‹ Traité de pathologie interneChapitre 77 sur 156 · Le Cervelet · texte numérisé non relu

Le Cervelet

Le cervelet peut être atteint de lésions destructives assez étendues qui pendant la vie du malade ne se sont révélées par aucun

336 Maladies de la sulistaiice cérébrale.

indice quelconque. Ce sont presque constamment les lamelles hémisphériques seules qui sont malades en ces cas. Mais dès que le lobe central du cervelet, le vertnis^ est profondément atteint, il en résulte presque toujours des symptômes morbides particuliers qui permettent le plus souvent de poser avec suffisamment de certitude le diagnostic d'une affection cérébelleuse.

Deux symptômes caractérisent spécialement les maladies du cervelet : une incertitude particulière de la marche (ataxie cérébtl^ leuse) et un état vertigineux prononcé.

L ataxie cérébelleuse ne se montre qu'au tronc et aux extrémités inférieures et notamment lors de la marche et de la station debout. Les malades étant couchés, savent mouvoir leurs jambes avec une entière sûreté et une force normale. Mais dès qu'ils quittent le lit, les troubles de la motilité qui caractérisent la maladie apparaissent aussitôt. Il suffit qu'ils se tiennent sur les jambes pour que tout leur corps se mette à vaciller et cela surtout quand les talons sont rapprochés l'un de l'autre. En écartant les pieds, ils se donnent un peu plus d'assurance et de stabilité. S'ils ferment les yeux, la vacillation n'est généralement pas accrue, parce que la sensibilité de la peau et des muscles des extrémités inférieures reste parfaitement intacte dans les affections cérébelleuses non compliquées. La marche est chancelante et titubante au plus haut d^ré et tout à fait semblable à celle d'un ivrogne, tout en différant considérablement de la démarche ataxique du tabétique. Au lieu de la succession uniforme de pas pesants et déjetés qui caractérisent le tabès, dans l'ataxie cérébelleuse le corps tout entier se meut par une série de chutes, au point que dans les cas graves les malades ne savent presque plus avancer en ligne droite mais en décrivant des zigzags et en chancellant alternativement à droite, et à gauche. On remarque quelquefois, mais pas dans tous les cas, qu'en marchant le corps vacille de préférence suivant un sens déterminé, en avant ou en arrière ou bien de côté. Il n'y a pas moyen à cette heure de tirer de la direction de cette chute une conclusion quant au siège précis du foyer cérébelleux; tout au plus pourrait-on présumer que dans un cas semblable X^pédoncule cérébelleux moyen (v. y.) doive être malade. Il est digne de remarque qu'à de rares exceptions les bras ne prennent aucune part à l'incertitude des mouvements. Beaucoup de malades qui sont à peine en état de marcher sans aidç, peuvent encore faire les plus fins ouvrages manuels. On voit par là que le cervelet ne contribue réellement qu'au maintien de V équilibre tel qu'il est requis pour la marche et la station debout.

L'ataxie cérébelleuse, comme il a été dit, est la plupart du temps

Cervelet.

accompagnée d'un sentiment prononcé de vertige. Cependant il n'existe pas de parallélisme complet entre le vertige et le trouble de la marche. Dans telle circonstance exceptionnelle même, Tun de ces symptômes peut se présenter sans l'autre. D'ordinaire le vertige n'a lieu que si les malades marchent ou se tiennent debout, très rarement quand ils sont couchés au lit. Nous manquons encore de connaissances précises concernant son mode de production. Comme il se produit fréquemment dans diverses affections cérébrales, il n'a de valeur pour le diagnostic d'une maladie du cervelet que pour autant qu'il est très persistant, très accentué et de plus combiné avec le trouble caractéristique de la démarche cérébelleuse.

Nous savons peu de chose des autres symptômes qui dénotent une affection du cervelet. Une céphalalgie occipitale opiniâtre a parfois de l'importance diagnostique, surtout quand elle n'est pas le seul symptôme cérébelleux. Autrement ce symptôme est naturellement trop multicolore pour pouvoir être utilisé en diagnostic et d'ailleurs le mal de tête dans une affection du cervelet peut, par exception, occuper les parties latérales du crâne et le front. Le votnissement est d'une signification encore moins certaine ; il se montre en effet dans les maladies chroniques du cervelet (surtout en cas de tumeurs), mais avec non moins de fréquence dans les affections situées partout ailleurs. Les troubles visuels qui se rencontrent dans une proportion si remarquable en cas de tumeurs cérébelleuses, dépendent incontestablement non d'une lésion propre du cervelet, mais du développement de \ œdème de la papille (v. le chapitre des tumeurs cérébrales).

Pour finir nous devons ajouter quelques mots encore sur les maladies du pédoncule cérébelleux moyen (fibres transversales de la protubérance annulaire). Nous devons rapporter le plus souvent à une irritation de ce dernier, le symptôme particulier qu'on désigne sous le nom de mouvement impulsif ou At position forcée. Celle-ci consiste en ce que les malades, qu'ils jouissent de leur pleine présence d'esprit ou qu'ils soient totalement inconscients, prennent constamment, étant au lit, une attitude latérale déterminée. Si on les met dans une autre position, le tronc retourne aussitôt involontairement dans l'attitude première. Très souvent cette position forcée du corps est associée à une position semblable de la tête et des yeux, tandis que les extrémités sont presque toujours indemnes. On rentontre moins souvent des mouvements impulsifs proprement dits. Ceux-ci consistent soit en une succession de tournoiements du corps sur son axe, soit, si tant est que les malades sachent marcher, en mouvements rotatoires forcés c mouvements de manège >, etc. Il n'y a

Pathologie II. 23

338 Maladies de la substance cërëbrale.

pas moyen de décider, d'après la nature spéciale de ces symptômes, lequel des deux pédoncules cérébelleux est atteint d'irritation. Dans quelques affections cérébrales, rares à la vérité, on a pu constater la présence de ces mêmes symptômes, sans que le pédoncule cérébelleux moyen fût lésé d'une façon appréciable.

En vue d'en donner un aperçu raccourci, nous récapitulerons ici quelques-unes des règles diagnostiques les plus importantes qui ont rapport aux localisations cérébrales.

1. U hémiplégie commune est le plus souvent occasionnée par une lésion des voies pyramidales dans le pédicule postérieur de la capsule interne. Quand l'hémiplégie persiste, il faut que ces voies soient réellement détruites; quand elle est transitoire, elles sont pour un temps frappées d'impuissance par suite du voisinage de foyers morbides.

2. l^es paralysies cérébrales ptonoplégiques dépendent ordinairement d'affections de la couche corticale du cerveau (circonvolutions centrales et lobule paracentral). La monoplégie faciale et linguale tient à une lésion de l'extrémité inférieure de la circonvolution centrale antérieure. La monoplégie brachiale est surtout en rapport avec une affection du tiers moyen de la circonvolution centrale antérieure. La monoplégie crurale dénote une lésion du lobule parcu:entraL

3. Les paralysies hémiplégiques ou monoplégiques qui sont accompagnées de convulsions épileptifortnes unilatérales ou ne se manifestant qu'en une partie déterminée du corps, dépendent presque toujours d'une affection de Yécorce du cerveau. Ces mêmes symptômes d'excitation motrice sans accompagnement de paralysie, doivent également être mis en rapport avec un état d'irritation des zones corticales susdites.

4. U hémiplégie avec paralysie oculomotrice commune croisée indique une affection des pédoncules cérébraux,

5. \J hémiplégie avec paralysie faciale croisée dénote avec un haut degré de certitude que le foyer morbide siège dans la protubérance.

6. La chorée posthémiplégique (v. y.) paraît se rencontrer surtout en cas de maladies à foyer dans le voisinage des couches optiques et de la partie postérieure de la capsule interne.

7. U/iémiatiest/iésie (de la surface cutanée et des oi^anes des sens) dépend surtout, selon toute apparence, d'une affection du segment postérieur de la capsule interne,

8. Uhémianopsie (hémiopie) peut tenir à une lésion des lobes occipitaux^ ensuite probablement à une lésion de la partie postérieure de la capsule interne (combinée alors le plus souvent avec de l'anes-

Hëxnorrhagle cérébrale. — Étiologie. 33g

thésîe), enfin à une affection du coussinet des couches optiques (pulvînar thalami optici), d'un des tubercules guadrijumeaux antérieurs et d'une des bandelettes optiques.

9. \J aphasie motrice véritable indique une maladie de \si troisième circonvolution frontale gauclu,

10. La surdité verbode dépend d'une affection de la première circonvolution temporale gauclu,

11. Les troubles du langage articulé démontrent l'existence d'une maladie de la moelle allongée^ il en est de même des troubles de la déglutition.

12. La marche titubante et \état vertigineux sont les symptômes les plus constants des affections cérébelleuses. \jà^ positions forcées et les' fftouvements impulsifs se rencontrent principalement dans les affections du pédoncule cérébelleux moyen,

Page 1