CHAPITRE SIXIÈME
Formations néoplasiques aux nerfs périphériques.
Les néoplasmes qui se rencontrent aux nerfs périphériques sont communément distingués en faux et en véritables névromes. Les premiers ne consistent pas en une néoformation proprement dite de tissu nerveux, mais ce sont des fibromes, des myxomes, des sarcomes etc. qui se sont développés sur les nerfs. Des tumeurs infectieuses, surtout des gommas syphilitiques et beaucoup plus souvent encore les néoplasmes engendrés parla lèpre peuvent venir se placer sur les nerfs périphériques. Les névromes véritables sont constitués par des fibres nerveuses de formation nouvelle et le plus souvent de composition médullaire (névrome myélinique de Vîrchow), qui sont enveloppées d'une gangue parfois très épaisse de tissu cellulaire. Ces névromes se développent le plus fréquemment au bout des nerfs sectionnés dans les moignons d'amputation (névromes d'amputation), A la suite d'autres plaies nerveuses on voit aussi naître des névromes. C'est un fait très remarquable d'ailleurs que Yapparition plusieurs fois signalée de névromes multiples qui se produisent par centaines chez le môme individu, principalement le long des nerfs spinaux, mais aussi, quoique isolément et exceptionnellement, le long des nerfs sympathiques et crâniens. Dans des cas semblables, ces
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tumeurs prises à part ne représentent nullement des métastases dérivant d une tumeur originelle, mais elles sont l'expression d'une prédisposition générale, souvent héréditaire^ du système nerveux périphérique, à la formation de tumeurs. Parfois les névromes multiples se combinent avec d'autres anomalies du système nerveux (crétinisme, etc.). Indépendamment des névromes médullaires, on rencontre aussi des néoplasmes formés de fibres nerveuses privées de myéline (névrome amyélinique), dont le diagnostic histoI(^que présente constamment de grandes difficultés.
Les symptômes des tumeurs névromateuses varient dans chaque cas. Beaucoup de névromes ne provoquent/r«^ir^ aucun symptôme. Dans d'autres cas, au contraire, ils sont cause de névralgies rebelles, d'une violence excessive, et de douleurs néi*ralgiformes^(\\x\ se manifestent avec une intensité changeante, affectent d'ordinaire le type rémittent ou intermittent et prennent souvent une grande acuité sous l'action de circonstances extérieures (influences saisonnières). Des signes de forte compression, surtout des anesthésies et des paralysies motrices ne se développent que par exception, mais se présentent pourtant quelquefois, principalement à l'occasion des névromes situés à la queue de cheval. Il arrive plus souvent qu'on constate des S}rmptômes d'irritation motrice de cause directe ou réflexe (tremblement, contractions toniques).
Nous devons encore une mention particulière aux tubercules dits douloureux. On comprend par là de petits no>'aux, qu'on sent sous la peau, qu'on peut assez facilement faire glisser sous le doigt et dans lesquels la pression éveille une vive sensibilité. Ces tubercules ne sont pas très rares et s'accompagnent d'ordinaire de douleurs lancinantes, rarement à caractère franchement névralgique et à localisation précise. Ils siègent aux extrémités, surtout aux bras, au tronc, à la nuque, etc. Il est digne de remarque que ces symptômes ne s'exaspèrent que de temps en temps pour se dissiper ensuite, et que par là même ces nodosités peuvent assurément rétrocéder d'une manière spontanée. Il n'y a pas moyen de déterminer avec certitude la nature anatomique des tubercules douloureux. Beaucoup d'entre eux sont de vrais né\Tomes, d'autres appartiennent à des catégories différentes de néoplasmes.
La m ircke J^s nJiromcs est nécessairement très chronique. En quelques circonstances les douleurs peu\*ent par leur caractère opiniâtre donner lieu finalement à des troubles considérables de l'état général. Parfois aussi on a obser>'é que les phénomènes finissent par se calmer spontanément et même que les formations morbides disparaissent d elles-mêmes.
Nëvromes.
Le diagnostic des névromes n'est possible que pour autant qu'on peut percevoir les tumeurs à travers la peau et que leur siège, de même que les symptômes cliniques qu'on constate, correspondent au trajet ou à la zone de distribution d'un nerf. En cas de névromes multiples ce diagnostic est de plus corroboré par l'extirpation et l'examen de l'une de ces tumeurs.
Pour traiter avec succès les névromes, il faudrait les extirper y ce qu'on ne peut entreprendre qu'au cas où les souffrances seraient très considérables. Si l'extirpation est impraticable ou qu'il s'agisse de névromes multiples, on n'a d'espoir d'adoucir les douleurs que d'une manière symptomatique (narcotiques, électricité). S'il y a moyen de comprimer le nerf plus haut que l'endroit où siège le névrome, on pourra aussi quelquefois par cet artifice calmer momentanément les souffrances.