MAL DES MONTAGNES - MAL DES BALLONS
I. Dans ce premier chapitre nous étudierons séparément l'action de chacun des agents physiques.
Chaleur. — Action locale. — Brûlure. — La chaleur produit sur nos tissus les lésions les plus variables, depuis le plus léger érythème jusqu'aux altérations les plus profondes et les plus destructives telles que la gangrène. L'intensité du calorique, la durée de son action, la nature de la source de chaleur règlent Tintensité des désordres produits.
Depuis Dupuytren, la division des brûlures en six degrés suivant h profondeur des lésions est admise par tous les auteurs. Il serait peut-être
ACnON DIRECTE DES AGENTS PITiSIQUES. 62v
plus intéressant, au point de vue de la pathologie générale, de ne consi- Jerer que l'étendue des surfaces atteintes, car c'est le facteur le plus important des troubles généraux qui accompagnent les brûlures. La lestraction, même totale, des tissus, si elle est limitée à rextréniité d'un loigt par exemple, aura peu de retentissement général; une brûlure légère, si elle atteint la totalité de la surface du corps, donnera souvent lieu aux plus graves complications.
Le calorique peut agir de plusieurs façons : par rayonnement, il ne produit, en général, que l'érythème (érythème des verriers, des fondeurs); par contact, il détermine des brûlures limitées, mais qui seront profondes si Fagent destructif est un corps solide ou un liquide à température élevée, comme c'est le cas pour les métaux en fusion. En général, Faction des liquides est étendue mais superficielle. Les brûlures de ee genre peuvent être observées sur les muqueuses aussi bien que sur la peau. La bouche, le pharynx, l'œsophage, le rectum sont le plus sou- Tent atteints. Plus rares sont les lésions produites par les vapeurs surdnufTées et par les gaz.
Gohnheim a étudié expérimentalement quelles étaient les lésions produites par un même liquide à des températures de plus en plus élevées. Plongeant dans Teau chaude l'oreille d'un lapin, cet auteur a constaté qu'une température intérieure à 44 degrés ne produisait que l'hyperémi'i passagère des téguments; entre 45 et 55 degrés, il observe de l'œdème; l'épithclium se soulève et des bulles se forment; au-dessus de cette température, il y a mortification complète des tissus et gangrène.
Ces phénomènes, qu'on constate dans les difTérents degrés de brûlures, sont suivis de troubles locaux et d'accidents généraux. Localement Teschare se détache et la cicatrisation se fait, précédée ou non d'une période de suppuration. Les complications générales ont fait l'objet de nombreuses recherches. MM. J. Boyer et L. Guinard (*) ont repris récemment cette étude. Deux cas peuvent se présenter, suivant que les accidents sont rapides ou progressifs. Dans le premier cas, l'intensité de la douleur provoque des contractions vaso-motrices, l'élévation de la pression artérielle, le ralentissement du cœur, des troubles respiratoires. On observe encore des phénomènes de choc tels que l'apathie, la torpeur, les paralysies vaso-motrices, la chute de la température centrale et le refroidissement périphérique. Les malades ne tardent pas à succomber dans le coma.
Les accidents tardifs sont la somnolence, le délire, les crampes, l'abais- ^mentde la pression artérielle, le ralentissement de la respiration, les vomissements, la diarrhée. L'hémoglobine apparaît dans les urines, la température s'abaisse. Pour expliquer ces accidents, différentes théories ont été proposées. Schultz, Wertlieim, Léser, Schmidt, Ebcrth, Tappeiner ont invoqué les altérations du sang. Ponfick a signalé des lésions des
(*) J. BoTEE et L. GciffARo, Sur les causes des UY>uble8 fonctionnels et des accidents généfiox eouécutifii aux brûlures. Congrès de médecine. Lyon, 1804
628 LES AGENTS PBYSIQUES.
hématies, et il pense que l'hypoglobulie rapide résultant de cette destruction globulaire peut être la cause de la mort. Welti admet la formation de thromboses par accumulation d'hématoblastes.
J. Boyer et L. Guinard ont analysé les gaz du sang, ils ont trouvé one diminution de l'acide carbonique. Mais les constatations les plus iotéreisantes sont celles qui ont trait à la toxicité des urines. Ces deux aoteon ont vu la toxicité urinaire augmenter considérablement à la suite de bn> lures étendues, et ils arrivent à cette conclusion que les troubles obsenrè en clinique dépendent en majeure partie d'une véritable auto-intoxicatioo. Reiss avait d'ailleurs provoqué des symptômes toxiques en injectant so» la peau des souris l'urine des brûlés, et il avait retiré, de ces mémo urines, un poison voisin de la pyridine. Kionicine aurait pu obtenir, d'autre part, une peptotoxine.
A l'autopsie, outre des lésions congestives dans presque tous les orgues, on trouve des ecchymoses sous-séreuses. Les plèvres, le péritoine, le péricarde, les articulations contiennent une certaine quantité de liquide épanché. On a observé les néphrites, la dégénérescence aiguë du foie. L'ulcère du duodénum, signalé par Curling, est très analogue à Tulcère de l'estomac; il serait dû à un infarctus de l'intestin .
Insolation et coup de chaleur, — La plupart des accidents que nous venons d'étudier sont dus au contact direct d'un corps surchauiïé avec les tissus. Le rayonnement du calorique, incapable de produire d'habitude des lésions locales bien marquées, a, au contraire, une action considérable sur l'économie animale tout entière. Nous avons signalé l'érythèmedes verriers et nous étudierons séparément le coup de soleil ; il est rare d'observer, sous l'influence de la radiation calorique, des brûlures plus importantes. Par contre, les troubles généraux provoqués par l'irradiatioD solaire, ou toute autre source artificielle de chaleur un peu intense, sont tels qu'ils peuvent souvent se terminer par la mort.
Fréquente dans les pays chauds, Tinsolation s'observe dans nos climats pendant les chaleurs de l'été ; les soldats en marche en fournissent chaque année de nombreux exemples. Les verriers, les fondeurs, les chauffeurs, etc., sont souvent sujets aux mêmes accidents, qui constituent alors le coup de chaleur. La race noire présente à cet égard une grande résistance. Aussi dans les zones tropicales, voit-on les nègres supporter des fatigues auxquelles les Européens ne tarderaient pas à succomber.
Les symptômes de l'insolation ou du coup de chaleur apparaissent d'une façon brusque ou sont précédés de prodromes : la céphalée, la soif,raccablement, le besoin irrésistible de sommeil annoncent alors les troubles plus graves. En même temps la peau se dessèche, la sécrétion urinaire augmente, les mictions sont douloureuses, des vomissements surviennent, une douleur obtuse se fait sentir à l'épigastre. Ces premiers symptômes peuvent manquer et brusquement le malade chancelle, tombe et perd connaissance.
Que le début ait été progressif ou qu'il ait été soudain, les phéno-