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CHAPITRE PREMIER

Inflammation du bassinet. Pyélite.

Étiolog^ie. — La pyélite primitive à Tétat isolé ne se montre presque jamais comme affection idiopathique. Dans la plupart des cas elle est plutôt, soit une partie constituante, soit un élément secondaire d'autres états morbides et ne possède alors qu'une valeur clinique subordonnée.

C'est ainsi qu'on découvre souvent une pyélite de moyenne intensité,à l'autopsie de personnes qui ont succombé à aggraves affections générales de nature iftfectieuse (typhus, variole, diphthérîe, pyémie, etc.). Cette maladie dépend alors, selon toute probabilité, de l'élimination d'agents phlogogènes par le rein et doit en conséquence être mise sur la même ligne que les altérations rénales concomitantes. Les substances toxiques en traversant les voies urinaires (cantharides, baume de copahu), peuvent, à part d'autres désordres, provoquer aussi la pyélite.

La pyélite naît souvent par propagation directe d'une inflammation émanant cPorganes voisins. Beaucoup de néphrites aiguës et chroniques entraînent le bassinet dans le mouvement inflammatoire à un degré plus ou moins intense. Il arrive plus souvent que le travail inflammatoire suit une marche ascendante en partant de l'urcthre ou de la vessie primitivement malades. Toute uréthrite ou cystite, quelle que soit leur origine, peut, par suite de sa longue durée, se propager vers le haut aux uretères et aux bassinets, de-sorte que dans les cas graves on trouve souvent tout le tractus urinaîre compris dans l'inflammation, c'est-à-dire, une pyélocystite en même temps qu'une uréthrite. Nous avons dit plus haut que cette inflammation peut s'étendre plus loin encore, au rein même, et nous en reparlerons dans la suite.

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Une autre cause fréquente de la pyélîte, c'est la présence de corps étrangers dans le bassinet qui exercent directement sur celui-ci une irritation mécanique. A cette catégorie appartiennent en première ligne les calculs rénaux^ puis des caillots sanguins qui s'y arrêtent, des parasites, etc. La pyélite due à la stase d'urine dans le bassinet (v. hydronéphrose) ne rentre pas immédiatement dans cette classe, attendu qu'elle ne se forme qu'à la suite de la décomposition de l'urine.

Comme il a été dit, il est douteux qu'il puisse se développer primitivement des pyélites idiopathiques^ indépendamment des modes pathogéniques de la pyélite mentionnés ci-dessus. Il y a notamment la pyélite primitive par refroidissement àont la genèse demande encore à être éclaircie. La pyélite qui se rencontre quelquefois chez les femmes en couche ou consécutivement aux affections les plus diverses des organes sexuels^ peut en tout cas être imputée à une infection de la muqueuse du bassinet de la part de la vessie ou des reins.

Anatomie pathologique. — Dans \ inflammation catarrhaU commune, la muqueuse du bassinet est injectée, turgescente et couverte d'une sécrétion abondante qui renferme en proportion variable des globules de pus et de Tépithélium. Parfois quand l'inflammation est plus intense, on trouve la muqueuse parsemée d'une infinité de petites hémorrhagies, et de petits noyaux gris qui correspondent à des follicules lymphatiques engorgés.

Dans des cas graves, tels qu'ils se rencontrent seulement comme faisant partie d'une affection largement étendue des voies urinaires (pyélo-cystite etc.), il s'agit d'une inflammation purulente et uia^reuse qui peut même prendre un caractère diphthéritique. Alors les reins sont presque toujours compromis en même temps (pyélo* néphrite). Si les abcès néphritiques crèvent dans le bassinet, il en résulte des destructions ulcéreuses du tissu rénal, de façon que le bassinet bondé de pus est limité par des ulcérations anfractueuses, parfois profondément creusées dans le parenchyme rénal (pyopt^phrose). Ces abcès pyélonéphritiques disposés le plus souvent en stries longitudinales et qui s'étendent jusqu'à la superficie du rein, ont été décrits dans le chapitre précédent oii nous avons signalé leur origine bactéritique.

Tout autre est, en beaucoup de cas de pyélite chronique^ la disposition du rein telle qu'elle se produit le plus souvent comme conséquence de la stase urinaire et partant avec accompagnement de dilatation du bassinet. Alors on trouve parfois le rein atteint d'un processus prononcé de sclérose^ c'est-à-dire d'atrophie partielle du

Pyëllte. — Anatoxnie pathologique 99

parenchyme rénal, d'hyperplasie du tissu connectif interstitiel et de rétractions cicatricielles manifestes à sa surface, en un mot, le rein, à la suite de la pyélite, est passé à l'état de rein scléreux secondaire qui ne se distingue essentiellement du vrai rein scléreux que par son origine étiologique.

Symptômes cliniques. — Comme la pyélite n'est la plupart du temps qu'un élément partiel d'un processus morbide plus étendu, les symptômes cliniques qui en relèvent ne ressortent que bien faiblement dans l'ensemble du tableau morbide. Il nous est donc impossible de donner dans ce qui va suivre une description achevée de la marche clinique de la pyélite; force nous est de nous borner à indiquer les symptômes qui, en présence d'une affection des voies urinaires, nous autorisent à conclure que le bassinet a été enveloppé dans le complexus morbide.

Le caractère le plus essentiel qu'offre /'urine dams toutes les affections inflammatoires des voies urinaires, à savoir le mélange de muais et de pus^ sera décrit en détail au chapitre de la cystite. Dans la pyélite également la sécrétion muco-purulente du bassinet doit se mélanger à l'urine, et quand l'inflammation purulente du bassinet est intense, la proportion du pus dans l'urine doit réellement en éprouver un considérable accroissement. La simple inspection d'une urine purulente ne permet en aucun cas de juger avec certitude de Vendrait où a lieu l'adjonction du pus à l'urine, et de dire si c'est dans le bassinet, dans la vessie ou seulement dans le canal de l'urèthre. Ce n'est que* si l'urine contient, outre les globules de pus, d'autres éléments figurés caractéristiques, qu'on pourra en induire quel est le sèment du tractus urinaire qui est spécialement intéressé dans la maladie. Ces éléments morphologiques sont surtout de l'épithélium, qui dans le bassinet a une forme différente de celui de la vessie. Si donc l'on trouve dans l'urine de répitMium du bassinet sous forme de cellules "'^

triangulaires, fusiformes, ^^ J^ ' ^^

parfois imbrîquéeslesunes (^/ ^ ^'^

sur les autres (v. fig. 4.), pj^^ ^ Épith^ium du bassinet.

on peut en augurer que le

bassinet participe à l'inflammation. Cependant la réciproque n'est pas vraie. Car en cas de pyclites et de pyélonéphrites gravement purulentes, ces cellules étoilées font parfois totalement défaut dans l'urine. Au surplus, il faut dire que semblable forme d'épithclium peut aussi se rencontrer dans la vessie, de façon qu'il faut être très

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réservé dans l'interprétation diagnostique de l'épithélium qu'on découvre. Le sang se rencontre rarement dans l'urine de la pyélite simple, mais fréquemment au contraire dans ceWc de \a fiy/lite calculeuse (y. chapitre suivant). L'urine est d'ordinaire à réaction acide dans la pyélite. C'est à tort qu'on voudrait tirer de là un signe distinctif péremptoire entre la pyélite et la cystite dans laquelle l'urine est souvent alcaline aux réactifs.

Un autre caractère se rapportant directement à la pyélite, c'est la douleur qui a pour siège la région rénale, d'où elle rayonne parfois le long des uretères vers la vessicCependant en diagnostic ce symptôme n'a pas grande valeur non plus, puisque son existence seule parle en faveur de la pyélite, tandis que son absence ne prouve nullement que la pyélite n'existe pas.

Tous les autres symptômes peuvent effectivement être aussi sous la dépendance directe de la pyélite, mais ils sont ie plus souvent imputables au même titre aux alïections concomitantes. Ici il faut mettre en première ligne la fi!rvre,<^\ affecte des allures irrégulièrement rémittentes ou qui parcourt une série d'exacerbations intenses accompagnées à.^ frissons. Toutefois la fièvre ne revêt ce dernier caractère, le cachet pyémique, qu'en présence des formes suppurées graves où des abcès rénaux sont déjà en voie de formation, par conséquent de la pyélonéphrite. Indépendamment de la lièvre, il existe fréquemment dans les cas graves, des symptômes nerveux généraux, comme de la cépItaMgie, le délire, la somnolence, etc. qui sont dus en partie à l'infection pyémique générale de l'organisme, en partie peut-être aussi à la résorption dans le sang de l'ammoniaque provenant de l'urine putréfiée {ammoniémie d'après Treitz et Jaksch). La marche morbide totale de la pyélite se diversifie tellement d'après la maladie fondamentale, qu'il n'y a guère moyen d'émettre à ce sujet des règles générales. Les formes peu intenses et le plus souvent passagères se rencontrent de préférence dans l'état puerpéral, parfois dans les maladies infectieuses aiguës, les intoxications, et à la suite de cystites légères. Les pyélites graves se montrent surtout à l'état de cystopyélites et de pyélonéphrites consécutives aux coarctations des voies urinaire5{v. plus bas) et aux cystites des maladies de la moelle. Elles accompagnent aussi d'autres affections ieuses des reins et du bassinet (néoplasmes, parasites, etcj. Alors s constituent d'ordinaire un état pathologique interminable, ausus de toute ressource, et finissant par la mort, ^ous avons relaté plus haut les caractères diagnostiques les plus lortants de la pyélite. Le point essentiel c'est toujours l'investiion minutieuse de l'étiologie et après cela l'étude des altérations

Pyëllte. — Symptômes. lOI

de l'urine. L'ensemble morbide dénote-t-îl qu'on est en présence d'une affection grave des voies urinaires, on a parfois le droit de conclure à une pyélite ou à une pyélo-néphrîte, même en l'absence d'indices directs, et cela uniquement parce que l'expérience enseigne qu'une propagation morbide semblable est la règle dans tous les cas sévères et de longue durée.

La complication rénale se révèle parfois encore d'une manière directe, par la présence dans l'urine de cylindres qui viennent se mêler aux corpuscules de pus. Dans les cas ci-dessus mentionnés d'accession d'une sclérose rénale à une cystopyélite chronique, l'urine sous beaucoup de rapports est identiquement la même que celle de la sclérose rénale vraie. Elle est abondante, d'un faible poids spécifique et renferme, outre des corpuscules de pus, des cylindres hyalins, le plus souvent courts et peu nombreux.

Traitement. — Le traitement de la pyélite concorde dans ses traits principaux avec celui de la itialadie fondamentale et ne demande partant pas de description à part. D'ordinaire il n'y a que la cystite concomitante qui soit accessible à un traitement local direct et il importe de voir en elle un éXém^nt prophylactique de grande importance, attendu que par une médication opportune de la cystite, on peut certainement prévenir la propagation de l'inflammation au bassinet.

Parmi les remèdes internes auxquels on attribue une influence bienfaisante sur la muqueuse urinaire et qui par conséquent peuvent être employés aussi bien dans la pyélite que dans la cystite, il faut citer avant tout les astringents (tannin, alun, acétate de plomb, etc.) On prescrit aussi les balsamiques (baume de copahu) et les substances antiseptiques (acide salicylique, chlorate de potasse). On donnera des détails concernant tous ces médicaments à propos du traitement de la cystite. L'usage abondant de liquides est parfois d'un effet avantageux, notamment certaines eaux minérales, parmi lesquelles l'eau de Carlsbad, de Vichy, d'Ems, de Neuenahr, de Wildungen, etc. ont acquis le plus de renom. La cure lactée méthodique est également très recommandable, surtout en présence de phénomènes d'irritation (douleurs en urinant, etc.).

\^e,% applications locales dans la région rénale (cataplasmes chauds, exceptionnellement une soustraction sanguine locale) ne sont indiquées qu'en présence de fortes douleurs, qui naturellement peuvent aussi nécessiter l'emploi des narcotiques, A cet effet de grands bains chauds sont parfois d'une grande utilité.

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