CHAPITRE QUATRIÈME
Thrombose des sinus cérébraux.
Étiologie et anatomie pathologique. — Dans les conduits veineux de la dure-mère, on voit la thrombose se produire en des conditions identiques à celles qui lui donnent naissance dans les veines d'autres parties du corps. Ce sont le plus souvent des états marantiques de diverse nature qui donnent lieu à la thrombose par suite de la lenteur de la circulation qu'ils entraînent C'est de cette manière que s'explique la thrombose qu'on rencontre assez souvent chez les enfants souffreteux et atrophiés en deçà d'un an, puis chez les adultes placés dans les mêmes conditions de débilité, chez les phthisiques, etc. En ces cas la stase veineuse semble parfois favoriser le développement de la thrombose.
Entre les thromboses marantiques et inflammatoires que nous décrirons à l'instant, vient se placer la thrombose, qu'on observe quelquefois dans les maladies infectieuses aiguës graves, surtout dans le typhus. Ici (de même que pour la thrombose de la veine crurale), il semble que la cause morbide spécifique doive jouer un rôle important, indépendamment de la faiblesse du cœur qui entre probablement aussi en ligne de compte.
Les thromboses inflammatoires proprement dites, c'est-à-dire les thromboses de sinus qui sont accompagnées d'une phlébite véritable, dérivent presque toujours d'une inflammation émanée du voisinage. Ce sont avant tout des processus inflammatoires du rocher
Thrombose des sinus cërëbraux. — Étiologie et anatomie pathol. 311
(otite, carie) qui se communiquent à la paroi du sinus transverse ou pétreux limitrophes, de même que des affections (traumatismes, nécrose) d'autres os crâniens et plus rarement des inflammations des parties molles de la face et de la tête qui marchent dans la profondeur (gros furoncles, abcès érysipélateux).
La thrombose marantique siège le plus souvent dans le sinus longitudinal supérieur et la thrombose inflammatoire dans le sinus trans' verse, pétreux et caverneux. Il est clair que la thrombose peut se propager à partir de son lieu de naissance vers les sinus avoisinants. Un plus grand intérêt clinique s'attache aux stases secondaires qui se montrent dans les départements veineux auxquels ces lacs veineux servent de lieu de décharge. Ce phénomène se prononce le plus fortement en cas de thrombose du sinus longitudinal : alors les veines méningées qui parcourent la surface du cerveau sont considérablement élargies et sinueuses, et il en résulte des hémorrhagies 7néningées étendues. Cela n'empêche pas que Thyperémie veineuse ne soit fortement marquée dans la substance cérébrale sous-jacente et qu'on n'y voie quelquefois de petites apoplexies capillaires.
Symptômes cliniques. — On découvre parfois à l'autopsie des thromboses peu étendues des sinus cérébraux dont aucun symptôme n'avait trahi l'existence du vivant du malade. Dans d'autres cas ces thromboses provoquent, il est vrai, des signes réels de la part du cerveau, mais ils sont d'un caractère si général et si ambigu qu'on est réduit à soupçonner leur origine anatomique sans pouvoir l'affirmer avec certitude. Dans la thrombose marantique des sinus citez les enfants^ on observe d'ordinaire du coma, de la rigidité de la nuque et du dos, du strabisme, du nystagme, parfois des contractions cloniques dans la face et les membres. Chez les adultes les symptômes sont les suivants : céphalalgie, somnolence, délire, d'autres fois le coma, puis des signes alternatifs d'irritation et de paralysie dans la sphère des nerfs crâniens (nystagme,strabisme, trismus etc.), et dans les extrémités. Tous ces phénomènes n'acquièrent de valeur certaine au point de vue du diagnostic, que pour autant qu'il vient s'y adjoindre quelque autre symptôme dénotant clairement qu'on se trouve en présence d'un trouble circulatoire nécessairement provoqué par une thrombose de sinus. Si le sinus cax)erneux est devenu imperméable, on voit fréquemment se produire une stase manifeste dans le domaine de la veine ophthalmique : stase rétinienne visible à rophthalmoscope,œdèmedespaupièresetdcla conjonctive,protrusion considérable du globe oculaire et turgescence énorme de la veine frontale. S'agit-il d'une thrombose inflammatoire, l'infiltration
312 Maladies de la substance cérébrale.
përiphlébitique peut provoquer des symptômes prononcés dans la sphère des nerfs voisins (parésie de l'oculo-moteur commun et externe, douleurs névralgiques dans le trijumeau). En cas de thrombose du sinus transverse on a constaté quelquefois un gonflement oedémateux derrière l'oreille, dans la région mastoïdienne. Si Tobstruction s'étend au-delà dans le sinus pétreux ou même dans l'intérieur de la veine jugulaire inteme;on voit collaber l'extrémité inférieure de celle-ci. Comme alors la veine jugulaire externe *peut s'évacuer plus aisément dans la jugulaire interne non-oblitérée, du côté atteint elle s'affaisse à son tour et est moins saillante encore que du côté sain. On peut même poursuivre parfois avec le doigt la thrombose de la jugulaire interne et en ce cas se déclarent des douleurs et du gonflement du côté correspondant du cou. Quand le sinus longi* tudinal supérieur est bouché, on a rencontré des phénomènes de stase dans les fosses nasales (épistaxis) et une forte turgescence des veines temporales qui communiquent avec le sinus longitudinal par les veines émissaires. Cependant nous devons faire remarquer que tous ces symptômes sont assez rares et souvent difficiles à constater.
Le tableau morbide est plus complexe quand il est question d'une phlébite purulente, puisque alors on voit se produire communément dans la suite des signes manifestes de pyémie (frissons avec fièvre intense, abcès pulmonaires, suppurations articulaires, etc.). Nous avons signalé plus haut la combinaison de la thrombose des sinus avec la méningite purulente,
\j^ pronostic des thromboses des sinus est le plus souvent funeste dans presque tous les cas, ce qui tient en partie à la nature de la maladie fondamentale, en partie à la gravité des symptômes cérébraux ou à la pyémie secondaire. La thérapeutique est complètement désarmée en face de la maladie elle-même et s'adresse uniquement aux symptômes.