ULCÉRATIONS INTESTINALES
Les ulcérations intestinales provoquent toujours certains symptômes à peu près semblables, quelle que soit leur cause : ulcérations inflammatoires des entérites aiguës et chroniques, ulcérations spécifiques de la fièvre typhoïde, de la dysenterie, du charbon, de la tuberculose, de la syphilis, par nécrose d'une portion de la muqueuse sous l'influence d'un arrêt de la circulation (embolies dans l'endocardite ulcéreuse et l'infection purulente, thromboses artérielles ou veineuses des vaisseaux mésaralques), néoplasmes ulcérés (cancer, leucémie, lymphadénie), par dégénérescence amyloide ou par action toxique (arsenic, sublimé, tartre stibic, alcool et dans l'urémie).
C'est surtout leur siège qui établit les plus notables différences.
On peut relever comme symptômes possibles les douleurs, certains phénomènes nerveux comme le hoquet, la diarrhée avec des caractères variables, la présence du sang, du pus ou de fragments de la paroi intestinale dans les selles, enfin la péritonite.
La douleur n'est pas un symptôme constant des ulcérations; elle fait souvent défaut en tant que douleur spontanée, elle peut même n'être nullement provoquée par la pression. L'absence de douleur à la pression s'explique dans certaines maladies, parce que la sensibilité du malade est rendue très obtuse, comme dans la fièvre typhoïde.
Mais, dans bon nombre de cas, il existe une douleur localisée d'une façon permanente dans la ou les régions de l'abdomen où les ulcérations existent; ainsi pour l'ulcère simple du duodénum dans l'hypochondre
droit, — pour celles de la fièvre typhoïde, de la tuberculose du cawum dans la fosse iliaque droite, — pour celles de la dysenterie sur le trajet du côlon, dans riiypochondre gauche et la fosse iliaque gauche. Les ulcérations de la région rectale produisent le ténesine et les épreintes.
Certains troubles nerveux, qu'on peut regarder comme d'ordre réflexe, ont été signalés : douleurs névralgiques dans la sphère du dernier nerf intercostal, des nerfs lombo-abdominaux, seiatiques et cruraux et même phis loin (névralgie du cubital).
Le hoquet a été plusieurs fois signalé.
La dianhée est un symptôme des plus constants ; elle se fait remarquer par sa ténacité, par la multiplicité des garde-robes et dans certaines maladies par les caractères spéciaux des selles. Ainsi les selles typhiques liées aux ulcérations de Tiléon et du ciccum sont liquides, grisâtres ou jaunâtres, laissant sur les linges des taches couleur d'ocre ou de jus de melon, exemptes de glaires et de mucus s'il n'y a pas complication de colite. On y trouve le bacille d'Eberth du dixième au vingtième jour. Elles peuvent être mélangées de stries sanguinolentes quand une hémorragie intestinale se prépare, puis surviennent des amas noirâtres de sang coagulé, charriés par du sang encore liquide et dont la couleur est peu aliéna.
Les selles des tuberculeux porteurs d'ulcérations intestinales sont d'abord peu fréquentes, surviennent plutôt la nuit et le matin, ont une consistance à moitié liquide ou grumeleuse, une coloration grisâtre jusqu'au jour où elles deviennent noires par mélange intime du sang; mais il est rare que des hémorragies vraies soient constatées.
L'odeur est souvent très fétide.
La présence des bacilles de Koch n'est pas toujours facile à mettre en évidence.
Les dysentériques rendent alternativement des selles glaireuses, filiformes, contenant des corpuscules qui ressemblent au frai de grenouille ou aux grains de sagou, puis du sang mélangé aux selles; quand rulcération progresse, on y trouve du pus en amas ou avec laspect de cracliaU (Lasègue), des fragments de muqueuse (raclure de chair); Todeur devieni alors celle de la macération anatomique.
Au niveau des ulcérations peuvent se produire des pcuissées de pôritcmite subaiguc localisée, qui créent des adhérences entre les anses intestinales, zone de (hmleurs phis vives, spontanées et provofjuées, très su|H'rficielles, submatité, ou rnatité, gâteau péritonéal.
Aussi, quand une perforation survient, le contenu de l'intestin peut s'épancher dans une cavité enkystée ainsi préalablement.
Vxx abcès stercoral peut en résulter; sinon, la péritonite qui suit la ^)erftuation est généralisée d'emblée et se traduit par le cortège de ladonleur aiguë, (raiH>rd localisée, puis rapidement généralisée, parle météorisaie diffus et considérable, par la fièvre ou Thypothermie, le pouls accéléré, petit, fuyant, misérable, le boquet, la dyspnée, le faciès dit péritonéal (nez pincé, yeux excavés), la cyanose des extrémités, etc.
Griesinger dit que, dans les péritonites par perforation survenues au cours d'une fièvre typhoïde, « les conditions de la température sont si variables qu'on ne peut rien en tirer au point de vue du diagnostic ». M. Dieulafoy(*) voit dans Thypotherniie brusque et persistante le signe d'une perforation et l'indication à une intervention chirurgicale. M. Lereboullet('), s'appuyant sur ses observations propres et sur l'autorité de Lorain, de G. de Mussy, estime que le diagnostic de jperforation s'impose au cours d'une fièvre typhoïde quand le pouls, qui d'ordinaire dans cette maladie oscille de 80 à 100, malgré des températures de 59 et 40 degrés, s'accélère brusquement; alors surtout qu'en même temps le météorisme augmente très vite; que la douleur provoquée par la palpation de la région iléo-cîccale se traduit par une contraction des traits du visage ; que des vomissements, du hoquet, une angoisse respiratoire, due au ballonnement extrême du ventre, appellent l'attention. M. Lereboullet considère que l'abstention chirurgicale doit être recommandée dans les cas de collapsus avec hypothermie , tandis que la laparotomie lui parait jpouvoir étare tentée dans les péritonites par perforation où la température se maintient élevée avec un pouls non déprimé et d'une fréquence moyenne.
Enfin, si les ulcérations intestinales se sont cicatrisées, ce qui est après la fièvre typhoïde, la dysenterie, et quelquefois la tuberculose, la cicatrice peut être assez rétractile et froncée pour produire une sténose de l'intestin.
Les rétrécissements de l'intestin grêle se révèlent par des douleurs ou de la gêne à une phase avancée de la digestion, par du météorisme localisé autour de l'ombilic, de la constipation graduellement croissante, parfois de l'occlusion intestinale.
Le rétrécissement du duodénum au voisinage du pylore (sous-pylorique) donne lieu à peu près aux mêmes symptômes que la sténose du pylore.
Les rétrécissements portant sur le côlon n'aboutissent qu'à des signes d'obstruction intestinale incomplète, mais les matières fiscales peuvent être comme passées à la filière ou rubanées ; le météorisme est plus général que dans la sténose de l'intestin grêle. La constipation est la règle; cependant elle peut alterner avec des débâcles diarrhéiipies : des ulcérations pouvant se produire au-dessus du point sténose, la diarrhée chronique peut reparaître comme symptôme de l'état ulcéreux.