TROUBLES DE LA PAROLE DORIGLNE NASALE
lancc, le voile du palais, gène dans son fonctionnement, ne se relève ]u^încomplètement pendant l'émission des sons buccaux : ceux-ci perdent leur timbre clair pour prendre un caractère légèrement nasillard. Or cette insufOsance du voile se trouve assez souvent liée à Timperméabilité nasale. Elle peut relever de Tun des deux mécanismes suivants : ou bien le mouvement d'élévation de l'organe est gêné par la cause même de robstruction (tumeurs du pharynx nasal) ou bien l'insuffisance vélo-palatine résulte de la résistance élastique opposée par l'air, qui, ne pouvant »*échapper librement des fosses nasales obstruées, se trouve comprimé dans le naso-pharynx du fait même de l'ascension du voile : celui-ci, fatigué bientôt de lutter contre cette résistance, finit par céder devant elle et ne se relève plus qu'à demi; les sons buccaux ne sont alors pas mieux émis que les sons nasaux.
2** Dyslalie labiale, dentale, etc. — La respiration buccale causée par robstruction du nez est l'origine de dyslalies diverses et que l'on nomme labiale, dentale, linguale, palatine, selon qu'elles sont produites par des altérations des muscles des lèvres ou de la langue, par des malformalions dentaires ou palatines, consécutives à ce mode vicieux de respiralion (*). Elles sont caractérisées par la prononciation défectueuse, indistincte, de certaines lettres en particulier de consonnes à la prononciation desquelles les organes en question prennent une part prépondérante. Ainsi, lorsque les lèvres ne peuvent plus se rapprocher pour prononcer b et p, ces lettres sont prononcées comme v ; dans les mêmes conditions ou, qui exige que les lèvres soient portées en avant, se confond avec o, etc.
Le lien qui unit ces troubles aux lésions nasales ou rétro-nasales est mal connu; en tout cas, il paraît être complexe (troubles intellectuels, diminution de l'audition, etc. ). 11 n'en est pas moins vrai qu'ils coexistent souvent avec elles.
1** Dyslalies littérales. — Ce sont le lambdacisme, le sigmatisme, le gammacisme, le rhotacisme, caractérisés respectivement par la difficulté ou l'impossibilité de prononcer les lettres /, s, j/, r, le malade substituant au son normal de ces consonnes un bruit sourd et confus. Ces vices de prononciation résultent d'une mauvaise éducation ou d'un défaut d'exercice des organes musculaires (langue, lèvre, voile du palais) qui président à la phonation: bien que normalement constitués, ceux-ci ne prennent pas la position pbysiologicpie nécessaire à la formation des sons. Ainsi dans le sigmatisme nasal ('), l'anomalie consiste à laisser échapper l'air
('] Zarsieo, Die Krankheitcn dcr Nasc. Berlin, 1894.
(*) Raphaël CoRn, Du sigmatisme cl de ses variétés. Hrvite internat, de rhinologie^ etc., jaoTicr 1890, n* 1.
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par le nez au lieu de le faire passer par la bouche au moment où Ton a 1 intention de prononcer Vs et où la langue se trouve dans la position propre à cette consonne.
2** Dyslalie syllabaire. — Il n'est pas jusqu'au bégaiement qui ne soit parfois lié à des troubles de la respiration nasale. Certains bégaiements invétérés ne deviennent accessibles au traitement orthophonique qu'après guérison de l'obstruction nasale.
Par quel mécanisme cette dernière influe-t-elle sur le trouble de b parole? Bloch (*) a soutenu que, dans un certain nombre de cas tout au moins, Tinfluence de l'imperméabilité nasale pouvait être directe : il a édifié une théorie à l'appui de son opinion. Mais il semble que, dans la majorité des cas, l'obstruction nasale ne joue que le rôle de cause prédisposante : il faut alors incriminer la lenteur du développement intellectuel, la difficulté de fixer l'attention à une époque de la vie où les enfants apprennent précisément à parler, c'est-à-dire où ils doivent acquérir la notion des mouvements coordonnés nécessaires au langage et où il doit s'établir à cet effet des voies de communication faciles entre leurs divers centres cérébraux.
De l'exposé de ces faits se dégage cette conclusion pratique, que tout vice de la parole, qu'il s'agisse de dysarthrie littérale (dyslalies mécaniques ou fonctionnelles) ou de dysarthrie syllabaire, impose l'examen des fosses nasales et du rhino-pharynx, ainsi que le traitement des altérations qui s'y trouvent. La disparition de ces lésions pourra suffire à elle seule à amener celle du trouble phonatoire. Dans les autres cas le rétablissement de b perméabilité du nez et le retour des fonctions normales du voile n'auront pas d'action directe et immédiate sur le vice de la parole, mais ils permettront au traitement orthophonique, jusqu'alors impuissant, de produire les effets cherchés.
(*) Bloch, Die Palliol. iind Tlicrap. der Mundallimung. \Vicsbaden, 1889.
SÉMIOLOGIE DU LARYNX
MARCEL LERMOTEZ MAURICE BOULAT
Médecin de l'Hôpital Saint-Antoine. Ancien interne des hôpitaux.