‹ Traité de pathologie générale v. 1Chapitre 128 sur 139 · OCCLUSION INTESTINALE · texte numérisé non relu

OCCLUSION INTESTINALE

Toute occlusion intestinale donne lieu à un syndrome dont les élémenb constituants sont la constipation absolue (rétention des gaz comme des fèces), le météorisme et les vomissements; il s'y joint, en général, des douleurs abdominales, un cortège de troubles généraux avec une température normale ou de Thypothermie.

Ces accidents, que nous allons analyser de plus près, ont le plus souvent une marche aiguë, rapide et continue, qui aboutit à une mort prochaine, si rintervenlion thérapeutique ou la dispaiîtion spontanée de la cause pathogénique n'y mettent pas fin. Dans quelques cas la manho subit une ou plusieurs rémissions, ou bien elle est continue, mais lente et chronique.

Voyons les détails du tableau.

La constipation n'est pas toujours absolue dès le début, ou plutôt elle n'est constatable ipraprès Tévacuation des matières contenues dans I intestin (»n aval du siège de Tocclusion; mais, à partir de ce moment, elle est complète et le caractère capital est qu'il n'y a plus d'émission de gai.

Le météorisiiie, ipii n'est vraiment constitué avec tous ses caractères que 2 i ou 48 heures après la constipation absolue, se distingue par son intensité : la paroi abdominale est assez distendue pour qu'on ne puisse plus la déprimer par la palpation; on peut voir se dessiner sous les téguments les ondulations serpentines des anses intestinales qui se contractent en amont de l'obstacle. On peut noter comme conséquences du météorisme la dyspnée, le hoquet par entrave au rythme du diaphragme.

Les vomissements peuvent être d'abord alimentaires; ils s<uU rapid^»ment séro-mu(pieux, puis verdatres et enfin fécaloïdes, si le siège de l'occlusion est situé assez bas sur l'hiteslin.

La douleur peut être d'abord localisée au point où se fait roeclusion; mais elle ne tarde pas à être irradiée et diffuse, étant surtout causée par les contractions désespérées du muscle intestinal en amont de Tobstacle, en partie aussi par le météorisme et une hyperesthésie qui varie suivant les individus.

L'état général est rapidement altéré suivant le tj-pe dit péritonéal ou cholériforme : iacies grippé, abdominal, hippocratique, c'est-à-dire le nez effilé, les orbites excavés, l'expression anxieuse; la respiration accélérée et faible, la voix cassée, puis éteinte; la soif insatiable, le hoquet presque continu, un amaigrissement rapide qui contraste de façon saisissante avec l'augmentation de volume du ventre.

Le |)ouls est petit et fréquent. La chaleur du corps s'abaisse au-dessous de la normale de 1 à 5 degrés; lapyrexie ou l'hypothermie sont de règle, à moins de complications inflammatoires viscérales ou péritonéales.

La peau se couvre de sueurs froides et visqueuses. La cyanose du visage et des extrémités s'accuse au fur et à mesure que le collapsus s'accentue veVs l'asphyxie par engouement et congestion pulmonaires et la mort, à moins qu'une péritonite par perforation ne vienne modifier le tableau par l'intenention d'un redoublement de douleurs et la fièvre.

Quand la guérison survient, elle est aimoncée par l'émission de gaz, suivie de garde-robes de plus en plus abondantes.

La production d'une fistule stercorale par anus contre nature est encore une terminaison possible, mais exceptionnelle.

La forme aiguë évolue en fi ou 10 jours; dans les cas subaigus avec rémissions passagères, la durée peut être de trois semaines; il y a unlî forme chronique qui peut durer bien davantage.

Pour apprécier la valeur sémiologique du syndrome de l'occlusion, on devra le différencier des complexus symptomatiques comprenant au nombre de leurs éléments la constipation, le météorisme, les vomissements.

On éliminera l'étranglement des hernies en explorant les anneaux et les orifices insolites comme le triangle de J.-L. Petit; on ne négligera pas surtout le toucher vaginal ou rectal.

Une constipation même prolongée ne produit pas des douleurs comparables à celles de l'occlusion, ni des vomissements d'une telle fréquence et ayant successivement les caractères mucoso-bilieux et fécaloïdes. Surtout l'émission des gaz persiste.

Les syndromes de la colique hépatique, néphrétique ou saturnine ont bien les vomissements et la douleur, la constipation tenace aussi pour l'intoxication saturnine; mais les localisations spéciales de la douleur, l'al)scnce de météorisme croissant ou le ventre rétracté, ici encon» la persistance des gaz, permettent le diagnostic.

Certains empoisonnements (arsenic, tartre stibié) peuvent embarrasser, simulant surtout l'étranglement interne en produisant le collapsus algide, mais ils s'accompagnent souvent de diarrhée.

Les péritonites «ligiics ont la fièvre, le caractère sii|>cr(icieK diffus des douleurs, la précocité des vomissements. Le diagnostic des péritonites suraiguës, par perforation siégeant sur la vésicule biliaire, rapiiendice cœcal, rintestin, est des plus difficiles parfois. On retiendra comme signes de présomption l'absence de phlegmasie antérieure du péritoine, le |mîu de durée de la localisation de la douleur, qui est plus marquée à la pression, le météorisme égal des deux côtés, la constipation moins absolue, les vomissements plutôt bilieux cpic fécaloîdes, une matité manifeste dans la région sous-ombilicale indiquant un certain degré d'épanchemcnt. le frisson au début, puis la fièvre, qui n'apparait dans Tocclusiop que si celle-ci se complique de j)éritonite, le pouls particulièrement serré, petit. fré(|uent. Mais, dans le cours de certaines péritonites, la paralysie de la tunique musculaire amène Tinertie intestinale et permet une production rapide et intense de gaz; le tableau clinique se rapproche tellement de celui de Tocclusion que ces faits ont été décrits comme pseudo-c»trangl^ nients (Ilenrot).

L'iléus nerveux, occlusion par simple spasme, n'a pas la marcbe falalement croissante et les symptômes généraux rapidement mauvais: on relève chez le sujet des stigmates névropathiques.

Il faut encore envisager l'hypothèse de certaines adénites inguinales, d'un testicule en ectopie et enflammé, ou dans la forme algide cerUins cas de choléra sans évacuation diarrhéique (choléra sec) qui incidentcnt quelquefois les épidémies choléri(pies.

On devra ensuite établir le diagnostic de la cause de Tocclusion, en faisant une analyse serrée des commémoralifs.

Comme causes d'occlusion aiguë, on passera en revue Tinvagination aiguë, le volvulus, rélranglemenl interne.

Comme causes d'occlusion chronique, l'invagination chronique (Ralinesque), les rétrécissements de rintestin cancéreux, syphilitique ou cicatriciel, l'obstruction même dans la cavité, la compression par des organes voisins ou tumeurs, les adhérences et brides, les coudures brusques.

Enfin on fera le diagnostic du siège en recherchant le siège de la Amleur primitive, le degré du météorisme et la forme du ballonneniont. Ainsi, pour l'intestin grêle, l'obstruction siégeant sur la partie moyenne donne un ballonnement limité aux régions ombilicale, hypogastricpie et épigastrique avec dépression des régions iliaques et angulo-coliques; si elle siège sur la fin de l'iléon, le météorisme est plus général, la saillie plus globuleuse avec persistance des dépressions coliques.

La glycosurie peut être rangée parmi les symptômes de certains étranglements herniaires. Fr. Neugebauer( Vien.klin, Woch., septembre 18ÎM}), l'ayant observée dans deux cîis à la clinique de Nicoladoni (de Gratz), a institué des expériences sur les chiens et les lapins pour en élucider le mécanisme : chez les animaux îiyant pris un aliment hydrocarbure, b glycosurie apparaissait après la ligature d'une partie de l'intestin voisine de l'estomac (duodénum et jcgunum); elle faisait défaut si la ligatuie

portait sur la partie inférieure de Tiléon ou le gros intestin. Kalisch avait déjà émis l'opinion que la glycosurie alimentaire apparaît chaque fois que les fonctions du duodénum sont abolies. Ainsi la glycosurie ne doit accompagner la hernie étranglée chez Fhomme que si Tétranglement siège sur le duodénum et le jéjunum.

En faveur du siège sur le gros intestin, surtout à partir du côlon descendant et sur rS iliaque, on aura le météorisme le plus complet, ou un ballonnement médian encadré par de gros cylindres coliques.

Les auteurs anglais ont dit que la quantité d urine émise est d'autant moindre ^que l'obstacle est situé plus haut; ce signe a été contesté, la diurèse pouvant être influencée par d'autres facteurs (vomissements, sueurs profuses).

S. Duplay a proposé d'utiliser pour se renseigner l'injection d'eau par l'anus, pour savoir quelle quantité l'intestin peut conserver; on comprend que là encore la tolérance du sujet est un facteur très variable.

La précocité des vomissements a été donnée comme présomption d'un siège élevé, mais elle indique plutôt l'intensité de la constriction de l'intestin*

Page 1