SÉMIOLOGIE DE LA DIARRHÉE
La répétition trop fréquente des garde-robes est la diarrhée^ quand le nombre des selles quotidiennes dépasse celui que Tindividu se connaît à l'état de santé et quand ces selles sont liquides ou très molles. Certains pathologistes réservent le terme de diarrhée à l'évacuation de fèces liquides (Hallopeau) ; d'autres, comme Littré, estiment qu'il y a diarrhée dès que les évacuations alvines sont trop fréquentes ; les deux conditions se trouvent, d'ailleurs, habituellement réunies.
En général, un adulte a une^rde-robe par vingt-quatre heures; bon nombre de personnes en ont pourtant deux sans trouble de la santé. Lc$ nourrissons en ont deux à quatre pendant les premiers mois, et, tant qu'il n'y a pas de modification de la consistance et de la couleur, il n'y a pas lieu de chercher à rendre les garde-robes moins nombreuses.
La diarrhée est un symptôme commun à tant d'états morbides que sa valeur sémiologique est faible tant que les matières excrétées n'ont pas certains caractères tranchés, et elle n'éclaire le diagnostic que par son association avec les autres symptômes : fièvre ou apyrexie, douleur abdominale, troubles de l'estomac, etc.
La diarrhée résulte surtout de l'exagération du péristaltisme intestinal: il s'y joint très souvent une augmentation de la sécrétion des glandes ou l'exsudation de sérosité hors des vaisseaux de la muqueuse
Les contractions péristaltiques sont provoquées, le plus souvent, par une excitation partie de la muqueuse intestinale; cette excitation peut être physique, mécanique ou chimique : dos boissons trop froides, des aliments trop abondants ou grossiers réfractairos au travail digestif, des helminthes, dos corps chimiques caustiques, des poisons issus de la fermentation digostive ou d'antres fabriques par les bactéries peuvent agir suivant l'un ou Tautre do cv:\ modes.
L'agent chimique irritant peut n'avoir pas été introduit dans lo tiiln' digestif par la voie buccale ou rectale ot ne pas y avoir pris naissance: il peut y arriver par la voie sanguine, c'est-à-dire la sécrétion d'une des glandes qui déversent leur contenu dans l'intestin (bile, sue pancréatique, suc intestinal). Los éliminations intestinales de poisons circulant dans le sang sont bien démontrées pour l'uroinie, par exemple, pour la diarrhée putride des anatoinistos ot, quant aux poisons d'origine microbienne, pour lo pyocyanique, par Charrin ; c'est ainsi que s'expli(|uont la plupart des diarrhées qui surviennent au cours des états infectieux.
Mais ce niécanismo n'est pas lo seul qui puisse être invoqué. I/hj-j^Mcrinio dos glandes intestinales reconnaît, dans certains cas, une inlluenee nerveuse centrale : elle est le résultat d'une influence vaso-motrice on trophi(jue. Bon nombre de diarrhées sont symptomatiques do névroses (Basedow, etc.). La cause qui provocjue l'excitation du centre nerveux
vaso-moteur ou sécnHoire do rinloslin pout iTsider dans le centre nerveux même, influencé par un poison l)iologi([ue ou exogène, par une perturbation psychique (émotion, peur), ou être sous la dépendance d'une excitation périphérique (action du froid sur la peau, refroidissement des pieds) chez des prédisposés comme les arthritiques.
La diarrhée accompagne souvent les états inflammatoires de la muqueuse intestinale : la chute incessante de Fépithélium mettant à nu les extrémités nerveuses favorise la production de réflexes provoqués par le contact des résidus alimentaires ou des matières fécales ; elle est surtout constante et intense quand il y a des ulcérations, même peu nombreuses.
Enfin, pour expliquer l'action purgative des sels neutres, on a invoqué leur pouvoir osmolique, capable de renverser le courant de diff*usion des liquides à travers les parois des vaisseaux de la muqueuse et de provoquer la transsudation de la sérosité du sang dans la cavité intestinale. Cette explication n'est pas cependant seule admise. Il y a une part h faire dans laction des purgatifs sîdins à Thypérémie de la muqueuse, au catarrhe épithélial et à Texcitatiim des contractions péri stal tiques.
Quand on constate la diarrhée chez un malade, il faut d'abord se faire montrer les matières évacuées ; car déjà leur aspect, leur odeur orientent l'observateur dans certaines directions. La présence de détritus alimentaires reconnaissables fait penser à une diarrhée par digestion incomplète de l'estomac si les débris proviennent d'aliments ressortissant à la digestion stomacale (viande, œufs, poissons), ou de Tintestin s'il s'agit de féculents ou de végétaux herbacés.
La coloration, Todeur, la présence de bile, de débris épithéliaux rizifonnes, de mucus, de pseudo-membranes, de sang, etc., sont les éléments divers d'appréciation sur la cause de la diarrhée (voir [)lus haut), le siège des lésions.
Il est indispensable de prendre en considération l'absence de fièvre ou l'existence d'une fièvre à marche cyclique et le cortège des autres symptômes généraux, la douleur en particulier.
On distinguera la diarrhée liée aux lésions du gros intestin par le siège des douleurs sur le trajet du côlon, par leur répétition fréquente et comme i-ythmique, par l'abondance des glaires, l'agglutination du mucus en petites masses ressemblant à des crachats (Lasègue), ou en membranes plus ou moins rubanées.
Lesépreintesel le ténesme, c'est-ii-<lire le besoin incessant de déféquer non suivi de résultat, sont caractéristiques de la rectite.