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CHAPITRE DEUXIÈME

Troubles circulatoires, hémorrhagies, troubles fonctionnels et lésions traumatiques de la moelle

épinière.

I. Troubles de la circulation. — En tout ce qui concerne la production et l'expression clinique des troubles purement circulatoires de la moelle spinale, nos connaissances laissent beaucoup à désirer. Tous les éléments qui se rapportent à cette question et qui ont servi à l'élaboration de la pathologie de la mOelle, sont bien plus des résultats de pures conceptions théoriques que des faits d'une réalité objective.

Il va de soi que t anémie complète de taxe médullaire doit en arrêter le fonctionnement. Ce fait est le mieux mis en lumière par f expérience bien connue de Stenson. Si Ton comprime l'aorte abdominale d'un animal et qu'ainsi on suspende presque complètement l'irrigation sanguine de la moelle lombaire, il s'ensuit aussitôt une paralysie du train postérieur. On a recueilli quelques observations tout à fait semblables chez l'homme dans les rares occasions doblitération embolique ou ihrombosique de F aorte. — Dans F anémie généralisée^ des symptômes prononcés du côté de la moelle et qu'on peut rapporter à une anémie simultanée de cette dernière, se présentent rarement, et en tous cas, ils prédominent beaucoup moins sur la scène clinique que les conséquences majeures de l'anémie cérébrale qui existe en même temps (v. y.). Ce n'est que dans des circonstances exceptionnelles qu'on a observé la production de paraplégies après des pertes prof uses de sang (métrorrhagies, hémorrhagies de l'intestin).

Il règne encore plus de doute sur les signes par lesquels se traduit Xhyperémie de la moelle épinière. Nous ignorons si l'hyperémie active de la moelle possède par elle-même une expression clinique. En tous cas I'h}^rémie par stase, à laquelle l'axe spinal ne manque pas de

IjO MaUdln de la moelle épinlèr«.

prendre part dans tous les désordres de la cîrcnlation générale, ne se révèle par aucun symptôme prédominant

2. Hémorrhagies dans la substance de la moelle. Apoplexie spinale. HématoniTélie. — Si les hémorrhagies sont fréquentes dans le cerveau, elles sont par contre très rares à l'état primitif dans la moelle épinière. Parfois elles peuvent être dues à des violences trau' matiques, dans d'autres cas on est porté à admettre une affection primordiale des vaisseaux de la moelle. Peut-être y a-t-il quelque* fois répandues dans la moelle des dilatations anévrysmaUs semblables à celles que présentent les petites artères du cerveau et qui donnent lieu à des épanchements de sang. Enfin après de grandes fatigues corporelles, on a observé l'apparition subite d'une paralysie spinale qui a probablement sa raison d'être dans une apoplexie rachidienne. — La plupart de ces extravasatîons sanguines de petite dimension qui viennent se surajouter aux tumeurs et aux aRections inflammatoires de la moelle (la myélite, la méningite épjdémique, etc.), ou qui compliquent les diathèses hémorrhagiques générales (scorbut, maladies infectieuses graves), revêtent bien rarement une expression symptomatique particulière.

Les données pathologiques que nous possédons sur les apoplexies spinales primitives sont encore très restreintes. En tous cas les résultats auxquels les recherches ont abouti, ne différent pas essentiellement des processus analogues qu'on rencontre dans d'autres organes. Si l'épanchement est abondant, le cordon spinal est lacéré dans une grande partie de son étendue. Le foyer apoplectique s'étend surtout dans le sens de la longueur. Le sang est fluide encore quand le cas est récent Dans la suite il passe par toutes les modifications que nous décrirons en détail au chapitre des apoplexies cérébrales.

Les symptèmes de l'apoplexie spinale dépendent nécessairement

tout d'abord du siège et de l'étendue de l'hémorrhagie. C'est un signe

caractéristique que le début constamment subit et apoplectiforme des

manifestations. Le plus souvent ^ la faveur d'une violente douleur

dans le dos, on voit se produire rapidement une paralysie plus ou

moins complète, d'ordinaire des extrémités inférieures, plus rarement

des muscles du tronc et des membres supérieurs. En même temps il

existe de l'anesthésie et de la paralysie de la vessie; cependant îly a

— ' — " — lent sous ce rapport, de même que dans la manière d'être

es, des diflërences multiples qui dépendent du siège de

^e. Il n'est pas nécessaire d'entrer plus avant dans les

tés, puisqu'elles découlent d'elles-mêmes des lois générales

ition des affections spinales, telles qu'elles seront exposées

apitre de la myélite.

Hémorrhagles spinales. Ijl

La marche des hémorrhagies spinales est dans beaucoup de cas relativement favorable. Si le sang se résorbe et que les voies de conduction nerveuse ont échappé à la destruction, les symptômes paralytiques se dissipent peu à peu et la guérison s'ensuit ou du moins un amendement et un arrêt des phénomènes morbides. Il est vrai que dans beaucoup de circonstances on voit se développer le grave tableau de la paralysie spinale avec décubitus, cystite, etc, qui conduit à la mort après un temps plus ou moins long.

Le diagnostic de l'hémorrhagie rachidienne impose toujours une grande réserve. Ce n*est qu'en présence d'un début manifestement apoplectique et d'éléments étiologiques d'une évidence incontestable, qu'on formulera le diagnostic avec quelque apparence de vérité. Mais il ne faut jamais oublier que beaucoup de formes de névrite multiple (v.y.), de myélite aiguë et même d'affections chroniques de la moelle se distinguent également par une invasion subite ou du moins par la soudaineté de leurs exacerbations. Il n'y a jamais moyen de discerner la véritable apoplexie de la moelle d'avec les hémorrhagies méningées.

Traitement, Si l'on a la chance rare de saisir la maladie dans son germe^ on prescrira le repos horizontal absolu, la glace en application locale et au besoin Vergottne. Dans la suite, le traitement se guidera d'après les méthodes généralement en usage dans les paralysies spinales.

3. Troubles fonctionnels. — Il est d'observation fréquente dans la pratique que des malades se plaignent d'une série de symptômes qui, selon toute probabilité, prennent leur origine dans la moelle. Mais comme tous les signes objectifs d'une grave affection spinale font complètement défaut et que d'ailleurs l'évolution tout entière de ces cas et leur marche ultérieure ne cadrent aucunement avec l'hypothèse d'une grosse lésion anatomique, on est en droit de les considérer comme des « troubles » purement « fonctionnels » tout en exprimant de cette manière le lien qui les rattache à des influences étiologiques déterminées et leur innocuité relative.Quant à savoir si ces symptômes ont leur raison d'être dans un dérangement inconnu du mécanisme nerveux, ou bien s'il faut mettre en cause des désordres de la circulation qui dépendent d'influences vasomotrices anormales, nous possédons très peu de données précises à cet égard. Cependant les tableaux cliniques que forment ces symptômes sont très caractéristiques, faciles à reconnaître et, à raison de leur fréquence, de la plus haute valeur pratique. En général les symptômes fournis par la moelle se combinent avec ceux qui dérivent du cerveau, de façon que l'appareil symptomatique qu'on a devant soi est l'expression

152 Maladies de la moelle ëpinière.

d'un trouble qui porte sur Vensemble du système nerveux central Le tableau morbide que nous allons dépeindre brièvement et auquel la désignation d' irritation spinale ou de neurasthénie spinale convient le mieux, n'est donc souvent qu'un élément constitutif d'une névrasthénie générale à la description de laquelle nous devons renvoyer pour plus d'informations.

Vétiologie de la maladie est d'ordinaire facile à découvrir. Il s'agit de malades qui ont été soumis à une ou à plusieurs de ces influences nocives qui jouent incontestablement un rôle dans la production de presque toutes les névroses : émotions morales profondes et persistantes, surmènement de l'intelligence et du corps, genre de vie mal ordonné^ agents toxiques (alcool, nicotine), excès sexuels (onanisme) etc. Ajoutez-y une prédisposition héréditaire, comme serait un défaut congénital de résistance du système nerveux, qu'un mauvais état de la nutrition générale vient souvent encore aggraver. Enfln une circonstance très importante, c'est une disposition hypocondriaque^ qui non seulement tient l'esprit dans une espèce de tension maladive, mais qui le met dans un état d'hyperesthésîe visà-vis de toutes les impressions subjectives. Les préoccupations incessantes portant sur les suites redoutées d'anciens excès sont parfois beaucoup plus pernicieuses que ces excès eux-mêmes. Les terreurs hypocondriaques entrent ordinairement pour la plus grande part dans la névrasthénîe qui est très souvent l'apanage de \2ipr0fessi0n médicale.

Les symptômes des états morbides en question commencent d'ordinaire graduellement. Les malades se plaignent d'abord à^ faiblesse et de fatigue lors de la marche, puis de douleurs dans le dos, dans les lombes et parfois aussi dans les membres. Malgré les vives couleurs avec lesquelles ils dépeignent leurs souffrance^ ils avouent cependant, quand on les presse de questions, qu'ils ne souffrent pas avec une bien grande véhémence. A part les douleurs, il se déclare d'ordinaire des /^r^j/A/j/Vj diverses, de l'engourdissement, de la formicatioh, des sensations de froid, etc. Plus les malades en lisant et en fréquentant d'autres compagnons d'infortune, connaissent ou croient connaître de détails concernant la symptomatologie des affections spinales, plus le cercle de leurs complaintes va en s'élar* gissant Les troubles urinaires n'existent d'ordinaire qu'à un faible degré, mais il s'en présente pourtant. Ils sont dus uniquement à un^ trouble du mécanisme réflexe involontaire engendré par une intervention trop active de l'attention. Très souvent, au contraire, il y a des désordres du côté des organes sexuels qui doivent être mis sur le compte d'excès antérieurs, surtout de l'onanisme, ou d'une tendance hypocondriaque de l'esprit.

Irritations spinales. Ij3

Sî l'on examine le malade objectivement, on ne découvre aucun signe certain d'une affection spinale. Dans une partie des cas on trouve répandue tout le long de la colonne vertébrale ou concentrée en quelques endroits précis, une sensibilité à la pression^ qu'on désigne de préférence du nom « d* irritation spinale "h. Parfois cette sensibilité de la colonne vertébrale peut être absente. Aux pupilles, aux réflexes il n'y a rien d'anormal à découvrir. Les réflexes tendineux sont parfois assez exagérés, parfois faibles. La sensibilité objective est parfaitement normale et on ne constate pas non plus de parésies et d'atrophies musculaires véritables. Par contre on observe souvent des troubles vasomoteurs : froid anormal, lividité ou rougeur des mains, propension à la sueur, etc. Nous mentionnerons en décrivant la névrasthénie les symptômes cérébraux multiples qui se rencontrent simultanément. La nutrition générale se maintient chez beaucoup de malades dans le meilleur état, d'autres cependant pâlissent, maigrissent et tombent dans l'affaiblissement.

Le diagîwstic des affections spinales d'ordre fonctionnel n'est pas très difficile à établir, comme il a été dit, et parfois découle simplement du commémoratif, de l'habitus général des malades et de la nature de leurs doléances. Quoi qu'il en soit, on ne saurait assez insister sur la nécessité d'instituer un examen objectif minutieux, pour éviter de confondre ces maladies avec des affections débutantes d'un caractère plus sérieux. Nous reviendrons encore dans la suite sur les symptômes qu'il faut surtout mettre à contribution pour se prononcer.

Pour ce qui est du pronostic et du traitement nous renvoyons au chapitre de la névrasthénie en général.

4- Lésions traumatiques de la moelle épinière. — Malgré la situation abritée de la moelle, elle est parfois atteinte par des lésions traumatiques aiguës graves. Ce sont le plus souvent àes fractures et des luxations des vertèbres qui, par leur déplacement ou par des esquilles qui s'en détachent, viennent blesser grièvement la moelle. Ce n'est pas toujours l'os lui-même qui offense le cordon spinal, mais ITiémorrhagie qui accompagne la lésion osseuse. Parfois ce sont des plaies par armes à feu ^ dont le projectile a pénétré dans la substance de la moelle même, ou l'a lésée indirectement en occasionnant des délabrements des vertèbres et des hémorrhagies. On a observé aussi des plaies de la moelle par instrument piquant et tranchant, La pointe d'un couteau ou d'une épée peut entrer dans le canal vertébral à travers les disques intervertébraux et couper le cordon spinal en partie ou du moins le blesser. Comme dans tous les autres traumatismes de la moelle, à la blessure directe peut venir s'ajouter une ittfiammatim traumatique secondaire avec ses conséquences.

Ij^ Maladies de la moelle ëplnlàre.

Nous pouvons nous abstenir d'entrer dans tous les détails d'anatomie pathologique et de symptomatologie des lésions traumatiques de la moelle, si Ton considère que la multiplicité des circonstances spéciales qu'on peut rencontrer est pour ainsi dire infinie et que d'ailleurs il n'est pas bien difficile de juger de chaque cas en particulier, pourvu qu'on se guide d'après les règles généralement applicables dans la pathologie spinale. On reconnaît que la moelle participe aux lésions traumatiques qui l'entourent, par l'apparition de troubles prononcés dans la sphère sensitive et motrice, lesquels doivent d'ailleurs présenter de notables différences d'après le siège et l'étendue de l'affection myélîque. Il existe d'ordinaire au début xxn^ paralysie manifeste, parfois complète de la motricité des extrémités inférieures et parfois aussi des membres supérieurs, quand la lésion siège à la colonne cervicale. Puis viennent des anestltésies, naturellement très diverses en intensité et en étendue d'après les différents cas, et fréquemment des paralysies de la vessie et du rectum. Dans beaucoup de cas graves la sécrétion urinaire semble au commencement être considérablement diminuée ou supprimée totalement. Si les racines spinales sont atteintes, il se produit de vives irradiations douloureuses et des paresthésies. Les réflexes sont atténués dans le principe, plus tard, ils s'exaltent, si la lésion siège au-dessus de l'arc de réflexion et ils sont inhibés pour toujours quand l'arc réflexe lui-même est coupé. Chez l'homme on observe quelquefois dans les cas graves une érection plus ou moins totale et durable du pénis, laquelle tient probablement à une irritation directe on réflexe des nerfs érectiles. Un fait intéressant au point de vue de la physiologie et qui concorde avec les résultats de l'expérience, ce sont les hypert/iermies générales montant à 43 et à 44® C, qu'on observe quelquefois en cas de plaie de la moelle cervicale et qui se produisent surtout dans les cas graves se terminant promptement par la mort. D'autre part on a signalé aussi (surtout dans les plaies de la moelle thoracique, à ce qu'il paraît) des chutes profondes de la température allant jusqu'à 32 et à30oC.

La marche ultérieure de la maladie se diversifie d'une manière multiple. Dans les cas les plus graves, la mort vient après peu d'heures ou de jours. Parfois cependant les malades se relèvent du premier choc, mais on voit persister des paralysies qui par les états consécutifs qu'elles entraînept (décubitus, cystite) conduisent tôt ou tard à la mort. Quelquefois aussi on observe une amélioration partielle ou un arrêt de tous les symptômes. Quoique certains désordres fonctionnels durent pendant toute la vie, celle-ci n'en est pas mise

Trauxnatiexnes et commotions. Ijj

en péril. Enfin quand le cas est relativement de peu d'intensité, la guérison peut être complète.

Le traitement de Taffection fondamentale (surtout la trépanation éventuelle de la colonne vertébrale, pour dégager autant que possible la moelle épinière de la pression qu'exercent sur elle les vertèbres luxées ou les éclats d'os) appartient au domaine chirurgical. Dans la plupart des cas on doit se contenter de prescrire une position horizontale convenable (coussin d'eau) et de veiller avec tout le soin désirable, à prévenir le décubitus et la cystite. Localement les applications continues de glace sont ce qu'il y a de plus recommandable. Il y a peu de chose à attendre des soustractions sanguines locales, des frictions avec l'onguent gris etc. Si on a le bonheur de franchir le premier stade d'acuité, le traitement des symptômes paralytiques consécutifs doit se faire d'après la méthode habituelle (bains, électricité).

5. Ébranlements de la moelle. Commotion spinale, Railway spine. — Après de violentes commotions qui ont secoué le corps tout entier, on observe quelquefois le développement d'un ensemble de symptômes qui se rapportent en réalité à l'axe spinal et dont il faut attribuer la cause à des altérations très minimes de la substance de la moelle, provoquées par la commotion, mais jusqu'ici complètement inconnues dans leur essence. Il est bien entendu que l'expression 4: commotion spinale "^ ne doit pas s'appliquer aux cas où des altérations traumatiques plus grandes (hémorrhagies, plaies des vertèbres) se sont produites.

Les symptômes de la commotion de la moelle peuvent se montrer à la suite d'ébranlements de toute nature. Il s'attache cependant un intérêt particulier aux commotions si fréquentes qui suivent les accidents de chemin de fer (railway spine), surtout parce que pour les conducteurs des trains et autres employés de chemins de fer, elles donnent parfois ouverture à la question pratique des primes d'assurance.

Les symptômes de la commotion spinale ne se développent pas toujours de la même manière. Quelquefois aussitôt après que l'accident a eu lieu, on voit se produire les plus graves symptômes qui ne se rapportent pas exclusivement à l'ébranlement de moelle, mais qui, le plus souvent, indiquent que le cerveau participe aussi à la commotion. Très souvent il y a perte plus ou moins complète de connaissance, paralysie des quatre extrémités à la fois, collapsus général (petitesse du pouls, peau froide, respiration suspirîeuse), rétention d'urine, vomissements, etc. Ces cas peuvent en peu d'heures se terminer par la mort sans que l'autopsie démontre une

I j6 Maladies de la moelle épinière.

lésion quelque peu considérable du système nerveux. Dans d'autres circonstances les graves conséquences du premier choc se dissipent et font place à une série de troubles subjectifs et objectifs qui ne passent qu'après un certain temps, mais qui peuvent aussi persister pendant des années. Le symptôme capital consiste d'ordinaire en un affaiblissement général de la niotilité. Beaucoup de malades sont encore en état de marcher seuls, mais ils se fatiguent très vite; d'autres ne marchent plus qu'en étant soutenus, lentement et avec raideur, en faisant de petits pas et en traînant les jambes. Les mains présentent également cette même faiblesse générale, tandis qu'on ne constate pas de paralysie de muscles déterminés ou de certains groupes musculaires. La nutrition des muscles se maintient d'ordinaire en bon état, leur contractilité électrique est normale ou seulement un peu diminuée en quantité. Du côté de la sensibilité^ on observe communément de r endolorissement et des pares thésies. Les douleurs siègent tantôt dans le dos, tantôt encore en différents endroits du thorax (douleur en ceinture) et des extrémités. Les paresthésîes consistent en une sensation d'engourdissement au bout des doigts et de fourmillement aux jambes. La colonne vertébrale, parfois aussi d'autres endroits du corps, sont manifestement sensibles sous la pression. Très souvent on découvre une dégradation objective marquante de la sen-sibilitéf qui peut s'étendre à toute la surface du corps. La sensation du toucher n'est pas supprimée d'ordinaire, mais elle a perdu de sa finesse et la sensibilité à la douleur est fortement émoussée. Dans un cas nous avons observé une anesthésie presque complète du sens de la température, surtout aux jambes. Les réflexes sont fréquemment modifiés, mais ils se comportent différemment d'après les cas. Le plus souvent nous avons trouvé les réflexes cutanés (à l'exception des réflexes des parois abdominales et du réflexe crémastérien) abaissés, et les réflexes tendineux vivement exaltés. Cependant ces derniers peuvent aussi être affaiblis, et même complètement supprimés. La miction est d'ordinaire intacte, parfois un peu troublée. Les symptômes cérébraux manquent, à moins que les malades ne se plaignent de céphalalgie et de vertige. Très souvent il existe une irritabilité nerveuse assez considérable et une modification générale de l'état psychique.

Les symptômes que nous venons de décrire peuvent, comme nous l'avons dit, persister des mois ou des années. Très souvent, grâce surtout à des soins et à un traitement convenable, une amélioration sensible et une guérison complète finissent par s'opérer. Il en est autrement dans une seconde catégorie de cas. Au commencement les conséquences de la commotion paraissent devoir être minimes.

Rail way-Splne. 1 5 *j

au point que les malades espèrent qu'ils vont en réchapper à bon compte. Mais quelques jours à peine ou quelques semaines après l'accident, apparaissent du côté de la moelle des symptômes nouveaux qui s'accentuent graduellement jusqu'à former le tableau morbide d'une affection spinale grave. Des douleurs, des troubles de la marche, des parésies et des anesthésies prononcées des jambes, des anomalies fonctionnelles de la vessie et des organes génitaux s'établissent et se combinent quelquefois avec des symptômes bulbaires (troubles de la parole) et cérébraux (insomnie, perte de la mémoire, irritabilité nerveuse). La marche ultérieure est lente. Parfois encore on voit des améliorations ou même des guérisons tardives, mais dans d'autres cas la maigreur et la faiblesse générale fatalement ' progressives ou bien des complications intercurrentes hâtent la terminaison funeste. Les désordres anatomiques propres à ces circonstances ne sont pas encore connus avec exactitude. Il est probable qu'il s'agit de lésions anatomiques considérables, de processus de méningite et de myélite chroniques, qui se sont développés à la suite de l'action traumatique.

Le diagnostic de la commotion spinale n'est pas sans présenter des difficultés, d'une part parce que la distinction des troubles purement fonctionnels d'avec les altérations véritablement organiques de la colonne et de la moelle spinale, n'est pas toujours facile, et d'autre part parce qu'il faut toujours se tenir en garde contre les tentatives de simulation ou du moins d'exagération de la part des intéressés. Sous ce rapport il n'y a rien de tel pour donner la conviction, qu'un examen aussi minutieux que possible, portant spécialement sur les symptômes qui sont dotés de la plus grande somme de réalité objective, comme sont les réflexes, entre autres. En outre pour apprécier correctement, au point de vue pathologique, un grand nombre de prétendues commotions spinales de faible intensité, il nous paraît qu'il faut tenir grand compte de cette circonstance de fait que l'appareil symptomatique qui s'est produit, peut souvent être de nature purement névrasthéno-hypocondriaque ou même manifestement hystérique. L'action vulnérante et l'effet de la frayeur qui l'accompagne, puis la crainte de la gravité des résultats possibles qu'elle peut engendrer, sont en état de provoquer chez les malades une situation morbide qui concorde parfaitement avec les degrés les plus légers de la névrasthénie spinale que nous avons décrite plus haut. Cette considération s'applique également à l'interprétation des cas où le résultat complètement négatif de l'examen objectif éveille le soupçon de la simulation.

Le traitetnent de la commotion spinale, quand le cas est récent,

158 Maladies de la moelle ëplnlère.

doit combattre tout d'abord les premiers symptômes de Tébranlement, le « chocj^. Le corps doit être couché dans le repos horizontal; si le pouls est faible et la respiration défectueuse, on doit administrer des excitants (injections de camphre ou d'éther, vin, café fort). On doit en outre recourir aux irritations cutanées, aux sinapismes, aux frictions, au besoin à la faradisation des muscles de la respiration.

Si le malade s'est relevé du choc et que de graves symptômes spinaux persistent ou bien s'il s'en forme dans la suite, il faut, outre la continuation du traitement diététique (repos, bonne alimentation) employer avant tout : la galvanisation prudente le long de la colonne vertébrale avec des courants ascendants, combinés avec la galvanisation périphérique et la faradisation, puis Y hydrothérapie méthodique, surtout les frictions froides et parmi les remèdes internes Fiodure de potassium, Tergotine et la strychnine. L'usage des bains thermaux est en général à déconseiller, tandis que les bains carbonico'ferrugineux (Cudowa, Elster, Schwalbach, Homburg, RippoldsaUy etc.) ont acquis une renommée spéciale dans le traitement des commotions de la moelle.

6. AfTection de la moelle par abaissement subit de la pression atmosphérique. — Chez les ouvriers entre autres qui travaillent à la construction des ponts et qui ont séjourné longtemps sous Teau dans des caissons sous une pression de 2 à 3 atmosphères, on observe parfois après qu*ils ont quitté les caissons, par conséquent au moment où la pression à laquelle ils étaient soumis s'abaisse subitement» un ensemble de symptômes particuliers. Indépendamment de quelques manifestations légères consistant en douleurs et en hémorrhagies de l'oreille, en douleurs articulaires et musculaires du dos et des membres, dans le ralentissement du pouls et les vomissements, on note encore des désordres graves de la mobilité et de la sensibilité qui dénotent incontestablement l'existence d'une affection de la moelle. Ce n'est ordinairement que Impartie inférieure du corps qui est atteinte. Les jambes sont paralysées d'une manière plus ou moins complète, l'enveloppe cutanée est anesthésiée jusqu'à la hauteur du tronc, il existe d'ordinaire de la rétention d'urine. Parfois la guérîson a lieu après quelques semaines, en d'autres cas pourtant cet état, après un temps relativement court, après quelques semaines ou quelques mois, se termine par la mort Les seuls résultats microscopiques connus jusqu'ici (Leyden, F. Schultze) ont fait voir une affection disséminée, mais largement étendue de la moelle spinale, surtout des cordons postérieurs et des segments postérieurs des cordons latéraux. Le tissu nerveux au niveau des parties atteintes est complètement détruit, à sa place on trouve du détritus et un amas

Les paralysies par compression de la moelle ëpinière. i cg

de grandes cellules sphériques et finement granulées (cellules à granulations graisseuses ?). On n'a pas trouvé jusqu'ici d'extravasation sanguine, comme on aurait été tenté de le croire.

On ne connaît rien de certain sur le processus intime de ce genre de maladie spinale. Leyden présume que sous l'influence de la soutraction subite de la pression barométrique, comme Hoppe-Seyler et P. Bert Tont démontré expérimentalement, il se fait hors du sang un dégagement de gaz qui amène des déchirures dans le tissu avoisînant. Mais la stricte délimitation des lésions à la moelle thoracique et le manque de toute trace de rupture vasculaire militent contre cette hypothèse.

Le traitement est identique à celui de la myélite aiguë.

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