Névralgie du trijumeau
(Prosopalgie, Tic douloureux. Douleur faciale de FothergilL)
Étiologie. — Lanévralgiedu trijumeau est une des plus fréquentes et des plus importantes parmi ces névralgies dont nous avons appris à connaitre,dans le chapitre qui précède, les circonstances étiologiques et les causes prédisposantes. Nombre de cas, les plus légers entre autres, surgissent à la suite d'un refroidissement, et parfois en dehors de tout motif plausible. Les névralgies d'origine paludéenne s'attaquent de préférence au domaine du trijumeau. Ensuite ce sont principalement des affections des os crâniens et de leur périoste, très souvent des maladies dentaires (carie, exostose, anomalie de l'évolution et de la disposition des dents), puis des lésions des sinus frontaux et nasaux ainsi que de Voreille moyenne qui donnent naissance
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aux névralgies trifaciales. Romberg est le premier qui a trouvé comme cause d'une prosopalgie grave et incurable, un anévrysme de la carotide interne qui comprimait le ganglion de Casser. Nous avons vu nous-méme un cas parfaitement identique. Enfin dans des circons* tances assez fréquentes Ja/atigiie excessive de P organe de la vue semble avoir contribué au développement de la névralgie du trijumeau.
Sjrmptômes et marche. — Ees accès de douleur qui marquent la névralgie de la cinquième paire ont d'ordinaire une assez grande intensité et peuvent» dans des cas graves, atteindre un degré de violence formidable. Ils se montrent tantôt d'une manière tout à fait spontanée, tantôt sous l'empire des causes les plus minimes (action de se laver, de parler, mouvements corporels, émotions morales, etc.). Les douleurs se renferment dans le domaine des différentes branches du trijumeau, mais s'irradient parfois dans l'occiput, le cou, les épaules, etc. Souvent on remarque des contractions réflexes dans la face, comme le blépharospasme et les mouvements convulsîfs (tic) de l'angle de la bouche. Les troubles vasotnoteurs se révèlent sous forme d'une pâleur initiale excessive bientôt suivie d'une injection vivement prononcée de la face et de la conjonctive. Quand la névralgie atteint les deux rameaux supérieurs on voit l'accès s'accompagner d'une hypersécrétion de larmes. Il est plus rare d'observer un flux anormal de salive ou de mucus nasal Parfois, quoique assez rarement, se manifestent sur le parcours des nerfs affectés, des érup^ tiens d'herpès^ le eona frontal^ l* herpès de la conjonctive^ etc. On a signalé aussi dans quelques circonstances, des affections oculaires graves appartenant à la classe de l'ophthalmie névroparalytique. Dans les névralgies qui persistent de longues années, il se déclare quelquefois encore des désordres trophiques : des altérations du tissu cutané et sous-cutané, la canitie et la chute des cheveux dans le domaine de la branche frontale, etc.
La majeure partie des névralgies trifaciales ne siège pas dans toute rétendue du territoire d'expansion du nerf, mais n'en occupe qu'un ou plusieurs rameaux. (Voy. fig. i). On distingue d'après cela : I. La névralgie de la première branche (névralgie ophtJialmique)^ qui se montre surtout sous forme de névralgie sus-orbitaire ou frontale. En ce cas la pression à l'endroit de la sortie du nerf du trou sus-orbitaire produit, en général, une douleur plus ou moins vive. Il est plus rare qu'on rencontre des points douloureux supplémentaires au nez, à l'angle interne de l'œil, à la bosse pariétale. — 2. La névralgie de la deuxièfne branche (névralgie sus-maxillaire) occupe le plus souvent le nerf sous-orbitaire (névralgie sous-orbitaire) avec un point douloureux principal au trou sous-orbitaire, puis à l'os zygomatique, à la
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lèvre supérieure, etc. — 3. La névralgie de la troisième branclu (névralgie sous-maxillaire) dont le siège principal est dans le nerf alvéolaire inférieur. Cependant on rencontre aussi des névralgies dans la région temporale (N. auriculo-temporal) et dans la langue (N. lingual). Le point douloureux principal réside au trou mentonnier.
La marche générale de la névralgie de la cinquième paire est très différente d'après les cas. On observe toutes les nuances possibles depuis les plus légères et les plus fugaces jusqu'à ces formes graves et incurables qui sont capables de pousser les malades au désespoir et même au suicide. Cette forme particulière dont la cause est inconnue, dont les accès se manifestent avec la plus grande violence tantôt à intervalles rapprochés, tantôt après des périodes de calme de plusieurs semaines ou de plusieurs mois et qui brave opiniâtrement tous les remèdes, a été désignée par Trousseau sous le nom de « névralgie épileptiforme > quoiqu'il n'y ait guère moyen de découvrir de lien causal certain entre cette maladie et l'épilepsie véritable. Il est digne de remarque que c'est précisément cette forme qui se déclare chez les individus à tendance névropathique.
Diagnostic. — Le diagnostic de la névralgie trifaciale est facile dans tous les cas prononcés, pourvu qu'on soit attentif à la distribution de la douleur, à son invasion par accès et aux points douloureux. A un examen superficiel on pourrait aisément la confondre avec des affections inflammatoires des os et du périoste, avec de vrais maux de dents, avec la migraine et d*autres formes de céphalalgie et de douleurs de la face.
Pronostic. — \.^ pronostic ne saurait être porté avec certitude. Il est le plus favorable dans les cas récents et quand on est en présence d'une cause appréciable facile à écarter. Mais si la maladie tient à une lésion anatomique plus sévère non susceptible d'être enlevée, ou qu'il s'agisse d'un cas invétéré et enraciné par une longue habitude, les chances sont malheureusement le plus souvent précaires.
Traitement. — Le traitement se base tout entier sur les règles posées dans le chapitre précédent. Dans la poursuite de l'indication causale il faut, en cas de névralgie de la seconde et de la troisième branche, aller toujours à la recherche d'abord de maladies dentaires, puis d* affections du nez, des sinus frontaux et de V oreille moyenne. Les dents cariées qui font souffrir et qui semblent avoir quelque rapport avec la névralgie doivent être extirpées et les autres affections que nous venons de mentionner demandent à être traitées à fond par un spécialiste.
Parmi les autres remèdes il y a surtout V électricité (anode sur les
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points douloureux, kathode dans le cou, pinceau faradique, etc.), la quinine^ la liqueur de Fùwler et les narcotiques dans les cas graves. Quand les accès névralgiques présentent un type à peu près régulier, la quinine surtout rend parfois des services signalés (d'abord de 1,0 à 1,5 grm. 2 à 3 heures avant Taccès présumé). Si la quinine est inefficace, il faut essayer Varsenic^ mais pas à dose trop minime, et c'est seulement quand ces moyens sont demeurés sans résultat qu'on peut tenter un essai avec l'un de ces divers médicaments qu'on a encore préconisés et parmi lesquels nous citerons : le butylchloral (croton chloral) en capsules de 0,1 à 0,3, ou d'après la formule de Lîebreich : Butylchloral hydraté, 5,0 à io,o, glycérine 20,0, eau distillée 120,0, une à plusieurs cuillerées à soupe toutes les 5 à 10 minutes. Puis la teinture de gelsemium sempervirens^ S à 20 gouttes plusieurs fois par jour, Vaconitine en pilules de 0,003 à 0,005 milligrm., 3 à 4 par jour, Vamylnitrite^ le sulfate de cuivre ammoniacal (en poudres ou pilules de 0,02 à 0,04) l'huile de térébenthine, etc. Il n'y a pas d'indications spéciales pour chacun de ces différents remèdes, de façon qu'on en est réduit à des essais purement empiriques. Dans les cas désespérés Trousseau a eu recours à de très hautes doses d'opium qu'il a portées graduellement jusqu'à des rations de 8 à 12 grammes par jour (!). Parfois l'accès peut être soulagé ou coupé par la compression de la carotide.
Si, en dépit d'un traitement rationnel électrique et médicamenteux, une névralgie persiste dans toute sa gravité, il ne faut pas tarder trop longtemps de proposer au malade, si la chose est possible, les ressources opératoires.C^st surtout dans la névralgie frontale et sous-orbitaire que la section nerveuse constitue une opération relativement légère, laquelle, à part de nombreux insuccès, peut se réclamer d'une série de brillants résultats. La description détaillée du procédé technique de la section et de la distension nerveuse^ de même que l'exposé de la ligature carotidienne entreprise dans quelques cas désespérés, sont réservés aux ouvrages de chirurgie.