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CHAPITRE DEUXIÈME

Prolégomènes généraux concernant le. diagnostic topographique des maladies cérébrales.

(La question des localisations cérébrales.)

Il résulte des dispositions physiologiques inhérentes au cerveau, que les symptômes cliniques qui se manifestent dans les aflfections cérébrales, dépendent, pour une bien plus grande part, non pas tant de la nature de la maladie que de \ endroit où elle prend naissance. Quand par exemple en un point quelconque du trajet intracérébral de la voie motrice, s'opère une solution de continuité, il se produit, comme nous l'avons signalé plus haut, une paralysie hémiplégique dans la moitié opposée du corps. Il importe peu en ce cas que les fibres motrices soient détruites par une hémorrhagie ou un abcès encéphalique, par un néoplasme ou un foyer de ramollissement emboHque ; il suffit que leur fonctionnement soit intercepté de quelque façon que ce soit, pour qu'une paralysie d'une étendue exactement limitée, à caractères propres et parfaitement déterminés, en soit la conséquence inévitable. Il en est de même d'une foule d'autres symptômes dont la manifestation est constamment liée i une lésion d'un endroit précis ou peut-être aussi d'un lobule cérébral unique, mais jamais à l'altération de toute partie quelconque prise au hasard du cerveau.

En dépit du cachet d'évidence que ces règles élémentaires

I^ocallsatlons cérébrales. 3 1 y

semblent présenter, il n'en a pas moins fallu un temps considérable avant qu'elles aient pu trouver crédit dans l'opinion de la généra* lité des médecins. La cause de ce retard se trouve surtout dans l'idée que la vieille physiologie s'était faite des fonctions cérébrales. La doctrine de Flourens (1842) qui, au point de vue de la dignité fonctionnelle, mettait tous les compartiments du cerveau sur la même ligne et qui, en conséquence, prétendait qu'ils pouvaient se suppléer mutuellement, avait des adhérents nombreux non seulement parmi les physiologistes mais encore parmi les médecins. Et nonobstant cela, ce fut précisément l'expérimentation clinique et anatomo-pathologique qui, la première, mit sur la voie d'observations et de faits qui ne cadraient évidemment pas avec cette façon de voir. Ce furent surtout les résultats anatomiques trouvés dans Yaphasie^ qui firent voir la nécessité inéluctable de rattacher cet unique symptôme cérébral à un endroit déterminé du cerveau ou de l'y localiser^ et la découverte de Broca publiée en 1 861, qui mit la manifestation de ce désordre particulier de la parole en relation constante avec une lésion du troisième lobe frontal gauche est ainsi devenue le point de départ de toute la doctrine des localisations cérébrales. Neuf années plus tard (1870) parut le remarquable travail de Fritsch et de Hitzig, dans lequel, en étudiant les irritations qu'on réussit à porter sur la couche superficielle de la cervelle d'animaux, fut réfutée, pour la première fois, la théorie régnante de la non-excitabilité de l'écorce grise. Il fut démontré qu'en excitant certains points de la couche corticale, on parvenait à provoquer des contractions musculaires dans des endroits parfaitement déterminés de l'autre moitié du corps et que, par conséquent, on était autorisé à admettre une série de centres corticaux à limites assez restreintes. Ces découvertes ne tardèrent pas à être corroborées par une foule d'expériences faites dans la pathologie cérébrale de l'homme, de manière que de nos jours, les notions que nous possédons sur les activités motrices de l'écorce du cerveau, constituent la partie la mieux connue de la question des localisations cérébrales. Dans ces dernières années, des anatomistes (Meynert, Flechsig), des physiologistes (Ferrier, Munk, Goltz, etc.) et des pathologistes (Charcot et son école, Nothnagel,Hughlings, Jackson, etc.) ont travaillé de concert et avec succès, à apporter un peu de lumière dans ce champ d'exploration d'une difficulté si exceptionnelle. Il est vrai que nous en sommes à peine aux premiers rudiments de notre savoir. Une multitude de controverses et de points de contradiction demandent encore à être éclaircis, une infinité de questions restent en suspens. Aussi l'aperçu que nous faisons suivre n'a d'autre prétention que d'exprimer l'état

3l8 Maladies de la substance cérébrale.

actuel de ropinîon. Assurément le temps y apportera beaucoup de changements ; cependant envisagée dans ses grandes lignes, la doctrine de la localisation circonscrite des fonctions cérébrales constitue le fondement sur lequel l'édifice futur de la pathologie et du diagnostic des affections cérébrales peut seul être édifié. Pour rencontrer les besoins de la pratique, nous donnerons la première place dans Texposé qui va suivre, aux résultats de l'observation clinique instituée chez l'homme, sauf à ne mentionner qu'accessoirement les travaux d'expérimentation qui leur sont connexes. De cette manière nous ferons beaucoup plus vite connaissance avec les règles pratiques qui ont une si grande valeur dans le diagnostic des % maladies à foyer "h (expression usitée d'abord par Griesinger), et nous pourrons nous en rapporter à ces remarques d'application générale, quand nous décrirons \çs formes particulières des affections cérébrales.

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