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CHAPITRE PREMIER

Troubles de la circulation cérébrale.

(Hyperémie cérébrale. Anémie cérébrale.)

Il est incontestable qu'un organe aussi délicat que le cerveau doit réagir assez vivement contre des désordres circulatoires de faible intensité ; cependant, les connaissances spéciales que nous possé-

Troubles de la circulation cérébrale. jlj

dons au sujet de la production et de la nature de ce genre de désordres sont encore très restreintes, parce que de grandes difficultés s'attachent aux investigations portant sur cet objet. Dans nombre de cas oîi des symptômes évidents de la part du cerveau dénotent qu'il est dans des conditions anormales, mais où néanmoins pour des raisons multiples on est autorisé à exclure une grosse lésion anaiomique^ nous émettons \idée d'un trouble circulatoire qui affecte le cerveau, sans pour cela pouvoir invoquer un motif probant. C'est ainsi, par exemple, que certains cas caractérisés par de la céphalalgie, le serrement de tête, du vertige, de l'hyperesthésîe généralisée et par ce tableau morbide si protéique et pourtant si nettement défini qu'on désigne sous le nom de névrasthénie cérébrale (v. y.), sont mis sur le compte de troubles de la circulation du cerveau. Quant à dire jusqu'à quel point ces derniers entrent réellement en cause dans ces circonstances, quelle est leur nature intime et si, indépendamment d'eux, il n'existe pas peut-être des maladies purement fonctionnelles de l'organe cérébral, cette question n'a pas encore à cette heure reçu de solution décisive.

L'hypothèse de troubles circulatoires dans le cerveau est le' mieux accréditée pour certains complexus symptomatiques cérébraux qui se déclarent sous forme (Taccis. C'est ainsi que le phénomène connu sous le nom de pâmoison (syncope) doit sans aucun doute être rapporté à une anémie cérébrale subite. Tout le monde sait que ces attaques de défaillance se produisent dans certaines circonstances données. Des excitations psychiques (la frayeur, des influences d'ordre moral auxquelles on n'est pas habitué, comme par exemple, la vue d'une plaie saignante et ainsi de suite), les exercices corporels poussés jusqu^à la fatigue (la station debout prolongée), l'action d'une chaleur vive et des agents de nature semblable, sont des causes fréquentes et généralement connues de syncope. L'état de Yestomac joue indubitablement en beaucoup de cas un rôle assez important. Il y a des personnes en grand nombre chez lesquelles un retard considérable de l'heure habituelle de leurs repas, ou le fait par exemple de rester trop longtemps à jeun le matin, donne lieu avec la plus grande facilité à la production d'une tendance syncopale. D'ailleurs il est des gens qui possèdent plus que d'autres une prédisposition particulière aux défaillances. Ce sont la plupart du temps des individus faibles de complexion, à aspect anémique (par exemple des convalescents); dans d'autres cas au contraire ce sont des sujets robustes et forts en apparence,qui,à propos de telle circonstance particulière, faiblissent de temps à autre.Il est digne de remarque que beaucoup d^ enfants sont aussi enclins aux syncopes.

314 Maladios de la sabstance cérébrale.

Nous possédons assez peu de renseignements sur les causes plus spéciales de production de Tanémie cérébrale dans tous ces cas. Dans la syncope par cause morale, on admet communément un spasme des petits vaisseaux artériels du cerveau résultant de l'excitation psychique. Il n'est pas impossible que dans cette circonstance ainsi que dans d'autres, la faiblesse du cœur^ laquelle se produirait soudainement, puisse aussi entrer en jeu, quoiqu'il serait étonnant alors que les malades n'eussent pas en même temps la teinte cyanosée. Dans les syncopes qui sont en relation apparente avec un état particulier des organes abdominaux, il faut songer aux rapports qui existent entre le nerf splanchnique et l'innervation du cœur (expérience du choc de Goltz), et à l'éventualité d'une anémie cérébrale, quand par l'élargissement subit des vaisseaux abdominaux une grande partie du sang s'y accumule.

La sympiomatologie de l'attaque syncopale commune est connue de tous. D'ordinaire l'accès est annoncé par certains prodromes. Les personnes en question commencent par se <L sentir mal ». La tête se brouille, les sens s'obscurcissent, le champ visuel s'assombrit, des bluettes volent devant les yeux, le sol se dérobe sous les pas et tous les objets se mettent à tourner. En même temps il existe presque toujours un état nauséeux et parfois on en vient à de véritables vomissements. Si les malades ont le temps de se coucher, l'accès se passe quelquefois avant que la perte de connaissance soit complète, sinon, l'absence complète dure un certain temps (plusieurs minutes ou même une demi-heure et davantage). Ce qui objectivement frappe le plus dès le début de l'accès, c'est la pâleur qui se répand sur la face, et qui atteint souvent le plus haut degré en traduisant visiblement l'anémie concomitante du cerveau. Très souvent une sueur froide vient inonder la face et le corps. 'Lt pouls est d'ordinaire petit et accéléré.

Les attaques syncopales ordinaires ne recèlent presque jamais de danger sérieux. Sous le rapport du traitement, il importe de mettre le défaillant au plus vite dans la position horizontale, pour faciliter par là le retour du sang vers le cerveau. En outre on emploie de légers excitants : asperger la figure d'eau froide, frotter les tempes avec du vinaigre ou de l'eau de Cologne, administrer du vin et ainsi de suite. Pour diminuer la disposition aux syncopes, on ne pourra se servir que des remèdes qui fortifient l'ensemble de la constitution.

Nous ne sommes dans le cas d'observer les effets d'une anânie persistante du cerveau que si l'anémie cérébrale fait partie constituante d'une anémie générale d'un degré prononcé. Les symptômes

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de Tanémie cérébrale se montrent de la manière la plus évidente dans presque tous les cas de chlorose, d'anémie pernicieuse, dans les anémies qui succèdent à des hémorrhagies abondantes (gastrorrhagies, etc.). Ces symptômes sont les mêmes en réalité que dans Tétat syncopal, seulement ils ne sont pas aussi développés. Le sensorium n*est troublé à un degré notable que si le cas est fortement accentué. Un état continu de somnolence associé à un besoin fréquent de bâiller compte pourtant parmi les signes les plus constants de Tanémie cérébrale persistante. Le plus grand tourment des malades, ce sont d'ordinaire d'intenses bourdonnements cToreille^^wxs la persistance d'un état nauséeux et des vomituritions, parfois aussi une céplialée incessante. Tous ces phénomènes s'accusent davantage quand le malade se redresse sur son séant, tandis qu'ils sont relativement le moins prononcés dans le décubitus dorsal le plus complet. Le traitement de cet état concorde naturellement avec celui de la maladie fondamentale et de l'anémie généralisée.

De même que l'anémie du cerveau, Vhyperémie de cet organe est tantôt persistante et tantôt l'effet d'une attaque momentanée. Nous connaissons peu de chose de certain concernant la première. Il est pour le moins douteux qu'il existe en réalité une pléthore générale et que chez les personnes « sanguines », les maux de tête et les vertiges tiennent effectivement à une hyperémie cérébrale. On peut dire avec tout autant de raison que nous manquons de preuves directes pour établir que les symptômes cérébraux qui se déclarent à la suite d'intoxications chroniques (nicotine, alcool, etc.) ou après des fatigues intellectuelles prolongées, dépendent d'une hyperémie cérébrale, comme on le suppose quelquefois, ou ne tiennent pas plutôt à des lésions fonctionnelles des éléments nerveux.

C'est en cas de <Lcongestion cérébrale^ ^ telle qu'on la nomme, qu'on est le plus en droit d'admettre l'hyperémie, comme étant la cause des symptômes qui se présentent du côté du cerveau. Cet état se caractérise par une excitation générale qui se déclare avec plus ou moins de soudaineté, qui s'associe à des poussées de chaleur vers la tête et le cou, à des battements des carotides, une vive injection de la face, une irritabilité et une hyperesthésie généralisée, de la céphalalgie, des tendances syncopales, des bourdonnements d'oreille, des photopsics, des nausées, etc. La durée d'un état semblable est de J^ à i ^ heure. Il est probable qu'on a affaire ici à des troubles vasomoteurSy à une dilatation subite des vaisseaux encéphaliques, qu'elle soit produite par une paralysie vasculaire ou par une irritation des nerfs vasodilatateurs. Dans des cas graves, cet état s'accentue jusqu'à constituer une véritable exaltation maniaque^ tandis que d'autre part

3i6 Maladies de la substance cérébrale.

on voit se développer une dépression mélancolique (obtusion, sopor), comme dans une attaque d'apoplexie de faible intensité (v. le chapitre suivant). Mais alors il n'y a plus moyen de distinguer si réellement il ne s'agit que d'une simple hyperémie, ou plutôt de lésions plus profondes (petites hémorrhagies, etc.).

Le traitement des congestions consiste à maintenir le malade dans le repos le plus complet, le haut du corps étant relevé^ et pub à détourner de toute manière le sang de la tête. A cet effet on emploie des bains de pied chauds^ des sinapistnes sur le thorax et les mollets et les /ir^tf/i7> drastiques (senne, coloquinte). Les applications/>77/(^j sur la tête exercent aussi un effet bienfaisant. Dans les cas graves on est autorisé à pratiquer une émission sanguine locale aux tempes ou aux apophyses mastoldes.

Pour aller autant que possible au-devant des récidives, on n'aura recours qu'aux méthodes qui tiennent compte de la constitution générale. On s'attachera surtout aux prescriptions diététiques (dé* fense des alcooliques), aux cures balnéaires et à l'hydrothérapie.

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