‹ Traité de pathologie interneChapitre 94 sur 156 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

Uhystérie.

Étiologie et définition. — Il est impossible de donner de l'hystérie une définition à la fois concise et adéquate. Le tableau symptomatique sous lequel elle se présente est si mouvant qu'il n'y a pas un seul de ses traits morbides qui puisse être considéré comme réellement caractéristique ou même comme pathog^omonique pour tous les cas donnés. En nous tenant à l'expérience clinique, nous pouvons invoquer les motifs suivants, qui nous autorisent à affirmer l'existence de l'hystérie comme forme autonome et à la séparer d'autres états nosologiques.

1. Les diverses affections hystériques, quelque graves que soient les troubles fonctionnels d'ordre nerveux par lesquels elles se manifestent, ne correspondent jamais à des lésions organiques appréciables du système nerveux. Cela résulte surtout de ce que toute affection hystérique, malgré son intensité, peut en certaines conditions se dissiper complètement dans un court espace de temps.

2. Dans /o-^/tt^/rr/ des cas, les affections hystériques sont dans une étroite relation avec des causes occasionnelles (Tordre psychique. Non seulement la manifestation première et le premier développement de l'hystérie sont en connexion intime avec des excitations psychiques, mais dans la suite de la maladie, les influences morales sont de loin les plus puissants facteurs capables de modifier l'état morbide, soit dans un sens favorable, soit dans un sens désavantageux.

3. Quoiqu'il faille par conséquent chercher le point de départ de toutes les affections hystériques dans les départements du système nerveux dont la situation est la plus centrale et qui sont en rapport immédiat avec les facultés intellectuelles, il n'en est pas moins vrai que les /^iV^iif^/f^j de l'hystérie peuvent avoir pour théâtre toutes

440 N^vroaas sans fondement anatomlque connu.

Us sphères possibles du système nerveux. Aussi bien les symptômes de rhystérie présentent souvent une diversité de combinaisons qui, par elle-même, exclut l'idée d'une entité morbide à localisation »;ii^«^. Toutefois cela ne se rapporte qu'à une série de cas, tandis que dans d'autres cas assez fréquents, les symptômes indiquent parfaitement que les lois générales sur la localisation cérébrale trouvent également leur application dans l'hystérie. Aussi ne serait-il pas correct de formuler, comme étant la caractéristique de Thystàîe, la transformation incessante des symptômes, leur apparition et leur disparition désordonnées. Au contraire, il y a des cas assez nombreux qui se distinguent par la rare persistance et la remarquable opiniâtreté d'un seul et même tableau morbide. Cela n'empêche pas que maintes fois les symptômes les plus disparates se succèdent avec une excessive vélocité.

4. Quoiqu'il ressorte de ce qui précède que les désordres hystériques peuvent atteindre toutes les fonctions possibles du système nervelïx, il y a pourtant certains symptômes déterminés qui caractérisent de préférence l'hystérie et qui ne se rencontrent pas de la même façon dans d'autres maladies nerveuses. Il est vrai que ces symptômes ne se présentent pas dans tous les cas. Mais quand ils se présentent, on peut presque avec certitude conclure à l'existence de l'hystérie. A cette catégorie appartiennent notamment ccrtsiins états convulsi/s, puis un genre spécial d'Aémianestkésie, etc. On considère très souvent comme caractéristique, une certaine modification du f^^i^m/. Cependant cette dernière peut faire complètement défaut, tandis qu'ailleurs on l'observe fréquemment comme un simple épiphénomène de maladies purement somatiques.

Si maintenant nous voulons pénétrer plus avant dans tétiologie de t hystérie yïiOMS devons,comme il a été dit, prendre tout d'abord en considération les causes d^ ordre psychique. Les affections hystériques succèdent très souvent d'une manière immédiateà une violentecommotion morale, ou si Ton peut s'exprimer ainsi, à un ébranlement psychique. A la suite d'un {oTtsaisissement,à*\xn^ grande colère^d'unt vive excitation, on voit se produire des convulsions hystériques, des paralysies de même nature, etc. Il arrive qu'en ce cas la cause morale réellement eflficiente est voilée par certaines circonstances accessoires. Quand, par ex., l'afTection hystérique se déclare après être tombé dans l'eau, après une brûlure, ou une chute, ce n'est certainement pas, comme on serait tenté de le croire au premier abord, le refroidissement, l'action vulnérante de la brûlure ou de la chute qui est cause de l'invasion de la maladie nerveuse, mais bien la commotion morale qui est inséparable de ces accidents. C'est un fait très remarquable

L'hystérie. — Étlologie et définition. 44 1

que dans des conditions pareilles les circonstances accessoires spéciales qui accompagnent Tébranlement moral, ont de l'influence sur la localisation de l'affection hystérique: la partie du corps^sur laquelle^ au montent de V émotion morale^ V attention se dirige de préférence^ est aussi parfois plus tard le siège de F altération nerveuse. En cas d'arthropathie hystérique (p. 37) la cause en est souvent une action traumatique qui a porté précisément sur une jointure endolorie et contracturée. Chez une jeune fille réveillée au milieu de la nuit par la fumée de son lit en feu, et qui avait pris de là une violente laryngite, il se développa dans la suite, une paralysie des cordes vocales de nature incontestablement hystérique. Dans un autre cas nous avons observé chez une fille qui en sautant d'un chariot était tombée sur le côté, une hémianesthésie de ce même côté. Il serait facile de citer une foule d'exemples semblables.

Si, pour une série d'affections hystériques, la cause se retrouve évidemment dans une violente émotion morale agissant dun seul coupy il ne saurait en une foule d'autres circonstances être question d'un développement aussi aigu de la maladie. De même qu'en cas d'empoisonnement, on distingue entre l'action subite d'une dose massive de poison et l'intoxication chronique dans laquelle des quantités minimes sont prises en un long espace de temps, ainsi également l'hystérie ne se produit pas après un seul et violent choc moral, mais aussi comme conséquence dLune succession de secousses mentales peu importantes en elles-mêmes^ mais qui persistent pendant longtemps et se renouvellent incessamment. Ce sont là de ces circonstances dont le médecin ne peut pénétrer le mystère étiologique, qu'après que la confiance qu'il est parvenu à conquérir, lui a permis d'entrer dans les secrets les plus intimes des familles et de leurs relations sociales. Les soucis et les inquiétudes, les espérances trompées, les attentes déçues, bref tout ce qui bouleverse l'âme et l'opprime, est cai>able d'amener à la fin dans le système nerveux des désordres fonctionnels tels qu'on les rencontre dans le cortège morbide de l'hystérie.

Avec ce que nous venons de dire, nous n'avons pas encore énuméré toutes les causes de l'hystérie. Le même choc qui renverse un corps frêle, heurte en vain contre une organisation puissante. Nous observons exactement le même phénomène à propos € des secousses morales > qui atteignent le système nerveux. La vie est ainsi faite que peu de personnes échappent totalement à cet ordre d'influences. Mais toutes n'en éprouvent pas un contre-coup durable dans le fonctionnement de leurs organes. Il y a de € fortes natures » qui résistent sans sourciller aux commotions de l'âme, mais il y a

442 NévTosfls sans fondement anatomique connu.

d'autre part des gens dont le système nerveux est incapable de résistance et qui fléchissent sous le poids des émotions psychiques. Cest ici qu'apparaît le fait si important de \b, prédisposition morbide individuelle du système nerveux, qui joue un rôle considérable dans la pathogénie de tous les troubles nerveux fonctionnels. Mais quant à l'essence de cette prédîspositon, nous l'ignorons complètement ; nous n'en connaissons que quelques facteurs occasionnels et nous en voyons les effets.

Cette prédisposition est très souvent un legs de famille. L'hystérie occupe une place importante dans cette chaîne de névroses héréditaires qui tantôt sous telle forme, tantôt sous telle autre, enlacent les membres d'une même lignée (p. 397). Mais cette tendance peut aussi être acquise ou bien son premier germe peut être nourri et encouragé de même qu'il peut être supprimé et stérilisé. En cette occurrence les éléments d'ordre somatique non moins que d'ordre moral entrent en ligne de compte. Tout ce qui débilite le corps ou détériore la constitution, affaiblit par là-même la force de résistance du système nerveux. C'est pourquoi nous voyons si souvent des affections hystériques naître consécutivement à une maladie quelconque de l'organisme. Au point de vue moral, il n'y a rien qui active le développement d'une prédisposition hystérique latente, comme une éducation mal ordonnée. Les erreurs d'une éducation qui ne réprime pas les caprices des enfants, qui néglige de tremper la volonté et le caractère, qui exalte l'imagination d'une manière vicieuse ou exagérée, ou qui en surchargeant l'esprit tend outre mesure le ressort de l'intelligence et développe trop précocement les facultés naissantes, ces erreurs ne jettent que trop souvent le fondement de cette faiblesse irritable du système nerveux, sur lequel germent plus tard les manifestations hystériques.

C'est un fait généralement reconnu et avéré que l'hystérie est plus fréquente chez le € faible > sexe féminin que chez les hommes. Cependant de graves symptômes hystériques (convulsions, paralysies, contractures, etc.) peuvent aussi se présenter chez F homme. L'hystérie atteint de préférence la jeunesse et \àge moyen. Même chez les enfants^ de 8 à 10 ans environ, on a vu des affections hystériques manifestes. Le premier indice de la maladie remonte très souvent aux années qui précèdent la puberté. La nationalité e\ la race semblent aussi n'être pas sans influence. Les formes graves de l'hystérie sont beaucoup plus fréquentes en France qu'en Allemagne. La race Juive y est particulièrement prédisposée.

Enfin il nous reste à remémorer une circonstance, à laquelle on a attaché autrefois une trop grande part d'influence, à savoir les

L'hystérie. — Symptômes et modes de manifestation. 443

rapports de l'hystérie avec les maladies des organes sexuels. Le nom seul « d'hystérie » (Oorepa, .utérus) a trait à l'idée généralement reçue jadis, que l'hystérie prenait toujours sa source dans une affection de l'appareil génital de la femme. Abstraction faite de l'hystérie chez l'homme et chez l'enfant, une observation sans idée préconçue démontre que cette supposition est complètement dénuée de fondement pour ce qui concerne la femme. Un grand nombre de femmes hystériques sont exemptes de toute anomalie du côté des organes génitaux. Quand il coexiste une lésion de cette nature, il ne faut pas toujours admettre à l'aveugle qu'elle se rattache aux manifestations hystériques par un lien de causalité. En scrutant ces cas de plus près, on découvre presque toujours des éléments d'ordre moral dont l'action productrice de l'hystérie doit être prisée infiniment plus-haut qu'un déplacement de la matrice ou une étroitesse du canal cervical. Un seul point doit être relevé, c'est que les maladies des organes génitaux ont peut-être pour effet de déprimer le m^nz/ plus que beaucoup d'autres maladies chroniques et peuvent à ce titre devenir indirectement la cause d'affections hystériques. C'est à une influence indirecte de même nature qu'il faut s'en prendre également pour expliquer comment les processus de la vie sexuelle (menstruation, grossesse, puerpéralité) peuvent aussi avoir de l'action sur le développement et la marche de l'hystérie. C'est de la même façon qu'on peut dire que la continence et les excès vénériens ne conduisent jamais directement à l'hystérie, mais seulement par l'intermédiaire d'influences d'ordre moral.

Sjrmptômes et modes de manifestation de rhjrstérie. — i . État psychique et somatique des hystériques. Uétat moral des hystériques présente dans son ensemble une quantité de traits caractéristiques tels que le médecin peut quelquefois, rien qu'en prenant connaissance de la manière d'être et d'agir du malade, soupçonner la nature de la maladie. Les hystériques sont irritables, prompts à se passionner, d'humeur changeante, susceptibles, ombrageux, toujours ballottés d'un extrême à l'autre. Ils sont portés à exagérer leurs souffrances, importunent sans cesse leur entourage et leur médecin et se complaisent à exciter la compassion. Si d'un côté ils sont pusillanimes et sans énergie, de l'autre ils sont rusés et opiniâtres, quand il s'agit d'atteindre un but ou d'exécuter un plan. Cependant, pour peu qu'ils veulent, ils savent aussi être très aflectueux et attrayants. Jamais ils ne manquent d'esprit L'hystérie se rencontre rarement chez des personnes peu douées et stupides.

Ce portrait à grandes lignes représente un nombre considérable de cas, mais pas la totalité. On l'observe le plus souvent chez des

444 Névroses sans fondemsnt anatoxnique oonnu.

malades qui n'offrent pas de symptômes graves, niais qui se plaignent seulement d'une foule de malaises de tout genre, tantôt de tel désagrément, tantôt de tel autre, et qui en somme peuvent vaquer à leurs occupations journalières. Quand il s'agit de symptômes hystériques plus sérieux et à siège fixe (paralysies, contractures, etc.) il ne se présente pas toujours avec des couleurs aussi tranchées. Il arrive que ce genre de caractère existe à peine ou que le malade parvient à le dissimuler au médecin.

Quant à la disposition physique générale des hystériques, nous avons dit plus haut que tout affaiblissement de l'organisme favorise l'éclosion de la maladie. Cependant l'hystérie n'atteint pas seulement les personnes mal nourries, débilitées et anémiques. Beaucoup d'hystériques sont au contraire d'aspect plantureux et rayonnants de santé. Dans les cas graves pourtant, l'hystérie ne manque pas de faire sentir son influence sur l'état général. L'alimentation est réduite, le sommeil mauvais, des phénomènes de dyspepsie névrosique se montrent et les malades peuvent finalement éprouver une grande déperdition de forces.

2. Convulsions hystériques. Des convulsions de diverse nature jouent un grand rôle dans l'hystérie. Leur origine première doit le plus souvent être attribuée à une forte émotion morale, et les attaques ultérieures ont également leur raison d'être dans une influence de même nature. Dans tous les cas confirmés, les convulsions s'emparent de tout le corps. Parfois elles reproduisent l'image complète d'une attaque d'épilepsie. Alors on est -en présence d'une hystéro-épiUpsie. Cependant la ressemblance ne porte que sur la forme des convulsions. Dans l'attaque d'hystérie, l'absence n'est jamais entière. Quand cela a liei^ il s'agit d'un véritable accès de haut mal, ou peut-être d'une combinaison de l'hystérie avec l'épilepsie. Dans la majorité des cas, les convulsions les plus graves de l'hystérie ne sont pas semblables en tout point à celles de l'épilepsie et un œil exercé peut parfois à première vue distinguer l'attaque d'hystérie de l'attaque d'épilepsie. Dans la première les mouvements convulsifs sont d'ordinaire plus gesticulatoires et plus compliqués que dans la seconde. Les bras et les jambes exécutent de violents mouvements de projection et de percussion, le tronc se déjette de côté et d'autre, se tourne parfois totalement sur son axe ou se recourbe dans les attitudes d'opisthotonos les plus prononcées. Quelquefois les bras s'agitent d'une façon qui semble parfaitement coordonnée. Les malades se battent eux-mêmes à coups de poing, s'arrachent les cheveux, etc. La tête frappe parfois contre le sol avec la dernière violence. On voit rarement les muscles de la face se contracter isolé-

L'hystérie. — Symptômes et modes de manifestation. 44J

ment comme dans Tépilepsie. Un fort trismus est ce qu'il y a de plus fréquent. Ordinairement la figure tout entière est tirée et fréquemment elle traduit une passion déterminée (fureur, frayeur, etc.). Le sensorium n'est pas dans son état normal au moment des convulsions, mais il n'est pas totalement obscurci. Il y a cela de particulier qu'après la cessation des convulsions, l'absence ne dure pas ; ce qui n'est pas le cas pour l'attaque grave d'épilepsie où la persistance de l'absence est un signe hautement caractéristique. Nous reviendrons encore plus loin sur certains troubles particuliers de l'intelligence. Les pupilles continuent de réagir.

Une autre forme très fréquente de convulsions hystériques est constituée par la part considérable que les muscles de la respiration peuvent y prendre. L'attaque commence par une accélération convulsive de la respiration. Les mouvements respiratoires deviennent de plus en plus courts et précipités. Quelquefois il s'établit en même temps un tétanos droit de tout le corps, accompagné d'un tremblement du tronc et des membres. La respiration acquiert une vitesse incroyable; on peut compter plus de 100 respirations par minute.

Enfin une troisième sorte de convulsij>ns hystériques se produit sous forme de mouvements spasmodiques passionnels. C'est ici qu'il faut classer le rire convulsify les pleurs convulsifSy le cri convulsif^ tous de nature hystériforme^ etc. et dont le symptôme principal ressort de la terminologie elle-même.

Parfois les convulsions dans l'hystérie se limitent à un territoire musculaire déterminé. C'est ainsi par ex. qu'on observe des contractures isolées des muscles du cou et de la nuque^ des crampes respiratoires isolées de diverse nature (la toux convulsive entre autres), des contractions bornées à un bras ou à une jambe. Les muscles du larynx peuvent aussi être atteints de crampe {spasme hystérique de la glotte). Ensuite on voit assez souvent un état convulsif du diaphragme {hoquet hystérique). On rapporte à un spasme des muscles du pharynx et de Vœsopkage le symptôme fréquemment observé du soidisant globe hystérique. Les malades ont une sensation de boule qui monterait et descendrait alternativement le long du cou.

Toutes ces diflTérentes formes de crampes hystériques présentent les plus grandes variétés, quant à l'intensité, la durée et la fréquence. Parfois elles ne durent que quelques minutes, dans d'autres cas elles persistent des jours et des semaines, à part de courtes interruptions. Charcot le premier a fait la remarque qu'on peut souvent promoquer les accès artificiellement en comprimant la région ovarique au-dessus du pli de l'aîne (Charcot croyait à tort que l'ovaire lui-même était toujours comprimé en ce cas). Cela arrive quelquefois, il est vrai,

mais pas constamment. Plus souvent (mais pas toujours non plus^ '.i compression exerciie en cet endroit fait cesser l'attaque,

3. Paralysies hystériques. Les paralysies hystériques se déclare:;! parfois immédiatement après une violente commotion morale 'par ex, \z^ paralysies AxKz^ par frayeur); '■A e^t^Xxa rare de les voir 5; produire graduellement. D'après leur manière d'être, il faut les considérer comme des paralysies centrales. Ce sont des paralysies de h volonté; le territoire musculaire atteint est soustrait à l'empire de '.i volonté. Les malades ont toujours l'air d'être très bien en état li; pouvoir mettre en mouvement le membre paralysé, dès qu'ils .c voudraient. Mais ils ne savent pas vouloir et c'est tout juste en celi que consiste l'état morbide.

Les paralysies hystériques frappent le plus souvent les membi-a surtout les jambes, quoiqu'il y ait aussi des paralysies kcin:fgiques. Une des formes paralytiques les plus fréquentes consiste tr. ce que les malades ont perdu la faculté de marclur. Ils restent a: lit ou sur un sopha tout en pouvant parfois parfaitement bien rcntr.:: les jambes et les étendre de nouveau. Mais sitôt qu'ils se tîenn^r; debout ou qu'ils marchent, ils ploient dans leurs articulations, se incitent à trembloter, commencent à respirer rapidement et convulsivement et ne font pas le moindre effort pour se servir de leurs jamlx- S'il n'y a qu'une jambe de paralysée, les malades marchent quclijuifois d'une allure particulière et très caractéristique. Ils fontcha^-.fois un grand pas avec la jambe saine, tandis que la jambe paraly>t. reste tout à fait raide et est tirée derrière l'autre en faisant sur le »' une bruyante traînée. Les bras sont beaucoup plus rarement atteir;dc paralysies hystériques qui d'ailleurs ne se rencontrent presqujamais dans les muscles de la face.

Par contre la paralysie hystérique des cordes vocales est excessivement fréquente, Les malades perdent d'ordinaire subitement la voix, de manière à ne pouvoir plus que ^xxt^oX^x (aphonie hysliriq\t:'- Si on les examine au laryngoscope (notons en passant qu'en ce cile pharynx est atteint d'une anesthésie et d'une non-cxcitabiiiu réflexe remarquables) on ne découvre aucune trace de lésion anatomique aux cordes vocales, mais seulement un état de parésie. un.' occlusion incomplète de la glotte ou mcme un écartement des corJevocales à chaque intonation. Les malades alors ne savent plus ^^\x^ qu'en chuchotant.

La paralysie pharyngée hystérique est beaucoup plus rare que '0 paralysie des cordes vocales. Toutefois, on a parfois de la peine i distinguer si la dysphagie hystérique tient à une paralysie ou à un état spasmodique des muscles du pharynx.

L'hystérie. — Symptômes et modes de manifestation. 447

4. Contractures hystériques. Les contractures hystériques se présentent tantôt isolément, tantôt combinées avec des paralysies, des anesthésies et d'autres symptômes hystériques. Elles se distinguent souvent par leur opiniâtre et grande intensité. Ce sont surtout les membres qui en sont atteints, plus rarement les muscles du tronc et de la nuque. Dans les bras on voit communément des contractures spasmodiques en flexion, et la main se contracte cottvulsivement en fermant le poing, etc. A la jambe on observe le plus souvent des contractures en extension. Nous avons parlé plus haut (p. 37) de la fréquente combinaison des contractures avec les <L arthralgies > hystériques.

Parfois les contractures sont associées à des paralysies hystériques. Elles peuvent alors se présenter sous forme paraplégique ou hémiplégique. Il arrive aussi qu'elles succèdent immédiatement à une attaque convulsive ^\iy%téx\t,Y>zxis\^ som^neil chloroformique,\^zoïi'^ tracture hystérique se dissipe incontinent.

5. An€st/iésies hystériques. On rencontre très souvent dans l'hystérie des anesthésies de toute intensité et étendue. Il n'est pas rare de constater une diminution presque générale de la sensibilité à la dou* Uur^ répartie par tout le corps. On peut transpercer avec une aiguille un pli cutané, sans que le malade ressente la moindre douleur. Les exemples assez fréquents d'hystériques, qui pour se rendre intéressants, se font toutes sortes de plaies et de blessures, s'expliquent ordinairement par l'analgésie des malades. Parfois les muqueuses participent à cette insensibilité. On peut examiner les hystériques au laryngoscope, leur faire le cathétérisme œsophagien etc. sans provoquer les mouvements réflexes habituels.

L'anesthésie, comme il a été dit, varie dans son étendue d'après les différents cas. Parfois elle est répandue sur toute la surface du corps, parfois elle se limite à quelques endroits de l'enveloppe cutanée nettement circonscrits, tandis que tout à côté, il y a des parties fortement hyperesthésiées (v. plus loin). Un caractère particulier de l'hystérie, c'est Yhémianesthésie hystérique que Charcot le premier a le mieux étudiée.

Vliémianesthésie hystérique^st un des symptômes les plus fréquents de la grande hystérie. Cependant elle doit être recherchée d'ordinaire, parceque les malades eux-mêmes, chose étonnante,ne la soupçonnent pas le moins du monde, avant qu'on y ait appelé leur attention. C'est comme si toute une moitié du corps s'était dérobée à leur contrôle; elle ne les informe pas si elle continue de recevoir des impressions ou si elle n'en reçoit plus.

L'hémianesthésie hystérique, dans les cas types et confirmés (les

^6 Névroses sans fondement anatomique connu.

mais pas constamment. Plus souvent (mais pas toujours non plus) la compression exercée en cet endroit fait cesser l'attaque.

3. Paralysies hystériques. Les paralysies hystériques se déclarent parfois immédiatement après une violente commotion morale (par ex. \ts paralysies dites par frayeur); il est plus rare de les voir se produire graduellement. D'après leur manière d'être, il faut les considérer comme des paralysies centrales. Ce sont des paralysies de la volonté: le territoire musculaire atteint est soustrait à l'empire de la volonté. Les malades ont toujours l'air d'être très bien en état de pouvoir mettre en mouvement le membre paralysé, dès qu'ils le voudraient. Mais ils ne savent pas vouloir et c'est tout juste en cela que consiste l'état morbide.

Les paralysies hystériques frappent le plus souvent les membres, surtout les jambes^ quoiqu'il y ait aussi des paralysies hémiplégiques. Une des formes paralytiques les plus fréquentes consiste en ce que les malades ont perdu la faculté de marcher. Ils restent au lit ou sur un sopha tout en pouvant parfois parfaitement bien rentrer les jambes et les étendre de nouveau. Mais sitôt qu'ils se tiennent debout ou qu'ils marchent, ils ploient dans leurs articulations, se mettent à trembloter, commencent à respirer rapidement et convulsivement et ne font pas le moindre effort pour se servir de leurs jambes. S'il n'y a (\\x*une jambe de paralysée, les malades marchent quelquefois d'une allure particulière et très caractéristique. Ils font chaque fois un grand pas avec la jambe saine, tandis que la jambe paralysée reste tout à fait raide et est tirée derrière l'autre en faisant sur le sol une bruyante traînée. Les bras sont beaucoup plus rarement atteints de paralysies hystériques qui d'ailleurs ne se rencontrent presque jamais dans les muscles de la face.

Par contre la paralysie hystérique des cordes vocales est excessivement fréquente. Les malades perdent d'ordinaire subitement la voix, de manière à ne pouvoir plus que chuchoter (aphonie hystérique). Si on les examine au laryngoscope (notons en passant qu'en ce cas le pharynx est atteint d'une anesthésie et d'une non-excitabilité réflexe remarquables) on ne découvre aucune trace de lésion anatomique aux cordes vocales, mais seulement un état de parésie, une occlusion incomplète de la glotte ou même un écartement des cordes vocales à chaque intonation. Les malades alors ne savent plus parler qu'en chuchotant.

1j^ paralysie pltaryngée hystérique est beaucoup plus rare que la paralysie des cordes vocales. Toutefois, on a parfois de la peine à distinguer si la dysphagie hystérique tient à une paral)rsie ou à on état spasmodique des muscles du pharynx.

L'hystérie. — Symptômes et modes de manifestation. 447

4. Contractures hystériques. Les contractures hystériques se présentent tantôt isolément, tantôt combinées avec des paralysies, des anesthésies et d'autres symptômes hystériques. Elles se distinguent souvent par leur opiniâtre et grande intensité. Ce sont surtout les membres qui en sont atteints, plus rarement les muscles du tronc et de la nuque. Dans les bras on voit communément des contractures spasmodiques en flexion, et la main se contracte convulsivement en fermant le poing, etc. A la jambe on observe le plus souvent des contractures en extension. Nous avons parlé plus haut (p. 37) de la fréquente combinaison des contractures avec les € arthralgies > hystériques.

Parfois les contractures sont associées à des paralysies hystériques. Elles peuvent alors se présenter sous forme paraplégique ou hémiplégique. Il arrive aussi qu'elles succèdent immédiatement à une attaque convulsive d*hystérie.D3inslQ sommeil cA/oro/ormiçueflsLCon' tracture hystérique se dissipe incontinent.

5. Anesthésies hystériques, On rencontre très souvent dans l'hystérie des anesthésies de toute intensité et étendue. Il n'est pas rare de constater une diminution presque générale de la sensibilité à la dou* leur^ répartie par tout le corps. On peut transpercer avec une aiguille un pli cutané, sans que le malade ressente la moindre douleur. Les exemples assez fréquents d'hystériques, qui pour se rendre intéressants, se font toutes sortes de plaies et de blessures, s'expliquent ordinairement par l'analgésie des malades. Parfois les muqueuses participent à cette insensibilité. On peut examiner les hystériques au laryngoscope, leur faire le cathétérisme œsophagien etc. sans provoquer les mouvements réflexes habituels.

L'anesthésie, comme il a été dit, varie dans son étendue d'après les différents cas. Parfois elle est répandue sur toute la surface du corps, parfois elle se limite à quelques endroits de l'enveloppe cutanée nettement circonscrits, tandis que tout à côté, il y a des parties fortement hyperesthésiées (v. plus loin). Un caractère particulier de l'hystérie, c'est Yhémianesthésie hystérique que Charcot le premier a le mieux étudiée.

Lliémianesthésie hystérique^st un des symptômes les plus fréquents de la grande hystérie. Cependant elle doit être recherchée d'ordinaire, parceque les malades eux-mêmes,chose étonnante,ne la soupçonnent pas le moins du monde, avant qu'on y ait appelé leur attention. C'est comme si toute une moitié du corps s'était dérobée à leur contrôle; elle ne les informe pas si elle continue de recevoir des impressions ou si elle n^en reçoit plus.

L'hémiancsthésie hystérique, dans les cas types et confirmés (les

448 Névroses sans fondement anatomlque connu.

formes rudimentaires ne sont pas rares), se limite exactement à une moitié du corps, L'anesthésie est séparée de la peau à sensibilité normale par une ligne qui coupe nettement le corps par son milieu. Le côté anesthésié est entièrement insensible à toutes les incitations imaginables (piqûres d*épingle, irritations thermiques, etc.). La peau y est parfois un peu plus pâle et les vaisseaux paraissent se trouver dans un état de contraction. Toujours est-il que très souvent elle saigne remarquablement moins, quand elle est blessée. Outre la peau, les muqueuses du même côté participent fréquemment à Tanesthésie. La conjonctive est insensible, de même que la moitié homologue de la bouche, de la langue, etc. Les parties plus profondes, les muscles et les articulations^ sont aussi presque toujours anesthésiées. Du côté atteint les malades n'ont plus conscience de la position de leurs membres ; ils n'en perçoivent plus les mouvements passifs. Enfin, les organes des j^/ij sont pareillement entrepris. L oreille du côté anesthésié est dure, le goût est altéré sur la moitié correspondante cU la langue, \ odorat est perverti dans la narine du côté atteint et la vue se brouille d'une manière spéciale du même côté. Il n'y a pas d'hémiopie, mais une amblyopie totale^ voire même une amaurose complète de l'œil. Un caractère spécial, c'est la réduction du champ visuel et la perte delà perception des couleurs (achromatopsie). Nous devons omettre ici une foule de détails intéressants dus presque tous aux recherches de Charcot et de son école. D'ordinaire, chez les hystériques de cette catégorie, on voit disparaître d'abord la perception du violet, puis du vert et en dernier lieu seulement celle du bleu et du jaune.

Il arrive que cette anesthésié est le seul et unique S3anptôme hystérique : mais très souvent elle est associée à des paralysies ou à des contractures. Rappelons encore brièvement un phénomène remarquable que Duchenne a décrit le premier et qu'il a qualifié de t perte de la conscience musculaire ». Elle consiste en ce que les malades ne peuvent plus, du moment qu^ils ferment les yeux, fnouvoir leur bras anesthésié, quoiqu'il soit ordinairement susceptible de mouvements normaux. Alors ce bras reste immobile dans la position qu'il avait prise immédiatement avant. Si on le change passivement d'attitude, il s'y fixe de nouveau. Il y a donc, quand les yeux se ferment, un état cataleptique manifeste (v. le chap. précédent). On a observé un phénomène semblable dans la jambe sans pouvoir en donner l'explication.

Nous mentionnerons ci-après en peu de mots les symptômes propres au transfert et les phénomènes métalloscopiques qui ont de raffinitédivec lui.

6. Des hyperesthésies et des douleurs de toute nature se rencontrent

L'hystérie. — Symptômes et modes de manifestation. 4^

aussi fréquemment dans Thystérie. Nous avons dit plus haut qu'à côté des parties anesthésiées de la peau, on trouve quelquefois des endroits très hyperesthésiés. En cas d'hémianesthésie, les malades accusent parfois des douleurs spontanées dans le côté insensible. De plus, les contractures hystériques sont souvent accompagnées de violentes douleurs. L'hyperesthésîe peut être tellement vive que les malades jettent des cris au moindre attouchement. Il est vrai qu'on ne sait pas toujours si les douleurs sont réellement aussi intenses, ou bien si les malades les exagèrent.

On rencontre quelquefois des névralgies hystériques. Au cas où il s'agit formellement d'une névralgie type, on croira plutôt à une combinaison de V hystérie avec la névralgie, coihbinaison qui n'est pas très rare. Les arthralgies incontestablement hystériques se distinguent sous beaucoup de rapports de la névralgie essentielle.

Il y a encore quelques formes spéciales de douleur qui caractérisent particulièrement l'hystérie. D'abord, les douleurs localisées en un point fixe de la tête (le clou dit hystérique) qui se déclarent sous forme d'accès et sont accompagnées d'un malaise généralisé ; puis r irritation spinale^ à savoir une exquise sensibilité à la pression sur tout le trajet ou en quelques points déterminés de la colonne vertebrale. Mais ce qui est le plus remarquable, c'est a Vovarie », ainsi appelée par Charcot, ou <L l'hyperesthésie ovarique ^^ qui consiste en une sensibilité parfois excessive de la région ovarique sous la pression. Il n'est pas à penser qu'en cette circonstance, c'est toujours l'ovaire qui est en jeu. Mais l'impressionnabilité de cette région est certainement un symptôme assez fréquent. Nous avons déjà dit que la pression y peut aussi éveiller une convulsion hystérique. L'ovarie est généralement plus fréquente à gauche qu'à droite (ainsi que l'hémianesthésie hystérique).

Indépendamment de l'ovarie, on observe encore chez les hystériques, des hyperesthésiés remarquables en d'autres endroits du corps^ comme les seins, le sternum, l'épigastre. Mentionnons, pour finir, r hyperesthésie qui se rencontre quelquefois dans le dotnaine des nerfs sensoriaux. Beaucoup de malades sont extrêmement sensibles aux impressions lumineuses et sonores, et à certaines impressions olfactives et gustatives.

7. Symptômes fournis par quelques organes en particulier. Quelquesuns des symptômes appartenant à cette classe (paralysies et crampes des muscles du larynx et du pharynx, la dyspnée nerveuse) ont été signalés plus haut. On observe encore dans d'autres organes certains troubles qui à tout prendre sont aussi de nature nerveuse.

Du côté du cœur^ des accès de palpitations accompagnées de

Patmolocib II. 29

phénomènes sténocardiques, ne sont pas rares. Ils se déclarent le plus souvent à la suite d'émotions morales (colère, etc.). Signalons encore une fois en passant la combinaison souvent observée de l'hy-térie avec les symptômes plus ou moins explicites de la maladie de Basedow, Les phénomènes d'ardre vasomoteur sont très fréquente Nous avons déjà cité l'anémie spastique de la peau parmi !« symptômes habituels de l'anesthésie hystérique. En l'absence même de troubles de la sensibilité, on constate souvent des états d'anémie ou d'hyperémie anormales de la peau (peau froide et pâle dur, côté, peau chaude et injectée de l'autre). Il se peut que des m-dilîcations semblables affectent aussi les organes internes; ce-: par l'intermédiaire de cette turgescence vasomotrice excessive qu'on peut expliquer les Itémorrhagies internes chez les hystériques. Lj gastrorrliagie est la plus fréquente des hémorrhagies hystériques et a souvent éveillé, chez les médecins inexpérimentés, le soupçon d'une affection grave de l'estomac. Cependant en s'en rapportant à l'ensemble du tableau morbide, on n'aura pas de peine j lui attacher sa vraie signification. D'ailleurs le sang vomï prcsen'.: d'ordinaire un aspect quasi caractéristique: il est très fluide etaun: teinte framboisée particulière. Il est peu abondant. On a observa' également des lu'morrliagies pulmonaires, des hémorrhagies des or^.'-nés génitaux et des Itétnorriiagies cutanées de nature hystérique.

Les troubles digestifs de beaucoup d'hystériques ressemblent poui la plupart aUx affections nerveuses de testomac que nous avons dtcrites dans le tome I. Le complexus symptomatîque de la dyspepsie nerveuse et les troubles similaires du canal intestinal (colique^. constipation opiniâtre, diarrhées intercurrentes) sont des épiph^n--'mènes assez fréquents de l'hystérie. Il faut y ajouter le métivris-n: hystérique (tympanite), distension parfois très considérable de r.iudomcn par suite d'une forte accumulation d'air et de gaz dans leintestins. Ce symptôme est dû en partie à un état de paralysie aimuscles de l'estomac et des intestins ; mais très souvent il est iricontestablement provoqué par la grande quantité d'air que les malades ont avalé (intentionnellement ou sans y prendre garde) U distension et la dureté du ventre peuvent devenir telles qu'elicpeuvent simuler des maladies graves (péritonite, tumeurs) ou la grossesse. Dans le doute, l'examen pendant le sommeil chloroformique résout immédiatejnent le cas. En exerçant une compression sur l'abdomen, ou en introduisant un tube dans l'intestin, etc. on peu: en peu de temps évacuer la masse d'air.

On note aussi dans l'hystérie des anomalies des organes de sicntion it d'excrétion. Beaucoup de malades ont la peau e

L'hystérie. — àymptômes et modes de manifestation. ^j i

sèche, tandis que d'autres transpirent abondamment. La sécrétion salivaire présente des phénomènes analogues. Il existe quelques exemples très remarquables à'isckurie hystérique, dans lesquels pendant plusieurs jours Turine n'était évacuée qu'en quantité très minime et o\x la vessie n'en contenait non plus que quelques gouttes. Dans un cas semblable, dû à Charcot, il existait en même temps de violents vomissements et dans la matière vomie on découvrit une proportion assez forte d'urée (élimination vicarîante d'urée). Plus fréquemment que l'ischurie, on rencontre X^polyurie hystérique^ ou l'émission d'une grande abondance d'urine très claire et de faible pesanteur spécifique. Cette polyurie pourtant dépend en beaucoup de cas des masses d'eau qu'ingèrent les malades. La polydipsie (exagération de la soif) est un symptôme très fréquent chez les hystériques, surtout à la suite d'un attaque de la maladie.

Enfin il nous reste encore à signaler brièvement les troubles des organes génitaux. Nous avons dit que les relations qui existent entre les maladies des organes sexuels et l'hystérie ont été fortement exagérées autrefois et faussement interprétées. Cependant il faut convenir que les organes génitaux^ comme presque tous les autres organes, peuvent, par les troubles nerveux dont ils sont le théâtre, prendre part au tableau morbide de l'hystérie. Des douleurs, des hyperesthésies, peut-être encore beaucoup d'anomalies de la menstruation et de' la sécrétion sont susceptibles d'être expliquées de cette manière. Il est en outre facile à comprendre comment chez les natures hystériques possédant une impressionnabilité vive, les relations sexuelles jouent parfois un rôle qui n'est pas sans importance, comme cela se traduit si souvent par le caractère des délires et des hallucinations.

8. Les grqndes attaques hystériques {}). Tandis que les symptômes hystériques énumérés jusqu'ici entrent pour la plupart dans la constitution des formes relativement minimes de la maladie, le complexus morbide s'accentue dans quelques cas, rares heureusement en Allemagne, jusqu'à produire une désharmonie beaucoup plus complète de toutes les opérations psycho-motrices et psycho-sensorielles, de l'accord desquelles résulte l'état normal. Les phénomènes de cette <Lgrande hystérie » sont devenus sous l'impulsion de Charcot l'objet d'une étude approfondie de la part de l'école de la Satpétrière à Paris (Bourneville et Regnard, P. Richer). Nous devons nous borner ici à relater ce qu'il y a de plus essentiel.

La grande attaque d'hystérie se divise presque toujours en plu-

I. Les psyckoîes hysUriquts proprement dites sont laissées de côté.

452 Ktfvroses sans fondement anatomlque connu.

sieurs périodes. La première consiste dans les convulsions épiUpiif ormes générales les plus violentes, accompagnées, semble-t-il, de perte de connaissance. Quelques minutes après commence la seconde piriodCy celle des i. contorsions et des grands mouvements "% (clownisme). Les malades se jettent de côté et d'autre, lancent les jambes en Tair, se recourbent tout entières en i arc de cercle >, frappent tout à Tentour d'elles, jettent des cris, jusqu'à ce que ce stade se transforme graduellement dans la troisième période^ celle d^s poses plastiques et des <L attitudes passionnelles >. A ce moment la malade est entièrement subjuguée par une sphère d'idées déterminées, elle est en proie à des conceptions délirantes, semble assister à une scène émouvante de sa vie antérieure, tout son corps, toute sa mimique traduisent Tun ou l'autre éréthisme passionnel, l'attaque, la mise en défense, la convoitise, la plainte, l'outrage, etc. A cet état viennent se joindre d'ordinaire un délire généralisé, des hallucinations (se rapportant très souvent à des animaux) et d'autres symptômes hystériques (contractures, anesthésies, etc.).

Les autres formes de la grande hystérie sont en réalité constituées par la réunion des différents traits que nous venons d'esquisser. Dans les cas de Charcot, l'attaque pouvait chaque fois être interrompue artificiellement par la compression de la région ovarique.

9. Phénomènes hypnotiques, Lhypnotisme chez les hystériques foone également un champ d'observation excessivement curieux et intéressant, mais encore enveloppé d'ombres et de mystère. On peut artificiellement, chez beaucoup d'hystériques, produire des états nerveux étonnants, à l'aide de certaines influences extérieures, surtout par une forte et subite impression lumineuse, par des excitations à intermittences rapides (vibration du diapason), en les regardant dans les yeux et par des manipulations de même nature. Richer a décrit de ces états nerveux quatre formes spéciales, qui se fondent l'une dans l'autre de la manière la plus diverse, i. V état cataleptique dans lequel les membres gardent toutes les positions qui leur sont artificiellement données (v. le chap. précédent). 2. L'état de < suggestion > dans lequel on ij^^utprovoquer artificiellement des hallucinations. En donnant passivement au corps certaines attitudes qui- correspondent à des actions déterminées, on évoque dans l'esprit du malade un ensemble d'idées congénères qui finissent par prendre la forme d'une hallucination.C'est ici qu'il faut ranger ces scènes bien connues d'hypnotisme où des hommes adultes hypnotisés berçaient dans leurs bras des poupées, et mangeaient des pommes de terre crues avec une expression de délices, etc. 3. Létat léthargique^ c'est-à-dire un état de perte apparente de connaissance avec occlusion des yeux.

L'hystérie. — Marohe de la maladie dans son ensemble. 453

relâchement musculaire complet et une &r^//^^i/iV/ remarquablement accrue des muscles et des nerfs. Une simple pression, ou un léger coup sur un nerf, le nerf facial par ex., suffit pour mettre dans un état tétanique, qui persiste après l'excitation, tous les muscles qui en sont animés. 4. Par certaines manipulations (par ex. par des frictions sur le sommet de la tête) on peut transformer Tétat léthargique en somnambulisme hystérique. Les malades sont à moitié privés de connaissance, mais ils répondent automatiquement aux questions qu'on leur pose, obéissent aux ordres qu'on leur donne, et offrent quelquefois certaines hyperesthésies sensorielles.

Les états que nous venons de nommer peuvent tous se présenter chez les hystériques à l'état d'attaques spontanées essentielles, de telle façon que les phénomènes hypnotiques qu'on provoque artificiellement chez les personnes saines, se retrouvent avec des caractères parfaitement analogues dans la série des désordres hystériques et se rattachent aux mêmes causes fondamentales.

Marche de la maladie dans son ensemble. — Quoique l'aperçu qui précède ait dû être restreint aux symptômes les plus importants et les plus fréquents de l'hystérie, on n'en voit pas moins, malgré sa concision, sous quelle multitude inépuisable d'aspects morbides la maladie peut se présenter. Dans une catégorie de cas les manifestations hystériques graves ne font jamais apparition. La maladie ne s'annonce guère que par une manière d'être générale de l'esprit, caractéristique de l'hystérie. Les malades sont excessivement impressionnables, portés à se plaindre et à exagérer, éprouvent tous les malaises imaginables (douleurs, palpitations, symptômes dyspeptiques, dyspnée) qui s'accentuent sous l'influence d'émotions morales, mais qui en d'autres temps se dissipent au point que les malades n'ont pas l'air de souffrir. Une seconde catégorie de cas consiste en ce que sur un fond évident d'hystérie ou même chez des personnes ayant les apparences d'une bonne santé, il se développe des symptômes hystériques graves à l'occasion d'une cause morale quelconque. Alors on peut voir surgir tous les phénomènes qui ont été décrits en détail ci-dessus. Tantôt il s'agit de paralysies ou de convulsions hystériques, de contractures, tantôt de troubles de la sensibilité, d'hyperesthésies, etc. Chacun de ces symptômes peut persister opiniâtrement des semaines et des mois, puis disparaître subitement ou faire place à d'autres. Dans la suite de la maladie, tout comme à son premier début, les influences d'ordre moral s'exercent d'une façon indéniable. La plupart des exacerbations morbides sont dues à de nouvelles excitations psychiques, comme cela se montre notamment à propos des convulsions hystériques. Presque

454 Névroses sans fondement anatomique connu.

toujours on peut attribuer chaque nouvelle attaque à quelque cause occasionnelle émotive, comme une colère, une frayeur, etc. La troisième catégorie de cas se compose des formes hystériques les plus graves, dans lesquelles les symptômes nerveux aussi compliqués qu'énigmatiques que nous avons brièvement décrits ci-dessus, occupent la scène morbide et se combinent de la manière la plus diverse avec toutes les affections névrosiques possibles (anesthésies, contractures, paralysies, etc.).

La durée totale de la maladie est sujetteà de grandes variations. Le germe essentiel du mal, ce système nerveux si facile à émouvoir et qui est constamment à Tétat d'équilibre instable, ne peut plus être supprimé. Alors les misères durent des années et des termes de dix ans. Des périodes d'accalmie apparente sont suivies de nouvelles manifestations de la maladie. C'est seulement dans un âge avancé que les symptômes en sont domptés. Il est vrai que le système nerveux en conserve l'empreinte, mais les attaques graves ne se représentent plus. Cependant il est des cas nombreux où les phénomènes hystériques disparaissent complètement et pour toujours. Cet heureux événement a lieu surtout quand les malades sont placés dans un milieu approprié et bienfaisant où des exercices convenablement réglés les soustraient à toutes les influences morales défavorables. Beaucoup d'affections hystériques nées sous l'action d'une cause passagère chez des enfants et des jeunes gens jusqu'alors bien portants, guérissent même assez rapidement, pour ne plus revenir. Mais il est impossible de donner une garantie contre toute récidive, vu qu'une seule manifestation hystérique est un indice incontestable d'un grand défaut de résistance du système nerveux vis-à-vis des impressions du dehors.

Diagnostic. — Le dis^ostic des affections hystériques ne coûte généralement pas beaucoup de peine à un médecin expérimenté. Il arrive qu'à son début elles simulent quelquefois un état pathologique grave : mais un examen minutieux et une observation suivie font reconnaître la vraie nature de la maladie. Premièrement tous ces symptômes qui indiquent une lésion organique réelle, font constamment défaut. C'est ainsi, par ex. que dans les paralysies hystériques on ne trouve jamais de profondes altérations trophiques, de modifîtions de l'excitabilité électrique, etc. Ensuite beaucoup de symptômes sont déjà caractéristiques par eux-mêmes, parce qu'ils ne se présentent que dans l'hystérie, comme par ex. une infinité de formes convulsives, l'hémianesthésie avec amblyopie unilatérale, etc. Il faut surtout avoir égard à l'ensemble de l'état mental du malade, à la sujétion où il se trouve envers les émotions morales, enfin à

L'hystérie. — Diagnostic. Traitement. 455

l'étiologie de la maladie et au développement des phénomènes morbides consécutivement à des influences psychiques.

Traitement — Les moyens prophylactiques découlent naturellement de ce que nous avons dit au sujet de Tétiologie. Une éducation intelligente peut déceler chez les enfants les premiers indices d'une impressionnabilité nerveuse anormale et doit alors se faire un devoir de prévenir, par une diététique appropriée du corps et de l'esprit, l'explosion de désordres plus sérieux.

Une fois que l'hystérie est confirmée, il faut commencer par donner la plus grande attention au traitement moral du malade. Il n'est rien en effet de plus faux que de tourner les hystériques en dérision et de les traiter comme des imposteurs. Car Yhystérie est une maladie dont les symptômes ne dépendent pas plus de la libre volonté du malade, que toutes les autres maniTestations morbides. Cependant il n'en est pas moins absolument nécessaire de poursuivre avec toute la sévérité et l'énergie requises, Véducation mentale que le médecin doit entreprendre chez le malade, attendu que ce n'est que par ce moyen qu'on peut obtenir de l'amélioration. Parfois on ne peut remplir cet indispensable desideratum qu'en soustrayant le malade à certaines influences nocives de son entourage, par ex. à ses parents et à ses proches trop craintifs et trop indulgents. En ce cas le traitement dans un établissetnent spécial fait souvent plus que le meilleur traitement privé, et par expérience personnelle nous conseillons instamment d'avoir toujours en vue l'éventualité de ce genre de traitement, dans les cas d'hystérie grave. La crainte même d'être interné dans un établissement exerce parfois une influence morale avantageuse sur les malades.

Un traitement moral bien conçu donne les meilleurs résultats en cas de paralysie hystérique. Dès que la nature hystérique de la paralysie a été établie, on doit déterminer le malade à reconquérir par l'exercice le pouvoir que sa volonté a perdu sur les muscles paralysés. Si la paralysie, comme c'est le cas d'ordinaire, atteint les extrémités inférieures, le malade malgré toutes ses résistances et ses plaintes, sera placé sur ses jambes, et invité, sans brutalité mais avec une persévérance inexorable, à faire des tentatives pour marcher, qui au début exigent naturellement d'être fortement soutenues. On répétera ces exercices plusieurs fois par jour. Peu à peu le malade apprend à marcher avec plus d'assurance, prend de nouveau confiance en sa force, et une fois que le premier pas est fait vers l'amélioration, les autres suivent d'ordinaire rapidement. Tout médecin ayant quelque expérience, connaît des exemples nombreux de paralysies hystériques existant depuis des semaines et des mois, qui

456 Névroses sans fondement anatoxnique connu.

ont été guéries en peu de jours par des procédés semblables. A ce traitement on vient en aide par \k faradisation des muscles, par des ablutions et des bains froids^ opérations dont le côté désagréable pousse les malades à faire tous les efforts pour récupérer leurs facultés motrices.

En cas de paralysie hystérique des cordes vocales^ les exercices de vocalise sont de pratique facile et efficace. En outre le courant faradique (appliqué à travers la peau ou à l'intérieur du larynx) est un excellent moyen pour rendre instantanément la voix au malade saisi par une douleur soudaine.

En cas de contracture hystérique^ il faut tenter tout d'abord de lever le spasme en massant les muscles et en leur imprimant des mouvements énergiques. Le courant faradique sert ici paiement de moyen adjuvant efficace. Pour remédier pour toujours à la contracture, on prescrira des exercices musculaires méthodiques et des mouvements actifs.

Contre les convulsions hystériques il n'y a qu'un seul remède qui est souverain : le bain froid et les affusions froides. Leur action perturbatrice rend d'ordinaire subitement aux malades l'énergie de volonté nécessaire pour reprendre l'empire sur leurs muscles et pour refréner de la sorte les mouvements convulsifs. La crainte d'un nouveau bain contribue pour sa part à empêcher les malades de s'abandonner sans frein à l'invasion d'une attaque subséquente. Dès que l'attaque se représente, le bain doit être répété. Nous avons dit plus haut qu'une compression sur la région ovarique peut souvent faire avorter l'accès. Cependant on n'obtient pas par là de résultats durables. — Dans les convulsions hystériques légères, comme dans le hoquet et la toux hystériques, une réprimande sévère agit parfois avantageusement. C'est surtout en ces circonstances que l'effet moral dû à la translation dans un établissement, suffit parfois pour supprimer tout d'un coup des manifestations qui ont peut-être duré des mois entiers.

Les anesthésies hystériques se corrigent le mieux par le /iirr^tftf faradique^ qui, en irritant fortement les nerfs cutanés, ramène en quelque manière les parties anesthésiées de la peau sous l'obédience du sensorium. Il est vrai de dire que ce sont précisément les anesthésies hystériques qui sont les plus rebelles et qui récidivent le plus souvent.

Cependant le traitement de l'hystérie a pour mission de s'occuper non pas tant des cas où il est question de symptômes prononcés, que de cet hystéricisme vague qui se traduit par toutes sortes de troubles nerveux de faible intensité (douleurs, battements de cœur.

L'hystérie. — Traitement. 457

dyspepsie, faiblesse générale, etc.) et de malaises subjectifs, et par une grande variabilité d'humeur, etc. En ce cas il s'agit souvent de personnes d'un certain âge chez lesquelles un traitement moral intensif n'est plus possible et dont les conditions sociales sont empêtrées de certaines influences nocives qu'il n'y a plus moyen d'écarter. Cependant, malgré ces circonstances, le médecin qui possède la pleine confiance du malade peut par une intervention morale appropriée lui faire beaucoup de bien. Alors aussi on a recours de préférence à ces moyens auxiliaires qui ont pour efTet de renforcer V ensemble du système nerveux^ à Vélecirothérapie (faradisation générale, pinceau faradique au dos et aux épaules, galvanisation le long de la colonne vertébrale et au grand sympathique) et surtout à V hydrothérapie méthodique (ablutions, bains, douches). Pendant l'été ce genre de malades se trouvent parfois très bien d'un séjour dans les montagnes et surtout de l'usage des bains de mer.

Les nombreux moyens internes préconisés contre l'hystérie s'appliquent beaucoup mieux aux dispositions hystériques générales mentionnées plus haut qu'aux graves symptômes nerveux d'ordre local. Ces derniers ne sont qu'indirectement influencés par les moyens internes, par suite de l'effet moral dérivant de la grande confiance que les malades placent dans la médication. C'est ainsi que s'explique cette foule de guérisons rapides d'affections hystériques réalisées par les remèdes homœopathiques et € électro-homœopathiques > I et par ces nombreux moyens empiriques qui fascinent l'esprit du malade.

Parmi les médicaments < antihystériques > de notre trésor thérapeutique, Yasa fœtiday la valériane et le castoreum sont les plus répandus, quoique leur valeur spécifique n'ait plus guère de défenseurs. Ce qu'il y a de plus recommandable encore c'est l'emploi des préparations de valériane (pilules d! extrait de valériane^ i,o à 2,0 par jour, la teinture simple ou éthérée, 20 gouttes plusieurs fois par jour) dans les périodes d'éréthisme hystérique (tendance aux convulsions, palpitations, etc.). Les nervins proprement dits (le bromure de potassium, V arsenic^ etc.) quoique fréquemment prescrits aux hystériques n'ont à la longue plus d'effet. On doit se tenir en garde contre les narcotiques, à raison de leur faible efficacité et du danger qu'il y a de transformer les hystériques en morphinistes incorrigibles.

Si l'hystérie se complique d'affections véritablement organiques, il va sans dire que celles-ci ne doivent pas être négligées. On a de divers côtés fondé beaucoup d'espoir sur le traitement des affections utérines concomitantes. En effet on cite des phénomènes

458 Névroses sans fondement anatotnlque connu.

hystériques graves qui ont disparu après la dilatation d'un canal cervical rétréci ou le redressement d'un utérus déplacé. Mais à ces cas on peut en opposer une foule d'autres où le traitement utérin est resté sans résultat. On peut d'ailleurs se demander si en cas de succès, il ne faut pas en attribuer la plus grande part à l'influence inorale du traitement. Hégar a entrepris la castration (ablation des ovaires) dans quelques cas d'hystérie grave. Les résultats de cette opération sont encore très problématiques. En tout cas on n'osera y avoir recours qu'en cas de maladie ovarique dûment constatée. Frîedreich prétend avoir obtenu des succès marqués par une énergique cautérisation du clitoris. Mais nous ne pouvons croire que ce mode de traitement soit destiné à entrer dans la pratique.

Mètallothérapie. Nous devons encore en cet endroit rapporter quelques observations extrêmement importantes, recueillies chez les hystériques et qui n'ont pas jusqu'à ce jour reçu d'interprétation pratique.

Depuis longtemps déjà, un médecin français, Burq, avait trouvé qu'en appliquant des plaques de métal sur un endroit anesthésié de la peau des hystériques (c'est presque toujours de l'hémianesthésie hystérique qu'il s'agit), au bout de peu d'instants parfois on ramène la sensibilité en ce même endroit, souvent même dans une large zone qui l'entoure. La nature du métal n'est pas chose indifférente et tous les malades ne sont pas également impressionnés par le même métal. Les plaques de fer semblent être les plus actives, parfois ce sont celles de cuivre, de zinc, d'or, etc. Burq a donné le nom de € métalloscopié :^ à la recherche du métal actif, et de plus il a émis l'assertion étonnante que ce métal pris à l'intérieur produirait le même effet ! Une commission nommée en 1876 par la société de biologie de Paris, a confirmé ces résultats (à part l'efficacité de la mètallothérapie interne, dont il n'a plus été question dans la suite), et Charcot surtout, en travaillant sur ces données, a découvert une foule de faits remarquables dont la vérité n'a pas tardé a être reconnue de toutes parts. Le plus curieux de ces phénomènes, c'est celui qui est connu sous le nom de transfert. Dès que par l'apposition d'une plaque métallique, un endroit anesthésié de la peau reprend sa sensibilité, il se produit dans l'endroit exactement homologue situé de l'autre côté du corps et doué jusqu'à ce moment de la sensibilité normale, une zone d'anesthésie. Cette sensibilité subit parfois de nombreuses fluctuations dans un sens ou dans l'autre, qui font que les endroits homologues, tantôt du côté droit, tantôt du côté gauche du corps, sont alternativement doués de sensibilité ou frappés d'anesthésie. Si d'emblée on appose les plaques de métal

L'hystérie. Mëtallothërapie. — La névrasthënle. 459

sur le côté normalement sensible, il s'y produit une zone anesthésique, en même temps que la partie correspondante du côté anesthésié reprend sa sensibilité normale.

Ces phénomènes, comme il a été reconnu plus tard, se reproduisent d'une manière analogue à propos des autres symptômes hystériques. Ce n*est pas seulement la peau qui présente le phénomène du transfert, mais aussi Tamblyopie hystérique, Tachromatopsie, la surdité, Tanosmie et rageusie;deplus les contractures et les paralysies peuvent également être transférées artificiellement d'un côté i l'autre. Il a été établi en outre que ce ne sont pas seulement les plaques métalliques, mais divers autres agents (dits esthésiogènes\ peuvent produire identiquement le même effet C'est ainsi qu'on peut provoquer les phénomènes du transfert au moyen de forts aimants, de courants galvaniques faibles, de V électricité statique y puis par les vibrations du diapason, les sinapismes, etc.

Accueillies dans le principe avec la plus grande méfiance, les idées des investigateurs français (Charcot, Regnard, Vigouroux, Petit, Dumo ntpallier, etc.) ont dans la suite été confirmées de toutes parts et développées. Mais ^explication de ces phénomènes mystérieux, qui touchent évidemment aux profondeurs les plus intimes où l'âme s'unit au corps, n'a pas encore été donnée.

Page 1