une façon génénk, le blanc est apte à contracter toutes les maladies, et que, si aucune ne kri appartient en propre, aucune (ou à peu près) ne lui est absolument étmgère. Mais c'est surtout à l'égard de certaines affections endémiques da pays chauds, la fièvre jaune, la dysenterie, l'impaludismc, que sa réceptivité est remarquable. L'histoire des expéditions coloniales l'a sunkiidamment prouvé! Une observation déjà ancienne de Mnurel est sur ce point bien instructive : en 1853, aux pénitenciers de l'Oyapok, le ptfsonnel était exclusivement européen. La mortalité atteignit 41 ,53 pour lOI. Onpritaloi*s la résolution radicale de n'employer que des noirs, et a 1856, la mortalité tomba à 3,29. Dans les colonies anglaises, notammcil à la Jamaïque et à Sierra-Leone, des faits analogues ont été relevés. Enii. dans l'Amérique du Nord, au Mexique, à Panama, on a dû renoneeri employer les blancs, quelle que soit d'ailleurs leur origine, aux grttili travaux de défrichement ou de terrassement; les noirs ou les MiUi peuvent seuls suffire à cette tâche. -

Toutes les variétés de races blanches présentent à l'impaludisme n» aptitude à peu près égale. L'influence ethnique serait cependant capable de modifier la biologie du parasite et de déterminer le type de la fiène : Chassaniol dit à ce sujet qu'en Algérie, dans les milieux palustres, Earnpéens et Kabyles sont à peu près également frappés de la fièvre; mtii tandis que le Kabyle prend la fièvre quarte, l'Européen prend la fievn quotidienne.

Les Anglo-Saxons semblent être, parmi les peuples de race blancèe, ceux dont les prédispositions sont le mieux déterminées. Hs passent pov très enclins à la gravelle et à la goutte, et de fait, ces maladies sont fMquemment observées en Allemagne, en Danemark, en Hollande et surtoOt en Angleterre ; la race pourtant joue dans leur production un rôle moins actif que le genre de vie et le mode d'alimentation. La goutte notamment marche de front avec la bonne chère, et, dans ces conditions, n'épargne personne, pas même le nègre, pas même l'oriental . Elle recule aucon* traire devant une hygiène bien entendue : c'est pourquoi, même en Angk"

Te, elle parait actuellement en décroissance, et pourquoi, dans la sobre lie, chez les descendants des anciens Romains si souvent affectés de podagre », elle est tout à fait exceptionnelle.

Les Anglo-Saxons sont encore très aptes à contracter le typhus, la suette iliaire et surtout la scarlatine. On sait le degré de fréquence et de graié que cette dernière maladie atteint dans le Royaume-Uni, où, à cerines années, elle entre pour un vingtième dans la mortalité générale. le suit d'ailleurs l'Anglais dans toutes ses migrations; en Suisse, où on observe souvent, le chiffre des indigènes atteints serait insignifiant inparativement à celui des touristes anglais (Lombard, de Genève). De éme à la Maison municipale de santé de Paris, plus du dixième des abdes admis pour scarlatine sont d'origine anglaise. Voici encore, à ce propos, un fait qui mérite d'être signalé : En France, MIS les provinces les plus longtemps soumises à la domination anglaise, t où par conséquent la race Anglo-Saxonne a laissé de nombreux rejetons Poitou, Saintonge, Touraine, Picardie), la scarlatine présente une fréjHence remarquable et prend volontiers un caractère épidémique. La dénie observation est applicable à la suette miliaire.

n nous faut enfin esquisser en quelques mots la pathologie ethnique le notre pays. On sait que César, au début de ses Commentaires^ décrit hns la Gaule trois races distinctes : au nord de la Seine et de la Marne, Ik Belges ou Kyinris; entre la Loire et la Garonne, les Celtes; au sud, les Iqnitains et les Ligures. Sans doute, les invasions multiples et variées ioiit l'histoire nous a gardé le souvenir, ont profondément modifié l'auto- MBÎe de ces races, et cependant, même à notre époque, l'influence eth- MfQe se fait sentir sur la pathologie comparée des diverses provinces. (Tôt ainsi que l'aptitude au service militaire semble moindre dans les lépirtements de race kymrique ou normande que dans ceux de race celtique (Boudin) ; que les hernies, les varices, la carie dentaire, se trouvent phs fréquemment chez les Kymris et les Ligures que chez les Celtes ; que hoyopie enfin se rencontre surtout dans les départements situés au sud de hHôrance, du Tarn et de la Garonne, région peuplée de Ligures et d'Aquilni»(Lagneau). La scrofule prédomine dans les Cévei\nes et les départe- ■ents environnants, alors qu'elle est rare sur le littoral méditerranéen. hm la tuberculose, les documents précis font défaut : elle semble pourtant plus fréquente chez les Français du nord que chez ceux du midi. Ces BéiDes Français du nord, transplantés en Algérie, payent un lourd tribut à Tibeès du foie (Rouis et Laveran) et à l'insolation (de Scmallé). Ils suppoiteraient aussi fort mal le froid, si l'on s'en rapporte à Larrey, qui a note cbeieux, pendant la retraite de Russie, une excessive mortalité.

U race blanche prête encore à quelques considérations : alors que dans hnite des âges, ses difTércntes variétés se sont peu à peu confondues, il CD est une cependant qui, malgré ses migrations, malgré sa diffusion sur Me la surface du globe, a gardé son autonomie a peu près intacte, et €^f moins par un respect inaltérable des traditions anciennes que par la

règle scrupuleusement observée de ne contracter alliance qu^entn gionnaircs : nous voulons parler de la race juive. Si nettement risée au point de vue ethnique, présente-telle, à l'égard des nudad prédisposition spéciale?

En ce qui concerne les maladies microbiennes, Taptitade pai chez les Israélites ce qu'elle est chez les blancs en général. Une e cependant doit être faite pour la lèpre : Zambaco rapporte qu'à Cn nople, la lèpre ne s'observe que chez les descendants des JoiJ d'Espagne, alors qu'elle ne se montre ni chez les Musulmans, ni Américains, ni même chez les Juifs Karaïtes, anciennement i Crimée. Cette dernière particularité est intéressante, car elle seml trer que cette aptitude à la lèpre est réellement un attribut de r Juifs venus d'Espagne sont en eifet de véritables Sémites, émigi Judée après la prise de Jérusalem par Titus, et chassés plus tard d' par l'Inquisition, tandis que les Karaïtes 'sont des Finnois n'ajan le judaïsme que vers le milieu du huitième siècle (Lagneau).

Beaucoup d'auteurs admettent que les Juifs sont particuli enclins aux maladies nerveuses et mentales, l'idiotie, l'aliénatio térie, le tabès, la neurasthénie; à certaines maladies cutanées, l'eczéma (Hardy) ; enfin et surtout, aux maladies par ralentisseme

nutrition, l'obésité, la goutte, le diabète Voici, à propos deei

nière maladie, comment Bouchard (*) constate et explique cette p sition : € L'hérédité des modes nutritifs vicieux, l'influence du Tinfluence de la vie sédentaire, expliquent, je crois, la singuli quence du diabète chez les Israélites, que M. Bouchardat av reconnue et que Seegen a mise en évidence, puisque, sur 140 dia observés par lui à Carlsbad, 36 appartenaient à la race juive. Rei que les Juifs, dans nos contrées au moins, sont presque tous cita< ne recherchent pas la possession du sol et répugnent au travail de Cette race industrieuse excelle dans le commerce et dans la bai ont donc pour milieu presque exclusif les cités populeuses < exploitation peut être plus lucrative. Leur hygiène est celle des j villes, avec cette aggravation que la nature particulière de leur né prive à un plus haut degré de l'air, de la lumière et de l'exercice, des hommes de bureau et de comptoir. S'ils ne se prodiguent pas rieur, beaucoup d'entre eux aiment la bonne chère. Us réalise l'ensemble des conditions qui créent la nutrition retardante; et < ditions défavorables s'accumulent chez eux par le fait de l'héréd citadins, ils sont fils et petits-fils de citadins. Enfin ces influencei taires défavorables ne sont pas corrigées chez eux, comme pour de la population, par la fréquence des croisements entre gens de et gens de la campagne. Ils se marient exclusivement entre eui côté paternel comme du côté maternel, le jeune Israélite reçoit •

(*) BorcNARD, Maladies par ralentissement de la nutrition, p. 185.

sant des influences héréditaires accumulées qu'il développera à son tour et €]ui aboutiront aux maladies qu'engendre la nutrition ralentie, et en particulier au diabète. »

Cette question a, du reste, été, en 1891, l'objet d'une discussion mouvementée à l'Académie de médecine, à la suite d'une communication de lavai sur la fréquence chez les Juifs d'une variété d'astigmatisme (astigmatisme inverse) (*). Lagneau avait élargi le débat, et Worms et G. Sée, réagissant contre l'opinion généralement admise, refusaient aux Israélites une affinité plus grande que les autres blancs pour les maladies nerveuses et nutritives précédemment énumérées. G. Sée, s'attaquant surtout, à propos du diabète, aux statistiques de Frerichs, de Secgen et de Bouchard, s'efforça d'en atténuer la portée. Si Frerichs, sur 400 diabétiques, comptait 100 Israélites, c'était que, médecin de toute la Judée allemande, il voyait tous les diabétiques juifs, sans connaître la proportion des diabétiques des autres confessions ; si Seegen notait une proportion identique, c'était que les diabétiques sémites, se soignant mieux que les autres, se rendaient religieusement à Garlsbad, où ils ne manquaient pas de consulter Seegen ; Bouchard enfin, au lieu de comparer en bloc juifs et chrétiens, aurait dû comparer seulement juifs et chrétiens placés dans les mêmes conditions hygiéniques, c'est-à-dire inactifs au point de vue musculaire, actifs au point de vue cérébral et vivant confortablement. Cette argumentation spirituellement vive a-t-elle entraîné la conviction : c'est ce que nous ne aurions décider ici.

De ces considérations sur les races, nous croyons devoir rapprocher l'étude de certains caractères, indifférents en apparence, mais qui, chez les individus d'un même genre, peuvent modifier l'aptitude morbide : nous faisons spécialement allusion à l'influence de la couleur.

Peut-être faut-il reléguer au rang des fables l'opinion aussi bizarre fi'andenne, qui attribue aux blancs, comparativement aux nègres, une plus grande aptitude à la fulguration ; l'observation montrerait pourtant que, dans un troupeau frappé par la foudre, les animaux de robe claire sont plus fréquemment atteints que ceux dont le pelage est foncé. On sait encore que beaucoup d'éleveurs de chevaux prétendent pouvoir conclure de la couleur de la robe au caractère et aux qualités physiques de ranimai : c'est ainsi que les chevaux alezans seraient souvent irritables et ricieux; ceux dont le museau est tacheté et blanc, peureux, etc. Tout cela est bien hypothétique, mais voici des faits mieux établis : Darwin avait Rmarqué que les pêches à chair jaune sont fréquemment atteintes de Bttiidies qui épargnent presque absolument les pêches à chair blanche; ^ même, les agriculteurs savent bien que, quand sévit la maladie des pouunes de terre, elle attaque les tubercules à chair violette de préférence va tubercules à chair jaune.

I^ animaux se prêtent à des remarques analogues : les moutons blancs

(*] BuUeHn de CAead. de médecine y séances des 18 août, 8 et 15 septembre 1891.

sont empoisonnés par VHypericum crispum, inoffensif pour les ^^^ noirs (Darwin); les chevaux blancs fournissent la presque tolaUlt^ ^^* de mélanose ; les vaches « qui ont beaucoup de blanc » sont parfi^^*^ ment aptes à contracter la tuberculose (Trasbot, communication i «•' douzy).

Enfin, dans Tespèce humaine, la couleur joue aussi un rôle : dqi, leur Pathologie générale, Hardy et Béhier se déclaraient « tentés de d'après leurs propres observations, la phtisie fréquente chez les rom mais c'est à Landouzy que revient l'honneur d'avoir solidement àalfi réalité et l'importance de cette aptitude. H est revenu à maintes sur ce point dans son enseignement, et ses idées se trouvent coQsi; dans la remarquable tlièse de son élève Dewèvre (*).

On sait comment, évoquant un type familier aux maîtres de F vénitienne, il a fixé les caractères de son t Vénitien » : peau fine blanche, quelquefois marbrée de veinules anormalement déveloj coloration rousse du système pileux, teinte bleue de l'iris, sueurs et odorantes, mollesse des chairs, opulence des formes.... En France moins, les sujets qui réalisent ce type sont des candidats à la tulNr culose.

Depuis nombre d'années, nous avons systématiquement recherché la faits susceptibles de confirmer cette opinion, et leur concordance! entraîné notre conviction. Mais Landouzy est allé plus loin; il a monbi encore que la tuberculose, chez les roux, affectait des allures spéciikfc C'est surtout de tuberculose pulmonaire qu'il s'agit; les adénites, arthrites, les synovites, toutes les variétés en un mot de tuberculose di* rurgicale, sont exceptionnelles; et cette tuberculose pulmonaire estgêaB* ralcment torpide : peu ou pas d'hémoptysie, peu de réaction fébrile, ap|iirition tardive des phénomènes corromptifs, malgré l'intensité des lésiooi locales. Ces malades sont beaucoup plus tuberculeux que phtisiquetf fli appliquant à ces termes, ainsi opposés l'un à l'autre, l'acception q* leur donnait Peter.

§ lY. Influence de la constitution et da tempérament. — Ce n'ai pas sans appréhension que nous abordons ce point particulier de netn travail : car, depuis Hippocrate jusqu'à nos jours, en passant par GalieSp Bocrhaave, Stahl, Bordcu, Cabanis, etc., jamais termes n'ont été pttf souvent confondus, plus mal définis, plus étroitement liés aux vicissitote < des doctrines médicales. Néanmoins, comme on les rencontre à chafis instant sous la plume des médecins et dans la bouche des gens du moiMbr nous devons essayer d'en dégager la véritable signification.

Du chaos des opinions anciennes semble émerger cette idée, que ■ constitution s'entend, pour chaque individu, du degré de développeffloA de l'harmonie, des proportions relatives des divers organes, et de lo^

(*) Dfwj^vrf, Prédisposition des roux & la tnbercnlose Thèiede Parié, 1883.

DE LA PRÉDISPOSmOfi. .409

aptitude à remplir leurs fonctions respectives, tandis que le tempérament relève de Tétai qualitatif et quantitatif des différentes humeurs, se temperant les unes les autres, ou déterminant, par la prédominance de Tune d'elles, Vétat habituel du fonctionnement organique. On voit reparaître là Vopposition, chère aux anciens, des solides et des humeurs !

La conception moderne de la constitution se rapproche sensiblement de Tancienne : pour Bouchard, € c'est tout ce qui concerne les variations individuelles dans la charpente et dans Tarchitecture du corps, dans la proportion des organes, des appareils, de l'organisme entier, dans Tadaptation physique de chaque partie à sa fonction, dans la répartition de la matière, soit dans la totalité de l'organisme, soit dans chaque élément. La cùMtitution a donc trait à la structure du corps ; elle est une caractériitique statique (^). »

Mais, pour le tempérament, l'ancienne notion est beaucoup trop exclusif ement humorale; Robin et Littré en avaient modifié le caractère absolu, en considérant le tempérament comme le € résultat général pour l'organisme de la prédominance d'action d'un organe ou d'un système ». — Nous trouvons encore une telle conception trop étroite ; celle de Bouchard rompt complètement avec les errements anciens : « Le tempérament, dit-il, c'est tout ce qui concerne les variations individuelles de l'activité Dutriti?e et fonctionnelle. Et comme pour un même organisme, ou pour un même élément, l'intensité de la vie et du fonctionnement se lie à l'intensité des transformations de la matière, le tempérament, c'est tout ce qui concerne les variations individuelles dans l'intensité des métamorphMesde la matière vivante. Le tempérament a donc trait à f activité de tùrganisme; il est une caractéristique dynamique (^). »

D résulte de ces définitions mêmes que la constitution et le tempérament ne sont pas immuables : les progrès de l'âge, les maladies, le genre de ne, l'hygiène peuvent les modifier.

Ces préliminaires nettement établis, recherchons maintenant les prédispositions créées par la constitution et le tempérament : il faut reconnaître que sur ce point, les notions acquises sont encore bien vagues.

Il semblerait a priori que les sujets de constitution forte, c'est-à-dire dont le squelette et le système musculaire sont bien développés, la capacité respiratoire considérable, la circulation active, présentent à l'égard des causes morbigènes, une résistance bien plus grande que les sujets de constitution faible, c'est-à-dire offrant les caractères inverses. Et, de fait, il en est généralement ainsi ; mais que d'exceptions à cette règle ! La fièvre lyplK)ïde, la pneumonie, les fièvres éruptives, etc., n'épargnent guère les wjets rigoureux ; dans les villes assiégées ou pour mieux dire partout où ^gnent la misère et les privations, les affections scorbutiques frappent les lorts aussi bien que les faibles : les maladies arthritiques enfin s'attaquent ^ toutes les constitutions.

' «vuic» les cuiisiiiuuuii».

(*) BovouiD, Maladies par ralentissement de la nutrition, p. 25. (*) BoooiAao, Maladies par ralentissement de la nutrition, p. 26.

410 PRÉDISPOSITION ET IMMUNITfi.

Il n'est pas jusqu'à la tuberculose qui ne fasse preuve auss fâcheux éclectisme : san? doute les individus dont le thorax est ^^ mal conformé, la capacité pulmonaire faible, le cœur petit, le^ ^ exiguës, sont nettement prédestinés à la phtisie; mais, comme 1^ Ak déjà remarquer Laënnec, le nombre des sujets porteurs de ces tares cùialh tutionnelles est bien restreint par rapport à la masse énorme àssspbU-^ ques. D'autre part, les médecins de tous les âges ont noté la fréqoâNV relative de la tuberculose chez les athlètes, les portefaix, les débardeon. chez ceux, en un mot, dont la force physique est la condition profe^iofl' nelle sine qua non ; enfin dans l'armée, d'où sont exclus les faibles et la malingres, en vertu d'une sélection, en somme, assez sévère et qui tieol grand compte de la conformation et de la capacité thoraciques, la phtisie fait le nombre de victimes que l'on sait. Yillemin a même fait obserfif que la phtisie frappait souvent les soldats que leur belle apparence anï fait désigner pour les corps d'élite.

Par contre, il n'est pas rare de voir des êtres originellement déMo, échapper à toutes les sortes de maladies, et fournir une carrière exeep* tionnellement longue. Faut-il rappeler à cet égard l'exemple si soimok cité de Voltaire?

De tout cela, il nous semble légitime de conclure, que, parmi les causa prédisposantes, la constitution occupe un rang tout à fait secondaire.

En est-il de même du tempérament? Pour Cabanis, il règle tout dsoi ! l'existence : la santé, comme la maladie; il inspire les grandes idées et la résolutions criminelles ; c'est lui (le tempérament bilieux — mélancolique) « qui détermine les sombres emportements des Tibère et des Sylla» la fureurs hypocrites des Dominique, des Louis XI et des Robespierre, la atrocités capricieuses des Henri YIII, les vengeances réfléchies et p^séfé* rantes des Philippe II, etc.(*) : c'est peut-être aller un peu loin.

C'est encore Chomel(*) qui a apporté le plus de précision dans les dêt«^ minations des tempéraments et des prédispositions qu'ils créent : il admet cinq tempéraments qui prédisposent :

1*^ Le tempérament sanguin, à la phlétore, aux phlegmasies profondOf aux hémorrhagies;

2** Le tempérament lymphatique, aux catarrhes, aux écoulements chroniques, aux hydropisies, à la scrofule, au scorbut. Les réactions sont faibles, à marche lente;

3® Le tempérament nerveux, à l'hystérie, à l'hypochondrie, aux conTulsions, aux troubles intellectuels, à la mélancolie, à la manie, etc. 1^ marche de ces maladies est irrégulière et leur terminaison incertain*?

4® Le tempérament bilieux, aux flux bilieux, aux exanthèmes, ^^ maladies organiques, à la dégénérescence cancéreuse;

5** Les tempéraments mixtes, qui offrent les affections propreàcl»<^ des tempéraments réunis.

(^) Gabakis, Rapporte du physique et du moral de rhomme, t. Il, p. 44IL (*) Cromil, dté par Luton. IHclionnaire Jaecoud (article TkiirtfiuHnT).

DE LA PRÉDISPOSITION. -Ml

n est inutile de relever ce que ces divisions ont d'arbitraire.

A une époque plus rapprochée, Luton a tenté de secouer le joug des anciennes idées humorales ; mais sa division des tempéraments en physiologiques (tempéraments constituant, erotique, adulte, de conservation) et moiiides (tempéraments nerveux, bilieux), si originale qu'elle soit, prêtait à trop d'objections pour être acceptée.

D faut d'ailleurs reconnaître que l'étude des tempéraments a peu séduit nos contemporains; c'est une question tout entière à reprendre.

§ V. Influence des diathëses. — La destinée du mot diathèse semble avoir été d'entretenir aussi une perpétuelle confusion. Pris par les différents auteurs dans les acceptions les plus diverses, véritable état morbide pour les uns, simple prédisposition pour les autres, il exige avant tout une définition précise.

Pour rÉcole de Montpellier, dont Grasset s'est constitué, à notre époque, le champion autorisé, la diathèse est € une maladie spontanée, émancipée de sa cause provocatrice; une affection chronique, c'est-à-dire dont les actes manifestateurs sont lents, ou, s'ils évoluent rapidement, sont séparés par des intervalles; enfin, dont les manifestations sont multiples et variées (troubles fonctionnels, lésions anatomiques, troubles nutritifs) ». Ainsi enfisagés, les états diathésiques comprennent les affections les plus disparates : des maladies virulentes ou parasitaires, comme la syphilis, la tuberculose, l'impaludisme; des intoxications, comme l'alcoolisme; des maladies par troubles de la nutrition, comme la goutte : un tel groupement est-il parfaitement logique? Tout autre est, pour l'École de Paris, la conception de la diathèse : c'est, d'après Bouchard, « un trouble permanent des mutations nutritives qui prépare, provoque et entretient des maladies différentes comme formes symptomatiques, comme siège anatomique, comme processus pathologique » . Ce n'est donc point la maladie constituée, inais la modification du type physiologique qui permettra à la maladie de s'établir et d'évoluer.

Cette définition une fois admise, le nombre des diathèses se restreint singulièrement : Bouchard n'en admet que deux, la scrofule et l'arthritisme; Lancereaux, deux également, mais son herpétisme correspond à peu près à l'arthritisme de Bouchard, moins cependant la goutte et le rhumatisme articulaire aigu ; Hallopeau, trois : la scrofule, l'arthritisme et l'herpétisme. Ces classifications ne sont du reste pas inconciliables, puisqu'elles ont une base commune : la diathèse envisagée comme une simple prédisposition. Nous ne nous arrêterons donc pas à les discuter, et, adoptant les idées de Bouehard, nous allons rechercher à quelles maladies sont exposés les scrofuleux et les arthritiques.

L'ancienne scrofule, la maladie scrofuleuse, comme la concevait Lugol, ^ été démembrée, et, quand on en a distrait ce qui appartient à juste titre * la tuberculose, à la syphilis, aux teignes, il semble qu'il n'en doive plus nen rester. Ce qui en subsiste pourtant, c'est un trouble nutritif perma-

412 PRÉDISPOSITION ET DQIUNITÉ.

nent, héréditaire ou acquis, mal connu dans son essence, mi dans ses manifestations (odeur aigre, sueurs et selles acides, o proportion exagérée de Teau dans le tissu osseux, etc.), et qui c la diathèse. 11 en résulte, à Tégard de causes banales en apparen vulnérabilité spéciale, accusée surtout pour certains tissus : c'est, peau, Teczéma, Timpétigo, la furonculose, les panaris sous-épiderim/ pour les muqueuses, le coryza, Tangine, les bronchites, les entérites -^ conjonctivites; pour les organes lymphoïdes, les adénites, l'hypertn)^^'' des amygdales et des glandes naso-pharyngées, etc. Aucune de ces aif^ tions n'est spécifique; elles sont dues à des microbes vulgaires, sap^^*^ phytes ou pyogènes. Mais, trouvant chez le scrofuleux un terrain éraincr^^ ment favorable, elles s'y développent avec une fréquence, une facilité ^' une ténacité désespérantes, et suivent dans leur évolution une mareb^ particulière. La régression des produits inflammatoires est lente, souven* interrompue par de nouvelles poussées, et il en résulte un épaississemenf chronique des tissus, dû surtout à des altérations matérielles et fonction^ nelles des vaisseaux lymphatiques. L'augmentation de volume de la lèTrc supérieure et du nez, causée par des lésions de cet ordre, constitue même un des traits les plus accusés et les plus caractéristiques du faciès scrofuleux.

Les scrofuleux deviennent, en outre, fréquemment tuberculeux, comme tous les débilités ; et cela se conç^oit d'autant mieux que, d'une part, les troubles nutritifs favorisent l'implantation et la pullulation du bacille, el que, d'autre part, les inflammations catarrhales des voies respiratoires hi servent volontiers de porte d'entrée.

Enfin la scrofule parait encore prédisposer au rhumatisme noueux; celte singulière maladie, dont le rang nosologique est encore si mal déterminé, se rencontrerait en efl*et fréquemment, d'après Bouchard, chez d'ancien» scrofuleux.

La diathèse arthritique (ou oligotrophique, ou ocnotrophique, oubradj* trophique, si l'on tient à substituer un néologisme à un vieux mot« mauvais comme étymologie, mais consacré par l'usage) est liée au ralentissement de la nutrition. Bouchard en a fixé les caractères et précisé Itf différents modes; ils sont trop connus pour que nous croyions utile de les reproduire ici(^). Ce ralentissement de la nutrition prépare des maladies distinctes par leur nature, leur siège et leur évolution, mais gardant entre elles un lien d'étroite parenté; elles se rencontrent, en effet, soit sur le même sujet, soit dans une même famille, soit dans des générations successives, sans qu'on puisse ne voir là (tant les statistiques sont concordantes) qu'une association fortuite : ce sont, avant tout, la dyscrasie acide, l'oxalurie, la lithiase biliaire, Tobésité, le diabète, la gravelle et la goutte. 11 convient d'y ajouter le rhumatisme partiel, les nodosités d'Heberden, l'asthme, certaines bronchites sibilantes, certaines dyspepsies, la migraine,

*) Bouchard, Maladies par ralentissement de la nutrition. Poêiim, — - P. Le (vmwti, Trouble et maladies de la nutrition Traité de médecine^ t. I.

l'eczéina, Turticaire. On y plaçait autrefois, et même en tête de la liste, le rhumatisme articulaire aigu franc ; aujourd'hui qu'on tend à en faire une maladie infectieuse, on le détache volontiers de la grande famille arthritique. Et pourtant, quand bien même la nature parasitaire en serait dûment établie, ne faudrait-il pas admettre encore que son microbe a besoin, pour se développer, d'un terrain préparé par la nutrition retardante : quand on interroge en efTet les antécédents personnels ou familiaux des sujets que frappe le rhumatisme articulaire aigu, on y trouve, avec une fréquence exceptionnelle, les autres maladies réputées arthritiques. Est-ce donc ià une notion négligeable?

EnGn, pour certains auteurs, le champ déjà si vaste de Tarthritisme doit être encore élargi : c'est ainsi que Lancereaux, qui, sous le nom d'herpétisme, englobe tout l'arthritisme de Bouchard, moins la goutte et le rhumatisme aigu, y fait encore entrer : le spasme de la glotte, les palpitations cardiaques et artérielles, la spermatorrhée, l'aspermatisme, l'incontinence nocturne de l'urine, le vaginisme, Toesophagisme, le spasme anal, l'hypercrinie biliaire, la polyurie, la dilatation de l'estomac, la crampe des écri- Tains, la rétraction de l'aponévrose palmaire, affections dans laquelle le système nerveuxjoue un rôle prédominant. De là à attribuer à l'arthritisme une prédisposition marquée pour la plupart des affections nerveuses, notamment les névroses et les psychoses, il n'y avait qu'un pas, et ce pas a été franchi. Cette généralisation est-elle bien légitime? Nous nous rattacherions volontiers à l'opinion de Féré (*) : « L'arthritisme n'a-t-il qu'une puissance excitatrice particulièrement active, ou bien l'arthritisme et la diathèse (?) névropathique sont-ils deux états congénères résultant d'un trouble de la nutrition différemment spécialisé? c'est cette dernière interprétation que j'accepte, c'est à titre d'état de dégénérescence que la névropathie,la scrofule, la tuberculose, l'arthritisme, etc., se trouvent combinés dans les familles et, dans certaines conditions, se transforment réciproquement ».

Restent encore à examiner les relations de l'arthritisme et du cancer. On connaît à cet égard l'opinion de Vcrneuil et de son élève Ricard, qui pourrait presque se résumer ainsi : « Tout néoplasique est arthritique j> ; affirmation sans doute trop absolue, mais qui renferme une grande part de vérité. C'est du reste l'ancienne idée de Bazin, de Gintrac, de Pujol, Je Hardy, qui rangeaient le cancer au rang des terminaisons fréquentes de Tarthrilisme ou de la dartre. Cazalis et Pagci croyaient le cancer fréquent diez les goutteux; Bazin était plus précis encore, puisqu'il disait que le cancer des goutteux se manifestait de préférence au rectum et à la vessie. Teissier a observé un certain nombre de diabétiques qui succombaient à des cancers d'ailleurs variés comme localisation (rectum, pancréas, utérus, côlon descendant, estomac...). Paget a réuni un assez grand nombre de cas de .cancer de la mamelle, chez des sujets antérieurement

(*) fUif cité ptr Boimkt, Les |)arcutés morbides. T/ièse d'agrégation^ 1880.

atteints d'affections diathésiqùes de la peau. Enfin» quand les cancéreux n'ont pas par eux-mêmes de tare arthritique bien manifeste, on trouvai fréquemment Tarthritisme chez leurs ascendants.

Pour ces différentes raisons, nous croyons fermement que rarthritisme prédispose au cancer. Mais, si le fait nous semble bien établi, rexplicati» en est encore bien hypothétique. Gigot-Suard avait prétendu que l'administration de l'acide urique aux chiens et aux lapins les prédisposait ai développement des tumeurs cancéreuses. Cette conclusion n'a guère été confirmée; de même Topinion deRommelaëre, qui fait jouer, pour la production du cancer, un rôle important à un trouble nutritif décelé par l'hypoazoturie, est loin d'être acceptée sans conteste. C'est donc une question à reprendre.

§ YI. Influence des professions. — Les professions ont une influeooe considérable sur les maladies, mais bien moins par les prédispositions qu'elles créent, qu'à titre de causes occasionnelles. On ne peut en effet, sans abus de langage, dire que les mégissiers soient prédisposés au dla^ bon, les palefreniers à la morve, les peintres en bâtiment au saturnisme, les marchands de vin à l'alcoolisme ; en provoquant et en multipliant ks contacts avec les agents infectieux ou toxiques, la profession, dans ces cas, expose à l'infection ou à l'intoxication, mais elle n'y pr^dùpose pas. Quand, au contraire, les travaux professionnels surmènent ou irritent chroniquement un organe, au point d'en faire un hcus minoris r^stftentiœ, ou quand, en raison de conditions hygiéniques vicieuses, ils sont pour l'économie entière une cause de déchéance susceptible de provoquer une maladie d'un ordre quelconque; alors on peut dire a?ee raison que la profession joue le rôle de cause prédisposante. 11 était nécessaire d'établir ainsi une distinction entre les accidents ou maladies professionnelles qui intéressent surtout l'hygiéniste, et les prédispositions professionnelles qui seules doivent nous occuper ici.

Précisons par quelques exemples. L'appareil respiratoire devient '■ fréquemment, du fait de la profession, un terrain bien préparé pour l'évolution de la tuberculose. On sait combien sont nombreuses les professions qui exposent à l'inhalation de poussières, soit animales (batteurs de tapis, cardeurs de laine, matelassiers, etc.), soit végétales (meuniers, boulangers, fumistes, ouvriers des manufactures de tabac, etc.)» soit minérales (aiguiseurs, fondeurs, marbriers, mineurs, porcelainiers, etc.). Ces différentes poussières, nocives à des degrés divers, ont pour effet commun de produire les broncho-pneumonies chroniques, atec infiltration des vaisseaux et ganglions lymphatiques, qu'on décrit sous le nom générique de pneumokonioses. Parfois les choses en restent là« mais souvent aussi on voit apparaître et évoluer une véritable phtisie, remarquable surtout par la lenteur de sa marche. Et ce terme phtisie ne doit prêter à nulle équivoque, c'est bien de phtisie 6aciUatre qu'il s'agit, comme Bouland l'a démontré pour les porcelainiers. Il est bien

évident que la profession, en provoquant les altérations broncho-pulmooaires signalées plus haut, a rendu possibles et même faciles la fixation et la pullulation du parasite.

Autre exemple non moins frappant, emprunté à des faits d'un tout autre ordre : on s'accorde généralement à placer au premier rang, parmi les causes prédisposantes du rhumatisme chronique déformant, l'action prolongée du froid humide. Par suite, toutes les professions (et nous allons voir combien elles sont nombreuses et disparates) qui exposent à cette action, doivent fournir un lourd contingent à la liste des rhumatisants chroniques. C'est en effet ainsi que les choses se présentent. Le rhumatisme noueux est la maladie des vieux paysans, qui, mouillés par la pluie au cours de leurs travaux champêtres, n'ont souvent pour toute habitation qu'une pièce unique au ras du sol et par conséquent plus ou moins humide; des soldats, qui, au bivouac, ont couché par tous les temps sur la terre; des égouttiers, des blanchisseuses, des débardeurs, des pécheurs, des terrassiers et enfin des commerçants et des concierges, dont rarrière-boutique et la loge semblent être, jusque dans les maisons modernes, la négation même de l'hygiène.

Nais c'est surtout à l'égard des maladies nerveuses et mentales que les professions créent une prédisposition évidente; c'est sur les écrivains, les artistes, les avocats, les savants, les médecins, sur ceux, en un mot, qui suivent les carrières libérales, que sévissent de préférence les névroses, la neurasthénie, les différentes formes de l'aliénation mentale, la syphilis cérébrale, le tabès, le rhumatisme cérébral.... Est-il surprenant qu'un système nerveux soumis dès l'enfance à un surmenage ininterrompu, soit, pour les déterminations des maladies infectieuses ou toxiques, un lieu d'élection tout désigné?

Les mêmes réflexions s'appliquent aux maladies par ralentissement de la nutrition; de tout temps, la goutte, le diabète, la lithiase biliaire, la gravelle urique, etc., ont été considérés comme les maladies des maîtres, de ceux qui mènent une existence sédentaire et ne dédaignent pas une alimentation plantureuse. Elles frappent les riches citadins, les gens de lettres, le^ financiers, les politiques, chez qui l'activité exagérée du système nerveux s'unit à l'inaction musculaire pour produire le retard des mutations nutritives. 11 est inutile d'insister sur cette étiologie bien connue, mais dont il convient cependant de ne pas exagérer la portée ; ne voit-on pas, par exemple, l'ouvrier payer aussi son tribut à la goutte, quand le saturnisme, avec ses altérations organiques et humorales, a produit chez lui, au point de vue de la nutrition, un véritable état diathé- <><|ue. L'intoxication a corrigé Tincgalité sociale.

D'ailleurs, dans la société contemporaine, à mesure qu'une hygiène mieux éclairée des habitations ouvrières, des ateliers et de exploitations industrielles, une répartition plus équitable des heures de repos et de ^^il, une plus grande somme de bien-être matériel et moral, écarte des classes laborieuses un grand nombre de causes de déchéance orga-

nique, et tend à ramener à un type uniforme les conditions de l'existence, on voit aussi la pathologie tendre à la même uniformité; ce quiétiil naguère le morbus domini devient la maladie de tout le monde. Ccsl ainsi que dans la clientèle hospitalière, les goutteux, les diabétiques, lei lithiasiques, seraient bien plus nombreux qu'autrefois. Peut-être faat-3 voir là l'effet de l'erreur qui consiste à accorder à l'homme, quelle que soit sa profession, qu'il travaille avec son cerveau ou avec ses mosdes, une alimentation toujours la même, c Aujourd'hui, dit Bouchard (*), on mange relativement trop de viande, et cela dans toutes les classes de b société. Je ne me plains pas que l'usage de la viande se soit répando, que les villages où la viande faisait son apparition une ou deux fois pv an, aient aujourd'hui leur boucherie, où l'on tue deux fois par semaine. Je trouve bon que l'ouvrier des villes, que le travailleur des champs ail sa part dans l'alimentation azotée, mais je ne veux pas que cette part soit exagérée ; je ne veux pas que, demandant à la viande de réparer ks éléments anatomiques, on lui demande encore d'être le combustiUe qm doit créer la chaleur et la force. Je concède la viande à chaque homme dans la proportion de la masse de son corps et de l'activité de ses mutations nutritives, la donnant en plus forte proportion aux penseurs et a ceux qui ayant des mutations plus actives, ont besoin de forces en réserve pour pouvoir, à un moment, fournir un travail extraordinaire. Mai^ je ne veux pas qu'on fasse du travail musculaire avec de la viande; le travaO musculaire doit se faire avec du pain et de la graisse. Je veux que cette richesse soit économisée et qu'on ne crée pas aux classes nécessiteuses des besoins factices et coûteux. Les médecins sont complices de cette grande erreur économique; c'est à eux qu'il appartiendrait, au contraire, de faire connaître la vérité, de montrer quel abus on fait des viandes et quel préjudice en résulte, non seulement pour la richesse publique, mais pour la santé publique. » C'est ce qu'on ne saurait trop dire, sans grande chance d'ailleurs d'être écoulé.

Quelques mots encore sur l'influence du milieu ; souvent on a fait le procès des conditions fâcheuses de la vie urbaine, mais nul ne l'a fait en termes plus heureux que M. Peter : il nous montre l'écolier vivant dans un air ruminé, s'éiiolant dans les salles d'étude mal aérées et dans les cours sans soleil, s'i m mobilisant sur des bancs, c les muscles au repos, et la cervelle aux travaux forcés » ; il nous montre le jeune soldat quittant ses champs pour la caserne, et y trouvant une chambrée à l'air méphitique, une nourriture toujours la même et les fatigues d'un travail nouveau pour lui, sans compter le tabac et l'alcool auxquels il demande le soulagement de sa nostalgie; il nous fait parcourir les ateliers et les bureaux où tout semble conspirer à produire l'étiolement; il nous fait même pénétrer dans les appartements des riches, où c fenêtres aux bourrelets impitoyables rigoureusement closes, rideaux soigneusement tirés»

(>) BoucHAnn, Maladies par ralentissement de la nutrition, p. 211

DE LA PRËDISPOSmOxN. 417

M abaissés pour tamiser la lumière » arriyent à rendre l'aération Jument et yolontairement insuffisante. Comment s'étonner s'il conaprèscela : c Donnez-moi une grande ville avec son hygiène dépravée, s TOUS rendrai une population de tuberculeux »• On ne peut que icrire à cette manière de voir.

Vn. Influence dn climat, c — Le climat est l'ensemble des circonces [diysiques attachées à chaque localité, envisagé dans ses rapports \ les êtres organisés. » Cette vieille définition d'IIippocrate est encore nise aujourd'hui. Il ne saurait entrer dans notre cadre de décrire les aentff constitutifs des climats (latitude, altitude, température, hygro* rie, etc.), ni d'étudier les maladies qui appartiennent à chacun n : ce serait empiéter sur la géographie médicale. Notre rôle, beaup plus modeste, se bornera à rechercher comment les climats, en nant sur la biologie de l'étrct peuvent créer l'aptitude à la maladie. i chaque climat correspondent une faune et une flore bien caractéris. Transportés dans un cUmat difTcrent, animaux et plantes s'étiolent, tgoissent et meurent le plus souvent sans faire souche» ou bien, s'ils it capables de s'adapter à leur milieu nouveau, subissent les modificam les plus profondes ; c'est ainsi que, dans les climats froids, la ciguë TieoDit cessent d'être vénéneux, et que la rhubarbe, accUmatéede Chine Angleterre, perd ses propriétés médicinales.

Lliomme est soumis aux mêmes lois. Quand l'Européen, par exemple, ugre vers les pays chauds, il subit d'abord personnellement les atteintes idimat, et sa descendance, originellement débile, ne fournit qu'un petit nnbre de générations. Ce qui se passe en Egypte est particulièrement structif. Jamais la race indo-européenne n'a pu s'y acclimater : € Les iintodes Européens et des Turcs, dit Pruner-bey (cité par Proust), parvien- Qt rarement, malgré les soins les plus assidus, à y franchir la première lance >, et, ce qui prouve bien que le climat est seul en cause, c'est que s mêmes enfants, envoyés en Europe, s'élèvent très facilement. Le même il s'observe dans rinde, où les Anglais ne peuvent qu'exceptionnellement ire souche.

D nous faut maintenant étudier l'influence du climat sur l'individu pris I loi-même.

Dans les climats chauds, la circulation est active, le pouls fréquent, la ^piratioD accélérée, l'exhalation pulmonaire considérable, la sueur abonlote. Les autres sécrétions subissent une diminution parallèle : la salive t épaisse et rare, l'urine en faible quantité, le taux de l'urée peu élevé, is fonctions digestives languissent, l'appétit est diminué et la ration entretien nécessaire à la vie peu considérable ; la bile, sécrétée en excès, inote la suractivité fonctionnelle du foie, la constipation est la règle. Le "stème nerveux est, ou déprimé, ou anormalement excité; le travail musilaire devient pénible, la nutrition générale est profondément troublée. De tout cela résulte une anémie plus ou moins accentuée, l'anémie des

HTIOLOCIB CLXÉRALS. — 1 S7

PRÉDISPOSITION ET IMMUMTÊ.

pays chniida. Ce n'est pas encore la maladie, c'est, en tout cas, l'iau nence morliiile; le ten-ain est prêt pour l'entrée en jou de.* pai* C'estalors qu'nppara liront, suivant les pays, la fièvre jaune, le cboléiii dysenterie, les diarrhées, l' impaludisme, le béribéri, la dengue, les tions cutanées les plus diverses, sans préjudice des maladies qui se n trent partout, comme la tuberculose, les fièvres éruptives. etc.

La fréquence relative de ces maladies, leurs variétés, leurs forn»» niques, leur degré de gravité, leur répartition, ne peuvent trouTprpI que dans l'élude détaillée de chaque pays.

Dans les climats septentrionaux, l'organisme, obligé de luttera rerroidit^sement, doit exagérer sa production de chaleur animale : de lï,i suractivité nécessaire des ronrtions re s pt 1*310 ires, circulatoires et S{ tives, avec diminution parallèle de l'activité cutanée; de là aussi, oU tion d'ajouter aux aliments azotés une forte proportion de matèa ternaires ; de là enfin, une propension marquée à abuser des cùodiiu des excitants, de l'alcool. De tout cela résulte une tendance aux phkg sies chroniques des voies digestives et au ralentissement de la n générale. Aussi, tandis que, dans ces climats, les conditions ieWvn favorables écartent les endémies, les maladies d'ordre nutritif deneu elles prépondérantes. C'est ainsi que la goutte, dont nous avons d'aill signalé l'ubiquité, est d'autant plus fréquente qu'on se rapproche dnl et qu'on pénètre dans les pays bas ou humides, dans la Uollande, l'il terre, l'Allemagne, contrées où l'on trouve en même temps le racUtfa l'ostéomalacie, l'obésité, le diabète, la lithiase biliaire (Kouchard).

Enfin, dans les climats polaires, le froid excessif, en gênant la df tion capillaire de la peau, prédispose aux congestions viscèralest b que l'éclat de la lumière réBéchie sur la neige, l'impétuosité du vent fumée qui remplit les hahitntions. rendent fréquentes les ophtli^ D'autre part, la nécessité de vivre dans des habitations mal aéréet i privation des aliments frais et surtout des végétaux, provo(|uent Im' physiologique (Bouchardat) : de là. l'aptitude au typhus et aux mh scorbutiques.

Les climats tempérés ne prêtent, au point de vue spécial qui D occupe, à aucune considération particulière.

Nous croyons devoir borner là ces notions très générales, rmn pour plus de détails aux chapitres oij sont traitées la répartition géa phique des maladies, les endémies, les épidémies, etc.

S VllI. Influence des maladiee antérieares. — En terminant \'tt de la prédisposition, il est encore un point que nous désirons »\<etii l'opportunité créée par une maladie, soit pour une nouvelle alteinted même maladie, soit pour une maladie différente.

On sait avec quelle facilité récidivent la blennorrhagîe et les atcA qui souvent la compliquent (orchile. arthrites); avec quelle fréqtM reparaissent, chez ceux qui en ont été une première Fois atteints, !'«]

DE LA PRËDISPOSmON. 419

pelé, le rhumatisme articulaire aigu, la pneumonie, Therpès... Dans les eas de ce gem^, et il serait facile d'en multiplier les exemples, une preoûère atteinte crée une prédisposition évidente, soit que le terrain modifié devienne plus apte à recevoir à nouveau le genre infectant, soit qu'après la guérison, ce germe demeure dans l'organisme avec la faculté de recouvrer, sous certaines influences, une activité nouvelle (microbisme latent). La présence du pneumocoque dans la salive des anciens pneumoniques, pendant une durée indéfinie (Netter), fournit une base positive à cette opinion.

Mais ce n'est pas tout : certaines affections prédisposent à certaines antres; pour la tuberculose pulmonaire, par exemple, le terrain est souvent préparé par la rougeole, la coqueluche, la grippe. A cette liste on ne manquait pas autrefois d'ajouter la pleurésie, car, de tout temps, les médecins avaient noté l'extrême fréquence du développement de la phtisie ebez les sujets antérieurement atteints de pleurésie dite franche, simple on a frigore. A un fait aussi patent, les explications ne manquaient pas et pouvaient se résumer ainsi : le poumon, plus ou moins comprimé par Tépanchement, puis gêné dans son expansion par une coque ou des brides ibreuses, subissait, dans sa fonction et sa nutrition, une atteinte profonde, et devenait ainsi un locus minoris resistentiœ. — Actuellement b question a changé d'aspect et nous semble avoir fait un pas décisif. Lmdouzy, puis Kclsch et Yaillard, par des observations cliniques et des bit8 expérimentaux, ont établi que ces pleurésies qui ne font pas leur preuve, c'est-à-dire qui ne sont liées ni à une pneumonie, ni à une bronchopneumonie, ni à un rhumatisme articulaire aigu (Landouzy), ne sont ju prétuberculeuses f mais fonction de tuberculose ; ce sont des tuberculoses locales, et le pleurétique est déjà tuberculeux, au même titre qu'un porteur d'écrouelles, de tumeur blanche ou de lupus. Le fait que toute pleurésie n'est pas fatalement suivie de phtisie, n'infirme nullement cette manière de voir. Nie-t-on la nature tuberculeuse des écrouelles, des tumeurs blanches ou du lupus, parce que les porteurs de ces afl'ections ne deviennent pas nécessairement phtisiques?

A propos de la tuberculose, Landouzy a encore attiré l'attention sur la prédisposition créée par la variole. Voici comment il s'exprimait, en 1888, au Congrès de la tuberculose : € Quant à l'opportunité acquise, un bit m'a frappé ; c'est que tout individu qui a été variolisé devient un candidat à la tuberculose. Je puis affirmer que, depuis six ans, j'ai observé ôOOvarioleux, vaccinés ou non (ce chiffre parait considérable), et que sur ce nombre, je n'en ai trouvé que 10 qui n'étaient pas tuberculeux. Ils étaient âgés de seize à cinquante-neuf ans; et encore sur les 10 qui n'étaient pas tuberculeux, il y en avait 5 qui, par ce fait qu'ils étaient des cardiopathes ou des artério-scléreux, étaient presque mis à l'abri de la contagion de la tuberculose. »

Depuis cette époque, non seulement il n'a pas modifié cette opinion, n^ 868 nouvelles observations sont venues la raffermir encore (communl-

PBCDisposrnoN et mumiTê.

catioD orale); comme conséquence logique, il y aurait lieu df j)c|i faire séjourner dans les locaux nosocomiaux riches en bacilles le^ofri antérieurement varie lises.

Pierron (de Bordeaux) avait attribué à la vaccinalion la inème in prédisposante; les faits ne semblent pas beureusemcat coDrirmer cdl opinion, notamment les recherches de Vinogradof (d'Odessa) et de Ul gard Tpdal.

Sans quitter la tuberculose, que nous avons choisie comme eienqilj ii est facile de montrer que les maladies infectieuses ne sont pas senla créer une prédisposition ; les troubles de la nutrition jouent auss rôle considérable. Nous devons ciler d'abord les aiïections chronique tube digestif : rétrécissements simples ou cancéreux de l'œsopbip ulcères simples ou «^ncéroux de l'estomac, dilalalton gastrique, div rhées prolongées, tj'phlites à rechutes, etc.

Toutes ces causes agissent sans nul doute en rendant l'assimiblil insuRisante, et en favorisant les auto-intoxications, mais il y a aussi compte du rôle protecteur que les sécrétions normales du tul>e dig^ll en particulier le suc gastrique semblent jouer à l'égard des ngents oAt lieux. Toute allection qui modifiera ces sécrétions et diminuen 1(1 pouvoir bactéricide deviendra par là même une cause de réceptrvil^.

C'est d'ailleurs une observation d'une portée générale, et qui {H s'appliquer à bien d'autres maladies que la tuberculose : 0Dsait.fl exemple, le rôle considérable attribué par Le Gendre k la dilaUtloa A l'estomac comme cause prédisposante de la fièvre typhoïde.

C'est probablement encore par les troubles nutritifs qu'elles e ^ drent que les maladies nerveuses chroniques appellent ta phtisie:! tabès, la sclérose en plaques, la maladie de Parkinson, la parai jsit gM raie, les vésanies, l'épilepsie, l'hystérie même ont souvent pouritt tissant commun la phtisie, surtout quand les causes de contagioo M multipliées, comme dans les établissements hospitaliers.

Enfin, parmi les maladies dues au ralentissement de la nutrition, 3l est une, le diabète, dont l'action phtisiogène est admise par tntUiil croyons que les altérations humorales, l'hyperglycémie notamuteal, tn pour la puUulation du parasite un milieu de prédilection. Roux et MoO ont d'ailleurs expérimentalement démontré l'action favorable des wH sucrés sur le développement du bacille de Koch. Celte opportunilj CI aussi pour d'autres microbes: la fréquence des lymphangites, des p grènes, à la suite d'un traumatisme insignifiant, en est la preuve.

Une expérience de 0. Bujwid jette un grand jour sur h pathog^ie ces gangrènes, en montrant que le staphylococcus aureus, agent pyo^ par excellence, est capable de produire, chez les animaux, des plaquti sphacèle, si l'on injecte en même temps une solution de glycos à-dire si l'on reproduit artificiellement les condîtioDs humorales diabète.

Certaines ïntoucalions, comme l'alcoolisme, conduiscnl aussi à 1

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phtisie, mais le mécanisme est des plus complexes, toutes les causes pouvant amener une déchéance profonde de l'organisme se trouvant réunies : altérations du tube digestif, du foie, des artères, du système nerveux. C'est ce que Lancereaux a surtout bien mis en lumière, et, pour notre part, nous croyons que, dans les grandes villes du moins, l'alcoolisme est, pour la phtisie acquise, la cause prédisposante la plus efficace.

Il y aurait enfin, dans un tout autre ordre d'idées, à rechercher si certaines lésions locales ne deviennent pas une cause d'appel pour la tuberculose; on sait le rôle attribué par Morton et Broussais au sang épanché dans les bronches : c'est la vieille doctrine de la phthisis ah hemoptoe reprise par Niemeyer et Jaccoud. Sans doute, dans beaucoup de cas, l'hémoptysie est la manifestation extérieure d'une tuberculose déjà en puissance; mais parfois aussi, l'hémoptysie, due à une cause parfaitement déterminée, un traumatisme par exemple, parait bien avoir été le point de départ d'une réaction locale propre à amener la fixation et la pullubtion du bacille spécifique. Le fait que Jaccoud a publié dans ses Cliniques de la Pitié (1886-1887) nous paraît particulièrement de nature à entraîner la conviction.

EnGn Landouzy (communication orale) appelait récemment notre attention sur la facilité avec laquelle, à échéance variable, les anciens trachéotomisés devenaient tuberculeux. Faudrait-il chercher l'explication de ce fait dans la formation cicatricielle d'un éperon, d'un rétrécissement relatif de la trachée, offrant au parasite un point facile d'implantation?

On voit par là combien sont nombreuses les aptitudes créées par les mahdies antérieures !

Souvent les raisons de cette influence nous échappent ; parfois, cependant, on commence à les entrevoir. Puisque beaucoup de maladies infectieuses impriment à l'organisme des modifications assez profondes pour préserver d'une récidive, il n'est pas illogique d'admettre la possibilité de modifications d'un autre ordre, susceptibles de préparer le terrain à de nou- Teaux parasites. Une expérience de Roger vient appuyer celte hypothèse : le bacille du charbon symptomatique et le Bacillus prodigiosus^ inoculés séparément, ne sont pas pathogènes pour le lapin; si au contraire, on les inocule simultanément, le charbon se développe et l'animal meurt. hï étudiant de près les résultats de cette expérience, Roger a reconnu que le microbe auxiliaire, le prodigiosus, agissait en sécrétant des substances nocives qui n'altéraient pas localement les tissus, mais modifiaient l'état général. Les produits sécrétés par un parasite sont donc capables de favoriser Faction d'un parasite différent; c'est peut-être par des moyens de ce genre qu'une maladie infectieuse prépare le terrain à une infection nouvelle.

Nous ne pouvons clore ce rapide exposé des causes prédisposantes sans exprimer un regret, c'est d'avoir dû le plus souvent nous borner à

An PRËpisposmoN et iumumité.

constater et à grouper des faits, sans même tenter de les expliquer. Cot dire que, si les conditions de la prédisposition sont aujourd'hui mm, connues qu'autrefois, sa nature intime est toujours entourée des mèn«.-4 obscurités, n faut reconnaître, du reste, que l'aridité du sujet a peu tofti les observateurs, et que, sur ce point, les documents, surtout récents, snA d'une rareté et d'une pauvreté désespérantes. Nous allons voir qu'il n et est pas de même pour l'immunité.

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