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CHAPITRE QUATRIÈME

La crampe des écrivains et les névroses profes-

. sionnelles similaires.

La crampe des écrivains (graphospasme, mogigraphie) est la forme la plus commune de toute une série de troubles particuliers de la motilité que Benedikt a désignés du terme approprié de névroses professionnelles de la coordination. Le caractère propre de ces névroses consiste en ce que le mouvement désordonné ne se déclare dans un groupe donné de muscles, que pour autant que ces muscles se mettent simultanément en action pour accomplir une besogne nettement déterminée, compliquée et portant le plus souvent sur de petits objets.Ainsi, tandis que les personnes qui souffrent de la crampe des écrivains meuvent et employent d'ordinaire les muscles de leur bras droit et de leur main droite avec une aisance parfaite, ces mêmes muscles refusent leur service du moment que les malades se mettent à écrire. Ce désordre donc ne peut tenir à un vice d'innervation de chaque muscle en lui-même, mais doit dépendre du mode suivant lequel ils coopèrent tous ensemble dans un but commun, par conséquent d'un trouble de la coordination. Nos connaissances à cet égard sont encore nulles, de même que la notion du point du système ner-

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veux où il faut placer le siège de la maladie. Toutefois, comme /Ument étiûlogiqué^desX l'excès de fatigue résultant de l'action d'écrire, qui joue le rôle capital. C'est ainsi qu'on voit la crampe des écrivains se produire de préférence (quoique pas exclusivement) chez les personnes dont la profession est d'écrire constamment, comme chez les auteurs, les négociants, les buralistes, etc La prédisposition à la crampe des écrivains semble être accrue par un tempérament nerveux général. On a de plus fait remarquer que de mauvaises plumes (dures plumes d'acier), une attitude vicieuse en écrivant, etc. favorisent la genèse de la crampe des écrivains.

Symptômes. Le symptôme essentiel de la crampe des écrivains consiste en ce que, à chaque tentative qu'on fait potu* écrire, il se produit certains troubles qui rendent cet exercice difficile ou complètement impossible. La maladie débute d'ordinaire insidieusement, mais s'accroît le plus souvent avec rapidité. Pour caractériser plus nettement ce désordre,Benedikt distingue trois formes de crampe des écrivains, lesquelles cependant présentent entre elles beaucoup de nuances de transition. Informe spasmodique est la plus fréquente Aussitôt que les malades se mettent à écrire, naissent dans leurs doigts des contractions ou des spasmes toniques tels qu'ils ne peuvent plus tenir la plume, que celle-ci exécute des circuits désordonnés et irrégfuliers ou qu'elle se fixe énergîquement au papier etc. L'exercice graphique est entièrement impossible ou ne se fait qu'au prix des plus grands efforts et par là les caractères sont totalement défigurés, inégaux et labourés de traits et de maculatures. Dans \^ forme pa^ ralytique^ (c'est à tort que cette forme est comprise parmi les crampes, attendu qu'il est illogique de parler d'une f crampe paralytique >), le trouble de l'écriture se manifeste principalement par un sentiment de lassitude résolutive qui s'empare rapidement du bras droit et est quelquefois associé à des sensations douloureuses. Enfin dans la forme tremblotante de la crampe des écrivains, à chaque essai pour écrire, la main droite est prise d'une trémulation si vive que les lettres sont complètement illisibles.

Comme il a été dit, la motilité est parfaitement normale sous tous les autres rapports. Il n'arrive que bien rarement que des manifestations analogues surgissent également à l'occasion de beau* coup d'autres opérations manuelles qui exigent de la précision (coudre, toucher le piano, etc.). La sensibilité est le plus souvent entièrement intacte, abstraction faite des douleurs musculaires déjà mentionnées et d'une sensation subjective d'engourdissement à l'avant-bras et aux doigts qui se présente quelquefois. On a découvert en plusieurs circonstances des points de pression douloureux le

Crampe des écrivains. III

long des vertèbres cervicales et dorsales. Si l'individu appartient à la classe des névropathes, il existe parfois en même temps de la céphalàlgie,des modifications du moral, une faiblesse généralisée, etc.

Le diagnostic de la crampe des écrivains est presque toujours facile. Il faut se garder de la confondre avec d'autres maladies nerveuses qui peuvent également, bien entendu en certaines conditions données, jeter du trouble dans l'action d'écrire (chorée, paralysie agitante, sclérose multiple, atrophie musculaire à son début).

\jt pronostic doit toujours être porté avec réserve. Il est hors de doute que la guérison a lieu quelquefois, cependant la maladie n'en est pas moins très opiniâtre dans beaucoup de cas, et incurable dans d'autres. Même après que l'amendement s'est produit, on voit fréquemment survenir la récidive. Nombre de malades sont contraints par leur infirmité de faire choix d'une autre carrière.

Le traitement doit être inauguré par l'invitation à suspendre d'emblée et entièrement l'exercice de la plume pour des semaines ou des mois. Si cette prescription peut être accomplie, le seul repos peut déjà avoir de l'utilité dans les cas légers et qui sont à leur début. Il y a alors certains artifices que les malades s'ingénient à appliquer eux-mêmes pendant qu'ils écrivent et qui sont souvent très avantageux, comme par ex. de faire passer le porte-plume à travers un bouchon, d'employer des porte-plumes très épais, de tenir la plume et de poser le bras d'une façon autre que d'habitude etc. Récemment Nussbaum a fait confectionner un bracelet spécial qui est assujetti par les doigts tenus écartés les uns des autres et auquel s'adapte un porte-plume. Il ne sert d'ordinaire à rien d'apprendre à écrire de la main gauche, comme le tentent quelquefois les malades, attendu que, chose étonnante, la crampe ne tarde pas alors à se propager rapidement de ce côté.

Parmi les méthodes spéciales de traitement de la crampe des écrivains, c'est le traitement galvanique qiû mérite la première mention. Tout en évitant les courants puissants et les oscillations de courant, on fera agir l'anode pendant 5 à lo minutes d'une manière stabile sur le plexus brachial, de même que sur chaque rameau nerveux et chaque muscle atteint. La kathode se pose sur la région des vertèbres cervicales. Si l'on peut découvrir des points douloureux on les traitera séparément. A titre d'essai on pourra aussi employer la galvanisation à travers la tête, — Dans ces derniers temps l'électrothérapie a été détrônée par le massage et la gymnastique méthodique appliquée à la médecine dont l'emploi exige pourtant des aptitudes techniques particulières et n'a par conséquent pu enregistrer jusqu'ici de résultats marquants qu'entre les mains de

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certains spécialistes. On ne peut presque jamais se promettre de succès de Tusage des remèdes internes (injection sous-cutanée de strychnine, d'atropine, etc.). Par contre les cures qui contribuent à învigorer le système nerveux général, les cures d'eau froide, les bains de mer, le séjour des montagnes jouissent parfois d'une influence propice.

Mentionnons encore sous forme d'appendice quelques autres crampes professionnelles qu'on rencontre quelquefois. C'est d'abord la crampe des pianistes (qui se déclare surtout chez les jeunes filles du conservatoire), la crampe des vioIonisteSy des violoncellistes^ des télégraphistes y des tailleurs, des trayeuses de vache, etc. Dans les extrémités inférieures une affection semblable semble se produire chez les danseuses de ballet, puis chez les ouvrières des machines à coudre, les tourneurs, etc. Nous avons observé une crampe professionnelle à la langue chez un joueur de clarinette. Les particularités qui se rapportent à la symptomatologîe et au traitement de toutes ces formes de crampe sont d'une parfaite analogie avec celles que nous avons décrites à propos de la crampe des écrivains. Chez les pianistes cette névrose se présente le plus souvent sous forme parétique (prompte fatigue) et s'allie d'ordinaireà des douleurs assez vives qui, pendant l'exécution, se montrent en des endroits déterminés du bras.Un traitement énergique par le massage en a le plus facilement raison. — Faisons encore remarquer en passant qu'un ensemble de symptômes nerveux graves peut aussi être le résultat des exercices énervants auxquels astreignent certaines professions.C'est ainsi que Hirt a tout dernièrement décrit une affection chez les ouvrières des machines à coudre caractérisée par des désordres de la sensibilité (douleurs, paresthésies, parfois anesthésies), de l'ataxie, la perte de la sensibilité réflexe, et un état vertigineux dès que les yeux sont fermés. Cette maladie qui a des traits frappants de ressemblance avec le tabès cède à un traitement approprié. Hirt soupçonne à bon droit que c'est une affection des nerfs périphériques qui est en jeu. — Ce même appareil de symptômes se rencontre aussi dans d'autres classes des travailleurs (par ex. chez les paysans qui ont beaucoup peiné aux travaux des champs).

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