Paralysies toxiques
Paralysie saturnine. — De toutes les paralysies par empoisonnement celle qui résulte du plomb est la plus importante au point de vue pratique. Elle est un symptôme commun de l'intoxication saturnine chronique et s'observe surtout chez les personnes qui par profession sont exposées à s'assimiler lentement pendant un temps considérable de petites particules de plomb, comme par ex. les typographes, les polisseurs et les fondeurs de caractères, les peintres et les barbouilleurs (couleurs au plomb), les potiers (vernis ploînbique) etc.
On n'est pas encore parvenu à se mettre complètement d'accord sur la cause anatomique propre de l^a paralysie saturnine. Pendant que les uns en cherchent le point de départ dans les muscles mêmes, la plupart des auteurs contemporains admettent comme agent effectif de la paralysie une affection du système nerveux provoquée par l'action intoxicante du plomb. De plus, comme la paralysie saturnine, ainsi que nous le verrons tout à l'heure, appartient essentiellement à la classe des paralysies atrophiques, elle ne peut être autre chose qu'une altération des cornes grises antérieures de la moelle ou une dégénérescence des nerfs moteurs périphériques. Les données positives recueillies jusqu'ici ne sont pas encore parfaitement concordantes; cependant, d'après les travaux de Leyden, Zunker, etc., il n'existe plus guère de doute que dans une partie du moins des cas la dégénérescence atrophique des filets nerveux moteurs périp/tériques constitue la lésion primitive à laquelle vient s'adjoindre consécutivement et selon le processus habituel, une atrophie dégénérative des muscles alimentés par ces nerfs. Il est possible néanmoins que dans beaucoup de cas, il faille chercher l'origine de
X«e8 formes partlcul. de paralysie përiphërique. — Parai, toxiques, gg
la paralysie dans une afTection spinale (surtout des cornes grises antérieures) due à l'influence toxique du plomb et existant f^^r^rr^fww^»/ avec ladégënërescence périphérique ou peut-être même pour son propre compte. Il est à désirer que des investigations anatomiques ultérieures viennent porter la lumière dans cette question.
La paralysie saturnine dans la grande majorité des cas affecte un emplacement manifestement typique^ et c'est une partie de la zone de distribution du nerf radial qu'elle choisit avec une préférence marquée. On voit la paralysie gagner, d'une manière plus ou moins rapide, l'extenseur commun des doigts. Le mouvement d'extension de la première phalange du troisième et du quatrième doigt, puis plus tard du second et du cinquième n'est plus possible, tandis que les phalanges terminales peuvent encore s'étendre comme à l'état normal, grâce aux interosseux. Dans la suite la paralysie s'étend souvent au long et au court extenseur du pouce, à l'abducteur du pouce et aux extenseurs de l'articulation du poignet, alors que, chose étonnante, le long supinateur et le triceps demeurent presque toujours parfaitement indemnes. Il est infiniment plus rare que la paralysie saturnine frappe le deltoïde, le biceps, le brachial interne et les supinateurs. Les paralysies des extrémités inférieures sont également très peu fréquentes.
La paralysie saturnine est le plus souvent bilatérale. Dans les cas les plus graves, il se développe dans les muscles atteints une atrophie prononcée et ils deviennent le siège de la réaction électrique de dégénérescence. Il est digne d'intérêt que cette réaction peut même être constatée dans des muscles dont la motilité volontaire est entièrement conservée. La sensibilité T^ste presque toujours parfaitement normale^ de manière qu'on peut dire que les filets nerveux sensibles ne ressentent nullement l'influence du plomb.
Le pronostic de la paralysie saturnine est favorable^ quand les malades peuvent se soustraire à l'action nocive du poison. La guérison s'opère après quelques semaines, ou après des mois, si le cas est grave. Il va sans dire que les récidives sont fréquentes et qu'on assiste quelquefois à des complications avec d'autres conséquences morbides de l'empoisonnement saturnin chronique.
Le traitement est le même que celui de toutes les autres paralysies périphériques. Uélectricité doit être placée en première ligne. On recommande en outre des bains locaux sulfureux et Viodure de potassium à l'intérieur.
ParaljTsie arsenicale. — La paralysie arsenicale se rencontre beaucoup plus rarement que la paralysie saturnine. A l'inver^ de cette dernière, elle se produit surtout après les empoisonnements
100 ICaladies des nerfs moteurs.
aigus par l'arsenic et fait suite d'ordinaire sans transition (pas toujours cependant) aux autres symptômes d'intoxication. La localisation de la paralysie n'afTecte pas un type si net que la paralysie saturnine. Parfois la paralysie est très étendue (bras et jambes), le plus souvent ce sont les extrémités inférieures qui sont atteintes de préférence. Les muscles frappés s'atrophient rapidement. On n'a pas encore constaté avec certitude s'il se produit de la réaction de d^énérescence. Les troubles concomitants de la sensibilité sont très caractéristiques, ce sont tantôt des anesthésies, tantôt des paresthésies et de vives douleurs dans le dos et les jambes. On a observé à diverses reprises des altérations trop/tiques aux ongles et aux cheveux etc. On ne connaît rien de précis sur la cause anatomique de la paralysie arsenicale; cependant l'hypothèse de son oxi^nQ périphérique est la plus admissible, à raison des douleurs initiales,
La marche est d'ordinaire favorable; parfois rapide, elle dure quelquefois des mois. Le traitement est identique à celui de la paralysie plombiqye.
Les paralysies produites par l'action du cuivre^ du zinc, etc. sont très rares et ne réclament pas de description à part