PALPATION
De tous les procédés d'exploration des artères, c'est la palpation qui donne les renseignements les plus importants. Cette exploration se fait tantôt au moyen des doigts, tantôt h l'aide d'appareils enregistreurs : sphygmographe, sphygmomanomètre.
A. Du pouls. — Quand on applique les doigts sur une artère superliciellement placée, on sent la propulsion systolique intravasculaire sous forme de légers battements intermittents séparés entre eux par des intervalles égaux et qu'on désigne sous le nom de pouls. Ce soulèvement régulier coïncide, à un très léger retard près, mais variable suivant l'artère explorée, avec le choc de la pointe du cœur. On explore surtout le pouls à l'artère radiale en raison de sa situation superficielle et parce qu(^ cette pratique n'est pas pénible pour le malade. Souvent aussi on prend la carotide conune repère dans l'examen du cœur pour les raisons que nous avons souvent indiquées dans le cours de cet article.
Le pouls doit surtout être considéré à un point de vue général ; ses ïnodilications locales n'ont qu'un intérêt très restreint (').
Les qualités du pouls dépendent surtout de trois facteurs dont le mode u action individuelle ne peut être séparé au point de vue clinique : énergie *^diaquc, quîintité de sang, structure du tube artériel.
fl P. MruEH, Charité-Annalett, Bel. XIV, 1889. {) £iCHHuRST, Traite de dia^n'iostic. Traduction Traiiçaise, p. 474.
1 ^ l^hochl [cité par Eiclihorst) croit que, darw l»»s innammations a))yréti(|ucs de la main, les '"^^^ du pouls changent notablement dnns Partère radiale corresp'jndaale.
Le pouls traduit d'ordinaire Tctat du cœur. Une pulsation radiale fort correspond à une contraction ventriculaire énergique et on peut dire qu rintensité du pouls et Fénergie du choc suivent une marche parallâ< Cependant il n'est pas rare d'observer des pulsations radiales faibles chf un sujet dont le cœur se contracte énergiquement. Cette anomalie pei tenir à ce que la radiale est profondément cachée, que les parties molb qui la recouvrent sont très épaisses ; mais ces phénomènes locaux n sont pas toujours seuls en cause. Ainsi, dans certaines lésions roitral» le pouls peut devenir tellement petit, qu'il ne consiste plus qu'en ondi lations à peine appréciables et telles qu'on ne saurait plus les comptei tandis qu'au cœur les battements, plus ou moins modifiés, restent cepea dant manifestes. Pareille remarque a été faite spécialement dans certain cas de sténose sous-aortique et soUvS-pulmonaire. Mais les faits de cetti dernière catégorie sont encore trop peu nombreux pour qu'on pirâ attacher à ce signe une réelle valeur diagnostique.
a. La force du pouls est parfois appréciée faussement par le doigt. Et cfTet, un pouls de faible énergie pourra produire une forte sensation è choc si la systole cardiaque et, par conséquent, l'onde pulsatile artérieik se manifestent brusquement. Inversement, un pouls d'une certaine cnergii ne provoquera qu'une faible sensation si l'onde pulsatile est lente. Din les deux cas, le toucher ne donnera que des renseignements faux para qu'il se produit une illusion sensorielle expliquée par cette loi, qu'un ptié nomène est perçu par nos sens avec d'autant plus d'intensité qu'il u manifeste plus brusquement.
6. Le loucher sera non moins impuissant à nous renseigner d'une manière absolue sur la forme du pouls, phénomène dont rimportaocf avait été comprise, mais bien exagérée par les anciens. Du fatras de mois d'une vague obscurité qui encombraient autrefois les traités, il n'esl presque plus rien resté du jour où l'on a appliqué la méthode graphiqw à l'étude du pouls. Il ne faudrait cependant pas en conclure que le palpa doit être négligé; bien au contraire nous sommes d'avis qu'il doit scrfii de prélude au tracé; bien pratiquée, la palpation donne déjà de fortes pré somptions sur la forme du graphique.
Il est une sensation tactile, demandant il est vrai pour être perçue uiK certaine habitude, qui peut attirer lattention de l'observateur surrexistence probable d'un rétrécissement mitral. Chez un certain nombre* ces cardiaques, le pouls offre un caractère désigné par l'un de noussouj le nom de pouls hésitant , parce que le soulèvement du doigt de robser valeur arrive après un intervalle prolongé, comme s'il y avait hésitation. Il ne s'agit pas d'un soulèvement en deux temps, mais d'une sensatior qui traduit, soit la lenteur que met le ventricule à se vider de son contenu, soit une contraction irrégulièrement relardée. Tous les malades atteints de rétrécissement mitral ne présentent pas ce phénomène et il resterait à voir à quelles conditions anatomiques il correspond, notamment si relève de la lésion valvulaire elle-même ou des altérations profonde*
PALPATÎOÎS DES ARTÈBES,
parois du venlricult* «{u'on i encontre eonstamment à des degrés ers dans la î^ténose triilmle.
€. La palpàlioïi pt^rmet de leconnaflre le degré de frér}uence du pouU. fOiir le:^ cas de p(»ids arythmique dont il a été parlé phi^^ haut, il est qu'il y a une snliordi nation complète, au })oiut de vue de la hé- ^/4fes pul^^lions radiale!^ aux contractions^ cardiaques, Au^si nous nn , relativement à raccéléintion et au ralenti s^emenl du pouls, que lit à ce qui a été dit à cepropoi^ daiiï^ la partie de cet article concerit les diveriï troubles du rythme cardiaque (voir p. 2051é. Avec k (>alpatioti on se rend encnre t oniple des variétés de rythme ponh. A ce [toi ni de vue, on distingue trois sortes de pouls : régulier, onihmiqne, arythnn ([ne ,
Pouls régulier* ^ Pour apprécier cette qualité du pouls, Temploi du hvgmographe est supérieur à la simple palpation, à la condititm touteiois i'on se metteàrahri des causer d'erreur pouvant tnnir à lapplication de tkslniment. La palpa tion â elle seule permet de reconnaître , surtout ia<l il est exagéré, le phénoniéiïe idiysiologique du dicrotisinc que i!^ étudierons plus bas et, d'après certains auteurs, le phénomène inse, l'anacrotisme,
Fonh alkjrylhftiiqut\ — Ce mot, introduit en Hémiologic par Som- ^bnull^ sert â désigner \g pouls qui, hien que ne possédant pas le nie normal, présente cependant une certaine périodicité dans ses éléments. Les auteurs allemands loiit rentrer dans ce groupe te pouls "kigi-miné, le pouls alternant et le pouls j)aradoxaL A propos des deux premiers nous ne pourrions tjue répéter ce qui a été dit au chapitre des altéralians du rythme cardiaque (voir p, 205), If ponfs paradoxal, signalé d'ahord |tar Griesingev, a été surtout iJir par Kûssmaul en IH/Ti, !1 consiste dans la disparition phis on jas complète de la pulsation radiale pendant Tinspi ration {pukits fpirfiOoii^ mfprf^f/f en*) j'), KussiTjaul avait lait de ce pouls, quand il at'Ciimpagné de collapsus diastrdique tins veines du cou, nu signe Inde symphyse du péricarde ou de médiaslino-péricardite(*). Des ohnafions nond) reuses ont montré que ce syndi*f>me n avait point du tout b vyliHir diagnostique que lui avait attribuée soii auteur, M. F. Frauckl^i rencontré dans les cas d'anévrismes intm-thonieiques volumineux, de khmv du canal ai'tériel, dans tous les cas où se produit un obstacle
^1 KiHffiial en dtmnait lï'S|jli<aliori suivanli' : Qumiil, â lu mllû do pliIpprno^i'Sp U^ \*(*r\tel'^piisiit cl s'olililùit^ jiarlii'lli-mfni, lursf|u'e[i rnC'im^ ti-mjw il se trôo dos briclos iitiroust^ > pirlflHl dp 11 fftco Pïtome fin (k;piftfHo, trifonKiit ic mùilbAtiii ol Sdiuk-nl ios gros Imiurs !Mt»ire5, holttmmi^nl la orfsse^ tïo Vmrif H Jps vernie hmominvca, cm n tm ensombk» dt» ctm- "ws qui ublîg4'ïit l*ai»rl«" h s'aibiigor et â se rétrécir I cttKftlc! ins^nrution. cp f\m *e manifesle '« [^iniLUMliu» l'I Ia siipprc-f^ioTi du poul*. (*l Btocbr [HfrL fi fin. Worh., 1885) n roimi, en y lyoïîlaiit yn cas pt-rsimnch Ions ïes cts de "^k piriilaiiil jivoL" culbpiis vuuieuî cervkal ulisenrtj^ cliPit los sujets fiorteura d'èpandicment ^^i<|1lI(^ ni! peu ctmiîdL'raljle, suis lésion concomilaïUe du miuHwitin^ U'ur nombre éttit I *^ ^pitqtii? dojh MB»E>s i'Iiiïr.
i'^ t>^ fjLisi;s. Guz. hi^bdonu, 1879.
à rentrée de Pair, comme par exemple dans le croup (*), la sténose lary gée, etc. Riegel, et après lui, d'autres auteurs ont constaté chez rhomi sain des modifications sphygmiques très nettes d'origine respiratoire d'i tant plus prononcées que les inspirations sont plus profondes : la cour descend pendant l'inspiration et s'élève pendant l'expiration. Qiaquep sation prise isolément présente aussi des modifications de même natâi A l'inspiration la hauteur du pouls diminue, à l'expiration elle augmen Le pouls paradoxal ne serait donc que l'exagération d'un phénomène pi siologique. Sommerbrodt aurait même vu, chez beaucoup de sujets saii la suppression absolue du pouls (') pendant les inspirations profond Par contre, il nous est arrivé maintes fois d'observer une dispariti complète du pouls durant les quintes de toux, c'est-à-dire pendant expirations forcées, spécialement chez des gens qui avaient des troub marqués de la circulation pulmonaire, tels que les emphysémateux v bronchite chronique.
Relativement aux autres formes d'allorythmie, nous ne ferons que ci quelques anciens noms de pouls : myure, myure récurrent, incide intercurrent, cothumisant, etc., pour montrer que ces appellatû n'ont plus aujourd'hui qu'un intérêt historique et point du tout la vak qu'on leur attribuait autrefois.
Pouls arythmique. — Tout ce qui pouvait être dit sur les divcr variétés de pouls arythmique a trouvé sa place à propos de l'arythmie ( diaque, nous y renvoyons le lecteur (voir p. 205). Toutefois, nous ré] tons que dès qu'on constate une irrégularité du pouls, il faut auscul attentivement le cœur où l'on trouve ordinairement dans ces cas nombre de battements plus élevé que celui des pulsations radiales, ce i provient de ce que certaines contractions ventriculaires sont trop fail pour impressionner le doigt explorateur.
B. Modifications dans le calibre des artères. — a. On rencon des modifications du pouls dans les artères périphériques chaque fois ( Vaorte à son origine est notablement rétrécie. Ces faits, très ra d'ailleurs, ont été rassemblés par M. Barié ('). Le sang ne pouvant il
{*) M. Joannovich (Thèse de Lyon, 1896) a repris récemment l'élude du iwuls paradoxal i le croup, en indiquant sa grande fréquence. Pour cet auteur, le phénomène accompagric \ffi} le spasme phréno-glotlique, il disparait après le tuhagc ou la trachéotomie; dénotant too/ un trouble profon<l de la mécanique respiratoire, il constitue une indication à l'interventioo pouls paradoxal, comme certains auteurs l'avaient déjà signalé, peut se montrer aussi dm laryngite aiguë non diphténque.
'\^] Knoll (cité par Ëichliorst) a montré qu'il faut, dans ces cas, se mettre en garde contre erreur. Si pendant l'exploration le sujet se penche du côté de la radiale explorée, il se pro une suppression du i)ouls d'origine inspira toire qu'on n'oliserve pas dans le dt-cubitus dorsa s'agit probablement là d'une compression de l'artère axillaire par le thorax en ampliation.
(') Barii^., Revue de médecine^ 1886. O mémoire trt>s complet contient l'indication 91 obser\'ations connues à cotte épo(|ue. Le diagnostic n'a été fait que 4 fois. Ixï plus sou on a constaté, sur la région antéro-latérale <lu thorax, le dos. U^ épaules, des vaisseaux dila trajets llexueux, animés de pulsations cl où l'auscultation pennettait de constater l'existcnc bruits soufflants.