‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 3)Chapitre 99 sur 152 · LES {'OISONS PUTRIDES · texte numérisé non relu

LES {'OISONS PUTRIDES

00 observe chez le cobaye, un flux intestinal abondant» de Texophtalmie, jNiis de la paralysie; la respiration devient difficile, la température s'abaisse et la mort arrive dans un anéantissement progressif; le cœur s'arrête en diastole.

Enfin, plus récemment, Brieger a signalé deux autres bases qui ne semblent pas toxiques et qu'il a désignées sous les noms de mydatoxine et mydine.

A côté de ces substances bien définies, on peut en citerd'autres qui n'ont Ué caractérisées que par leurs effets sur les animaux. Les unes ont une iction analogue à l'atropine, comme l'établirent Zuelzer et Sonnenschein dès 1869; d'autres ressemblent au curare, d'autres à la conicine (Otto, Liebermann), ou à la vératrine (Brouardel et Boutmy), d'autres enfin à la muscarine (Gianetti et Corona). Ces alcaloïdes cadavériques sont souvent désignés sous les noms de ptomatropine, ptomatoconicine, ptomatovératrine, ptomatomuscarine, pour rappeler à la fois leur origine et leur mode d^action.

Les produits qui prennent naissance quand on fait putréfier le poisson ont été étudiés par un grand nombre d'auteurs.

MM. Gautier et Étard, en opérant sur le scombre, ont isolé une hydroeoIUdine, produisant chez les animaux du tremblement et des convulsions tétaniques et amenant la mort avec arrêt du cœur en diastole. A côté de lliydrocollidine, on trouve deux bases, la scombrine et la parvoline. Cette dernière, dont nous avons déjà parlé à propos de la putréfaction de la viande, est extrêmement toxique.

Brieger a retrouvé la neuridine dans les produits de putréfaction de la monie; il a isolé, en outre, des bases nouvelles, l'éthylènediamine» la moscarine, la gadinine, qui n'est pas toxique, la méthylgadinine et la triéthy lamine.

L'éthylènediamine détermine de la salivation, de la mydriase, une dyspnée intense, qui, chez les petits mammifères, persiste jusqu'à la mort; la terminaison fatale survient généralement au bout de vingt-quatre heures.

La muscarine animale est analogue à la muscarine végétale et par sa constitution chimique, et par son action sur les animaux; c'est assez dire qu'elle est très toxique; chez la grenouille, elle produit une paralysie progressive et arrête le cœur en diastole; chez le lapin, on voit survenir de la salivation, du larmoiement, de la diarrhée et du myosis; les animaux succombent après de courtes convulsions; l'atropine combat et neutralise quelques-uns de ces effets.

Les recherches de Brieger ont été confirmées par Bocklisch qui a retrouvé, soit dans les produits de putréfaction de la perche, soit dans la saumure des harengs, plusieurs des bases que Brieger avait retirées des poissons pourris ou des cadavres : la gadinine, la cadavérine, la putrescine et la méthylamine. Ehrenbcrg a rencontré dans les poissons gâtés la dioline, la neuridine, la méthylamine et la diméthylamine. Mais le corps

le plus important est la ptomatropine trouvée par Anrep dans TesUir geon, et dont 2 milligrammes déterminent chez un lapin de la mydriase, des convulsions, et amènent la mort par arrêt du cœur. Enfin, dan les sardines putréfiées. GrifGths a décelé une base nouvelle la sardi- Biné C"H"AzO*, amenant la mort au milieu des vomissements et de h diarrhée.

M. Œchsner de Coninck(') a étudié les substances qui prennent naistnitt quand on laisse putréfier des poulpes marins. Parmi les produits troim, nous signalerons la collidine, dont M. Œchsner de Coninck a bien vonki nous confier Tétude toxicologique ; injectée sous la peau d'un lapin, i dose de 0^%087 par kilogramme, elle provoque un violent trismus, pak des convulsions, et finit par entraîner la mort. Cette collidine exerce une action antiputride et antifermentescible très marquée. A côté de ce Gor|», nous devons signaler la corindine, analogue à un alcaloïde trouvé par Guareschi et Mosso dans la fibrine putréfiée.

L'huile de foie de morue contient des substances analogues i celles que nous avons déjà décrites. MM. Gautier et Mourgues y ont trouvé b bases suivantes : la triméthylamine, la butylamine qui est convulsivante; Tamylamine, également convulsivante ; Thexylamine; Thydroliitidine, représentant la neuvième partie de ces alcaloïdes et détermimnt du tremblement, puis des paralysies et la mort dans le collapsus; b morrhuine formant le tiers des alcaloïdes, et qui est simplement dioiétique; Taselline, produisant de la dyspnée, des convulsions, puis la mort: enfin l'acide morrhuique, remarquable par sa double fonction adde et basique.

Parmi les autres substances dont on a étudié la putréfaction, nous pouvons citer la gélatine ; Brieger y a trouvé de la neuridine et de b diméthylamine.

C'est encore de la neuridine et de la triméthylamine qu'on rencontre dans le lait et les fromages putréfiés, qui renferment de plus une base découverte par Vaughan et désignée sous le nom de tyrotoxikon ou mieui tyrotoxine.

On a moins étudié la putréfaction des substances végétales ; l'attoatioD ne s'est guère portée que sur quelques champignons et sur les levures. Les champignons se pourrissent très facilement et contiennent alors des bases fort toxiques, appelées cryptomaïnes (Houdé); les morilles altérées renferment un poison très violent pour le chien (Pœhl). Dans les levures putréfiées, Brieger signale la diméthylamine; on y trouve encore une base, mal connue au point de vue chimique, mais que ses propriétés toxiques permettent de rapprocher du curare (Harkawy, Ch. Grau), et à laquelle on a donné le nom de ptomatocurarine.

Les travaux que nous avons résumés établissent que les expérimentateurs qui ont étudié la putréfaction ont surtout porté leur attention sur

\^) Œchsner de Coninck, Rerborches sur les bases pyridiqnes. Ifonlpellicr, 1899

LES POISONS PUTRIDES. 7it

les substances alcaloîdiqucs. Mais les poisons qui prennent naissance pendant le processus putréfactif ne rentrent pas tous dans ce groupe. Il but faire une grande place aux substances mal définies , qu'on désigne proYisoirement sous les noms de toxalbumines et de peptotoxines. C'est ainsi que dans les produits de fermentation du lait ou de ses dérivés» Yaughan a trouvé à côté de sa tyrotoxine, une toxalbuminc qui empoisonne le chat et le rat. C'est probablement à une peptotoxine qu'il faut rattacher le poison de Panum, puisque cette substance précipite par l'alcool et résiste à une température assez élevée. Les premiers travaux, qui avaient servi à établir l'existence des alcaloïdes animaux ont eu un si grand retentissement dans le monde scientifique qu'aussitôt l'attention a été appelée sur ces corps et que de tous les côtés on en a poursuivi Tétude. Maintenant qu'on reprend l'histoire des autres toxines, il est probable que dans un avenir peu éloigné, on connaîtra beaucoup de substances se rapprochant plus ou moins des matières albuminoïdes et contribuant pour une grande part à la toxicité totale des produits de la putréfaction.

Pour revenir aux ptomaïncs, il est incontestable qu'elles prennent naissance aux dépens des matières albuminoïdes; on peut admettre, ou bien qu'il se produit, sous l'influence des microbes, un simple dédoublement de ces matières, ou bien qu'il survient une destruction complète, suivie d'une reproduction synthétique. Briegcr a entrepris quelques recherches dans le but d'éclairer le mode de genèse de ces poisons. Il a constaté tout d'abord que la choline et la ncuridine, ces deux bases si abondamment répandues, se trouvent dans les œufs et dans le cerveau humain frais. Dans la viande fraîche, il n'a pas trouvé de neuridine; il suppose que cette base est unie à la lécithine ; dès le début de la putréfaction, la lécithine se dédoublerait en ses composants ; la choline, mise ainsi en liberté, apparaît tout d'abord : c'est une baseoxyéthylique, peu toxique; mais en perdant une molécule d'eau, elle se transforme en une base vinylique, extrêmement toxique, la névrine. Cette conception s'appuie sur les recherches de Bayer, qui a dédoublé la choline en la chauflant en vase clos au contact de Tacide iodhydrique; mais si l'on soumet la choline à la putréfaction, on n'obtient pas la névrine : il se produit simplement de la triméthylamine ; il est donc impossible de dire actuellement par quel mécanisme et sous quelle influence la choline se déshydrate.

Nous avons déjà montré que les ptomaïnes différaient notablement suivant le moment où l'on étudie les produits de la putréfaction ; on en voit apparaître qui disparaissent plus tard et sont remplacées par d'autres. Les recherches chimiques qui nous ont fait connaître ces résultats, pour intéressantes qu'elles soient, auraient dû être complétées par des recherches bactériologiques. On peut se demander en effet si ces différentes ptomaïnes se produisent aux diverses phases de la vie des mêmes microbes, ou si leur apparition et leur disparition successives ne dépendent pas de

m LES INTOXICATIONS.

microbes diiïérents, Tenant détruire ou transformer les substances déjà produites par leurs prédécesseurs.

Si nous ne connaissons pas exactement le rôle des ferments dans la genèse des ptomaïnes, nous connaissons mieux le r6le du terrain. Nous savons, par exemple, que certaines bases se rencontrent dans toutes les putréfactions, la neuridine par exemple; la névrine au contraire, ne se montre que dans la putréfaction de la viande des mammifères et U rni» carine dans la putréfaction des poissons ; c'est également aux dépens des poissons que se forment la gadinine, Téthylènediamine, la trimétliHaminé; enfin la diméthylamine n'a été trouvée jusqu'ici que dans la putr» faction de la gélatine ou de la levure.

Kostiurine et Krainsky font remarquer très justement que la toxicité des produits de putréfaction est en raison directe de la complexité chimique des matières mises à pourrir; on obtient plus de poisons avec h viande qu'avec le bouillon, plus avec le bouillon qu'avec les solutions salines; c'est du cinquième au trentième jour que les toxines sont le plus abondantes; enfin, les matières insolubles dans l'alcool sont plus acti?es que les matières sblubles dans ce liquide ; ce dernier résultat met bien en évidence l'importance des poisons non alcaloïdiques.

En tète des causes qui entravent ou favorisent la production des poisons putrides, il faut placer toutes celles qui entravent ou favorisent le développement des microbes. Nous citerons simplement l'influence de k chaleur et de l'humidité. Sur ce point, il n'y a pas de discussion possible; mais l'accord n'est pas fait sur le rôle de l'oxygène. Longtemps on a admît que lesptomaïnes étaient surtout abondantes quand on mettait les matières à putréfier à l'abri de l'air; dans ce cas r disait-on, les agents figurés ron* plissent plus facilement leur rôle d'agents réducteurs. Et, de fait, quand on opère avec certains microbes pathogènes, le streptocoque de l'érysipèle, par exemple, on obtient bien plus de toxines en mettant les cultures sous l'huile qu'en les laissant au contact de l'oxygène. Mais, pour les produits de la putréfaction, Brieger a soutenu une opinion différente : il a reconnu en effet que la production des bases est bien plus abondante quand les matières mises à pourrir sont largement aérées et agitées de temps en temps. Peut-être ces contradictions disparaîtront-elles quand on étudiera séparément l'action de chaque bactérie putréfactive, au lieu de se contenter de rechercher ce qui se passe dans une masse abandonnée à elle-même. Peut-être enfin n'a-t-on pas tenu assez grand compte d'un fait mis en évidence par Kijanizin : d'après cet auteur, au contact de l'air, il se produit une plus grande quantité de ptomaïnes, mais celles-ci, peu toxiques et peu stables, disparaissent rapidement.

Pour qu'on puisse se rendre compte des principales ptomaïnes actuellement connues, nous les avons réunies dans le td)leau suivant, en adoptant la classification suivie par M. Gautier : ptomaïnes acycliques non oxygénées ; ptomaïnes acycliques oxygénées ; ptomaïnes cycliques ou non classées (non oxygénées et oxygénées); enfiai ptomaïnes dont la formule

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