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DE L'ÉRYSIPÈLE

du moins dans rimmense majorité des cas : c'est ce qui résulte, en effet, des recherches de M. Louis, dont nous avons nous-môme vérifié toute l'exactitude.

Telle n'est pas pourtant l'opinion de M. Bouillaud, qui, à une certaine époque du moins, croyait qu'il pouvait guérir les érysipèles avec xme facilité et une rapidité étonnantes (textuel), en leur appliquant sa formule des saignées coup sur coup. Ce n'est là qu'une illusion ; illusion bien grande, puisque les faits réunis par l'auteur lui-môme dans sa cliniguey ont été impuissants pour la dissiper. L'expérience des siècles s'est depuis longtemps prononcée contre l'emploi des saignées abondantes dans le traitement des érysipèles : car les pertes de sang ont pour résultat de favoriser le développement des accidents ataxiques, de prostrer les forces, qu'il faut ménager, surtout lorsque l'érysipèle a de la tendance à s'étendre, à devenir vague, puisque sa durée est alors indéterminée.

Lorsque les émissions sanguines sont indiquées, il faut préférer la saignée générale aux sangsues, qui offrent plusieurs inconvénients : appliquées sur l'érysipèle, elles le font souvent passer à l'état phlegmoneuz, et si on les met dans le voisinage, les piqûres sont souvent le foyer, le point de départ d'un nouvel érysipèle, si le sujet y est d'ailleurs très-prédisposé, ou si l'on observe en temps d'épidémie.

Nous croyons qu'en règle générale on doit s'abstenir de tous les topiques qu'on a conseillés, soit pour modérer l'inflammation de la peau, soit pour la limiter dans le point qu'elle occupe. Cependant, lorsqu'il y a beaucoup de tension, lorsque la phlegmasie gagne le tissu cellulaire, nous pensons qu'il est utile de placer la paiftie malade dans un bain prolongé, et de l'entourer de cataplasmes de fécule de pomme de terre modérément chauds. Ces deux moyens sont impraticables ou incommodes dans l'érysipèle de la face. On a beaucoup vanté l'emploi des fomentations froides, astringentes ; du camphre en poudre avec ou sans mouchetures, de l'alcool camphré étendu d'eau, d'un mélange de basilicum et d'huile essentielle de térébenthine (Uniment de Kentisch), d'une solution de nitrate d'argent, ou bien du protosulfate de fer en lotions (30 grammes par litre d'eau) ou en pommade (8 grammes pour 32 d'axonge) ; enfin on a môme conseillé l'emploi du cautère actuel et du moxa ; mais aucun de ces moyens n'a l'efficacité qu'on leur attribue, et la plupart sont dangereux.

Pendant plusieurs années, le vésicatoire appliqué au centre môme de l'érysipèle a joui d'une grande faveur en France. On sait que cette méthode, ancienne déjà de deux siècles, préconisée par Petit (de Lyon), fut adoptée par Dupuytren, qui la regardait comme très-efficace. Dans les érysipèles de la face, j'ai bien souvent, pendant que j'étais son élève, appliqué un large vésicatoire sur chaque joue, et parfois un troisième sur le front. Cependant, d'après les faits que j'ai observés à la clinique de ce grand maître, je regarde le vésicatoire comme impuissant pour borner l'érysipèle et pour en abréger la durée. Mais, s'il n'a pas été utile, du moins je n'ai jamais vu aucun accident en résulter, môme lorsqu'on excitait la suppuration pendant quelques jours de suite.

On a préconisé encore contre les érysipèles des onctions avec l'onguent mercuriel ; mais il est reconnu que la plupart des guérisons attribuées à cette méthode doivent être uniquement rapportées à la marche naturelle de la maladie. Nous regardons en outre cette médication comme dangereuse, et nous la proscrivons ; car elle produit souvent des salivations incommodes, interminables, et deux fois j'ai vu la vie des malades en péril par suite d'un gonflement énorme de la langue, qui empochait la déglutition et gônait l'entrée de l'air. Quelques personnes ont encore conseillé les onctions avec l'axonge fraîchement préparée. Ce moyen, que

nous avons vu employer en 1834 par Martin-Solon, nous a paru, en effet, diminuer la sensation de brûlure et de tension des parties affectées ; mais ce soulagement est en général de très-courte durée. Je ne sais encore ce qu'il faut penser de la pommade au nitrate d'argent (iO grammes pour 40 grammes), vantée par M. Jobert, pour diminuer la tension douloureuse de l'érysipèle et pour le limiter. La compression exercée à l'aide d'une bande convenablement appliquée a eu quelques partisans. Cependant il serait dangereux d'employer ce moyen lorsque la phlegmasie est encore intense, car il en résulterait parfois des douleurs vives, des eschares, ou k propagation de la phlegmasie au tissu cellulaire subjacent. 11 est donc prudent de n'employer la compression que lorsque la maladie est à son déclin, lorsque le denne reste épaissi et le tissu cellulaire œdémateux ; d'ailleurs la compression n'est applicable qu'à l'érysipèle des membres.

En parlant de la compression, nous sommes naturellement conduit à dire ud mot du collodion appliqué sur les surfaces érysipélateuses, car très-probablemeot il agit à peu près de la même manière. C'est M. le docteur Robert Latour qui a eu l'idée de cette médication. Ayant recouvert les parties malades d'une coucbe de Qpllodion, de manière à les séquestrer tout à fait du contact de l'air, ce médecin aurait vu presque toujours l'érysipèle s'éteindre sur place, et tous les accidents concomitants céder simultanément. J'ai, sur une disaine de malades atteints d'érysipèle spontané, expérimenté ce moyen, et dans près de la moitié des cas la phlegmasie cutanée s'est limitée en trois, quatre ou cinq jours. Cependant je suis loin d'être édifié encore sur la valeur de ce moyen de traitement. L'érysipèle est, en effet, une des affections dont la marche est la plus incertaine et la durée la plus inégale. On le voit, après avoir débuté d'une manière très-aiguë, s'arrêter parfois brusquement sans qu'on ait employé pourtant aucune médication active. Ce qui nous rend encore plus réservé dans l'appréciation des faits que nous a\ons vus, c'est que, à l'époque même où nous expérimentions le collodion, des éryâpèles d'égale intensité, abandonnés à eux-mêmes, se terminaient à peu près dans le même espace de temps. Nous attendons donc de nouvelles observations avant de pouvoir conseiller ou proscrire, en parfaite connaissance de cause, l'usage du collodion dans le traitement de l'érysipèle.

Divers moyens ont été spécialement recommandés pour arrêter les progrès des érysipèles qui s'étendent de proche en proche sur de grandes surfaces. Ceux qui comptent le plus de partisans sont les cautérisations avec la pierre infernale et les vésicatoires.

On a dit, en effet, qu'en cautérisant légèrement la peau avec un crayon de nitrate d'argent au pourtour de l'érysipèle, ou bien en appliquant sur les limites de l'exanthème un vésicatoire de quelques centimètres de large, on bornait la maladie et on l'empêchait d'envahir de nouvelles parties. Mais, après les nombreuses expérimentations que nous avons faites, nous regardons ces moyens comme n'ayant pas l'efficacité qu'on leur attribue. Si quelques médecins ont cru à la puissance des vésicants et des escharotiques pour borner la maladie, c'est qu'ils ont attribué à ces agents thérapeutiques ce qui n'était qu^un effet de la marche natorelle de la maladie. Ainsi, lorsqu'on cautérise ou qu'on met un vésicatoire autour d'une surface érysipélateuse dont le pourtour offre une rougeur peu vive, mal drcomcrUey parfois disséminée par plaques et sam relief du dermey il n'y a rien d'étonnant que la maladie ne franchisse pas les limites qu'on lui a tracées : car, aux caractères que je viens d'indiquer, on doit soupçonner que l'érysipèle a déjà de la tendance à s'arrêter spontanément. Pour apprécier le degré d'efficacité

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des moyens dont je parle, il faut les employer exclusivement, comme nous l'avons d'ailleurs fait nous-méme au pourtour d'érysipèles qui, bien circonscrits, rouges, durs et formant relief à leur circonférence, présentent tous les caractères extérieurs qui indiquent que la maladie n'est pas usée, et qu'elle a de la tendance à en?ahir de nou?elles surfaces. Or, nous af&rmons que le vésicatoire ou la cautérisation employés dans ces circonstances sont sans effet, et n'empêchent pas l'érysipèle de s'étendre au delà. Requin a également reconnu l'utilité de l'azotate d'argent pour limiter les érysipèles.

Tous les moyens dont je viens de faire l'énumération, en y comprenant la cautérisation avec le fer rouge, ont été jusqu'à ce jour employés en vain contre l'érysipèle du nouveau-né.

L'érysipèle peut présenter quelques indications spéciales à remplir, d'après la nature de ses complications. Les signes d'embarras gastrique seront combattus par les évacuants ; dans certaines constitutions épidémiques, il suffit môme parfois d'obéir à cette indication pour voir la marche de la maladie rapidement modifiée. Si la prostration est grande, le pouls petit, dépressible, il faudra soutenir les forces par l'emploi des toniques et des cordiaux ; enfin, si le délire survient, on en recherchera la cause. Dépend-il de l'intensité de l'érysipèle ou d'une phlegmasie des méninges, on insistera sur les antiphlogistiques; coïncide-t-il avec l'adynamie, on donnera les toniques; enfin, le délire est-il l'effet d'une simple perversion nerveuse, on tentera l'emploi du musc à haute dose et de l'opium. 11 est encore des indications spéciales, suivant les accidents de la maladie. Ainsi une collection purulente s'est-elle formée, il faut lui donner issue. L'érysipèle est-il suivi de gangrène, on favorise la chute des eschares par des cataplasmes émollients, si la mortification est l'effet de l'intensité de l'infiammation ; par des topiques excitants, tels que le styrax, le kina, les chlorures, si la gangrène est l'effet de la débilité ou d'un état cachectique. Enfin, dans l'érysipèle ulcéreux, on observe les soins de propreté, on panse les solutions de continuité avec des topiques appropriés. Si l'ulcération devenait phagédénique ou faisait de trop rapides progrès, il faudrait essayer de la modifier à l'aide de la cautérisation.

11 est encore quelques précautions à prendre, suivant que l'érysipèle affecte telle ou telle partie du corps. La maladie occupe-t-elle la face, on se hâtera d'enlever les boucles d'oreilles, car la constriction produite par elles pourrait amener la gangrène du lobule, si l'érysipèle s'étendait jusqu'à lui. Dans l'érysipèle de la vulve, il faudra interposer entre les grandes et les petites lèvres un plumasseau de charpie ou un linge fin, afin de prévenir les adhérences qui se sont quelquefois établies entre ces parties à la suite de leur ulcération.

Prophylaxie. — 11 est des individus très-disposés aux érysipèles, qui contractent cette maladie à certaines époques plus ou moins déterminées; il n'y a aucun moyen pour la prévenir. Les bains, les boissons acidulés, tempérantes, les apéritifs, les amers, les purgatifs, qu'on conseille dans ces cas, ont rarement les effets que quelques personnes en espèrent

Nature. — On a beaucoup discuté, ou plutôt divagué, sur la nature de l'érysipèle, qu'on a regardé pendant longtemps comme produit par la stagnation ou par l'altération de la bile. 11 est incontestable que l'érysipèle est une phlegmasie cutanée; mais est-ce une inflammation simple, ou bien l'altération de la peau ne serait-elle qu'un des symptômes d'un état général? 11 est impossible aujourd'hui de répondre à une pareille question, ou du moins de la trancher d'une manière très-absolue. Disons pourtant, avec Chomel et M. Blache, que si l'on considère la

grande mobilité de l'érysipèle, le trouble des fonctions digestives, la disproportioD qu'il y a souvent entre les symptômes généraux et le peu d'étendue de la phlogose cutanée, l'impuissance enfin des antiphlogistiques et le développement presque toujours spontané de la maladie^ on sera autorisé à penser que les phénomènes inflammatoires dont les téguments sont le siège ne constituent pas toute la maladie. Dans beaucoup de cas, Térysipèle semble être une manifestation d'une cause générale; c'est ce qu'explique dans beaucoup de cassa gravité. Cependant nous ne saurions, à l'exemple de quelques-uns, considérer l'érysipèle conmie une espèce de fièvre exanthématique, comparable, par exemple, à la rougeole ou à la scarlatine.

INFLAMMATIONS VÉSICDLEUSES.

Les maladies de ce groupe sont caractérisées par la formation de vésicules. On donne ce nom à de petites tumeurs formées par le soulèvement de Vépiderme et qui sont remplies d'un liquide séreux et transparent. La sérosité peut être résorbée; d'autres fois, s'épanchantà la surface de la peau par suite de la rupture des tumeurs, elle forme, en se desséchant, des lamelles ou des croûtes minces et jaunâtres; lapeao peut être, après leur chute, plus ou moins excoriée , ulcérée. On a distingué deux espèces de vésicules : les unes seraient précédées de rougeur plus ou moins rive, et leur base serait plusou moins enflammée; les autres, au contraire, se développeraient primitivement sans lésion antécédente de la peau. Dans le premier groupe on trouverait la varicelle, quelques espèces d* herpès, Ihydrarçyrie, la suctte et parfois la gale; dans le second seraient les sudamina et l'eczéma. Nous avons déjà parlé de la varicelle, de la suette et de la miliaire. Nous renvoyons l'histoire de la gale aux maladies produites par les animaux parasites, celle de Thydrargyrie aux maladies mercurielles : nous ne devons nous occuper ici que de l'herpès et de Veczémt.

De rherpôs.

Le mot herpès, employé pendant longtemps comme synonyme de dartre, a été consacré, depuis Willan et Bateman, pour désigner un groupe de maladies cutanées, pouvant aussi se reproduire avec ses mômes caractères sur toutes les m^nbranes muqueuses accessibles à la vue, maladies essentiellement caractérisées par le développement d'un certain nombre de vésicules rassemblées par groupes str une portion de peau ou de muqueuse rouge et en/lammée. Ces groupes vésiculeux sont séparés les uns des autres par des intervalles où la membrane est tout à foit intacte.

C'est tantôt sans prodromes, ou bien après un ou quelques jours de malaise, qu'apparaissent de petites tachés rouges, qui sont parfois le siège d'une cuisson vive ou d'une véritable brûlure. On y découvre presque aussitôt de petites véôcules résistantes, en général miliaires, quelquefois plus volumineuses et globuleuses, groupées entre elles en nombre plus ou moins considérable ; après deux jours le liquide contenu dans ces tumeurs, de dtrin, est devenu opalin, puriforme; puis la petite pocbe se ride, elle s'aifaisse vers le quatrième ou cinquième jour;îI se forme enfin une petite croûte qui, en tombant, laisse une empreinte violacée oq rougeâtre, quelquefois une érosion légère.

Tels sont les caractères généraux de la maladie ; mais celle-ci, pourtant, offlre dans ses formes des différences telles qu'on a dû en admettre plusieurs espèces distinctes. On a eu égard : 4<> au siège de l'éruption {herpès labioHs, h^ prœpmtkh

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