S. — PERCUSSION DE L'AORTE
M. Merklen (*) en a donné un très bon résumé.
la percussion de l'aorte complète les résultats fournis par celle de la
région précordiale, la crosse de l'aorte pouvant être le siège d'une dilatation
simple ou d'un anévrisme. Dans les conditions normales; dit Friedreich,
on ne peut percuter l'aorte (*), mais quand celle-ci est fortement dilatée, on
constate une matité sensible à la partie supérieure du sternum, ou même
dépassant le bord droit sternal à la hauteur du 2^ espace et du 2*^ cartilage
droits. Diaprés M. Potain, les dimensions de l'aorte sont augmentées toutes
les fois que sa matité dépasse le bord droit du sternum au niveau du
2* espace.
Pour obtenir cette matité, il faut percuter fortement; en outre il faut
(') MniLEN, Examen et sémiotique du cœur. Collection Léauté, Paris 1895. {*) Cependant Piorry, qui avait précédé tous les auteurs modernes dans les (inesses de la lercuMion, percutait l'aorte de tous ses malades et en traçait les limites sur la paroi thorociquc.
chercher non pas tant riniensiié de la matité que son étendue. M. Potain, pour arriver à ce but, percute comme pour le cœur non pas sur la r^iaii (ju'on suppose mate, mais autour d'elle, d'une façon égale et régulière, a allant successivement des régions sonores vers celles qui le sent moins, pour s'arrêter là où la matité commence. Dans certains cas, surtout quanl il y a une voussure sternale, il est préférable de faire prendre au malade la position assise. Peter était plus précis; on pourrait d'après lui déterminer par la percussion les variations de la matité aortique, qui, à l'état normal, atteint 4 à 5 centimètres 1/2 chez l'homme et 3 centimètres i/2 chez la femme (*).
Il ne faut pas oublier que la matité au point indiqué par les auteurs peut être liée à d'autres aflections, les tumeurs du médiastin par exemple. Le diagnostic de dilatation aortique se fera alors par l'existence d'autres signes : soulèvement des sous-clavières, battements de la crosse facilement perceptibles par le toucher en arrière de la fourchette sternale, frémissement et éclat tympaniquc du 2^ bruit au niveau de la matité, et les autres signes que nous avons énumérés précédemment. Mais là encore comme i propos de la percussion du cœur, il est indispensable de savoir que toutes les dilatations aortiqucs ne peuvent pas se diagnostiquer par la percussion. Il suffit que les bords des poumons empiètent sur le vaisseau pour qve ce procédé d'exploration ne donne aucun résultat.
La configuration de la matité aurait cependant, pour M. Potain, une 1res grande valeur: c'est celle d'un casque de pompier. Elle résulte non seuk* ment de l'élargissement de la crosse aortique, mais aussi de rallongement du vaisseau et de l'augmentation de sa courbure, double effet qui se manifeste ici comme sur toutes les artères, du fait des altérations athéromateuses. Quand l'élévation des sous-clavièrcs coexiste, on a les éléments d'un diagnostic certain. Il y a souvent un rapport constant entre l'élévation de la sous-clavière et l'augmentation de la matité aortique. A 1 centimètre d'élévation correspond généralement une augmentation de 1 centimètre de la matité aortique. Les 'exceptions ne sont cependant pas rares.
Pour ce qui concerne l'anévrisme de l'aorte, la percussion donne des résultats moins importants que les autres moyens d'exploration. Au niveau de la tumeur on constate bien une matité plus ou moins étendue, suivant le volume de l'anévrisme, mais c'est là un signe qui se retrouve dam toutes les tumeurs du médiastin. La percussion pourra cependant rendre des services, mettre l'attention en éveil dans les cas d'anévrismes latents, siégeant profondément.
La percussion pourrait encore, d'après certains auteurs (Bureau)!'), fournir des renseignements dans les cas d'aortite aiguë avec dilatation
(*) Le procédé do Peler présiMilo des dilTu'iiIlôs et (ios causes d'erreur. En efTet, si U limile du côté droit, produite par lande qui est su|>rrliiielle à ee niveau, est relativement facile t préciser, il n'en est pas de mèinc de la limite pauclie eu rapiwrt avec rartère pulmonaire profondément cachée.
(*) Bureau, Les aortites. Collection Cliarcol-î)el)ovc.
de ce vaisseau. Là aussi la matité aortiquc dépasserait le sternum de 1 , 2, ou 3 centimètres; de plus tous ces signes d'une dilatation aortiquc seraient capables d'apparaître et de disparaître rapidement.
A propos des résultats de la percussion de l'aorte, nous ne pouvons que faire les mêmes réserves, en les accentuant encore davantage, que celles exposées plus haut au sujet de la percussion du cœur.