V. — MODIFICATIONS DU SÉRUM SANGULN
J'ai dit que la simple piqûre de la pulpe du doigt peut fournir 2 ou ^ centimètres cubes de sérum. Cette petite quantité permet de prendre connaissance de ses qualités physiques et de sa réaction; elle permet <lele^umettre à Texamen spectroscopique ou même à quelques autres n^nipulations. Mais, à la vérité, la plupart des notions que nous possédons î^'ir les altérations du sénmi dans les maladies, sont dues aux méthodes chimiques d'analyse qui exigent une quantité notable de sang et remontent aux temps de la saignée.
Le sérum normal est d'une teinte jaune verdàtre clair; il devient d'une
I'} G. Hatem et A. Gilbert, Note sur deux cas de pneumonie typhoïde. Archives générales de médecine, mars 1884.
,'*) Si je ne m'étais de paKi pris astreint , dans la rédaction de cet article, à écarter toute discusiion théorique pour demeurer exclusivement dans le domaine des constatations |K>sitives fournies par l'examen du sang, j'aurais au passage fixé la réflexion du lect»»nr sur la fréquence de l'hyper- ÂbrinocKe dans les maladies infectieuses ainsi que sur ses œnnexioas avec la leucocytose. Rapprochant ce phénomène des exsudations fibrineusi^s dont les surfaces des muqueuses, les alvéoles pulmonaires, les cavités séreuses et les mailles du tissu cellulaire sont si communément le siège an cours des processus infectieux, j'aurais aisément établi qu'il représente un moyen réaclionnel de défense au même titre que la leucocytose elle-mémi! sur laquelle l'attention s'est portée d'une façon trop exclusive. \\ s'agit là d'ailleurs d'un sujet de pathologie générale du plus vif intérêt par lequel depuis longtemps j'ai, avec mon interne Fouruier, poursuivi des expÎTiences que j'espère pouvoir faire connaître prochainement.
80 SÉMIOLOGIE DU SANG.
coloration jaune verdàtre foncé dans l'iclcre et d'une couleur rubis dans l'hcmoglobinémie.
Sa réaction physiologique est alcaline ; dans le choléra et dans certains cas d'ictère, elle devient neutre et même acide.
Il est composé d'eau, de matières albuminoldes, serine et séroglobuline; de sels inorganiques, parmi lesquels prédominent le chlorure de sodium et le carbonate de soude ; il contient en outre des matières azotées, urée, acide urique, créatine, créatininc, xanthine, leucine, thyrosine, des leucomaïnes(*), du glucose, de la lécithine, un ferment saccharifiant, un pigment particulier, des traces d'oxyhémoglobine, des gaz, acide carbonique et azote.
A l'état pathologique, le sérum peut différer du sérum normal soit par des modifications quantitatives ou qualitatives des principes normaux, soi^ par l'addition aux principes normaux de principes anormaux.
L'eau augmente dans divers états morbides, notamment dans le» anémies (hydrémie); elle diminue à la suite des évacuations alvines et des« transpirations abondantes.
La serine et la séroglobuline augm(;ntent d'une façon relative dans les conditions qui amènent une élévation du chiffre des globules du sang et. une diminution de l'eau du sérum, c'est-à-dire à la suite des diarrhées etdes sudations notables ; mais on ne connaît aucune condition capable d'amener une augmentation absolue de la quantité de ces matières albii— minoïdes. On les a accusées de diminuer (hypo-albuminose) dans les phlegmasies, la chlorose et les maladies hydropigènes (Becquerel et' Rodier). On les a accusées également de modifications qualitatives, d'une diffusibilité anomale dans le mal de Brighl (Scmmola), mais M. llayeia ayant transfusé le sang d'un chien brightique à un chien sain, n'a pas constaté l'existence d'albuminurie chez ce dernier et n'^ pas pu ainsi mettre en évidence cette prétendue diffusibilité.
Le chlorure de sodium, dont le chiffre normal est de 4 pour 1000, diminue légèrement dans la plupart des maladies, telles que la pneumonie, la clilorosc, la phtisie, etc. (Becquerel et Rodier).
L'urée, qui n'existe dans le sang normal qu'à l'état de traces, augmente dans l'empoisonnement urémicpie.
L'acide urique, dont la i)roportion physiologique est minime, et dont l'existence même a été niée dans le sang normal, se rencontre en quantité appréciable dans le sang des goutteux (uricémie), (0,025 à 0,075 pour iOOO, d'après Garrod). La même constatation ne peut être faite dans d'autres états morbides tels (juc le rhumatisme articulaire aigu, si bien qu'elle a une certaine importance sémiologique. On pourra rechercher, par le procédé dit du fil, la présence de l'acide urique dans le sérum que donne la piriùrc du doigt aussi bien que dans la sérosité d'un vésicatoire.
(*) Robert AVnuTZ, Tlicsc de. dodoral. Paris, 1889.
SÉMIOLOGIE DU SANG. 8i
Le sang normal ne renferme pas plus de 1 à 1 ,5 pour iOOO de glucose; sa quantité peut être portée à 9 pour 1000 (glycémie) chez les diabétiques (Hoppe-Scyler); elle serait également plus élevée qu'à Tétat physiologique chci les carcinomateux (Freund).
L'oxyhémoglohine, dont le sénim normal montre à peine des traces, peut augmenter (hémoglobinémie) non seulement au point de fournir au speclroscope les bandes d'absorption caractéristiques, mais môme de raixlifier, ainsi que nous l'avons dit, la couleur du sérum.
Parmi les principes anomaux que peut contenir le sérum, il faut mentionner les acides biliaires, la bilirubine et ses dérivés, l'urobiline, les peplones, l'acétone, l'hypoxanthine et la ghitine.
La présence des acides biliaires dans le sérum, de la bilirubine et de ses dérivés, est observée dans l'ictère (cholémie). L'examen à l'œil nu et au speclroscope, l'emploi du réactif de Gmelin, décèlent les pigments biliaires('); lanalyse chimique et l'étude physiologique (action sur le cœur de la grenouille atropinisée) décèlent les acides biliaires.
L'urobilinémie laisse au sérum sanguin sa teinte normale, mais elle est aisément reconnue au spectroscope. Elle est la preuve soit d'une destruction exagérée des hématies, soit de l'insuffisance fonctionnelle du foie (Hayem).
D'après Ludwig les peptones apparaîtraient dans la leucémie.
l'acétone se montre dans le sang au cours de divers processus, notamwenldans les processus fébriles (acétonémie). On a attribué à son accumulation la production du coma diabétique.
l'hj-poxanthinc n'existerait pas dans le sénim fraîchement extrait : son apparition dans le sang ainsi que celle de la glutine seraient caractéristiques Je la leucémie.
lescrum peut charrier un grand nombre d'autres principes anomaux.
f" est vraisemblable que les perturbations fonctionnelles et les lésions organiques sont capables d'entraîner l'apparition dans le sang de substances diverses, entre lesquelles certaines sont toxiques (auto-intoxications), laliraentation d'autre part, les professions qui entraînent le maniement de corps absorbables, l'ingestion de médicaments, les empoisonnements peuvent amener l'introduction dans le sang de corps variés.
Enfin, les micro-organismes produisent incessamment ou suscitent la
production de substances qui circulent dans le sang et joiient un rôle
considéral)le dans la symptomatologie et le pronostic de la plupart des
maladies.
L'une de ces substances, récemment, a été mise en évidence dans la
(■) AvccFournier j'obscn'c, depuis l'an dernier, une jeune f(Mnme qui m'a été adressée par M. Brocq qu'cUc était aUcc consultée pour une xanthcxlermie particulière occupant une partie de la face, la paume des mains et la plante des pieds. Les muqueuses et notamment les conjonctives sont normales. Les urines, abondantes, sont très pâles. I^e sérum, au contraire, examiné à la fin de 189(5 et plusieurs fois depuis, est jaune et au spectroscope fournit la réaction des pigments biliaires. W s'api donc ici d'un cas d'ictère fruste, remarquable par l'association paradoxale de ces symptômes, xanthodermie partielle et xanthémie d'une part, leucosurie de Tautro.
FATBOLOGIE QiwtHALE. — lY. 6
Si SPECTROSCOPŒ DU SANG.
fièvre tj-phoulc par M. Widal(*), qui a proposé d'utiliser ses propriétés pour le diagnostic.
Cette substance exerce, sur les cultures du bacille d'Eberth, une action agglutinante telle qu'elle y provoque la formation d'amas microbiens caractéristiques.
En pratique, pour la recherche instantanée de la réaction de HVrfa/, il convient d'ajouter à une culture en bouillon du bacille d'Ebeilh, âgée de vingt-quatre heures, le sérum à examiner, dans la proportion de 1 pour 10, puis de placer une goutte du mélange sous le microscope. On y constate immédiatement des agglomérats microbiens disséminés dans la préparation à la façon des ilôts d'un archipel.
Le phénomène appai-alt du cinquième au septième jour de la dothiénent('»rie, s'atténue pendant la convalescence, disparait de dix à trente jours après la guérison ou persiste encore après plusieurs années. Il doit être regardé non comme lié à l'immunité, mais à l'infection.
Sur les cultures du colibacille, des paracolibacilles et surtout sur celles du bacille de la psi ttacose (Gilbert et Fournier)('), le sérum des t)7)hiqucs n'est pas sans exercer une certaine action agglutinante, mais celle-ci n'est pour ainsi dire qu'ébauchée.
Connne, d'autre part, le séi-um des individus sains ou atteints d'affections autres que la dothiénentérie n'exerce pas d'action agglutinante sur le bacille d'Eberth, on voit les services que peut rendre le séro-diagnostic.
(*) WiDAL, Sértxliagiiostic tic la fièvre ty])lioî(lc. Bull. Soc. méd. des hApit., 26 juin 1896 cl Presse médicale, 27 juin, 8 août. 30 scplombre, iO octobre 1896.
(■) A. Gilbert et L. Fodrîjier, De la Psitlacosc. Académie de médecine, séance du 20 octobre 1890; Société de biologie, iO décembre 1896 cl Presse médicale, 16 janvier 1897.
Par A. HËNOCQUE
Directeur- adjoint du Lil>oratt)irc de physique hiolo((iqu(> du Collè^'t: di> fraiicc.
L'étude s|>ectroscopiquc du sang, au point <le vue sémiol()gi(|iio, comprend:
l' L'analyse spectroseopique qualitative et quantitative de la matière colorante du sang, rhémoglobinc ;
? L'étude spectroseopique des transformations de ThcMnoglobine dans les tissus, c'est-à-dire la mesure de lactivité de la réduction de cette substance ou des échanges gazeux entre Toxyliémoglobine et l(»s éléments des tissus ;
3" Les variations de Tactivité de la réduction de Foxyhénjoglohine à l'étal normal ;
l" Les modific^itions de Tactivité de la réduction de roxyhémoglohint» dans les divers états pathologicpies, et sous l'intluence des agents thérapeutiques et des médications;
5' L'étude spectroseopique des dérivés de Thcmoglobine.
ANALYSE SPECTROSCOPiaUE DE L*HÉMOGLOBINE
Les procédés employés dans les laboratoires présentent des dii'licultés techniques et des manipulations compliquées, mais en suivant la méthode ^l les procédés (pie j'ai institués sous le nom d'hémato-spectrosco|)i(», il est très facile de pratiquer la spectroscopie du sang, même au lit Ju malade.
Prenant pour base de ma méthode ce principe général cpie le sang doit éircexaminé pur, et non additionné d'eau, de sérum ou (faiitres réactifs, jîii remplacé l'examen spectroscopiipie du sang dilué par celui d'une '*ouche mince de ce liquide dont l'épaisseur, rendue progressivement variable, peut être déterminée et notée en valeurs métriques. L'appareil de précision qui permet cette étude est désigné sous le nom iïHématoscope dllénocque.
SFECTROSCOPIE DU SA>G.
H est essentiellement constitué par deux lames de verre d'inégale largeur; maintenues en contacta l'une de leurs extrémités, elles s'écartent à Tautre extrémité d'une distance de 500 millièmes de millimètre, limitant ainsi un espace prismatique presque capillaire. Quelques gouttes de sang non dilué, tel qu'il est extrait d'une piqûre avec une aiguille à la pulpe du petit doigt, déposées entre les deux lames y forment une couche d'une épaisseur et d'une coloration graduellement progressives. Une échelle millimétrique gravée sur le verre permet de mesurer Fépaisscur de la couche observée. Pour doser l'oxyhémoglobine on observe avec un
Fig. 1-2. — Hôraatoscope de verre ou cuve hématoscopique.
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Fig. 15. — Coupe de l'héraatoscope.
simple spectroscope à vision directe, ou avec des appareils plus perfectionnés dénommés hématospectroscopes. La coloration nulle à 0 mm. devient rougeàtre, rouge carminée et de plus en plus intense vers 60 mm. Il est évident (|ue la teinte doit être d'autant plus foncée que le sang contient une plus grande quantité d'oxyhémoglobine, ce qui permet la mesure quantitative de la richesse du sang en matière colorante active.
A cet effet, il suffit d'examiner à quelle épaisseur on peut observer un phénomène bien défini, que j'appelle les bandes caractéristiques de r oxyhëmoglobine, en d'autres termes le phénomène des deux bandet égales en longueur d^onde et en obscurité, occupant dans le spectre deux plages étendues entre 570 et 590 X pour la bande a et 550 à 550 pour la bande ^.
On peut encore définir ce phénomène en disant qu'il coïncide avec l'épaisseur à laquelle on perçoit le maximum d'obscurité des bandes a et 3 avec l'espace intermédiaire verdàtre sans aucune obscurité.
Une table de concordance donne la quantité d'oxyhémoglobine correspondante avec répaisseur observée dans l'échelle de l'hématoscope.
La ligure suivante montre ce phénomène en même temps que les autres s|)eclros du sang à diverses épaisseurs et avec une quantité normale de 14 pour 100.
En elTiît, si Ion examine le sang par tranches successives de la division