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CHAPITRE CINQUIÈME

Tétanie.

(Tétanos intermittent^ tétanille.)

Étiologie. — La tétanie{c^ terme vient deCorvisart)est une névrose fui çeneris^ prîncipalemçnt caractérisée par des accès de convulsions

.Tétanie. — Étiologiè. Symptômes et Marche. 427

toniques dans certains départements musculaires. Cette maladie se montre de préférence chez les enfants et \ts jeunes gens de 15 à 30 ans. Chez les .femmes, l'évolution de la puberté semble exercer une action spéciale sur la genèse de la tétanie. C'est surtout chez les nourrices que TafTection se montre avec prédilection, au point que Trousseau lui a donné le nom de € contracture des nourrices >.

Parmi les causes occasionnelles qui favorisent Téclosion de la maladie, il faut signaler en premier lieu les refroidissements. C'est pourquoi les anciens auteurs la décrivaient sous la désignation de < contracture rhumatismale intermittente >. On l'a vue encore se développer à la suite d'autres affections aiguës (typhus, variole, maladies intestinales, etc.). Le fait observé par N. Weiss le premier, de la fréquente apparition de la tétanie consécutivement à Vextirpatùm dugottre.^st très remarquable, mais entièrement inexpliqué jusqu'à ce jour. On a rapporté de divers côtés que la tétanie peut, jusqu'à un certain point, revêtir une forme épidémique. Nous doutons fort que les cas morbides renseignés dans cette catégorie, appartiennent tous à la véritable tétanie. Il nous paraît plutôt que les influences endémiques ne sont pas destituées de toute efficacité. Au moins fautil, d'après les relations faites à ce sujet, que la tétanie soit beaucoup plus fréquente à Heidelberg (Erb. F. Schultze), à Breslau (Berger) et à Vienne (N. Weiss) qu'à Leipzig où elle compte parmi les affections nerveuses les plus insolites.

S]nnpt6mes et marche morbide. — Vattaque de tétanie commence d'ordinaire par certains signes précurseurs qui consistent en un malaise général de faible intensité, mais surtout en sensations douloureuses et un sentiment de faiblesse et de raideur qui prédominent dans les bras. Après que ces prodromes ont duré quelques heures ou plus de temps encore, l'état convulsif proprement dit se déclare. Celui-ci débute presque toujours dans les bras et surtout aux doigts^ s'étend de là à tous les muscles brachiaux et puis aux extrémités inférieures où la convulsion atteint aussi tout d'abord les orteils. Les deux moitiés du corps sont presque toujours entreprises d*une manière symétrique. Ce n'est que par exception que l'aiTection commence dans une des extrémités inférieures ou reste limitée à un seul côté. La plupart du temps la convulsion atteint de préférence \e% fléchisseurs^ de façon à produire des attitudes en contracture très caractéristiques. Les doigts se ramassent et se disposent comme dans l'acte d'écrire, ou bien, d'après la comparaison exacte de Trousseau, comme la main de l'accoucheur en pénétrant dans le vagin. Les mains sont fléchies, les coudes à l'état de flexion légère, l'humérus raqiené 3ur les parois du (hora^x da^ns les cas sérieux^ Au^

428 Névroses sans fondement analomlque eonnu.

jambes les orteils sont fléchis et les pieds à Tëtat de flexion plantaire en position varo-équtne. Il est rare que les muscles de la cuisse soient atteints à leur tour ; les muscles du tronc, de la face, et le diaphragme sont aussi très exceptionnellement convulsés. L'état convulsif typique décrit plus haut peut présenter des variations qui sont rares d'ailleurs.

Uintensité de ces convulsions toniques est très considérable. Les muscles atteints sont tendus et durs au toucher et ordinairement assez sensibles à la pression. La durée de l'attaque n'est parfois que de quelques minutes, quelquefois aussi de plusieurs heures ou même de plusieurs jours. La corncidence avec d'autres symptômes nerveux (troubles de la sensibilité) n'est presque jamais observée. Le senso^ rium reste constamment indemne. En quelques cas on a noté de légers gonflements œdémateux^ et une hypersécrétion sudorale. La chaleur est normale ou faiblement accrue, le pouls au contraire est souvent augmenté de fréquence.

Une fois l'accès terminé, ce qui se fait graduellement et jamais tout d'un coup, les malades sont parfaitement à Taise, à part un peu d'endolorissement et de raideur des muscles. Cependant, dans Vintervalle des accès^ il reste généralement quelques symptômes objectifs qui sont d'un intérêt majeur dans la pathologie de la tétanie. Premièrement, Yexcitabilité électrique des nerfs périphériques, comme Erb l'a démontré tout d'abord, est ordinairement accrue à un haut d^ré, à tel point qu'il suffit d'un courant d'une faiblesse extrême pour provoquer les contractions les plus fortes. Secondement, on constate que V excitabilité mécanique des nerfs est pareillement augmentée et qu'elle se montre surtout dans le nerf facial (Chvostek, N. Weiss). Si par ex. on passe fortement avec le doigt sur la face de haut en bas, on voit se produire successivement dans presque tous les muscles de la face de vives contractions. Par contre l'excitabilité mécanique directe n'est pas accrue dans les muscles (F. Schultze).*

Un autre symptôme très caractéristique de la tétanie a été découvert par Trousseau (p/iénomène de Trousseau). Il consiste en œ qu'on peut, si pas toujours, du moins dans la plupart des cas, provoquer la convulsion artificiellement pendant la période intercalaire, chaque fois qu'on comprime les gros troncs artériels et nerveux du bras (notamment le nerf médian et l'artère brachiale). On ignore de quelle façon cette compression agit. Berger a trouvé qu'on peut aussi reproduire l'accès en irritant mécaniquement, ou par l'électricité, certains points douloureux le long de la colonne vertébrale.

Ija^ fréquence des accès varie grandement dans chaque cas. Ordi-

Tëtanie* — Diagnostic. Traitement. 4^9

nairement il y en a plusieurs par jour ; d'autres fois au contraire l'intervalle libre dure plusieurs jours, tandis qu'il peut arriver que les attaques convulsives se succèdent presque sans désemparer. La durée totale de la maladie comporte le plus souvent quelques semaines. Si les accès diminuent en nombre et en intensité, il est à remarquer que l'excès de l'irritabilité nerveuse et le phénomène de Trousseau s'atténuent graduellement dans la même proportion. Tant que ces symptômes persistent, il faut se tenir en garde contre un retour offensif des convulsions.

La terminaison de la tétanie est presque toujours favorable. Ce n'est qued'ans des conditions exceptionnelles,surtout chez les enfants, que la mort arrive, par suite de la transmission des convulsions au diaphragme ou aux muscles du larynx.

On n'a pas de données certaines sur Pessence propre de la tétanie. L'examen anatomique n'a donné jusqu'ici que des résultats négatifs ou insignifiants. Les symptômes cliniques n'autorisent nullement à affirmer s'il s'agit d'une affection des nerfs périphériques ou des organes centraux.

Diagnostic. — Le diagnostic de la tétanie n'a rien de difficile, pourvu qu'on analyse minutieusement la nature des accès de convulsions toniques, en même temps que les autres symptômes susindiqués. Des états analogues ont été observés dans l'empoisonnement par l'ergot (ergotisme) et dans certaines névroses professionnelles, par ex. < la crampe des cordonniers >; mais on les différencie aisément. Les états toni-convulsifs particuliers qui se déclarent chez les tout petits enfants, ne doivent pas, à notre avis, être assimilés^ avec la tétanie; ces états ont été décrits déjà (p. 107) sous le nom A'arthrogryposis. Ils sont caractérisés par une contracture tonique persistante (spécialement dans le domaine des deux nerfs cubitaux), qui ne se montre pas sous forme d'accès séparés. L'augmentation de l'excitabilité mécanique des nerfs fait aussi complètement défaut.

Traitement — Outre les prescription^ diététiques générales, c'est r électrothérapie qu'il faut tout d'abord avoir en vue. Elle consiste, tantôt à employer des courants stabiles ascendants le long des nerfs atteints, tantôt à faire parcourir la moelle épinière par le cou^ rânt galvanique, et enfin à appliquer l'anode sur les différents troncs nerveux (la kathode étant au sternum). Par ce dernier procédé, on obtient parfois au milieu de l'attaque une suspension immédiate des crampes. Les nervins donnés à Vintérieur (bromure de potassium, arsenic, belladone, etc.) procurent rarement un succès marquant Bei^erest parvenu à quelques bons résultats par les injections souscutanées de curare. Les bains tièdes et les ablutions froides prudem-

430 N^vroads sans fondement anatomique connu.

ment faites, sur le dos principalement, viennent parfois eflScacemént en aide à la cure.

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