ACTION DIRECTE DES AGENTS PHYSIQUES
oènes morbides vont se succéder rapidement. On observe alors la raideur Dusculaire, la pâleur de la face, Taccélération des mouvements respira- Dires et du pouls, puis leur ralentissement. La température périphé- ■ique s'abaisse, mais la chaleur centrale s'élève jusqu'à 40, 42, 45 degrés néme. Les convulsions apparaissent, puis des attaques épileptiformes, et snfin la mort ne tarde pas à terminer cette scène dont la durée ne dépasse souvent pas quelqr o minutes, mais qui peut se prolonger jusqu'à vingtquatre et quarante-huit heures.
La guérison est cependant possible; elle s'annonce par le rétablissement du pouls et de la respiration. Le retour à l'état normal se fait généralement sans laisser d'autres traces que parfois une céphalée persistante, un certain état d'affaiblissement physique et intellectuel.
La palhogénie du coup de chaleur a fait l'objet de nombreuses recherdies expérimentales. M. Vallin(*) maintient immobiles des chiens exposés au soleil. La mort survient rapidement en 3/4 d'heure environ dans le coma, après une période de dyspnée, de convulsions cloniques, puis toniques; la température centrale atteint 45 et 46 degrés. A l'autopsie on trouve un cœur petit et ne réagissant plus sous l'influence des excitants ordinaires; les autres muscles sont insensibles au courant électrique, ils présentent une réaction acide. S'appuyant sur les recherches de CL Bernard, de Brûcke et Kùhne qui établissent que la myosine se coagule à 45 degrés, M. Vallin pense que la mort résulte directement de lliyperthermie. Si l'échannemcnt a été lentement obtenu, il faudrait, en outre, tenir compte de l'excilnlion du pneumo-gastrique, et l'animal mourrait par arrêt du cœur.
D'après MM. Mathieu et Urbain, la coagulation de la myosine serait le lait d'une plus grande production d'acide dans les muscles, sous l'influence d'une exagération des phénomènes de combustion.
L'action directe de la chaleur sur le cerveau n'est pas négligeable. H résulte d'expériences dues encore à M. Vallin, que l'application directe du calorique sur le crâne est capable de provoquer des troubles cérébraux et même des lésions méningitiques.
MM. Laveran et Regnard(*) ont récemment repris l'étude pathogénique du coup de chaleur. Ils ont soumis à l'uction d'une température graduellement croissante des animaux, dont les uns étaient au repos et les autres en mouvement. Us ont observé que l'exercice favorise la production des accidents, en élevant par lui-même la température du corps, et en combinant son influence à celle de la chaleur extérieure. D'après ces auteurs la mort serait due à l'action directe de la chaleur sur le système nerveux, action d'abord excitante, puis paralysante, et il faudrait rejeter l'hypo- Ijèsc de la coagulation de la myosine» de Tasphyxie et de l'auto-intoxica ion invoquées comme causes de la mort par plusieurs observateurs.
{*) Valli.h, Recherches cxpcrimenlales sur l'insolation. Arch. gén. de méd.^ 1870. — Soc. ftéd. des hôpitaux, 1880. — Acad. de méd., décembre 1894. (*) LàTEajk5 et Rbckard, Acad. de méd., 27 novembre 1S94.
G30 LES AGEISTS PHYSIQUES.
M. Colin (^) attache une grande importance aux troubles résultant de la suppression de la sueur; les urines augmentent de quantité, nmsb peau n'est plus le siège d'une déperdition active de calorique, et les malades se trouvent dans la situation des animaux placés dans une étuve humide chez lesquels la mort apparaît rapidement, tandis que, dans une écuvc sèche, des températures même plus élevées n'entraineat aucun accident.
Action locale. — Froid. — Dans les pays tempérés le froid est rarement cause de lésions locales. Il n'en est pas de même dans les régions froides et exceptionnellement dans nos contrées pendant les hivers rigoureux. La vieillesse, l'enfance, la misère, le surmenage, l'alcoolisme rendent l'organisme plus sensible aux basses températures. Aussi n'est-il pas étonnant de voir les armées en campagne toujours très éprouvées par les hivers rigoureux. La retraite de Russie, la guerre de 1870 ont fourni aux annales de la médecine militaire de nombreux cas de congélation.
L'humidité, le vent favorisent l'action du froid. Dans l'air sec et calme, l'abaissement même considérable de la température est bien mieux supporté que dans l'air humide et agité. Le réchauffement trop brusque des parties atteintes aggrave les accidents et en est parfois l'unique cause. Les expériences sur les animaux permettent de comprendre cette action nuisible de la chaleur sur les parties congelées.
Les régions découvertes et celles qui sont le plus éloignées du cœur, telles que les pieds, les mains, les oreilles, le nez, sont naturellement les plus accessibles.
Le mécanisme de la congélation locale a été étudié expérimentalement par M. Laveran (') et par Cohnheim (^). Le premier de ces auteurs a euminé au microscope les phénomènes consécutifs au refroidissement progressif de la membrane interdigitide de la patte de la grenouille. Les petits vaisseaux sont les premiers impressionnés, la circulation s'y arrête; elle continue dans les gros vaisseaux encore quelque temps, puis le sang paraît se coaguler et la section ne détermine plus aucun écoulement sanguin, fait que Hunter avait déjà signalé. Si on arrête à ce moment le refroidissement, la circulation se rétablit peu à peu; mais, sous rinflucnce prolongée du froid, les vaisseaux perdent la propriété de se dilater pendant plusieurs jours, les veinules restent contractées plus longtemps que les artéi'ioles. Le trouble de la circulation qui en résulte explique l'œdèiue qu'on observe dans ces cas (*).
Lorsque le refroidissement est plus accentué, la circulation ne se réiablit pas et, au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures, les régions refroidies commencent à se morlilier.
La congestion qui succède au réchauffement des parties congelées esl
{*) L. CoLi.N, Bull, de la Soc. méd. des hôpitaux^ 1881.
(*) Lavera», art. Froid. Dict. encycl. des se. méd.
(') CoHNiiEiM, Neue Untersuchungen ùber die EnUimduug. BerUn, 1873i
(*) Téoekat, Des gelures. Thèse d*agrég., 1880.
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a elle seule, capable de produire les mêmes résultats. Cohnheim(') a« en effet» établi, en refroidissant l'oreille d'un lapin, dont Tartère avait été temporairement ligaturée, que le retour du sang causait des lésions variables selon l'intensité de la réfrigération : simple hyperémie au-dessus de — 4 degrés, œdème avec des températures variant de — 10 à — 12 degrés, suppuration et gangrène de — 18 à — 20 degrés.
Les globules rouges sont altérés du fait même de la congélation (Pouchet, Rollet, Grecchio de Naples); ils deviennent crénelés sur le bord, ils laissent échapper leur matière colorante. D'après M. Laveran, ils conserveraient leur intégrité dans les cas légers, et ne subiraient d'altération que si le refroidissement a été intense ou prolongé, ou bien encore si le réchauffement s'est fait trop rapidement. Les globules blancs sont atteints dans leur vitalité, et perdent leur mobilité. D'autres lésions ont été observées, les unes rares, telles que les ecchymoses signalées par M. Legouest chez les scorbutiques, les thromboses, l'embolie de l'artère pulmonaire (Michel de Strasbourg). Les myosites, la dégénérescence graisseuse des muscles, les arthrites suppurées, les abcès osseux, les congestions viscérales peuvent exister. Les nerfs sont fréquemment altérés ; ils sont le siège d'hémorrhagies interstitielles. Des observateurs (Laveran, Tillaux et Grancher) ont vu la coagulation de la myéline, la dégénérescence granulograisseuse, la dégénérescence wallcrienne; cette névrite peut être ascendante et l'inflammation se propager à la moelle (Terrier et Germain). La congestion des viscères, les embolies capillaires sont fréquentes (Gubler, Landrieux, Mathieu et Urbain). Les muqueuses gastrique et intestinale peuvent présenter les mêmes lésions que dans les cas de brûlures étendues de la peau. Le mal perforant (Duplay et Morat) est sous la dépendance de lésions nerveuses.
Cliniquement les gelures sont divisées en trois degrés :
Au premier degré, correspondent l'érythème et la rubéfaction. La peau prend une teinte rouge, voire violacée; elle est épaissie, légèrement tuméfiée; la sensibilité s'émousse. La variété la plus fréquente de froidure au premier degré est l'engelure, l'érythème pernin, résultant plutôt de l'action plusieurs fois répotée du froid que de l'intensité de la réfrigération. Les engelures ne se développent guère que chez les enfants, surtout chez les enfants lymphatiques. La relation entre les engelures et l'asphyxie locale des extrémités a été discutée par Legroux. Il est certain que la maladie de Reynaud prédispose aux engelures.
Dans le deuxième degré des iroidures, on observe le soulèvement de l'épiderme, comme dans la vésication, et bientôt après surviennent des ulcérations, avec une sensation intense de cuisson. L'œdème, l'infiltration du derme appartiennent à la forme chronique et constituent des engelures ulcérées.
Les lésions du troisième degré aboutissent à la mortification de la peau
(') CoiuiuEiM. Ncue Unlcrsuchungcii ûUt die Eutzùuduug. Lcrlia, io7â.
et même des parties sous-jacentes. Une eschare se forme, il peut j rm gangrène totale d'un membre et amputation spontanée (Grant).
Action générale du froid. — La congélation totale du corps est suivie de mort. L'homme peut cependant supporter un abaissement considérable de température sans paraître en subir de dommages appréciables; M. R. Pictet en a récemment donné la démonstration expérimentale!*). Les récits des expéditions polaires sont riches en faits qui montrent à quel degré d'endurance peuvent arriver des hommes bien portants. II n'en e4 pas de même des sujets affaiblis ou en état d'inanition. On sait auiq quelle est la gravité de l'intoxication alcoolique et de la réfrigéralioD combinées.
Les premiers effets de l'action prolongée du froid sur l'organisme sont une sensation pénible de fatigue, un aflaiblissement progressif des forces physiques et morales, et surtout un impérieux besoin de sommeil auquel ont peine à résister même les plus énergiques. La face pâlit, la vue i^e trouble, les jambes fléchissent, et tout à coup l'homme dont Tintelligence et la volonté sont anéanties tombe pour ne plus se relever. En effet, un engourdissement général envahit bientôt le malade, la respiration ^ ralentit, le pouls s'afTaiblit et la mort ne tarde pas à survenir en syncope ou dans un état voisin de la léthargie. Toutes les descriptions des cas de mort par le froid reproduisent, à quelques détails près, ce même tableau (Larrey, Desgenettes, Moricheau-Beau|)ré, Martins).
Les phénomènes observés sont d'une interprétation diflicile; plusieurs explications en ont été données. D'après Pouchet, les accidents seraient le résultat d'une intoxication duc à l'altération du sang dans les régions refroidies ; mais il est des cas où la mort est survenue rapidement, sans avoir été précédée d'une congélation partielle du corps, et où il est par conséquent difficile d'admettre que le liquide sanguin ait pu être notablement modifié dans sa composition.
Michel admet qu'il se forme des embolies capillaires multiples dans les poumons et qu'une asphyxie mortelle résulte de cette obstruction des petits vaisseaux pulmonaires. Cette explication, acceptable dans un certain nombre de cas, ne peut non plus être admise d'une façon générale, car il faudrait qu'il y eût toujours thrombose, ce qui n'est pas.
La plupart des auteurs s'accordent cependant pour reconnaître que sous l'influence du refroidissement il y a des troubles viscéraux graies: mais les uns invoquent la congestion cérébrale (Moricheau-Beaupré, Ruhl, Virey, Guérard, Krajewsky) qui, seule ou jointe à la congestion pulmonaire, serait cause de la mort.
Ogston, d'après ses constatations cadavériques, Walther, en s'appuyant sur des expériences, pensent, au contraire, que c'est à l'anémie cérébrale que doivent être nipporlés les accidents, llorwatt, Laveran font jouer à l'aiïaiblissement du système musculaire et du cœur un rôle pré-
(*) R. Pictet. Hevtie scient. ^ i iiov. 1895. Académie des sciences, 18(14,
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pondérant, expliquant ainsi que tantôt Tanéinie, tantôt la congestion érébrale puissent prédominer et que les stases viscérales multiples soient labituelles.
Action de la lumière. — Coup de soleil. — Une lumière trop vive »eut léser les membranes de Tœil. Certaines ophthalmies sont dues à ^action trop éclatante du soleil ou de l'éclairage électrique. Une conoDctivite particulière est provoquée par la réflexion des rayons lumineux» *oiume cela se voit dans les régions polaires et dans les montagnes, où la neige recouvre de larges surfaces.
Sur la peau, l'action de la lumière solaire se traduit par une brûlure au premier degré. L'érythème qui constitue le coup de soleil s'observe plus particulièrement au printemps; la peau des parties découvertes prend une teinte rosée, uniformément colorée, avec ou sans tuméfaction des ti^guments. Cet état s'accompagne d'une sensation plus ou moins vive de cuisson. Au bout de quelques jours la desquamation apparaît.
L'érythème solaire, longtemps attribué à l'action unique de la chaleur, est produit bien plus par l'influence des rayons chimiques que par l'irradiation calorique elle-même. M. Bouchard, dans une série d'expériences, a établi que les rayons violets du spectre sont les plus actifs et qu'ils produisent plus rapidement que tous les autres la rubéfaction de la peau. Ce même expérimentateur a démontré que l'érythème pellagreux n'est autre chose qu'un érythème solaire (*). C'est également à l'action des rayons solaires qu'il faut attribuer les lésions connues sous le nom d'érytbème pellagroîde qu'on observe chez les aliénés (Billod), chez les paralytiques généraux (Bouchard, Landouzy), chez les alcooliques (Hardy, )éjerine). Dans ces cas comme dans la pellagre, la faible résistance de a peau à l'action chimique de la radiation solaire est vraisemblablement 0U8 la dé|)endance de troubles trophiques préexistants.
Action de la pression atmosphérique. — Les variations barométriques 'ont guère d'action locale que sur l'appareil auditif. Une pression de eux atmosphères provoque déjà des douleurs d'oreille; l'examen direct ermet de constater la rougeur du tympan. Si la compression augmente, i membrane se déprime, se déchire, et une hémorrhagie est la conséuence de cette rupture.
La décompression brusque est non moins dangereuse. La surdité, la ;rte de l'équilibre persistent longtemps après l'accident. Ces phénoènes sont dus vraisemblablement à une hémorrhagie labyrinthique. Des troubles généraux accompagnent aussi les changements de la ression. Les ouvriers qui travaillent dans les mines, les scaphandriers int soumis à une pression qui peut aller jusqu'à 5 et 4 atmosphères. Les lénomènes qu'ils éprouvent sonl, d'après Leyden, Lehwens, Bucquoy, itrc les troubles auditifs que nous avons clc'jà signalés, des douleurs iiculaires, des vertiges, des troubles respiratoires, de l'accélération du
(') BoccHARn, Recherches nouvel!* 8 8U.- la pellagre, 1S()2, et Société do biologie, 1877*
pouls, mais rarement ces symptômes présentent quelque grafité. Le danger ne commence qu'au moment de la rentrée de l'air dans l'appareil. Les vertiges, les'convulsions, la paraplégie, des hémorrhagies multiples, peuvent résulter d'une décompression trop brusque. Un autre symptème, connu sous le nom de puces, est assez fréquent; il consiste en nodosités sous-cutanées dues au gonflement des muscles. La mort a été observée.
Paul Bert (') a étudié le mécanisme de ces faits et a démontré que, pendant la compression, les accidents étaient le résultat d'une véritable intoxication par l'oxygène. Quant aux troubles autrement graves qui succèdent à une décompression trop hâtive, ils ont pour origine la mise en liberté du gaz dissous dans le sang. Des bulles se forment d'où résultent des embolies gazeuses qui obstruent les petits vaisseaux (Rameau, Uoppe- Scyler, P. Bert).
M. Marey admet ensuite que la dilatation des gaz contenus dans Tabdomen immobilise le diaphragme, comprime les veines et cause la dyspnée et les congestions viscérales.
Les eflfets de l'abaissement de la pression atmosphérique s'observent en particulier dans les ascensions. Il est remarquable que l'ascension eo ballon permette d'atteindre sans accidents des hauteurs bien supérieures à celles où se manifestent les premiers symptômes du mal des montagnes. C'est que, dans ce dernier cas, le sujet a été obligé de faire des efforts, do produire un travail musculaire considérable, et que les conséquences de la fatigue viennent s'ajouter à celles du changement d'altitude. Les aéronautcs ont pu atteindre 70U0 mètres (Gay-Lussac, Glaisher), sans éprouver autre chose que de la céphalalgie, des bourdonnements d'oreilles, des palpitations, des vertiges. Au-dessus de 7000 mètres, les hémorrhagies se produisent, les membres se paralysent; la mort peut survenir rapidement. Dans la catastrophe où Sivel et Crocé-Spinelli trouvèrent b mort, le ballon le Zénith atteignit une hauteur qui dépassa 8500 mètres.
Le mal des montagnes se fait sentir à une altitude de 3000 à 4500. La fatigue est extrême, les moindres mouvements l'exagèrent encore, la respiration s'accélère, le pouls bat rapidement, les palpitations surviennent, la soif est vive. Certains sujets ont des syncopes, des hémorrhagies diverses.
L'effort musculaire, en exagérant les combustions, contribue à produire l'anoxhémie, d'après M. Richet ('). Pour Gavarret, il y aurait asphyxie par accumulation d'acide carbonique. P. Bert a démontré que la cause véritable des accidents est la diminution de l'oxygène dans l'air inspiré et qu'il est possible de combattre les symptômes du mal des montagnes en faisant dos inhalations d'oxygène. M. Germe a repris et soutenu la théorie qui fait jouer le rôle principal à l'expansion gazeuse abdominale.
Action du son. — Les vibrations de l'air peuvent causer quelques accidents. Les détonations, les coups de canon ont provoqué la surdité
(') Paul Bkrt, La pression barométrique.
(') Ricu£T, Comptes rendus de VAcad. des sc.^ 1880
ROLE ÉnOLOGIQUE DES AGENTS PHYSIQUES. 635
§sagère ou durable ; ainsi la rupture du iyuipan s^observe quelquefois ez les artilleurs.
Les individus soumis habituellement à des bruits peu intenses» mais pétés, peuvent présenter des lésions de Toreille. Les téléphonistes nt sujets aux vertiges, à la céphalée, aux hallucinations de Touïe.