ÉTAT AIGU ET ÉTAT CURONIQUE
el de l'étal chronique, de voir ce dernier succéder à Tétat aigu : On peut retrouver cette transformation dans des groupes très différents (le maladies. Parmi les infections, la tuberculose tient peut-être le premier rang : la tuberculose aiguë pouvant très bien se transformer en tuberculose chronique.
Dans les infections l'explication parait aisée, la lutte entre l'organisme et Tagenl infectieux ne permet le triomphe complet ni de l'un, ni d(» Taulre; il n'y a ni mort, ni guérison. Quant au mécanisme de cette transformation de Tétat aigu en état chronique, Charrin (*) Ta synthétisé en disant :
« Pendant l'évolution rapide, on constate que l'organisme, impuissant à aboutir au retour à l'intégrité, à créer l'état bactéricide ou antitoxique, pouvait être néanmoins suffisamment fort pour empêcher l'empoisonnement total des éléments attaqués par les toxiques, pour atténuer les actions d'arrêt, d'inhibition, capables d'amener la mort. Dans ces circon- >tanees, on voit une évolution aiguë devenir chronique. »
Mais, dans l'infection, il y a à tenir compte aussi des lésions produites, des phénomènes d'inflamnmtion. Or on sait que l'inflammation d'aiguë peut devenir chronique.
L'inflammation n'est pas le seul apanage des infections, et les lésions viscérales des intoxications, qui d'aiguës sont devenues chroniques, présentent une grande analogie avec les inflammations chroniques infectieuses, ainsi que l'ont montré M. Brault et M. Metchnikof.
« Ainsi que l'a démontré M. Brault (*), il y a une grande analogie entre 'e qui se passe dans les inflammations chroniques, provoquées par le 'vacille tuberculeux, et les processus connus sous le nom de cirrhose hypertrophique. Dans les deux cas, il s'agit d'une réaction du tissu con- «^nclif ou plutôt des éléments mésodermiques en général, réaction qui se prolonge pendant de longues périodes.
« Même si l'on considère connue établi que ces cirrhoses sont pro- •luites en dernière instance par des poisons chimiques, tels que le plomb, /alcool et autres, l'analogie des processus path()logi(|ues peut être maintenue. Seulement, dans les cas d'inflanunations chroniques infec- /icuses, les phagocytes se dirigent vers les parasites, tandis que dans hîs cirrhoses ces cellules attaqueraient surtout les éléments affaiblis par Taction des poisons. Le; résulUit peut donc être tout à fait différent, parce que, dans un cas, les phagocytes détruisent les microbes et, dans l'autre, ils diminuent les cellules propres de l'organisme. Ce dernier ras rapproche les inflammations chroniques des phénomènes d'atrophie C). j> (Metchnikof.)
On voit donc que des maladies, bien que très diflérentes par leurs lauses, peuvent être ramenées à «les processus très voisins, quand on les
(*) PaUiugênic appliquù«\
(*; Archivée géniralen de médecine^ 1888.
(^) [x?çons sur rinllamma lion, 189*2
examine dans des périodes avancées, telles que les inflammations chroniques. On peut donc, par suite, envisager ce passage de Tétataiguà l'état chronique d'une façon très sjTithétiquc.
Cette transformation d'mi état aigu en un état chronique dépend pour une part de la défense de l'organisme, et pour une autre part de la cause de la maladie.
Cette défense de l'organisme peut être intégralement conservée, et alors Faction d'une cause violente, germe très virulent, sera en partie neutralisée par elle, et cet organisme triomphera de la mort en faisant de la maladie chronique. On peut comprendre le mécanisme inverse : avec une résistance diminuée comme celle d'un organisme aflaibli ou vieilli, et une infection légère qui aboutit d'ordinaire à la guérison, on observera le passage à Tétat chronique.
On peut peut-être étendre cette conception à l'intoxication. Un organisme résistant viendra à bout de l'intoxication aiguë par ses organes neutralisateurs ou destructeurs de poisons, par ses émonctoires; mais, si l'organisme est aflaibli précisément dans ces organes et ces émonctoires, l'état chronique pourra succéder à l'état aigu. Mais, ici encore, le mode d'action de la cause ne peut être absent, car on sait que l'intoxication chronique est le plus souvent le résultat de la répétition de la cause morbifique.
D'ailleurs, tout se tient en pathologie, et en particulier des maladies auàsi diflërentes que les infections et les intoxications. Personne no conteste plus, depuis les travaux de M. Laveran, la nature parasitaire du paludisme, et ici le passage à l'état chronique peut être le résultat d'mie série de répétitions de la cause, d'une série de récidives. La clinique montre souvent, en eflet, que le paludisme chronique est communément l'apanage des infectés par l'hématozoaire d'une façon répétée; cependant, on sait aussi qu'une seule atteinte de paludisme aigu peut aboutir à la cachexie, ce qui indique au moins la part qu'il faut faire à la nocivité originelle de l'agent et à la résistance du terrain.
A examiner les choses d'une façon plus large, on ne peut même rencontrer une opposition formelle entre les processus de l'infection et de l'intoxication envisagées dans leurs transformations en états chroniques. Il semble qu'on ait trouvé une diflërenciation quand on dit que l'infection chronique est une lutte qui se continue entre un virus et un organisme et que l'intoxication chronique résulte surtout de la répétition de la pénétration du toxique. La différence est moins absolue, car les microbes des infections chroniques continuant à pulluler dans l'organisme exercent des actions analogues à celles d'un to^xique fréquemment absorbé ; les diverses étapes de l'infection chronique avec les pullulations microbiennes qui en sont le résultat ne sont pas, au point de vue de la durée de la pénétration des agents morbides, totalement différentes des intoxications dont la chronicité est tout entière dans la répétition de la pénétration du poison. Dans l'infection elle-même, le phénomène de l'intoxication n'est pas quantité négligeable.