Inflammation aiguë des méninges spinales
Étiologie et anatomie pathologique. — L'inflammation aiguë et isolée des méninges spinales, pour autant qu'on la connaît, ne se présente presque jamais à l'état primitif. Souvent, au contraire, des processus inflammatoires du voisinage se transmettent aux enveloppes de la moelle ou bien encore la méningite spinale fait partie constituante d'une méningite cérébro-spinale généralisée. Nous avons observé ce dernier état de choses d'abord dans la méningite cérébrospinale idiopathique^ communément épidémique, qui est une maladie infectieuse spécifique et que nous avons décrite avec tous ses détails dans le tome précédent. En outre la méningite spinale tuberculeuse se combine très souvent avec l'inflammation tuberculeuse des membranes du cerveau. Mais comme les manifestations de cette dernière occupent d'ordinaire l'avant-scène du tableau morbide, nous traiterons de la méningite cérébro-spinale tuberculeuse dans le chapitre consacré aux affections des méninges cérébrales. Ensuite les méningites cérébro-spinales secondaires se montrent parfois au cours de certaines autres maladies infectieuses et doivent probablement alors être considérées comme des localisations spéciales du poison morbide spécifique. C'est ainsi qu'on s'explique l'explosion d'une méningite aiguë spinale et cérébrale à la suite d'une pneumonie croupale, puis dans les affections pyémiques et septiques, plus rarement dans le typhus et les exantltèmes aigus. Mentionnons encore, pour finir, la méningite cérébro-spinale purulente,peu fréquente il est vraî,mais que nous avons vue à différentes reprises et qui se déclare consécutivement à la pleurésie purulente, à la gangrène pulmonaire, etc. Dans ces circonstances l'infection des méninges émane également du foyer morbide primitif ; cependant le chemin que suit l'agent infectieux n'est pas exactement connu. Il est possible que ce soient les nerfs intercostaux qui servent d'intermédiaire.
Dans tous les cas que nous venons de citer, il s'agit principale-
142 Maladies de la moelle épinière.
ment de Tinflammation des membranes molles du cerveau, appelée leptotnéningite ; la dure-mère ne participe presque, pas à la maladie ou seulement à un très faible degré. Il en est autrement pour ces processus inflammatoires qui partant des organes situés à V extérieur des membranes spinales, se propagent peu à peu à celles-ci. C'est ainsi que dans la carie des vertèbres, on voit très souvent des inflammations circonscrites situées à la surface externe de la dure-mère (pachy méningite) se communiquer quelquefois à la surface interne de celle-ci et même plus avant à la pie-mère. Une affection d'une grande rareté, c'est la péripachy méningite purulente aiguë, c'est-à-dire l'inflammation purulente du tissu cellulaire situé entre la dure-mère et la colonne vertébrale laquelle dans presque tous les cas est d'origine secondaire. Nous en avons vu un exemple très caractéristique pendant le cours d'une pyémie puerpérale. L'inflammation s'était propagée à partir d'un phlegmon du tissu cellulaire du bassin à travers les trous de conjugaison et avait fini par provoquer une inflammation purulente à la surface externe de la dure-mère en remontant jusqu'à la moelle cervicale. C'est principalement dans les maladies de l'axe médullaire qu'on remarque que la/i>-w^r^ est atteinte par l'inflammation propagée, puisqu'on la voit dans beaucoup de cas de myélite participer au processus dans une étendue plus ou moins grande.
Il n'est pas encore positivement démontré que d'autres influences nocives, surtout des violences traumatiques et des refroidissements ne peuvent, comme on l'a prétendu de divers côtés, provoquer directement des inflammations des méninges spinales.
Nous pouvons passer brièvement sur Vanatomie patlwlogique de la méningite spinale aiguë. Les altérations de l'inflammation purulente de la pie-mère ont été décrites au chapitre de la méningite épidémique. Le même état pathologique se rencontre exactement dans les autres formes de leptoméningite aiguë. Les altérations sont complètement analogues dans Xis, pachy méningite, La dure-mère est sillonnée de vaisseaux élargis, elle est par conséquent vivement injectée, épaissie et à sa surface intérieure et extérieure (p. interne et externe ou péripachy méningite) on trouve un exsudât d'ordinaire purement purulent ou séro-purulent.
Symptômes- — En clinique, il n'y a pas moyen d'établir une distinction formelle entre l'inflammation aiguë de la pie-mère et celle de la dure-mère. Dans l'un et dans l'autre cas,le tableau morbide se compose des symptômes fournis par l'une ou l'autre maladie fondamentale, des phénomènes généraux (fièvre etc.) et des conséquences inévitables que les troubles de la circulation méningée et
Maladies des méninges spinales. — Inflammation aiguë. 1^3
Texsudat ménîngîtique exercent sur la moelle épinière et sur les racines des nerfs. Ces conséquences sont dues tout autant à une compression mécanique des parties susdites qu'à la transmission probablement assez fréquente de l'inflammation à la substance même de la moelle. Ajoutons à cela la combinaison éventuelle des symptômes spinaux avec les manifestations de la méningite cérébrale concomitante.
Les symptômes par lesquels se traduit la méningite spinale aiguë et qui lui appartiennent en propre, nous sont déjà connus par la description que nous avons faite de la méningite épidémique (tome I). En les récapitulant, nous voyons que ce sont surtout les douleurs racAia/^içues parfois si intenses, \a. grande susceptibilité de la colonne vertébrale sous la pression et la rigidité, qu'il faut mentionner en première ligne. Puis viennent d'ordinaire les phénomènes d'irritation qui émanent des racines nerveuses : les douleurs excentriquement répercutées dans le tronc et les extrémités, P hyperesthésie de la peau et des parties sous-jacentes, les symptômes directs ou réfléchis d'excitabilité motrice, les spasmes toniques des muscles^ les contrac^ tions^etches réflexes cutanés et tendineux sont fréquemment, mais pas constamment atténués ou supprimés, par suite de l'état pathologique des racines nerveuses. Parfois il y a des troubles dans V excrétion urinaire et les évacuations alvines. Si dans une phase ultérieure de la maladie il se déclare àes paralysies et des anesthésies véritables, cela indique toujours que le cordon médullaire lui-même est venu prendre part à la maladie.
Ces seuls symptômes suffisent en beaucoup de circonstances pour poser le diagnostic de la méningite spinale. Cependant il arrive souvent qu'à l'autopsie on découvre une méningite dont les symptômes furent complètement voilés pendant la vie par un ensemble d'autres phénomènes généraux graves, tandis qu'inversement, un état général grave peut simuler l'appareil symptomatique de la méningite (par ex. dans le typhus, dans la pyémie). Pour déterminer avec un plus grand degré de précision le. siège et rétendue de l'inflammation, on recherche le long de la colonne vertébrale les points qui sont les plus douloureux, on s'assure si les douleurs et les hyperesthésies cutanées prédominent dans les bras (partie cervicale) ou dans les jambes (partie lombaire) etc. En se propageant à l'étage supérieur de l'axe spinal et à la moelle allongée, la méningite peut donner lieu à des désordres de la respiration^ à des p/iénotnènes pupillaires et des anomalies de VinnervcUion cardiaque etc. Quant à la nature de la méningite (purulente ou tuberculeuse), il n'y a que le commémoratif, les autres symptômes
I^ ICaladles de la moelle ëpinière.
morbides et la marche de la maladie qui puissent apporter les éléments de conviction.
Pronostic. — Il n'y a que la méningite cérébro-spinale épidémiquc et la méningite sporadique qui, sous le rapport étiologique, est selon toute apparence identique aux cas sporadiques de la susdite épidémie, dont on puisse affirmer qu'on a constaté des guérisons certaines, même quand la maladie est grave. Dans tous les autres cas avec issue favorable qu'on a signalés, le diagnostic peut être révoqué en doute, car c'est une loi généralement admise, que dans toute leptoméningite et pachyméningite aiguë, purulente et étendue, qu'elles soient consécutives à une autre maladie infectieuse ou dues à la propagation d'un foyer inflammatoire avoisinant, le pronostic est pour ainsi dire irrémissiblement fatal. Il ne peut y avoir d'exception que pour quelques cas légers, circonscrits et qui n'aboutissent pas à la suppuration. Mais encore il plane toujours un certain doute sur leur diagnostic.
Traitement — En ce qui concerne le traitement, nous renvoyons complètement à celui de la méningite épidémique et tuberculeuse,