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CHAPITRE DEUXIÈME

Hémicranie.

(Migraine.)

Étiologie. — Par migraine on entend une espèce particulière de céphalalgie qui se déclare d'un seul côté de la tête et qui semble le plus souvent dépendre de troubles vasomoteurs auxquels du moins elle est presque toujours associée. Cette maladie se présente surtout chez Isifemmey plus rarement chez l'homme et date ordinairement de lai Jeunesse^ principalement de l'époque de la puberté. Cependant on a rencontré à diverses reprises des cas types de migraine chez des enfants en âge d'école. Ce sont très souvent, mais pas constamment^ des femmes dotées d'un tempérament névrosique, spufTrant d'anémie ou de désordres menstruels, qui paient leur tribut à cette afTectîon. Assez fréquemment encore V hérédité semble jouer un rôle dans la genèse de l'hémicranie, attendu que d'une part elle est transmise comme telle des parents aux enfants et que de l'autre elle se montre quelquefois dans des familles entachées d'autresdésordres du système nerveux (épilepsie, hystérie, psychoses). Comme causes occasionnelies à l'actif desquelles il faut porter non seulement l'apparition fréquente des accès considérés à part, mais encore l'origine de la maladie elle* même, citons les fatigues corporelles et intellectuelles, les émotions morales profondes, les troubles de la digestion, etc.

Nous manquons complètement de notions sur la cause essentielle de la migraine. A en juger par les symptômes vasomoteurs qui accompagnent communément la migraine, on admet généralement qu'en fait, elle doit être considérée comme une affection du grand sympathique. Cependant nous convenons avec Môbius que cette opinion n'est nullement démontrée et que les symptômes concomitants dérivant du sympathique ne surgissent peut-être que secondairement et par voie réflexe sous l'influence de la douleur. Nous ne sommes pas mieux renseigné sur le véritable siège de la douleur^ cependant il est probable qu'il faut le localiser dans les méninges (pie-mère et dure-mère).

Symptômes et marche morbide — La migraine se présente toujours sous forme d'accès séparés par des intervalles de temps de différente longueur, mais qui observent souvent une r^ularité remarquable dans leur ordre de succession. II arrive parfois que chez la femme les accès coïncident avec l'époque des règles. Le côté gauche de la tête est beaucoup plus souvent atteint que le côté droit Dans quelques circonstances particulières la douleur se place alternativement à droite et à gauche.

Hëmicranle. — Symptômes et marche morbide. 131

Uaccis commence d'ordinaire par certains symptômes prodromiques que les migraineux reconnaissent bientôt comme les avant-coureurs certains de l'imminence de leur crise. Ces signes prémonitoires consistent en un changement d'humeur, du malaise général, un serrement des tempes, des vertiges, parfois des bourdonnements d'oreille, des mouches volantes, de l'horripilation, un état nauséeux, des bâillements convulsifs, etc. Peu après la douleur entre en scène, elle occupe tantôt la partie antérieure de la région frontale, tantôt elle prédomine aux tempes ou au sommet de la tête; en général elle est continue dans son allure, pas intermittente (comme dans les névralgies) et s'élève parfois à un haut degré d'acuité. Il n'existe pas de points douloureux particuliers ; mais tout le cuir chevelu du côté atteint présente d'ordinaire de l'hyperesthésie. En même temps r//a/^/-«^â:/ laisse toujours à désirer: l'inappétence est complète, il y a souvent de fortes envies de vomir et presque toujours une vulnérabilité excessive à Tendroit des influences sensorielles, d'une lumière un peu vive, d'un bruit un peu aigu, etc. En beaucoup de cas (hémicranie ophthalmique) les troubles oculaires deviennent prépondérants : le champ visuel de l'un des yeux est sillonné d'une multitude de mouches volantes et de phosphènes scintillants et parfois on constate une hémianopsie prononcée au cours de l'accès.

\j^ phénomènes vasomoteurs présentent un intérêt spécial puisqu'ils servent à édifier la théorie de la maladie. Si l'on s'en rapporte à eux, on distingue communément deux sortes de migraine : la migraine sympathico-tonique ou spasmodique et la migraine sympathicO'paralytiqtu ou angio-paralytique.

Dans la migraine spasmodique (décrite tout d'abord par du Bois- Reymond d'après des observations faites sur lui-même) le front et l'oreille du côté malade sont pâles, la peau est froide, l'artère temporale contractée, la pupille parfois largement dilatée, la sécrétion salivaire augmentée,bref on se trouve en présence de toute une série de symptômes qui tous concordent à faire admettre une irritation du grand sympathique.

Dans Y hémicranie paralytique au contraire (pour la première fois décrite par Môllendorf également selon des observations recueillies sur sa propre personne) la face est injectée du côté atteint et chaude au toucher, l'artère temporale semble dilatée, est animée de fortes pulsations, parfois la moitié de la face se couvre de sueur, la pupille est rétrécie — tous symptômes qui ne peuvent s'expliquer que par une paralysie du fter/ sympathique.

Cependant, comme il a été dit plus haut, l'explication de tous ces symptômes n'est pas à l'abri de toute critique, et qui plus est, il

132 NëvTO960 vasoxnotrlces et trophlques.

importe de remarquer que les cas qui se présentent dans la pratique

ne se prêtent pas toujours à être rigoureusement classés dans Tune

ou l'autre de ces catégories-types. Parfois les symptômes vasculaires

n'ont qu'un bien faible degré d'intensité, parfois encore dans un

même accès les états d'irritation et de paralysie du sympathique

semblent alterner entre eux et souvent même des symptômes en

apparence contradictoires (par ex. la pâleur et le rétrécissement

pupillaire) peuvent se montrer simultanément. Le mode essentiel de

la production de la douleur n'a pas jusqu'ici été élucidé non plus.

Si l'on adopte une modification primitive des vaisseaux comme

genèse de la migraine, on doit nécessairement rechercher l'origine

de la douleur dans un trouble de la circulation même ou peut-être,

en cas d'hémicranie spastique, dans une contraction spasmodique

essentielle des vaisseaux.

La durée de l'accès de migraine diffère beaucoup d'après les cas. Elle est d'ordinaire de quelques heures à un jour. Ensuite, la douleur se dissipe graduellement, parfois après que d'abondants vomissements ont marqué la fin de la crise. Dans l'intervalle des accès, la plupart des malades éprouvent un bien-être complet et sont exempts de douleurs.

La marche de la migraine prise dans son ensemble est très chronique et peut s'étendre à des années et à des périodes décennales. Elle est d'ordinaire un mal d'habitude auquel les malades finissent par se résigner. On doit mettre une certaine réserve dans le pronostic^ attendu que beaucoup de cas bravent opiniâtrement toute médication. On peut toujours donner aux malades l'espoir, qu'avec le prc^rès de l'âge, leurs souffrances s'apaiseront d'elles-mêmes. En tous cas, la maladie ne récèle pas en elle-même de danger particulier. Ce n'est que par exception qu'on a vu la migraine qui a persisté pendant de longues années, faire place à une affection cérébrale grave ou au tabès.

Traitement. — Beaucoup de personnes sujettes à la migraine, finissent par renoncer à tout traitement, après avoir essayé en vain tous les remèdes possibles. Dès que l'accès s'annonce, elles se retirent dans leur chambre, en défendent l'accès à la lumière du jour, se refusent tout, excepté un peu de thé, de l'eau de Selters, quelques fragments de glace, etc. se mettent une compresse frpide autour de la tête, prennent peut-être un bain de pieds chaud — et puis attendent patiemment que l'accès veuille bien passer. En effet, les moyens dont nous disposons pour couper l'accès sont très incertains. Parfois, ils aident quelque peu, mais le plus souvent, ils deviennent réfractaires à force d'avoir servi. Il faut noter en particulier que les narcotiques (morphine) sont presque toujours mal tolérés pen-

Hémicranie. Traitement. — H^mlatrophle faciale progressive. 1 33

dant la migraine et qu'ils n'ont aucun effet. Les inhalations de nitrite (TamyU (3 à S gouttes sur un mouchoir) ont été préconisées à un point de vue théorique et ont effectivement eu quelquefois un résultat utile dans la migraine spasmodique ; les mêmes remarques s'appliquent aux injections sous-cutanées d'ergotim, en cas de migraine paralytique (Extr. aqueux de seigle ergoté 2,5, alcool dilué et glycérine ana 5,0, ou bien ergotine dialysée 1,0, eau distillée 4,0, yi k \ seringue). Parmi les autres remèdes fréquemment usités, mentionnons la pâte guarana (PauUinia sorbilis, en poudres de 2 à 4 grammes), la caféine (environ 0,05 par dose) et le salicylate de soude (2,0 à 4,0) peut-être le plus efficace de tous. Ces remèdes, ainsi qu'une foule d'autres nervins (bromure de potassium, liqueur de Fowler) ont été recommandés en outre pour en faire un usage continu, de même que Vextrait de chanvre indien et récemment la nitroglycérine (i goutte d'une solution à i %).

En beaucoup de cas le traitement général présente une grande importance. Les préparations ferrugineuses, les bains de mer, le séjour des montagnes, les cures à l'eau froide, etc. donnent fréquemment des résultats signalés. Le traitement électrique persévéramment appliqué, peut aussi enregistrer quelques succès, sans qu'il faille y attacher une trop grande valeur. Dans la forme spasmodique il faut principalement recourir à l'action de l'anode sur le grand sympathique et dans la forme paralytique à celle de la kathode, l'autre électrode étant placée à l'endroit de la moelle cervicale ou aussi haut que possible à l'occiput dans la région de la moelle allongée. On peut encore employer prudemment la galvanisation de la tête, de même que de faibles courants faradiques primaires.

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