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CHAPITRE DIXIÈME

Rein mobile (ectopie rénale).

Étiologie. — Si dans les circonstances normales le rein est solidement maintenu en position par son atmosphère graisseuse, par le péritoine qui s'étend fermement au-devant de lui et par le diaphragme, il se rencontre assez fréquemment des états morbides marqués par un assez fort degré de mobilité de cet organe et une grande tendance au déplacement. Les causes de cette anomalie ne sont pas toujours claires, et il est probable qu'il y a plusieurs motifs qui concourent à la produire.

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Et d'abord elle se rattache peut-être à une disposition congénitale qui consiste principalement en une laxité particulière du tissu qui enveloppe le rein et ensuite en une longueur excessive de l'artère rénale. Chez l'adulte, ce sont toutes les circonstances donnant lieu à un surcroit de distension et à la relaxation de la cavité abdominale, qui donnent le branle à la migration du rein. Les grossesses répétées agissent surtout dans ce sens, ce qui explique comment le rein mobile est plus fréquent chez Isl femme que chez l'homme. Il y a encore le travail corporel pénible et soutenu qui favorise le déplacement du rein ; en quelques cas aussi les traumatismes qui portent sur l'abdomen et sur la région rénale en particulier, jouent un rôle. On a de plus accusé l'habitude de se j^^rr^r trop fort, de provoquer à la longue un relâchement des attaches rénales. Enfin une nutrition languissante qui a pour effet de réduire l'atmosphère graisseuse du rein, semble quelquefois favoriser le déplacement de cet organe.

Nous venons de signaler la fréquence de Tectopie rénale chez la femme. On a pourtant observé plusieurs cas chez l'homme et même dans l'enfance. Il est digne de remarque que le rein droit est beaucoup plus souvent atteint de cette anomalie que le gauche, ce qui tient probablement à ce que le rein droit obéit plus facilement aux mouvements respiratoires communiqués par le foie. — Le déplacement du rein n'est constatable à l'autopsie que pour autant qu'on le trouve dans une situation anormale (par ex. au devant de la colonne vertébrale).

Les reins migrateurs ne se révèlent pas tous par des symptômes cliniques* En pratiquant des recherches dans cette vue sur un grand nombre de vieilles femmes, on découvre fréquemment des reins mobiles qui n'ont pas occasionné le moindre malaise. Dans d'autres cas au contraire le rein déplacé est l'origine de toute une série de phénomènes qui seraient inexplicables dans l'ignorance de leur cause réelle. Le plus souvent ce sont Aqs douleurs abdominales àéch\r^ntes et compressives qui s'irradient dans Tépigastre, dans le dos et les lombes et prennent quelquefois le caractère de coliques. Elles sont parfois accompagnées de nausées et de vomituritions. Toutes ces pénibles sensations s'accentuent d'ordinaire parles mouvements des malades (marche, promenade en voiture), tandis que le décubitus horizontal les calme ou les dissipe entièrement.

En beaucoup de cas de rein mobile, il se produit périodiquement des accès plus violents (parfois à l'époque des règles) qui ont été appelés par Dietl « symptômes d'étranglement >. Ceux-ci consistent en une douleur à invasion subite, en frissons, qui vont parfois jusqu'à faire trembler tout le corps, en vomissements et en phénomènes de

collapsus. La diurèse est considérablement réduite pendant cette phase morbide et ne reprend qu'après la cessation de l'accès qui dure de 3 à 5 jours. La cause particulière de cet appareil symptomatique réside probablement,soit dans les altérations inflammatoires circonscrites qui ont pour siège les enveloppes du rein, soit surtout dans la stase urinaire soudainement provoquée par l'uretère qui se fléchit angulairement ou qui tourne sur son axe. Alors se produit une hydronéphrose aiguë, dont les conséquences ne se dissipent qu'après que le cours de l'urine s'est rétabli. Parfois même le rein déplacé semble être l'origine d'une hydronéphrose persistante avec pyélite secondaire.

Assez fréquemment on constate chez les femmes à rein mobile une succession de malaises névrosiques ou hystériques ; céphalalgie, rachialgîe, irritabilité d'humeur, paresthésîe, etc. Il est malaisé de dire si ces symptômes dépendent du rein migrateur ou s'ils lui sont seulement associés. Bien souvent ils ne sont que les indices d'une modification du moral, car la simple idée de porter un rein migrateur suffit à des femmes affligées de nervosité pour évoquer toute une légion de sensations subjectives. Il faut tenir compte de cette circonstance en faisant part à la femme de la nature de son infirmité.

D'autre part, le rein mobile a l'habitude par la pression qu'il exerce sur les organes qui l'avoisinent, de donner lieu à certains états consécutifs. C'est ainsi que Bartels a prétendu que beaucoup de cas de dilatation de Vestomac tiennent à la compression de la portion descendante du duodénum par Je rein déplacé. Victère également peut être provoqué d'une manière analogue par la compression des voies biliaires, puis la constipation par la compression du colon, l'œdème des membres inférieurs par l'effacement de la lumière de la veine-cave, et enfin c'est à cette même relation causale qu'il faut imputer l'avortement chez les femmes qui portent un rein mobile. En tout cas ces diverses éventualités ne se présentent que bien rarement.

Le diagnostic du rein mobile ne peut s'établir que par les renseignements objectifs. Prétendre que le rein a quitté sa situation normale parce que la région lombaire qui l'abrite (presque toujours le côté droit) est plus creuse et que la percussion y donne un son anormalement clair, est une idée basée sur la théorie et qui n'a pas d'application en pratique. Le seul symptôme auquel on puisse se fier, c'est la sensation que donné le rein au toucher. En palpant on perçoit une tumeur mobile, de la dimension et de la forme de cet organe, et située au-dessous de l'arc costal droit ou plus bas vers le nombril et la région inguinale. Il est arrivé quelquefois en ce cas

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de percevoir les pulsations de Tartère rénale. Toutefois la palpation du rein mobile ne réussit pas toujours également bien et requiert en somme un certain exercice. On conseille beaucoup à cet effet de faire l'exploration bimanuelle, la main droite appuyée sur le rein pendant que la main gauche exerce une contrepression dans la région lombaire. Si Ton peut saisir le rein avec les doigts, on réussira parfois à le faire glisser et à le remettre en place.

En somme le diagnostic n'est pas très difficile quand les parois abdominales sont flasques et que d'ailleurs l'attention est tenue en éveil sur la possibilité de la présence d'un rein migrateur. Il n'y a naturellement qu'un résultat positif qui emporte la décision, tandis qu'une donnée négative, surtout quand elle est isolée, ne prouve rien. Au surplus on est exposé à s'en laisser imposer par des tumeurs d'une nature diflTérente, par des kystes ovarîques pédicules, des coprolithes, des tumeurs de la vésicule, biliaire, des échinocoques, etc.

J^ fironos tic- est favorable, en ce sens que le rein mobile, exempt de complication, ne met jamais en péril la vie du malade. Il est vrai que les souffrances sont très opiniâtres, et peuvent pendant des années braver tous les remèdes. Néanmoins elles cèdent souvent d'elles-mêmes par le progrès de l'âge.

Traitement — Si le rein migrateur donne lieu à des malaises considérables ou à des symptômes d'incarcération, il faut avant tout prescrire le repos horizontal, et si le rein ne rentre pas de lui-même dans sa loge, tenter d'en faire la réduction artificiellement. Celle-ci réussit en beaucoup de cas et est suivie d'un apaisement des souffrances. Si ces moyens ne procurent pas de résultat, on aura recours aux bains chauds prolongés,auxcataplasmes chauds et à l'opium pour remplir l'indication symptomatique. Pour prévenir la reproduction du déplacement, on a recommandé des appareils de souiènetnent et des bandages à pelades de forme diverse, qui parfois rendent de grands services, mais qui sont fréquemment aussi sans utilité aucune. Il faut en tout cas faire un essai avec ces engins. L'espoir de remédier à la laxité des tissus par un traitement tonifiant (préparations ferrugineuses, lotions froides, etc.), semble être illusoire; malgré cela, cette façon de procéder est très à conseiller dans la pratique, attendu que, en tant que moyen moral, elle exerce une influence très avantageuse sur les désordres nerveux principalement. En outre certaines mesures diététiques générales^ consistant surtout à éviter tous les mouvements forcés, à veiller à la régularité des selles etc. sont d'une grande utilité.

Quand les crises sont très pénibles et constituent un vrai tourment pour les malades, des chirurgiens audacieux ont entrepris

9^ Maladies du rein.

V extirpation du rein mobile, parfois avec succès, parfois aussi avec un résultat funeste. Quoi qu'il en soit, l'opération n'est indiquée qu'en présence d'un état désespéré et après que tous les remèdes sont demeurés impuissants.

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