IV. - MODIFICATIONS DE LA FIBRINE ET DU PROCESSUS DE COAGULATION
Le phénomène de la coagulation du sang est susceptible de subir des modifications appréciables à l'œil nu et à l'examen microscopique.
A l'état normal, le caillot sanguin formé plus ou moins rapidement après l'issue du sang des vaisseaux, se rétracte pour abandonner une certaine quantité du sérum qui l'imbibe (voy. page 52).
La propriété de fournir du sérum disparait dans quelques états pathologiques tels que le purpura hemorragica, l'anémie pernicieuse progressive, la cachexie paludéenne, la pneumonie (Hayem) (*).
Dans le purpura, l'anémie pernicieuse et la cachexie palustre, le défaut Je rétractilité du caillot coïncide avec une diminution considérable du nombre des hématoblastes que l'on peut incriminer pour l'explication du phénomène, mais dans la pneumonie, les hématoblastes sont en nombre normal ou même exagéré et il faut admettre une altération de la fibrine parles toxines que charrie le sang (Hayem).
Dans les préparations du sang humide normal , au bout de 1 0 à 1 5 minutes,
à la température de 18**, se forme un réticulum fibrineux qui demeure
presque totalement invisible au microscope. A l'état pathologique, le réti-
ruJum peut naître plus tardivement et se montrer composé de fibrilles plus
nombreuses et plus épaisses.
Lorsque existent ces modifications dans la coagulation de la fibrine existent en même temps une augmentation du nombre des leucocytes et un changement dans la disposition des hématies, qui ne se réunissent plus en îlots entourés par la mer plasmatique, mais en amas compacts et contîgus, en un continent semé de lacs.
M. Hayem a donné le qualificatif de phlegmasique au sang qui présente de tels caractères. Le retard de la coagulation, Taugmentation de la fibrine, la leucocytose, la transformation de la mer plastique en lacs, en sont les traits principaux (fig. 12).
Les hématoblastes prennent part à cet état particulier du sang, et ils
('] Hatem, Do caillot non rétrectilc : suppression de li fonnation du sérum sanguin dans qii(U<pies éUts patholo^qucs. Comptes rendus de tAcad. des scietices, 23 nov. 1896
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laissent exsuder une matière visqueuse abondante, de telle sorte que, si Ton mélange avec 100 à 200 parties de sérum artificiel 1 partie de sang, se forment des grumeaux composés par la substance issue des hématoblastes dans laquelle sont englués les hématoblastes eux-méraes ainsi qu'un certain nombre de leucocytes et d'hématies. Ces grumeaux, dit< plaques phlegmasiques, sont analogues à ceux que fournit le sang dans les anémies symptomatiques prononcées, et qui portent le nom de plaques cachectiques.
Parmi les divers états morbides, les uns imposent d'une façon constante
Fig. 12. — Préparation de sang frais dans la pneumonie (typeiîhlegmasique). — Les piles d'hémaliej^ se réunishent en un continent. Celui-ci est parsemé de lacs plasmatiques. Dans ces lacs on distingue un nombre anomal de leucocytes, des amas bématoblastiques et un épais n'*ticulum fihrineux. (Cette figure doit être comparée à la figure 3.)
au sang des caractères phlegmasiques complets, d'autres des caractères phlegmasiques atténués, d'autres entin ne déterminent point Tappaiition de ces caractères. On conçoit, pai' suite, toute l'importance que peuvent avoir rexainen du sang et la constatation ou la non-constatation de l'étal plilogniasique au point de vue du diagnostic.
Peu nombreuses sont les maladies dans lesquelles le sang prend un type plileymasique franc : il faut citer avant toutes la pneumonie (ibrineuse et le rhumatisme articulaire aigu. La goutte aiguë, les pleurésies aiguës, les phlegmons, amènent une augmentation moindre de la fibrine. Après la guérison de ces maladies, le réticulum fibrineux s'affaiblit de jour en jour
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<*t le sang reprend progressivement, mais lentement, ses caractères normaux.
Le tyi)e phlegmasique atténué comprend des images du sang disparates; la coagulation de la fibrine s'y effectue après le laps de temps normal ou subit un léger retard, le réticulum y apparaît composé de fd)rilIes.ou volumineuses mais peu nombreuses, ou nombreuses mais délicates, enfin la proportion des leucocytes y est variable mais faible. Parmi les maladies qui lui donnent naissance se rangent : les pleurésies, les bronchites, la pneumonie tuberculeuse, la grippe, Fembarras gastrique, la néphrite diffuse aiguë, la blennorragie aiguë, la méningite tuberculeuse, le scorbut, Térysipèle, la diphtérie, la variole à la période de suppuration, la rougeole accom|)agnée de bronchite à la phase d*éniption, la scarlatine aux phases angineuse et desquamative.
Les maladies qui ne comportent p6int un état phlegmasique du simg, franc ou atténué, sont très nombreuses. ïlntre celles-ci, il en est quelquesunes qui s accompagnent de fièvre; ce sont : la fièvre typhoïde, la fièvre intermittente, la tuberculose aiguë, la chlorose fébrile, Tanémie pernicieuse progressive, et, ainsi cpie je Tai étîd)li avec M. Hayem(*), la pneumonie typhoïde.
Lorsque, dans le coui*s d'une de ces maladies, on voit le sang prendre le type phlegmasique, il y a lieu de songera Tintercurrence d'une complication (*).