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CHAPITRE DIXIÈME

Diabète insipide.

(Polyiirie essentielle.)

Définition et étiolog^e. — De même que le diabète sucré a dû être séparé, en tant que forme morbide idiopathique, de la glycosurie symptomatique, il est également nécessaire d'établir une distinction entre le diabète insipide (sapere-déguster) et la polynrie Cette dernière, à savoir l'augmentation de la diurèse, consistant principalement dans F augmentation de F élimination aqueuse par les reinsy est un symptôme qui peut résulter de causes très diverses. Il est évident qu'elle dépend tout d'abord d'ime absorption plus considérable d*eau dans le sang (ingestion abondante de boisson, résorption des exsudats séreux). Puis elle résulte de certaines maladies du système nerveux (surtout des affections du bulbe rachidiAi et du cervelet, de f hydrocéphalie chronique, ainsi que nous l'avons observé, et de l'hystérie grave dont elle constitue un épiphénom'ine assez fréquent), ensuite de certaines aj^ections rénales (scléros-^ rénale, rein amyloïde). Très souvent elle apparaît au cours de la cow^ -^lescence des maladies aiguës {^zx exemple le typhus), et enfin sous l'influence de certains médicaments^ appelés diurétiques (').

Le diabète insipide au contraire est une maladie spéciale qui se développe, à titre d'afTection apparemment primordiale, chez des personnes parfaitement bien portantes sous tous les autres rapports Les causes en sont encore entièrement obscures. L'hérédité^ les émotions morales, les commotions et les plaies du cerveau, des maladies aiguës antécédentes (typhus, malaria, ménfngite cérébro-spinale, etc.) sont les causes occasionnelles qu'on a le plus fréquemment trouvées à l'origine du diabète insipide. Un fait remarquable c'est que les malades font très souvent remonter le début de leur état morbide à r ingestion accidentelle d'une masse surabondante de boisson (par exemple après une longue exposition aux ardeurs du soleil, après une marche forcée, etc.). En beaucoup de circonstances il semble avéré que le symptôme initial de la maladie n'est pas la polyurie, mais une sensation de soif inextinguible (polydipsie), de façon que l'hypersécrétion urinaire n*est qu'une conséquence d'une ingestion excessive d'eau. Quoi qu'il en soit, la nature intime du diabète insipide nous

t. Remarquons en passant que nous avons constaté à diverses reprises à la suite de l'administration de grandes dosei de saiicyiatr de soude, l'émission d'une urine très abondante et d'une faible pesanteur spécifique (1005 — 1003).

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est encore totalement inconnue. L'hypothèse la plus plausible c'est qu'il faut chercher la cause immédiate de la maladie dans un trouble nerveux. On invoque en faveur de cette manière de voir l'apparition <L du diabète insipide symptomatique > des affections organiques du cerveau, et la possibilité de provoquer la polyurie artificiellement en piquant un endroit déterminé du plancher du quatrième ventricule, en sectionnant le nerf vague, etc.

Il est bon de faire ressortir l'affinité frappante qui existe entre te diabète sucré et le diabète insipide. Cette affinité résulte déjà de la similitude étiologique et de l'identité de plusieurs symptômes, plus encore de la propension inhérente aux deux maladies de se transformer Tune dans l'autre.

Le diabète insipide est une maladie insolite entre toutes ; en Allemagne au moins elle est infiniment plus rare que le diabète sucré. Elle attaque le plus souvent la jeunesse ou tâge moyen ; le sexe masculin y est un peu plus fortement prédisposé que le sexe féminin.

Sjrmptômes et marche morbide. — En beaucoup de cas le diabète insipide évolue lentement, en d'autres circonstances il débute brusquement, surtout quand on peut en rapporter l'origine à une cause déterminée (boissons surabondantes, traumatisme).

Le symptôme essentiel et le seul caractéristique c'est t augmentation très prononcée de la diurèse. La masse quotidienne de l'urine monte souvent à 8000 et à 10,000 Ce, on cite même des cas où le chiffre aurait atteint au total presque incroyable de 30 à 40 litres. En supposant qu'une personne saine et un malade souffrant de diabète insipide prennent l'un et l'autre la même quantité d'eau sous forme de nourriture et de boisson, ce dernier rendra néanmoins \me plus grande masse d'urine que l'individu sain. La coloration de l'urine est très claire, parfois aussi claire que de l'eau, sa pesanteur spécifique est très basse, le plus souvent de 1004 à 1002, même à looi. Aux réactifs elle est légèrement acide, ou presque neutre.

La proportion p*^/© des w<î//r/Vi«a:y£r^jdans l'urine est nécessairement très minime; la quantité absolue des matières excrétées correspond entièrement aux aliments ingérés, si même elle n'est proportionnellement un peu plus forte. La masse quotidienne durée surtout semble avoir subi une augmentation relative et la même remarque s'applique à plusieurs autres éléments urinaires (acide phosphorique et sulfuriquc, chaux, créatinine). Il est à noter qu'on a découvert à plusieurs reprises de Vinosite dans l'urine (Strauss et d'autres), ce qui fait qu'en opposant le diabète sucré au diabète non-sucré, on a appelé ce dernier diabète inositique. Cependant l'inositurie dans le diabète insipide est loin d'être constante. V albuminurie^ pour autant qu'il

Diabète insipide. — Symptômes. 26 1

s'agit du diabète insipide véritable, ne se rencontre que très exceptionnellement.

De tous les autres symptômes, c'est la soif extraordinaire qu'il faut signaler avant tout. Pour compenser Ténorme perte d'eau que subit l'organisme par la voie rénale, il va sans dire que les malades doivent ingurgiter de grandes masses de liquide et encore on peut démontrer en toutes circonstances que la quantité journalière d'eaû introduite sous forme de boisson ou avec les aliments dépasse toujours le chiffre de la diurèse. Malgré cela la langue est d'ordinaire sèche^ de même que la peau dont l'exhalation aqueuse (la perspîration insensible) a notablement baissé, eu égard à ce qu'elle était dans les conditions normales. L'anthrax, au rebours de ce qui se passe dans le diabète sucré, ne se rencontre que par exception dans la polyurie essentielle, il en est de même du prurit génital, de la balanite etc — En quelques circonstances on a été surpris de voir se produire dans le diabète insipide un/e sialorrhée intense.

Les différents organes internes n'offrent en général aucune particularité digne d'être notée. Quelquefois, il est vrai, on a observé la cataracte^ mais en tout cas, beaucoup plus rarement que dans le diabète sucré, il en est de même de la tuberculose pulmonaire. U appétit d'ordinaire n'est pas excessif, les 5^//^j sont régulières ou légèrement en retard. Des symptômes gastriques ou intestinaux plus prononcés sont rares et tiennent à des complications accidentelles. Les fonctions sexuelles en règle générale restent aussi dans leur état normal.

Létat général dans tous les cas graves est considérablement troublé. Les malades maigrissent, sont abattus et languissants, incapables de tout travail physique et intellectuel. Le sommeil est souvent agité et le moral s'affecte. La chaleur animale ^^t conservée, à moins qu'elle ne descende au-dessous de la normale, ce qui dépend probablement de l'ingestion abondante d'eau froide.

La marche du diabète insipide est de longue durée. Si aucune complication sérieuse ne se produit, la maladie peut traîner des années et même des périodes de dix ans. Cependant la terminaison peut aussi être rapidement funeste. Parfois la polyurie éprouve des oscillations considérables d'intensité, qui tantôt dépendent de circonstances extérieures, et tantôt se manifestent spontanément. Si des affections aiguës viennent entrecouper le cours de la maladie, on voit quelquefois la sécrétion urinaire notablement baisser, aussi longtemps qu'elles durent.

La terminaison et partant le pronostic de la maladie sont presque toujours défavorables. Va% guérisons%oviX. très rares. Dans les cas qui

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marchent le plus avantageusement, la situation finit par devenir stationnaire, au point que les malades peuvent atteindre une vieillesse avancée. Parfois aussi la mort vient plus tôt, non pas comme conséquence immédiate du diabète insipide, mais par suite d'une complication intercurrente (phthisie etc.).

État anatomique. — Les lésions anatomiques qu'on trouve dans le diabète insipide sont presque toujours des complications accidentelles (tuberculose, carcinome, pneumonie, etc.), et n'ont que rarement un rapport direct avec la maladie même (agrandissement des reins, dilatation des canalicules rénaux). Dans les rares cas où Ton découvre dans les centres nerveux une altération pathologique évidente comme cause possible des phénomènes morbides, il s'agit, à proprement parler, non d'un diabète insipide essentiel, mais d'une polyurie symptomatique. Mentionnons ici les tumeurs et les lésions inflammatoires de la moelle allongée ou du cervelet, les exostoses de la base du crâne, etc.

Diagnostic. — Le diagnostic du diabète insipide est d'ordinaire facile en présence des changements caractéristiques de la sécrétion urinaire. Il va sans dire qu'il suffit d'éliminer les maladies dans lesquelles \^ polyurie peut se déclarer à titre symptotnatique ; cette élimination ne présente le plus souvent aucune difficulté, quand l'examen se pratique avec minutie et qu'on tient compte de tous les symptômes concomitants. La différence entre le diabète insipide et le diabète sucré s'établit presque toujours par la simple détermination du poids spécifique de l'urine ; si ce dernier est excessivement peu élevé, il ne faut pas même recourir aux réactifs du sucre, quoique dans les cas douteux, ce soit le seul moyen de tirer la chose au clair.

Traitement — En ce qui concerne le régime des malades atteints de diabète insipide, il n'y a pas de prescriptions spéciales à faire. Il n'y a évidemment pas moyen de défendre de boire de grandes quantités d'eau, mais on devra tout au moins, si c'est possible, en limiter l'usage en prescrivant des fragments de glace et des limonades acides. Lopium agit également dans le diabète insipide en atténuant la soif et en réduisant considérablement la diurèse. — Il importe aussi de veiller à une bonne hygiène de la peau (bains, frictions) et de prescrire tous les remèdes qui peuvent contribuer à fortifier l'état général (bonne nourriture, air de la campagne, etc.).

Parmi les multiples moyens internes qu'on a préconisés comme étant doués d'une vertu spécifique, il y en a peu qui sont restés dans la pratique. La m:d//^rf^z'^//r/Vi«^ paraît jouir de la plus grande somme d'utilité (journellement de s à lo grammes en poudre ou en infusion). Lergotine mérite aussi d'être recommandée. Vacidir

Goutte. — étiologie. 263

carbolique^ le salicylate de satide, r acide nitrique, etc ont également quelques prétendus succès à leur actif. Enfin la galvanisation au niveau de la moelle cervicale et de la moelle allongée parait quelquefois être avantageuse.

Dans \dLpofyurie symptomatique (hystérie, etc.), il faut naturellement s'attendre à voir le traitement de la maladie fondamentale suivi d'un résultat réel.

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