CHAPITRE ONZIÈME
La paralysie spinale ascendante aig^ë.
(Paralysie ascendante aiguë. Paralysie de Landry,)
Sous le nom de ^paralysie ascendante aiguë > Landry en 1859 a décrit une maladie qui en clinique se caractérise principalement en ce que les extrémités inférieures d'abord, puis peu après les extrémités supérieures et enfin une série de muscles innervés par la moelle
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allongée, sont atteints d'une paralysie à marche rapide, tandis que la sensibilité, ainsi que les fonctions vésicales et rectales demeurent intactes. La maladie est mortelle en beaucoup de cas ; cependant Texamen du système nerveux n'a pas jusqu'ici révélé le secret de la cause anatomique certaine de cette affection. Il paraît même, à considérer les investigations nombreuses et persévérantes qui ont eu cette maladie pour objet, qu'il n'est pas bien sûr qu'on parvienne à lui assigner une base anatomique univoque. La grande diversité des symptômes (v. plus bas la manière d'être des réflexes et de l'excitabilité électrique) tend plutôt à démontrer que le siège de la lésion n'est pas toujours le même. Malgré cela nous ne pouvons nier l'affinité clinique qui existe entre la plupart des cas, et nous devons faire remarquer qu'il est possible que la même cause morbifique n'élit pas toujours domicile dans un endroit identique. Nous pouvons donc parfaitement admettre Yunité étiologique de la « paralysie ascendante aiguë > sans conclure de là que toutes les entités morbides de ce nom concordent entièrement dans toutes leurs particularités cliniques et anatomiques.
Tableau morbide général et symptômes. — La paralysie ascendante aiguë frappe de préférence des personnes fortes et saines, en pleine jeunesse ou dans l'âge mûr, entre 20 et 35 ans. Quelques cas cependant appartiennent à l'enfance et à la vieillesse. Chez l'homme elle semble sévir plus souvent que chez la femme.
La maladie débute presque toujours avec certains prodromes^ consistant en un malaise général^ de légers mouvements fébriles^ de la céphalalgie^ de \ inappétence^ et parfois dans le dos et les membres des douleurs qui ressemblent à des élancements et des déchirures. Après que ces prodromes ont duré quelques jours, plus rarement quelques mois, avec une intensité modérée ou avec une acuité telle que les malades ont dû se mettre au lit, il se déclare tantôt brusquement, tantôt par degrés successifs, une parésie d'abord d'une jambe, puis de l'autre, qui s'accentue rapidement et fait place en peu de jours à MVi^ paraplégie motrice ^^x^sofiit complète.
Ijà, paralysie est presque toujours de nature ^^^^i/^. On peut mouvoir les jambes passivement sans rencontrer la moindre résistance, et sans que les muscles se tendent, soit activement soit par voie réflexe. Leur contractilité électrique reste en beaucoup de cas entièrement normale^ cependant il arrive parfois que la contractilité f aradique baisse promptement (il n'est pas démontré encore qu'il se produit de la réaction complète de dégénérescence). Les réflexes (cutanés et tendineux) paraissent le plus souvent être atténués ou totalement éteints ; il y a pourtant quelques exceptions à cette règle.
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La sensibilité est tout à fait intacte d'ordinaire. Néanmoins elle peut présenter aussi de légères modifications et exceptionnellement il y a de Tanestbésie prononcée. On a observé quelquefois un retard marqué dans la transmission des impressions. On n'a pas noté de changements du côté des organes des sens. Parfois un œdème I^er se montre aux jambes, lequel doit probablement être considéré comme un trouble vasomoteur. hcs fortes transpirations dont souffrent beaucoup de malades méritent encore d'être signalées à l'attention. Dans la plupart des cas la vessie et le rectum ne présentent aucun dérangement ou seulement quelque désordre fonctionnel léger et transitoire.
Peu de temps après que les jambes se sont entreprises, les bras commencent aussi à devenir parétiques. La faiblesse motrice se manifeste d'abord dans l'un des bras et puis dans l'autre, pour se transformer également en une paralysie presque complète. La sensibilité, les réflexes et la contractilité électrique se comportent exactement comme aux extrémités inférieures. En même temps que les muscles des bras, avant eux peut-être, les muscles du tronc sont frappés à leur tour. Les malades ne savent plus se redresser dans leur lit, ou se coucher sur le côté, etc. On a aussi vu \9l paralysie envahir les muscles du cou et de la nuque.
Le troisième et dernier stade de la maladie se caractérise par les troubles de la respiration et les symptômes bulbaires. Il se produit des signes évidents d'une paralysie commençante de la respiration : celleci devient plus laborieuse et plus pénible, les mouvements du diaphragme perdent peu à peu en amplitude, les secousses de la toux s'affaiblissent Des désordres de la déglutition et du langage articulé, de la parésie du voile du palais et des lèvres peuvent se montrer aussi. Dans quelques cas rares on a vu se produire de la paralysie faciale et des troubles dans les muscles de FœiL Cet état s'aggrave en suivant un cours aigu et, comme il a été dit, la mort ne tarde pas d'arriver.
Outre les s}rmptômes mentionnés jusqu'ici et qui se rapportent au système nerveux, on rencontre dans presque tous les cas, certains autres phénomènes qui, pour être peu marquants, n'en sont pas moins d'une grande valeur pour porter un jugement sur la maladie. Et d'abord \2l fièvre. La chaleur est le plus souvent accrue dès le commencement ; passagèrement elle peut même monter à une grande hauteur (jusqu'à 40^ c. environ), plus tard elle oscille entre 38^* et 39^, pour tomber plus bas encore jusqu'à la normale. De tous les organes internes, c'est la rate qui subit les plus fréquentes modifications. Elle gonfle d'ordinaire à un degré modéré, mais pourtant
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dans des proportions susceptibles d'être déterminées. Il y a d'ailleurs assez fréquemment une légère albtiminurie,
La durée totale de la maladie, dans les cas à issue funeste, n'est d'ordinaire que de quelques jours, en général de 8 à 14 jours, rarement davantage. Heureusement la mort n'est pas la règle. La maladie peut en tout temps, même sous l'imminence des plus formidables symptômes, faire une halte. Alors la paralysie ne progresse plus, les troubles existants rétrocèdent à pas lents, et après quelques semaines la guérison a lieu. D'ordinaire pourtant il se passe un temps assez long avant que les malades aient récupéré le plein exercice de leurs forces.
Anatomie pathologique et pathogénie. — Si nous envisageons dans son ensemble le tableau morbide de la paralysie aiguë ascendante, l'idée s'impose inéluctablement qu*il s'agit dans l'espèce d'une infection aiguë du corps aveclocalisation prédominante dans le système nerveux moteur, idée dont la primeur appartient à Westphal. Le malaise général par lequel s'ouvre la scène morbide concorde parfaitement avec le stade de début de tant d'autres maladies aiguës infectieuses. D'autre part la fièvre, l'intumescence aiguë de la rate, l'albuminurie qu'on observe quelquefois, ne peuvent, en conformité des idées actuelles, s'interpréter autrement que dans le sens de l'hypothèse susdite.
Il est vrai que l'examen anatomique n'est pas venu jusqu'à cette heure confirmer cette supposition. Il n'y a jusqu'à présent qu'un seul et unique cas très remarquable, publié par Baumgarten, et dans lequel la moelle épinière présentait une infinité de bâtonnets analogues à ceux du sang de rate. Quoi qu'il en soit, les résultats anatomiques complètement négatifs dans nombre de cas, semblent indiquer que nous devons avant tout chercher la cause des symptômes nerveux graves dans un désordre de fonction provoqué par une influence toxique {infectieuse). Nous avons déjà fait observer plus haut que le point où se fixe le principe infectieux n'est pas toujours identiquement le même. La manière d'être des réflexes et l'extinction rapide de l'excitabilité électrique, concurremment avec les douleurs au début, font présumer à bon droit que le mal a parfois pour principal siège les nerfs moteurs de la périphérie du corps et que conséquemment l'affection forme le degré le plus aigu de la 4: névrite multiple > infectieuse (v. y.). Des recherches anatomiques plus précises dirigées dans ce sens vont peut-être fournir à cette hypothèse des points d'appui positifs. Dans d'autres circonstances, au contraire, ce sont, selon toute apparence, les parties motrices de la moelle (cordons latéraux, colonnes grises antérieures) qui sont atteintes de
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préférence, comme le démontre la découverte d'une affection myélitique aiguë faite à diverses reprises dans ces régions (par R. Schuitze et F. Schuitze, Von den Velden).
Diagnostic et pronostic. — En présence de toute paralysie des extrémités inférieures à début brusque et accompagnée de phénomènes généraux et de fièvre, il faut songer à l'éventualité d'une paralysie aiguë ascendante. Cependant il n'y a que'Ia marche subséquente de la maladie qui puisse confirmer cette supposition. Si sous la désignation susdite on ne comprend qu'un complexus de symptômes cliniques parfaitement caractérisés, le diagjwstic sera toujours facile à porter, tout en tenant compte des particularités mentionnées plus haut. Mais il sera plus difficile de préciser si ce complexus ne retrace pas plutôt le tableau morbide d'une névrite aiguë multiple que celui d'une paralysie aiguë ascendante. Il n'y a que l'analyse minutieuse de chacun des symptômes, surtout de la manière d'être de la sensibilité (douleurs, anesthésies), des réflexes et de l'excitabilité électrique, qui permettra de résoudre ce problème.
Le pronostic doit au début être posé avec la plus grande réserve et surtout on devra songer à la possibilité d'une issue promptement mortelle. Si l'on a le bonheur de dépasser le premier stade d'acuité et qu'une franche halte se déclare dans la marche progressive de la paralysie, le pronostic se rassénère, puisqu'il ouvre la perspective d'un rétablissement complet.
Traitement — Il n'y a pas moyen de dire si un i traitement dérivatif > appliqué énergiquement au début de la maladie, peut avoir de l'utilité. On a recommandé des ventouses sèches U long de la colonne vertébrale et même l'emploi du fer rougi. Nous aurions de la peine à prendre cette dernière décision. On fait mieux de préconiser dts frictions avec r onguent gris (2,0 à 3,0 grammes par jour comme dans la cure antisyphilitique par friction). Parmi les médicaments internes on donnera en outre Yiodure de potassium ou rergotine. Il convient aussi de commencer de bonne heure avec le traitement galvaniqne (galvanisation au dos et à la périphérie). Si de menaçants accès de dyspnée se montrent, l'excitation électrique du nerf phrénique et des muscles de la respiration procure quelquefois du soulagement aux malades.
Dès qu'il se déclare un temps d'arrêt,on aura recours au traitement électrique et à l'usage des bains pour hâter la convalescence.
If toplaames de la moelle et de ses enveloppes. — Marche et Sympt. 26 1