‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 3)Chapitre 89 sur 152 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Définition des mots : inioxicatiorif iubitances toxiqiieij poUonê. — Définitions juridiques et définitions scientifiques. — Des sources d*intoxication de l'organisme yivant

I. Il est aussi difficile de définir qu'il est aisé de comprendre le sens des mots intoxicatioriy substances toxiquesy poisons.

Le Code pénal français (art. 301) définit Fempoisonnenient « tout sttentat à la vie d^une personne par TefTet de substances qui peuvent dernier la mort plus ou moins promptement, de quelque manière que ces substances aient été employées ou administrées et quelles qu'en ûeotété les suites ». U est certain qu'une pareille conception n'est pas ^eptable au point de vue scientifique ; entre autres inconvénients, elle ) celui de s'appliquer aux substances agissant mécaniquement, au verre pilé, par exemple.

Nous ne rappellerons pas les définitions juridiques adoptées à 'étranger : elles. ont toutes le défaut de considérer l'empoisonnement à n point de vue spécial et exclusif; elles ne présentent aucun intérêt oor le physiologiste ou le médecin.

Si l'on parcourt les œuvres des principaux toxicologues, on voit que \ plupart d'entre eux n'ont pas su se détacher suffisamment des concepons médico-légales et se sont contentés de reproduire plus ou moins itégralement l'ancienne définition de Plenck (*) : « On appelle poison

(') Plo€I, Toxieologia leo Doctrina devenenif et antidotis. Viennu, 1785.

ajouta à la formule précédente le correctif suivant : c sans agi quement et sans se reproduire ». Cétait un progrès, car, par d'intuition, l'auteur se trouvait éliminer la classe des agento fi

Parmi les définitions les plus récentes, trois surtout méri reproduites ; elles tirent une grande importance du nom des t les ont proposées. Pour Vulpian, « les poisons sont des subst introduites par absorption dans l'organisme, déterfninent des structurales ou des troubles fonctionnels plus ou moins grai vent même, lorsque leur action atteint un haut degré d'intent miner la mort ou tout au moins mettre la vie en danger (') séparer davantage les poisons des virus, Husemann arrive à a tion : « Les poisons sont des substances non organisées, orga inorganiques, formées artificiellement ou existant dans la n peuvent, dans des conditions déterminées, porter préjudice vivants de façon à détruire ou à troubler leur santé ou leur relatif (*) ». Cette formule a été reprise et modifiée plus tard | de la façon suivante : a Les poisons sont des substances non o inorganiques ou organiques, existant dans l'organisme ou intr l'extérieur, formées artificiellement ou se trouvant dans la na grâce à leur constitution chimique, peuvent, dans des conditi minées, porter préjudice aux êtres vivants de façon à déti troubler leur santé ou leur bien-être relatif (') ». Le même aui que, au point de vue pratique, on peut définir plus simplement le « des agents pharmaceutiques (9ap|xaxcv, poison) qui agissent cas donné, non plus utilement, mais d'une façon défavorable ».

Parmi ces définitions, celle de Robert est la seule qui en poisons formés dans l'organisme ; les autres ne considèrent qi» stances venant de l'extérieur et laissent de côté le chapitre si des auto-intoxications. Toutes nous semblent présenter le t défaut de chercher la caractéristique des poisons dans leur

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oiication dans le mécanisme mis en œuvre par la substance nocive.

Nous savons, et Cl. Bernard est souvent revenu sur cette idée, que les pilules ne manifestent leurs propriétés vitales qu'à la condition d'être plongées dans un milieu liquide dont la constitution doit rester invariable. € La vie, a dit l'illustre physiologiste, n'est qu'un rapport entre L'organisme et le milieu. » Toute modification chimique dans la constitution du milieu retentira sur la vie des cellules, ce sera une intoxication et les troubles morbides seront d'autant plus graves et plus rapides que les modifications du milieu seront plus profondes.

Si l'on injecte dans les veines d'un lapin une solution de sulfate de strychnine, la mort survient quand l'animal a reçu 0'%00018 par kilogramme de son poids. Voilà une substance étrangère à la constitution du milieu organique, et présentant un pouvoir toxique considérable. Prenons maintenant des corps qui se rencontrent dans l'organisme et qui sont indispensables à la vie, le chlorure de potassium ou le chlorure de sodium, par exemple : introduisons ces substances dans les veines d'un lapin; nous amènerons la mort en injectant 0*^%18 de la première, 5*%17 de la seconde. Le chlorure de potassium est donc 2000 fois moins toxique qae la strychnine, le chlorure de sodium l'est 30000 fois moins. Allant plus loin dans cette étude, injectons de l'eau distillé^; l'animal ne succombera que lorsqu'il aura reçu 120 grammes par kilogramme, c'est-àdire une quantité plus de 600 000 fois supérieure à la dose mortelle de strychnine.

Peut-on dire, dans ce dernier cas, qu'il s'agit d'une intoxication? Ne peut-on prétendre que la mort tient à une cause mécanique, à la distension énorme du système circulatoire? Cette hypothèse n'est pas soutenable : or, avec un sérum artificiel, on aurait pu injecter des quantités de liquide bien supérieures, sans amener aucun trouble notable. L'eau distillée semble agir en diluant le milieu organique, ci le rendant insuffisant à la rénoTation des cellules et, d'autre part, en soustrayant aux éléments anatomiques certaines substances indispensables à leur fonctionnement régulier. Quelques faits confirment cette manière de voir. Si, au lieu de 120 grammes, nous n'en avions introduit que 90, la mort ne serait survenue que huit ou dix heures après l'injection. Avec 60 grammes, ranimai aurait survécu de vingt-quatre à trente-six heures; au-dessous de cette dose, il se serait rétabli. Pour expliquer la mort tardive, on doit invoquer une auto-intoxication secondaire; les substances dissoutes par l'eau encombrent l'organisme et ne peuvent être éliminées par suite des altérations cellulaires des principaux émonctoires. «Aussi, quand on injecte une substance quelconque dans les veines, doit-on faire la part de la toxicité de l'eau; si, au lieu d'eau distillée, on emploie de l'eau salée à 7 pour 1000, on diminue notablement l'activité de la solution.

La mort semble reconnaître un mécanisme analogue dans l'intoxic^Uion phosphorée : le poison s^emparc de l'oxygène contenu dans le san*; cl, pour quelques auteurs, l'anoxhémie oui se prodr^it suffirait à expliquer la

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terminaison fatale : si cela était, la mort résulterait encore d^ime modification du milieu organique, c'est-à-dire de la diminution d'une nkstance constituante. C'est ce qu'on peut réaliser expérimentaleineot, ca introduisant dans les veines d'un lapin une émulsion d'huile phosfihotée; l'animal succombe quand il a reçu par kilogramme 0*^,02 de phocphoce, c'est-à-dire une quantité un peu supérieure à celle qui eût été néceKaiit pour s'emparer de tout l'oxygène contenu dans son sang. Mais lorscpM introduit la substance sous la peau, ou lorsqu'on en injecte dans la veines une dose moins considérable, 0^,0008 par exemple, la mort survient tardivement, au bout de deux ou trois jours; dans ce cas,OQ ne peut invoquer l'anoxhémie; pour saturer 0°*',8 de phosphore, il cil suffi de l'*',04 d'oxygène, c'est-à-dire de la quantité contenue dans i m 5 centimètres cubes de sang; il faut donc supposer que le |JiosphoR produit, dans l'organisme, une dénutrition vicieuse; les déchets cdliilaires s'accumulent et l'animal succombe à une auto-intoxication secondaire, alors même que le poison est déjà éliminé.

Ces quelques exemples, dont on pourrait facilement multiplier k nombre, nous semblent suffisants pour conclure qu'il y a intoxicatioa toutes les fois que surviennent des troubles cellulaires dépendant d'une modification du milieu organique, soit par suite de l'introduction d'one substance étrangère, soit par suite de l'augmentation, de la diminution ou de la transformation anomale d'une ou de plusieurs substances conati» tuantes.

Nous arrivons donc à considérer comme toxique toute syb$tafice capable de troubler la vie des éléments anatomiques en tnodifiant, directement ou indirectement^ le milieu qui les contient. Il y a intoxication toutes les fois qu'il s'est produit une modification dans la coMtitution chimique du milieu intérieur.

II. Des sources d'intoxication de rorganinme viTant. — Si loo accepte la définition que nous proposons, on voit que l'organisme est constamment en imminence d'intoxication.

Les modifications du milieu organique sont continuelles et résultent des conditions mêmes dans lesquelles nous vivons. Les manifestations de l'activité vitale ne peuvent se produire que par une désagrégation des molécules organiques, dont les atomes complexes retombent de leur état d'équilibre instable à un état d'équilibre plus stable. U se produit ainsi des corps nouveaux, incapables de céder de la force, et devenus dès Ion inutiles; ces corps sont rejetés par les cellules dans le milieu ou elles baignciit, et, s'ils ne sont pas rapidement éliminés, ils vicient le milieu et deviennent une cause d'intoxiciition.

Chez les êtres supérieurs plusieurs organes sont chargés de transformer les substances nocives ; celles qui échappent à leur action prote^ trice sont rejetées par diverses glandes, et notamment par les reins. Mais toutes les sécrétions ne sont pas excrémeatitielles; il en est qui ton-

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