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CHAPITRE NEUVIÈME

Parasites du rein et des voies urinaires. Chylurie.

I. Échinocoques du rein. — Quoique beaucoup plus rares que dans le foie, les kystes échinocoques ont été trouvés à diverses reprises dans le rein. C'est d'ordinaire un rein seulement qui est atteint et le parasite occupe la substance rénale elle-même, exceptionnellement il vit entre le rein et sa capsule. La dimension des kystes hydatiques peut être très considérable (jusqu'à 20 ctm. de diamètre et au delà).

Les symptômes cliniques ne se produisent qu'au moment où la tumeur devient accessible à la palpation à travers les parois abdominales. Alors encore les malaises subjectifs peuvent manquer totalement. Ce n'est que plus tard que se manifestent peu à peu des sensations pénibles de compression. La tumeur a le plus souvent une forme globuleuse. Ses rapports avec les organes avoisinants (surtout avec le colon) sont les mêmes que ceux qui ont été exposés cidessus à propos du carcinome du rein. Un signe caractéristique de l'échinocoque, mais malheureusement assez peu manifeste, c'est la sensation dite du frémissement hydatique qu'on éprouve en comprimant la tumeur par des mouvements saccadés à l'aide de la paume de la main.

Il arrive assez souvent que le sac hydatique crève dans le bassinet du rein. Alors d'ordinaire quelques vésicules d'échinocoques, ou du moins des lambeaux de membranes, des scolex, etc. s'évacuent avec l'urine en donnant lieu à de violentes douleurs sous forme de coliques^ tout à fait analogues aux coliques néphritiques. Des attaques semblables peuvent fréquemment se renouveler et, à l'occasion d'une obstruction de quelque durée des voies urinaires (vessie, urèthre), se transformer en une scène morbide excessivement grave. Parfois les phénomènes d'une pyélite secondaire ou d'une cystite viennent encore compliquer la situation.

Il est plus rare que la perforation se fasse dans une autre direction. On a observé quelquefois le passage des hydatides du rein dans les bronches avec expectoration de vésicules d'échinocoques.

Parfois (notamment après des violences traumatiques), la poclie hydatique s*enflamme^ suppure et conduit de la sorte à un état pyémique généralisé.

Le diagnostic des hydatides du rein n'est possible que si l'on découvre une tumeur appartenant à cet organe et que des fragments d'échinocoques ont été mis au jour avec l'urine ou par une fonction

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exploratrice. On est exposé à confondre la maladie avec Thydronéphrose ou, chez les femmes, avec les kystes ovariques.

\jt pronostic n'est pas entièrement défavorable. A plusieurs reprises, on a à la fin pu enregistrer une guérison durable, surtout, quand la poche s'est rompue et que le contenu s'est évacué en une fois ou en plusieurs séances. Il va sans dire que les kystes échinocoques du rein sont inséparables d'une foule de complications dangereuses (suppuration de la poche, etc.). En tout cas la marche de la maladie est excessivement longue.

Le traitement radical relève entièrement de la chirurgie. En ce qui concerne les symptômes, l'inflammation réclame de la glace en application et des émissions sanguines locales ; les douleurs sous forme de coliques nécessitent l'emploi de la morphine, des bains chauds, parfois aussi l'assistance mécanique (cathéter).

2. Le distome hématobie (v. fig. 2.) est un parasite de la classe des vers à ventouse orale (trématodes), qui se rencontre surtout en

Flg^. 2* Dtstome liéinatobie (d'après Leuckart). a) M&Ie et femelle, celle-ci dans le canal gynécophore du premier. Grossissement de lo diamètres, b) Œuf avec prolongement terminal, c) Œaf avec prolongement latéral. Grossûsement de 150 diamètres.

Egypte et en Abyssinie, qui vit dans les rameaux de la veine-porte, dans les veines spléniques, les plexus veineux de la vessie et se nourrit de sang. Les œufs sont parfois déposés en grande abondance dans la muqueuse du bassinet, des uretères et de la vessie où ils provoquent une inflammation des plus intenses, des ulcérations avec rétrécissement consécutif, des incrustations calcaires etc. Beaucoup de cas d'hématurie tropicale sont occasionnés par des distomes. Le diagnostic peut être établi avec certitude par la découverte des œufs dans l'urine.

3. Le strong^le géant (ver des pallisades) est un parasite assez semblable pour la grandeur et la coloration à un ver de terre ordinaire, qui se rencontre chez beaucoup d'animaux (chien, loup, marte), exceptionnellement chez l'homme, et a pour habitat le bassinet Ce ver peut donner lieu aux symptômes d'une pyélite grave avec hémorrhagies, douleurs sous forme de coliques, etc.

, Parasites du rein.

4. Pilaire hématique. Chylurie. L'infection de Thomme par la filaire hématique qui appartient à la classe des vers nëmatoYdes a un intérêt particulier depuis que, à la suite des recherches de Wucherer à Bahia (1868) et de Lewis dans les Indes orientales (1870), elle a été reconnue comme étant la cause de la chylurie des tropiques et de quelques maladies similaires (lymphangiome du scrotum, éléphantiasis des Arabes, ascite chyleuse, etc.).

La filaire adulte (filaire de Bancroft), un ver très fin, de 3 à 4 pouces de long, n'a été rencontré qu'un petit nombre de fois chez l'homme. Elle habite les grands troncs lymphatiques^ d'où la stase lymphatique chronique avec ses conséquences (hyperplasie interstitielle chronique) à laquelle elle donne naissance.

Dans TafTection qui nous intéresse le plus ici, la chylurie^ les parasites semblent occuper les troncs radiculaires du canal thoracique, et notamment des endroits tels qu'il en résulte une stase de lymphe dans les vaisseaux lymphatiques de la vessie et peut-être aussi dans ceux du bassinet et des autres parties des voies urinaires. Une poche lymphatique surtendue vient-elle à se rompre, la lymphe (ou le chyle) se déverse dans les voies urinaires et sort avec l'urine. Cet accident en se répétant fréquemment rend compte de la marche intermittente de la chylurie. Chaque accès à part peut être séparé du subséquent par un intervalle de plusieurs semaines ou de plusieurs mois,et cela des années durant Ces crises sont souvent accompagnées de douleurs et de mouvements fébriles.

Ce qu'il y a de plus caractéristique en ces cas, c'est Xétat de Vurine qui a toutes les apparences du lait. Elle est parfois couverte à sa surface d'une couche graisseuse semblable à de la crème. Si l'on agite l'urine avec de l'éther, on peut enlever la plus grande partie de la graisse et clarifier l'urine. Cette proportion de graisse peut monter à 2 et à 3 ^/o. Parfois la chylurie est accompagnée A'/tématurie (provenant d'une rupture veineuse). Alors Turine est

Fig^. 3. Embryons de filaire.

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d'un aspect rouge-sanguinolent et fait voir au microscope» outre des gouttelettes de graisse, une multitude d'hématies. Quelquefois d'abondants coagulums s'y forment.

Cependant l'élément diagnostique le plus précieux qu'on peut rencontrer dans l'urine, ce sont les embryons de filaire qu'on trouve quelquefois en beaucoup de cas de chylurie : ce sont (v. fig. 3) des corps filiformes de 0,2 à 0,3 mm. de long, dont le diamètre est à peu près celui d'un globule rouge du sang. Ils sont d'ordinaire renfermés dans une gaîne très mince qui fait saillie à l'extrémité de l'animal et sont animés d'un mouvement continu et vif de reptation. Outre l'urine, le sang des malades en renferme parfois une quantité notable, et ce qui est remarquable, pendant la nuit principalement

La marche générale de l'infection par la filaire est très variable. Beaucoup de malades parviennent à un âge avancé; chez d'autres de graves symptômes généraux finissent par se produire (anémie, émaciation). Les diverses formes sous lesquelles la maladie se manifeste, la chylurie, l'éléphantiasis, etc. se combinent parfois d'une façon très différente.

Le domaine géographique de cette maladie est compris presque tout entier dans les régions torrides. Jusqu'ici on l'a observée le plus souvent au Brésil, aux Antilles, aux Indes orientales, dans la Chine, le Japon, au Cap, en Australie, etc. On n'est pas fixé encore sur le mode précis d'invasion des parasites. D'après les recherches de Manson, les moustiques joueraient un rôle important dans cette contamination.

Sous le rapport thérapeutique^ à part les interventions de la chirurgie, on a préconisé le picronitrate de potasse (0,2 à 0,5 plusieurs fois par jour en pilules ou en cachets. Scheube).

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