CHAPITRE HUITIÈME
Néoplasmes rénaux.
Des formes primitives de tumeurs qui se rencontrent dans le rein, il y en a deux surtout qui nous intéressent, le carcinome et le sarcome congénital du rein. Ce dernier a acquis une grande importance au point de vue de la théorie générale des tumeurs, en ce sens qu'il indique positivement que le néoplasme s'est développé aux dépens d'éléments embryonnaires dévoyés. En effet on a, à diverses reprises, au milieu de tumeurs composées de cellules rondes et étoilées,découvert des faisceaux musculaires striés^d'oh la désignation de rhabcbmyomes appliquée à ce genre de néoplasmes. Or comme le rein est entièrement exempt de fibres musculaires, leur présence dénote inéluctablement une déviation du travail organique. Une observation curieuse que nous avons eu l'occasion de faire, donne une confirmation de plus à cette hypothèse ; il s'agit du développement d'un sarcome probablement congénital dans le rein gauche chez deux frères. Ces deux enfants morts à l'âge de 2 à 3 ans présentèrent tous deux à l'autopsie i peu près le même état pathologique : un néoplasme de la grosseur d'une tête d'entant à la place du rein
N^plasmeâ rënaux. 83
gauche et en outre de nombreux foyers métastatiques dans le foie et les poumons.
Le carcinome du rein également, chose étonnante, s'observe avec une fréquence remarquable chez les enfants^ surtout avant la quatrième année, et au même degré chez les filles et chez les garçons. Cependant il va sans dire qu'on trouve aussi le carcinome rénal dans un âge avancé. Ordinairement il n'y a qu'un seul rein qui soit affecté et surtout le gauche, à ce qu'il paraît; quoiqu'on ait quelquefois rencontré le néoplasme dans les deux reins à la fois. Envisagés au point de vue de leur composition, les cancers du rein appartiennent tantôt aux formes squirrheuses et tantôt aux formes molles (fongus médullaire). Ils peuvent englober le rein tout entier et le transformer en une tumeur énorme, pesant de S â 10 kilogrammes. Très souvent on découvre à leur centre, des endroits ramollis, des hémorrhagies, etc. On a vu quelquefois le néoplasme envahir les tissus a voisinants, surtout le bassinet, et former des métastases dans d'autres organes (foie, poumon, etc.).
Les symptômes cliniques des tumeurs rénales sont nuls au début ou de nature tout à fait indécise. On cite comme phénomène initial, mais d'une valeur incertaine, des douleurs sourdes qu'on a quelquefois observées dans la région rénale. Quoi qu'il en soit, il n'y a que l'apparition d'une tumeur accessible à la palpation qui mette le diagnostic sur la bonne voie. Cette tumeur se développe dans la région lombaire et dans la partie latérale et inférieure de l'abdomen, s'étendant de là vers le haut et vers le milieu par une progression continue. Comme il a été dit, les sarcomes aussi bien que les carcinomes du rein peuvent, chez les enfants surtout, engendrer des tumeurs énormes qui produisent une protrusion considérable du ventre. L'intumescence donne au toucher une sensation de dureté, parfois unie, parfois bosselée; elle n'est pas animée d'un mouvement de déplacement en rapport avec la respiration. Au point de vue du diagnostic,il importe de considérer dans les tumeurs du rein gauche, le rapport qu^ affecte la tumeur avec le colon descendant. Comme ce dernier est refoulé en avant par la croissance du néoplasme et vient à se placer entre lui et la paroi abdominale antérieure, il arrive quelquefois que l'anse intestinale qui passe au devant de la tumeur (et cette anse peut aussi appartenir à l'intestin grêle) se révèle à la percussion (pratiquée au besoin alternativement sur le colon vide et sur le colon artificiellement insufflé) ou même à la palpation. Les mêmes conditions se rencontrent en cas de tumeurs rénales droites, mais elles sont plus rares. Il arrive que le rein est alors repoussé à gauche.
$4 Maladies du rein.
Lurine en beaucoup de circonstances ne présente presque rien d'anormal, puisqu'elle est fournie par le rein sain qui fonctionne doublement. Dans le carcinome rénal, elle offre quelquefois au diagnostic un signe précieux, à savoir un mélange de sang. Cette hématurie se montre fréquemment de très bonne heure, avant même que la tumeur ne soit accessible. Elle se répète tantôt plus, tantôt moins souvent, suivant les cas. Parfois même elle fait entièrement défaut. L'hémorrhagie n'est accompagnée de douleurs sous forme de coliques que si de forts caillots doivent passer les uretères. Un fait digne de remarque,c'est que,dans quelques rares cas, à ce qu'il parait, le sang peut provenir aussi du rein sain, fortement hyperémié par la stase. On a (mais très exceptionnellement) pu trouver dans l'urine de petites particules et des débris de tissu dérivant du néoplasme tombant en putrilage.
\jts symptômes généraux tardent parfois longtemps i se montrer, surtout chez les enfants. Dans une phase plus avancée il se produit presque toujours un profond marasme. Il est digne de remarque que \^ pouls a souvent et d'une manière continue, une vitesse excessive. Signalons encore comme un phénomène rare, observé à diverses reprises, que chez les filles à tumeur rénale congénitale, on rencontre un développement surabondant et prématuré des poils du pubis et de Vaisselle^ de même que parfois une pigmentation spéciale de la peau (Riihn). — Les symptômes de compression de la part de la tumeur sur les organes avoisinants, et qui peuvent se produire en différents sens, n'ont pas besoin d'explication plus détaillée.
Le diagnostic des tumeurs rénales se pose en beaucoup de cas avec assez de certitude. Leur situation, leur immobilité, leurs rapports avec le colon, surtout l'expérience qu'on possède sur la gen^e de cette maladie chez les enfants, mettent immédiatement sur le droit chemin du diagnostic. Chez les vieillards surtout, les hémorrhagies rénales, qui ne peuvent s'expliquer autrement, doivent faire songer à la possibilité d'un carcinome rénal. Il est vrai qu'on l'a souvent confondu avec des adénomes rétro-péritoneaux, des tumeurs ovariques, de grands abcès du psoas, des tumeurs spléniques, etc. Le diagnostic différentiel doit donc en chaque cas être minutieusement étudié.
\jt pronostic naturellement est toujours défavorable. La durée de la maladie comporte à peine quelques mois, parfois i à 2 ans, rarement davantage.
Le traitement doit la plupart du temps être purement symptomai\K^^, L extirpation s&\x\^ pourrait donner quelque chance de succès; les derniers écrits sur la chirurgie du rein renferment des détails sur cette question.
Parasites du rein. S 5