L'hydropisle des affections rénales
Quoique les altérations de Turine suffisent par elles-niêmes pour conclure au diagnostic d'une affection du rein, il existe pourtant quelques autres symptômes, qui sont également en relation immédiate avec la souffrance de cet organe, qui généralement même en sont les premiers indices révélateurs et sollicitent par conséquent le médecin à faire une analyse minutieuse de rurine. Parmi ces symptômes, Thydropisie brightique est un des plus fréquents et des plus importants. Il est vrai qu'elle peut parfois faire complètement défaut tant dans les néphrites aiguës, que dans les néphrites chroniques et d'autres affections rénales ; mais très souvent c'est elle qui occupe le premier plan dans l'ensemble du tableau morbide.
Si l'on se demande maintenant quel est le motif de cette fréquence de l'hydropisle dans les affections du rein, la réponse au premier abord ne semble pas être difficile. Comme c'est une des principales missions du rein, de pourvoir à l'évacuation de l'eau hors de l'économie,et que, ainsi que nous l'exposerons plus tard, le rein malade est fréquemment hors d'état d'accomplir cette fonction ou ne la remplit qu'imparfaitement, on n'est pas éloigné de croire que la rétention de Veau dans le corps est la cause principale de la production de l'œdème. L'observation clinique semble d'ailleurs généralement concorder avec cette supposition. En effet l'œdème brightique ne se montre le plqssduvent qu'après que la quantité d'urine émise chaque jour est descendue depuis quelque temps sous le niveau normal, tandis qu'inversement l'hydropisie fait d'ordinaire complètement défaut, quand la proportion d'urine, nonobstant la présence de la maladie du rein, est demeurée normale, ou a été d'une abondance excessive. D'autre part il est d'observation fréquente que dans tel cas donné, la diminution de l'œdème coïncide avec une diurèse plus abondante et son augmentation avec une réduction proportionnelle de la quantité d'urine. Conséquemment le processus pathologique parait consister en ce que l'eau qui ne peut être éliminée du corps, s'y accumule, transsude hors des vaisseaux et occasionne de cette manière la formation de l'œdème.
Cependant à considérer les choses de plus près, cette explication si simple en apparence n'est pas sans soulever quelques objections. D'abord on serait tenté de croire qu'étant donnée une rétention d'eau dans le corps, celui-ci devrait utiliser plus largement les autres voies d'élimination dont il dispose, pour se débarrasser de son excédant d'eau. En second lieu comme il n'y a pas moyen de déter-
Î4 Maladies du rein.
rainer le moment précis auquel l'eau a commencé à être retenue dans le corps, les faits cliniques que nous venons de mentionner pourraient tout aussi bien s'interpréter en ce sens que la diminution de la diurèse ne serait pas la cause de l'œdème, mais qu'au contraire l'œdème rendrait plutôt compte de l'élimination moindre de l'eau par la voie rénale. Cette dernière objection, il est vrai, semble pour beaucoup de cas être un peu trop subtile, attendu qu'il n'est pas douteux que les altérations anatomiques du rein doivent exercer une influence directe sur la sécrétion urinaire; cependant elle ne doit pas être complètement mise de côté. Au surplus, les résultats fournis par les expérimentations de Cohnheim et de Lichtheim ne sont pas non plus enharmonie avec la théorie susdite de la formation œdémateuse. En transfusant dans le système vasculaire d'un animal d'abondantes quantités d'une solution à ^ p. ^/o de sel marin, on peut tellement surcharger d'eau le liquide sanguin, qu'on produit de cette façon une ^ pléthore hydrémique > artificielle, et malgré cela on ne voit pas le moindre œdème se manifester, même alors qu'on a lié à l'animal les artères rénales. Enfin il importe encore de signaler qu'on a observé à diverses reprises comme suite à l'obstruction ou à la compression des uretères une anurie complète de plusieurs jours et malgré cela pas trace d'oedème.
En conséquence il semble qu outre la rétention de l'eau dans le corps, il doive exister un autre agent causal qui joue un rôle dans la production de l'œdème. Mais il n'est pas aisé de dire en quoi il consiste.
Cohnheim attribue une importance majeure à une modification des parois vasculaires^ grâce à laquelle ces dernières acquièrent un excès de perméabilité qui permet à l'eau amassée dans le sang de se répandre dans les tissus. Quelqu'acceptable que cette hypothèse soit en apparence, notamment quand on considère l'hydropisie de la néphrite scarlatineuse et celle des néphrites dues à de grands refroidissements de la surface cutanée, on n'en doit pas moins convenir que pour beaucoup de cas la démonstration certaine d'une semblable modification des vaisseaux n'a pas été fournie.
D'ailleurs, les considérations qui précèdent se rapportent en majeure partie à la genèse de l'hydropisie dans les formes aiguës et subaiguës de la néphrite. Dans la néphrite chronique les œdèmes peuvent indubitablement naître d'une toute autre manière, surtout par suite d'un trouble de la compensation lors de l'affaiblissement terminal du ventricule gauche hypertrophié (v, plus loin). Ces œdèmes alors sont de vrais œdèmes par stase généralisée, lesquels doivent être assimilés aux œdèmes des affections cardiaques non compensées.
Hydroplsle. — Urémie. 15
Nous insisterons plus loin sur les caractères spéciaux, propres aux oedèmes des différentes maladies du rein. Le premier indice d'une hydropisie en voie de formation se remarque le plus souvent à lai peau, ordinairement à la face et surtout aux paupières. Puis vient la malléole et la jambe, ensuite le scrotum, les parties déclives du tronc et ainsi de suite. Dans les cas graves, tout le tissu souscutané finit par participer à l'infiltration, de façon que le corps en entier est gonflé au plus haut point. En même tem ps se déclarent presque toujours des épanchements dans les cavités séreuses OiyArothorax, ascite, finalement aussi hydropéricarde). Cette hydropisie des cavités séreuses peut même en quelques cas atteindre un degré considérable, sans que Tanasarque, c'est-à-dire l'hydropisie cutanée, soit très prononcée. Il est plus rare de constater des gonflements œdémateux des muqueuses^ comme de la conjonctive, du voile mobile du palais et des ligaments ary-épiglottiques (œdème de la glotte). Parmi les œdèmes des organes internes, Vasdètne pulmonaire a une grande valeur en pratique. La question de la production et de l'interprétation de Vœdème cérébral sera traitée plus loin (v. urémie).
Quant à sa composition chimique, le liquide hydropique correspond au sérum sanguin fortement dilué. La proportion d'eau est d'ordinaire de 97 à 98 p°/o, celle du sel de i à i, 5 p^/o. La quantité d'albumine est le plus souvent très minime. On y a découvert plusieurs fois de l'urée.