CHAPITRE SEPTIÈME
Troubles de circulation dans le rein.
I. La stase rénale. — Tandis que les obstacles locaux à l'écoulement du sang veineux hors du rein (par exemple, par thrombose des veines rénales) n'ont presque jamais d'expression clinique, la participation des reins à la stase veineuse générale ^ comme elle a lieu surtout dans les affections du cosur^ Xempkysème pulmonaire^ etc. est d'une importance diagnostique considérable, attendu que l'analyse de l'urine nous donne la mesure assez exacte de l'intensité de la stase, de même que de son augmentation et de sa diminution.
Anatomiquement la stase rénale est facile à reconnaître. Le leîn est parfois un peu élargi, il est plus résistant sous la pression que dans l'état normal, et présente à sa surface comme sur le champ de section, une coloration foncée d'un rouge bleuâtre (induration cyanotique). La substance médullaire est ordinairement plus sombre encore que la substance corticale. Au microscope, on constate une
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dilatation notable et un fort engorgement des veines et des capillaires. Le parenchyme est intact ou bien, dans les cas avancés, il présente un commencement de dégénérescence graisseuse de l'épithélium qui est une conséquence du défaut d'afflux du sang artériel.
Les symptômes cliniques de la stase rénale ne se traduisent que par des altérations de turine. La quantité de l'urine diminue en proportion de l'abaissement de la pression artérielle et de la vitesse moindre du courant sanguin. La diurèse descend i 800 et à 500 Ce par jour et moins encore. En même temps l'urine ^st plus concentrée^ plus foncée et abandonne un copieux sédiment d'acide urique et de sels uratiques. Si par suite de la stase, des lésions de nutrition se sont produites dans l'épithélium glomérulaire, l'urine devient en même temps albumineuse. Cependant la proportion d'albumine dans la stase rénale pure est toujours minime (environ '/lo à '/ô ^^ v^" lume d'urine). En outre l'urine contient souvent de rares cylindres hyalins, quelques globules blancs et rouges, ces derniers indiquant qu'il s'est formé de petites hémorrhagies par stase.
Si les susdites altérations sont l'expression d'une stase veineuse généralisée et partant se combinent quelquefois avec la cyanose, l'hydropisie, etc. le diagnostic de la stase rénale peut être établi avec certitude. Qu'on réussisse par des remèdes appropriés (digitale) à remettre la circulation en train, et immédiatement l'urine deviendra plus abondante, plus claire en même temps que l'albumine disparait. Dans le cas contraire, les signes de la stase rénale persistent jusqu'à la mort.
2. Infarctus emboliques dans le rein. — Comme les infarctus rénaux, quelque soit l'intérêt anatomo-pathologique qui s^y rattache, n'ont presque jamais d'expression clinique, nous nous bornerons à signaler brièvement ce qu'ils présentent de plus essentiel.
Si (en cas de maladies du cœur par exemple), il vient à se former une obstruction embolique d'une petite artère rénale, il faut nécessairement, attendu que toutes les artères rénales sont des artères terminales, que la zone vasculaire coupée de la circulation, soit vouée à la mortification. L'épithélium subit les altérations connues de la nécrose de coagulation (suppression du noyau cellulaire, destruction) et le tissu en entier ou plutôt en partie, se farcit d'îlots hémorrhagiques. C'est ainsi que se produisent dans le rein ces infarctus caractéristiques à forme conique et rouges (hémorrhagiques) plus souvent gris-jaunâtres (anémiques), bien que ces derniers soient quelquefois entourés d'une aréole hémorrhagique. La base des infarctus se confond avec la surface du rein, elle a une largeur de ^ à I cm. et au delà, leur sommet plonge plus ou moins profon-
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dément dans la substance corticale ou même jusque dans la substance médullaire. Dans la suite, la masse de Tinfarctus qui tombe graduellement en détritus, se résorbe, des cellules arrondies immigrent du dehors dans le district nécrosé et peu à peu on voit se former au lieu et place de l'infarctus disparu, une cicatrice rétractée de tissu connectif. Les reins labourés d'une série semblable de cicatrices d'infarctus, peuvent tellement se hérisser d'inégalités, qu'on peut convenablement les désigner du nom de reins granuleux emboliques.
Les processus anatomiques que nous venons d'esquisser ne se traduisent dans la plupart des cas par aucun symptôme clinique particulier. Dans quelques cas seulement une quantité minime de sang qui se mêle à l'urine, semble être sous la dépendance de la formation d'un infarctus hémorrhagique, de façon que, en présence d'une cause productrice des processus emboliques (lésion cardiaque), on pourrait parfois, du chef de cette hémorrhagie, être en droit de soupçonner qu'un infarctus rénal est en train de se développer. Parfois même la production d'un infarctus rénal considérable peut être accompagnée d'une violente et subite douleur.
Les processus emboliques rénaux ne demandent pas de traitement spécial.